‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 139 sur 153 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

L’EMPEREUR

A SIMON DE TISNACQ.

(Mémoires de Granvelle, II, 61.)

Bruxelles, 6 janvier i53i, V. S.

Instruction à vous, nostre chier et féal, messire Simon de Tisnacq, gouverneur de Cambray, de ce qu’avez à faire et procurer en la court de France, où présentement vous envoyons.

Premièrement vous addresserez à nostre ambassadeur résidant en ladicte court , et luy présenterez les lectres que luy escripvons , par vous veues, par lesquelles il entendra la cause de vostre envoy, et ce que désirons et entendons estre faict , remonstré et poursuy en

laveur et considération de la signorie de Gennes , et pour persuader audict Sr roy très-chrestien , et ceulx de son consed , comme ilz sont comprinz ès traictez de Gambray et Madril, et doivent jouyr du bénéfice de la paix d’entre ledict Sr roy et nous , tant comme deppendans du sainct empire que comme alliez , et par tous lesdicts deux moyens comprins , selon que plus amplement est contenu èsdictes lectres que serviront d’information et instruction à nostredict ambassadeur et vous.

Vous userez des lectres de crédence que pourtez, tant audict sieur roy, nostre très-chière et meilleur seur, laroyne de France, etaultres sieurs dudict conseil, comme adviserez ensemble ledict ambassadeur et vous, et tant avec icelluy ambassadeur que particulièrement, selon que de luy entendrez la desposition et meilleur moien au bien de ladicte seignorie de Gennes , et que treuverez par l’advis de nostredict ambassadeur et verrez convenir au bénéfice desdicts de Gennes , userez des recommandations, persuasions et remontrances servans audict affaire , afin que ledict Sr roy les délaisse paisibles , conforme audict traicté de paix , remédie les choses mal passées , et ne leur face généralement ou particulièrement aucung moleste ; le tout selon le contenu en ladicte lectre de nostredict ambassadeur.

Et [après] avoir exploicté vostredicte charge, et eu responce d’icelle, nous advertirez de vostre besoingné le plus tôt que convenablement pourrez , et de tout ce que trouverez en l’endroit dudict sieur roy touchant ladicte seignorie de Gennes, manans et habitans en icelle, afin de les advertir de vostre besoingné, et qu’ilz saichent ce qu’ilz auront à faire; et ayant faict ce que dessus, vous en pourrez retourner, remectant le surplus à nostredict ambassadeur, conforme à ce que luy escripvons. Faict en Bruxelles, le VIe jour de janvier, l’an i 53 i .

L’EMPEREUR

A SON AMBASSADEUR EN FRANCE

( Mémoires de Granvelle , II, 6a-63.)

Bruxelles, 8 janvier i53i, V. S.

Vénérable, chier et féal: Oultre ce que la seignorie de Gennes nous a faict cy-devant plusieurs remonstrances et plaintes des tortz et griefz qu’ont esté faiz en France et de ce cousté-là à ceulx de ladicte seignorie , marehans et aultres, depuis le traicté de Cambray et paix jurée et publiée, leur empeschant le commerce et hantise dudict France, par divers vyolans et rudes moiens, ladicte seignorie nous a dernièrement escript et faict remonstrer par son ambassadeur résident devers nous, comme naguières l’on a procédé, du coustel dudict France, par voye de faict et manière d’hostilité à l’encontre desdicts marchanz et gens dudict Gennes, mesmement au quartier de la mer dudict Gennes, selon que verrez par le mémoire que sur ce nous a baillé ledict ambassadeur, nous requérant vouloir tenir main et adviser devers le roy ti ès-chrestien, nostre très-chier et bon frère, qu’il les délaisse paisiblement joyr et user du bénéfice dudict traité de paix, conlirmatif à celluy de Madril, dans lesquelz tous deux ils sont comprins, tant comme deppendant du sainct empire que comme alliez, selon qu’il peult clérement apparoistre par lesdicts traictez , dont vous avons cy-devant assez touché et informé, particulièrement des lieux et passaiges d’iceulx traictez servans à ce; qu’ayant égard auxdicts traictez de paix, et selon l’asseurance que tousjours leurs avons donné de leur compréhension èsdicts traictez, et la considération que debvons avoir à ladicte seignorie, tant à cause du sainct empire que pour

raison des traictez faiz entre nous et eulx, et pour regard de la quiétude et pacisfication de l’Ytalie , et bien de la république chrestienne , vuillons embrasser leurs affaires, et tenir main devers ledict Sr roy que, conforme à raison et équité, et pour les considérations avant dictes, ledict Sr roy face cesser et réparer toutes violances faictes et usées en l’endroit de ladicte seignorie de Gennes, et les délaisser désormais joyr du bénéfice de ladicte paix, et qu’il leur soit loisible, ensuyvant icelle, hanter et commercer plainement et paisiblement en leurs marchandises et aultres négociations, tant de mer que de terre.

