‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 135 sur 153 · AU SIEUR DE BALANÇON · texte numérisé non relu

AU SIEUR DE BALANÇON

(Mémoires de Granveüe, II, Ix^-bo.)

Bruxelles , 1 8 septembre 1 53 1 .

Instruction à vous nostre amé et féal gentilhomme de nostre chambre , le Sr de Balançon , de ce que , avec i’advis , intervention et assistence du trésorier de Besançon, nostre ambassadeur, aurez à dire , faire et procurer devers la royne de France très-chrestienne . madame nostre meilleur seur, où présentement vous envoyons.

Premier, que nous avons receu ses lectres par son premier escuyer Gilly, et entendu de celluy présent ambassadeur de France ce qu elle luy avoit enchargé nous dire , du voyage que le roy très-chrestien , nostre très-chier et bon frère , et elle ont délibéré faire en approuvant noz pays de par deçà , et le désir qu’ilz ont de se veoir privément avec la royne douaigière d’Hongrie , nostre seur, et encoirres par ensemble avec nous, se nostre commodité s’i pouvoit adonner, fut en la frontière de nosdicts pays, ou quatre ou cinq lieues en dedans iceulx, avec les honnestes propoz tenuz touchant ladicte veue par ledict Sr roy, nostredicte seur sa compaigne, et ce que luy-

mesmes enchargea audict Cilly, à son partement, nous dire de nous entreveoir amyablement, et des bons effects que s’en pourroient ensuyr au bien de la chrestienté.

Que ce nous a esté singulier plésir d’avoir entendu dudict Cilly si bonnes nouvelles de leur prospérité , santé et continuación de leur tant cordiale volunté et affection envers nous et ladicte royne douaigière d’Hongrie, nostre seur, et que, de nostre part, ilz treuveront tousjours, tant que vivrons, la correspondance et mutuelle et sincère amytié, comme l’une des choses de ce monde que plus désirons.

Et quant à ladicte veue , direz que nous n’avons moings d’envie et affection de voir lesdicts roy et royne qu’ilz ont envers nous; mais comme de longtemps leur avons faict entendre , selon le désir qu’avons de tousjours les faire participans de nos affaires, nous avons faict assigner la diette à Spire, et desjà est le temps instant et jour d’icelle pour choses importantes , mesme à la commune paix et bien publicque de la chrestienté , et ne pouvons délaisser, ne longuement dilayer de nous y treuver pour nostre debvoir et exigence des affaires, et avons desjà donné ordre aux nostres particuliers de par deçà et pourveu pour dire l’adieu aux estais de nosdictz pays icy pour ce assemblez , et faict prest tout ce que convient à nostre partement.

Et néantmoings, afin que lesdits Sr roy et royne congnoissent et voy ent combien nous désirons ladicte veue, sans, comm’ilz désirent, mistère ny sérimonie, sinon de vraie amiableté , deux jours après que aurons responce et nouvelles de vous que, comme confions en vostre bonne diligence et sollicitude, pourra estre deans samedy ou dimanche prouchain au plus tard, et que ce soit à Arras, Valenciennes, ou Douay, comme lieux plus convenables et prouchains de France, nous ne deffauldrons, nostredicte seur d’Ongrie et nous, de nous aller treuver èsdicts lieu et jour qu’iceulx Sr et dame résoldront, et de les recepvoir fraternellement, et cordialement et aussi librement et seurement qu’ilz pourroient estre où que ce fusi au royaume de France.

