‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 120 sur 153 · SON ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE À LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

SON ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE À LA COUR DE FRANCE

(Mémoires de Gran velle, II, 2 2-23.)

Ganci mai 1 53 1 .

Instruction à vous, nostre amé et féal chevalier, conseillier, chambellan et capitaine des Allemans de nostre garde, le sieur de Courbaron, de ce qu’aurez à faire et solliciter de nostre part devers le roy très-chrestien, nostre bon frère, où que présentement vous envoyons

Premièrement, vous adresserez à nostre ambassadeur résidant devers ledit sieur roy, luy baillerez noz lettres, et par ensemble ferez advertir l’ambassadeur du roy de Portugal1, nostre très-chier et bon frère, résidant devers ledit Sr roy très-chrestien, de vostre arrivée , et luy direz comme vous avons expressément dépesché devers icelluy Sr roy très-chrestien, avec lettres de crédence, pour assister en la charge pour laquelle nostredit frère de Portugal en-

1 Jean III , beau-frère de Charles-Quint.

voye don Antonio de Ataïde et le docteur Gaspart Vaz, ses conseillers, en ambassade devers ledit Sr roy très-chrestien , touchant aucunes représailles dépeschées de sa part contre aucungs subjectz dudit sieur roy de Portugal; et que avez charge de nous d’entendre plus particulièrement d’eulx ledit affaires, estât et exigence d’icelluy, et en quel terme il se retrouvera à vostre arrivée, pour selon ce vous y emploier, comme nostredit ambassadeur, et vous adviserez par ensemble avec eulx, et affin que ce différend se puisse vuyder amyablement, et au désir dudit roy de Portugal, nostre frère.

Et à ceste fin baillerez nosdites lettres de crédence audit Sr roy très-chrestien , pour laquelle luy direz que sommes esté adverty comme nostredit bon frère, le roy de Portugal, a dépesché devers luy les dessusdits, pour l’affaire desdites représailles, et que jà çoit ce tenions tout pour certain que ledit S1' roy très-chrestien, sans persuasion de nous ny d’ aulire, aura bon regard à ce que luy sera dit et remonstré de la part dudit Sr roy de Portugal, selon la bonne et sincère amytié d’entre eulx, et laquelle a tousjours esté bien et louablement observée entre leurs prédécesseurs, royaulmes et subjectz; néantmoings ayant cest affaire en affection comme nostre propre, et actendu que lesdites représailles se sont données à l’occasion de la restitution faicte à aucungs noz subjectz de biens et marchandises que leur avoient esté prinses , nous a semblé convenir au debvoir du parentaige, affinité, alliance et confédération qu’avons respectivement ausdits deux princes et chacun d’eulx, de vous envoier devers ledit S1' roy très-chrestien, pour le prier très-affectueusement de vouloir bien entendre et prendre de bonne part les raisons et justisfications dudit S* roy de Portugal et de sesdits subjectz, quant ausdites représailles, et icelles vouloir révocquer et annuller, et vuyder plainement et amyablement cestuy différend, selon que l’honesteté veult et convient à leur amytié, continuation et conservation de bonne et mutuelle voisinance entre leurs royaumes et subjectz; et que, pour la considération susdite, le désirons sin-

gulièrement et tiendrons et estimerons le plésir que en ce et aultres choses il fera audit Sr roy de Portugal, nostre frère, autant que s’il estoit faict à nous-mesmes.

Et en ce que dessus, et à fappaisement dudit différend, ferez en la substance avantdite toutes remonstrances et persuasions que verrez pouvoir duyre 1 envers ledit Sr roy très-chrestien et ceulx de sa court, tant de costei que aultre, et tiendrez main par tous convenables moiens à la conservation de famytié d’entre lesdits princes, communication, hantise et mutuelle voisinance d’entre leurs subjectz, et en tout ce que verrez convenir et empourter à la réputation, extime, utilité, commodité et prosfit de nostredit bon frère de Portugal, conforme à la parfète, sincère et indissoluble amytié d’entre nous et luy, et de la singulière affection qu’avons de l’assister en tous ses affaires.

Et si , à vostre arrivée en court de France, lesdits ambassadeurs de Portugal n’y estoicnt encoires venuz, néantmoings, sans plus attendre, avant communiqué vostredite charge à nostredit ambassadeur, et par son advis, baillerez nosdites lettres de crédence, tant audit Sr roy très-chrestien que aultres, et, en attendant iceulx ambassadeurs, ferez les remonstrances et persuasions telles que verrez convenir, conforme à ce que dessus, remectant l’effect de la négociation à l’arrivée desdits ambassadeurs, que lors y ferez avec eulx tout ce que sera possible.

Toutesfois aurez bon regard en ce que dessus d’en user discrettement et prudemment, selon que verrez et congnoistrez convenir au bien de la poursuitte des ambassadeurs de nostre frère de Portugal, sans tenir propos quelconque par où l’on puisse prendre occasion de aigrir cestuy affaire et engendrer plus de difficulté ou rigueur, à raison d’icelluy, entre lesdits princes.

Et sy enfin véez que toutes remonstrances et persuasions doulces et amyables ne peullent en ce prouffiter, nous en pourrez, nostredit ambassadeur et vous, advertyr, si besoing est, par les postes, et de

Servir

ce que vous semblera estre nécessaire, soit en ce cas ou aultrement, comme verrez estre au propos, bien et direction dudit affaire, et attendrez sur ce nostre responce;et, comme qu’il soit dudit affaire, ne délaisserez ceste poursuitte avec la civilité et modestie susdites, jusques nous ayez adverty de l’estât d’icelle, et eu sur ce de noz nouvelles.

Vous baillerez à la royne très-chrestienne, madame nostre meilleur seur, les lettres que luy escripvons, luy direz de noz nouvelles et bon pourtement, et la requerrez de nostre part vous bailler toute laveur et bonne addresse en vostredite charge, comme confions elle fera.

Semblablement baillerez noz lettres au grand-maistre de France, que sont en vostre crédence, pour laquelle luy direz ce que avec nostredit ambassadeur adviserez convenir au bon effect de vostre charge et à vostre brief dépesche. Faict en nostre ville de Gand, le ... de may xvc xxxi.

PIÈCES

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