ET FIN DE LA NÉGOCIATION DU SIEUR DE PRAET
(Mémoires de Granvelle, II, 82-83.)
Sans dale [mai 1 5 3 1 J .
Ayant esté, de la part de l’empereur, veu l’escript dernièrement baillé audict Sr de Praet, son second chambellan, de la part du roy très-chrestien , son bon frère, réduisant les communications à trois poinctz, dont le premier est des allyances de mariages, le second du concilie, et tiercement le faict du Turcq, I on y respond seulement comme s’ensuyt :
Premièrement, touchant lesdictes alliances de mariages, ledict Sr empereur, quant à celle d’entre le prince des Espaignes et madame la fille puisnée dudict S' roy, ensuyvra très-volentiers ce qu’en a esté respondu et baillé par escript de la part de sa majesté; et quant aux aultres s’en conforme à l’advis dudict Sr roy d’en faire avec le temps selon que lesdicts Srs empereur et roy verront, quant la commodité s’addonnera, pour perpétuer l’amytié d’entre leurs maisons et successeurs, selon qu elle est ferme et indissoluble entre eulx, et dont ledict Sr roy très-chrestien, comme qu’il en soit, se doibt tenir pour bien asseuré de la part dudict Sr empereur, suyvant ce qu’en a esté escript; et aussi confie entièrement sadicte majesté de la mutuelle correspondance de sondici bon frère , en conformité de sa responce sur ce poinct.
Quant au concilie , ledici Sr empereur n’y a jamais eu aultre considération ny respect que pour le bien et nécessité de nostre sainete foy et républicque chrestienne, et qui soit bon, sainct et tel que, par droit et raison, il doibt estre et convient au bon effect susdict. Et se a tousjours esté entièrement son intention et désir d’y entendre joinctement avec ledict Sr roy très-chrestien , et par unanime volenté, advis et commung debvoir, observance et assistence en l’endroict de nostre sainct-père le pape et sainct-siége appostolicque, comme il a esté dict et baillé, de la part de sa majesté, par escript audict Sr roy. Et tient que icelluy sieur y ait la mesme considération et volenté ; et puisque il congnoit si grande et instante nécessité, et est d’advis que il se face sans restriction et le plus tost estre le mieulx, semble rester seullement que ledict Sr roy se veuille déclairer touchant les lieux mis avant par nostre sainct-père comme convenables, pour résolutement pouvoir mectre en trahin cest si bonne œuvre, et que nostre sainct-père soit asseuré de la volenté et assistence d’eulx deux et celle du roy des Romains, et à ce moien puisse résolclre et pourveoir quant à la convocation et célébration dudict concilie.
Touchant le dernier poinct du faict du Turcq, l’empereur aussi confie que ledict Sr roy, selon la dignité où il est et tiltre de trèschrestien qu’il tient, et par sa grande vertu, /.elle à la desfense et honneur de la républicque chrestienne et sa magnanimité, ne deffauldra à la répulsion dudict Turcq, se s’advance de venir assaillir en personne la chrestienté; ny, oyres qui n’y viendra en personne, la vouldra souffrir oppresser par la puissance infidèle dudict Turcq, tant grande que chacung sçayt, et qu’elle est comme ennemye de tous roys, princes, potentatz et bons chrestiens; et combien que ledict Sr roy ayt suppourté des frais, comme aussi ont les aultres, pourtant ne délaissera d’user de la libéralité que l’on doibt attendre en ceste nécessité et espérer d’ung prince si grand et, grâces à Dieu , tenant ung royaume si oppulant et puissant comme le sien.
Et enfin l’empereur remect le tout au bon advis et vouloir dudict
PAPIERS D’ÉTAT Sr roy très-chrestien, luy priant bien fort y considérer encoires pour s’en résoldre comme il congnoit l’exigence et instante nécessité de la chrestienté; se tenant ledict Sr roy très-chrestien pour tout asseuré, sans scrupule quelconque, que, comme qu’il en soit, il trouvera entièrement et à tousjours ledict Sr empereur son bon frère, allyé et vray amy.
CHARLES - QUINT