Sans, durant ladicte vene, parler de choses quelconques particulières d’entre ledict Sr roy et nous, concernans noz royaulmes, pays et subjectz, et mesmes du contenu ès traictez de Madril et Cambray, èsquelz, comme estans fondement de nostredicte amytié, se convient précisément arrester, et pour la bonne observance d’icelle n’y voulons aucune chose changer ny muer, selon que cy-devant l’avons assez faict entendre à nostredicte seur, ny le pourrions faire sans contrevenir aux choses par nous depuis traictées avecl’Ytalie et aultres particulières concernans ladicte commune paix et la seureté de nosdicts pays; ains seulement, selon la sainete, prudente et honneste intention dudict Sr roy et ce qu’il a dit audict Gilly , communicquer de ce qu’adviserons convenir à ladicte commune paix et bien publicque de la chrestienté , pour par ensemble nous y emploier avec la participation et intervention de nostre sainct-père le pape et sainct-siége appostolique.

Et sy nostredicte seur treuve les lieux et temps de ladicte veue convenables, vous parsisterez de les arrester avec elle, pour nous en advertir à la meilleur diligence que pourrez , bien entendu qu’excuserez de prendre le jour plus long pour la nécessité de nostre allée en Allemaigne, à laquelle espérons que lesdicts Sr et dame auront bon regard. Aussy serez soigneux de assentir et vous enquérir discrètement desdicts Sr et dame, et aultres comme verrez se pouvoir faire, et si avant qu’il vous sera convenablement possible, comme ilz vouldront venir à ladicte veue , et quel nombre de gens ilz admèneront, et la qualité des personnes, et de toutes aultres choses concernant icelle veue, dont par vostre discrétion considérerez estre besoing, et que nous soyons adverty.

Et après avoir parlé à ladicte roy ne, et entendu d’elle ce que concerne ladicte veue et fondement d’icelle, tant d’elle et nostredicte seur d’Hongrie que aussi dudict roy très-ch resti en et nous, et la certaineté ou apparence qu’elle se conduise selon et par les moiens et à la fin susdicte , et l’inclination ou affection dudict Sr roy à icelle, vous userez envers luy et tiendrez propoz en la substance

avantdicte, selon l’advis de ladicte royne, luy tesmoignant la continuation de nostre amytié et affection de ladicte veue, et de l’asseurance qu’il en peult avoir et de soy trouver en nosdicts pays aussi franchement et librement comme en son royaulme, ayant tousjours bon regard de comme dessus excuser, et envers lesdicts Sr et dame et nions, le grand-maistre de France, de non parler à ladicte veue de chose quelconque particulière concernant lesdicts traictez de Madril et Cambray ; le tout avec la civilité et modestie que verrez convenir et selon que le propos s’addonnera.

Et si par adventure lesdicts Sr roy et dame, ou ledict Sr grandmaistre, de l’honnesteté duquel avons toute bonne espérance et confidence, dient que nous doyons plus approuchcr à la frontière de France, l’excuserez, parce que nous soumes arresté à la charge et crédence cludi et Cilly, et aussi que, comme la vérité est, noz affaires ne peuvent souffrir d’aller plus oultre pour la nécessité du temps, et aussi que la chose pourteroit plus de cérymonie, et que ledict Sr roy, puisque il nous démonstre tant bonne et cordiale affection, se peult bien entièrement confier de nous.

Et si enfin voz excuses et remonstrances ne peuvent en ce avoir lieu, et voiez que , par ce moyen ou aultrement, ladicte veue d’entre ledict Sr roy et nous ne se puist faire , et seulement fût parsisté à celle de nosdictes deux seurs, prendrez charge de nous en advertir en diligence, et où, quant et comment ilz entendront quelle se face, afin d’en résolclre selon l’exigence de nostredict partement ; baillant bien entendre par la vraie vérité, cjue, comme qu’il soit de ladicte veue mise avant d’entre ledict Sr roy et nous, soit quelle se face ou non, nous entendons entièrement ^conserver l’amitié dudict Sr roy, et qu’elle soit durable à tousjours , l’en asseurant de nostre part.

En ce que dessus vous conduirez et ferez selon la confidence que avons de vostre prudence, discrétion et bonne diligence, et de vostre besoingné nous advertirez le plus tôt et souvent que pourrez. Faict en Bruxelles, le xvm de septembre, l’an i53i.

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