D’aultre part noz subjectz d’Espaigne se sont doluz et plaingnent très-fort que , soubz couleur et considération de sercher lesdicts Génevois, leurs marchandises et biens, les François ont usé de force en mer à l’encontre des basteaux de nosdicts subjectz , les arrestant , détenant et empeschant, voire serchant lesdicts basteaux violentement et les surprenant despourveuz, souz confidence du bénéfice de la paix, dont iceulx nosdicts subjectz ont receu perte et dommaige; nous suppliant les en vouloir faire réparer, et pourveoir pour l’advenir selon l’exigence de l’affaire , et les advertir comment ilz se debvront conduire.

Et pour ce que la chose est d’importance et nous touche grandement, tant en l’endroit desdicts Génevois, à la vérité comprins èsdicts traictez , et comme deppendans du sainct empire , et comme alliez et confédérez , selon que évidamment peult apparoir par iceulx traictez , et aussi au regard de nosdicts subjectz d’Espaigne , et que , comme qu’il soit, il ne peut convenir à la bonne observance de ladicte paix, ny à i’amytié d’entre ledict Sr roy et nous, et à l’honnesteté, raison et équité dont se doibt user entre nous , et que ne pouvons croire que cela procède du sien et moings de la volunté dudict Sr roy et ceulx de son conseil, avons advisé de dépescher expressément le gouverneur de Cambray, messire Simon Tisnach, avec lectres de crédence sur vous et luy , pour remonstrer et bailler bien à entendre audict Sr roy tout ce que dessus , afin qu’il vueille pourveoir et bailler ordre sur ce que lesdicts de Gennes requièrent conforme auxdicts traictez ;

PAPIERS D’ÉTAT et aussi en l’endroit de mesdicts subjectz d’Espaigne, selon le debvoir de nostre bonne et sincère amitié, et qu’il vueille considérer que s’est chose qui nous empourte par raison de en requérir et y tenir la main, et que ne peult à bien convenir, non -seulement aux traictez et paix d’entre nous, et au bien et commodité dudict Srroy, son royaume et subjectz , mais aussi à la tranquillité de la républicque chrestienne; qu’est chose que nous croyons fermement que nostredict frère veult préférer à toutes aultres , par sa grande vertu, magnanimité et bon zèle au bien commung de ladicte chrestienté, en laquelle, mesme enee temps, toutes contentions et discordz doibvent estre plus odieux et reboutez que jamais; adjoustant au bon effect de ce que dessus, et à la faveur desdicts Génevois, et persuasion du bon effect de leur juste poursuitte, tout ce que verrez convenir; baillant bien à entendre audict Sr roy ce que la chose nous touche et empourte, et que, oultre l’obligation dudict Sr roy pour l’observance desdicts traictez, il nous fera en ce chose très-agréable.

Vous adviserez le medleur moien de faire présenter par ledict messire Simon Tisnach les lectres qu’escripvons parluy en crédence à ladicte royne, aussi au cardinal de Sens, chancellier de France1, et à monsieur le grand-maistre 2, avec les moyens, propoz et remonstrances duisans en l’endroit d’un chacung respectivement, pour les induire au bon effect et expédition de cestuy affaire, et afin que, s’il est possible, il se puisse faire ung bon dépesche et dresser provision et remède tel que ledict affaire requiert.

Sytoutesfois enfin, toutes remonstrances et persuasions ne peuilent ayder pour avoir déclaration de la volunté dudict Sr roy, et tenir comprins lesdicts de Gennes en ladicte paix et joyr d icelle commilz doibvent, vous aurez regard de mectre et entretenir la chose ès meilleurs et plus convenables termes et en la plus grande faveur desdicts Génevois que possible sera, nous advertissant au surplus bien au long de vostre besongné quant audict affaire, ensemble de toutes consi-

' Antoine Duprat , qui était revêtu de * Anne de Montmorency , en même

ces deux dignités. temps connétable de France.

dérations et circonstances d’icelluy, afin de, au surplus, avec la participation et advis desdicts de Gennes, y faire ce que l’on verra pour le mieulx à leur pacification , quiétude et tranquillité; et ce faict, s’en pourra retourner ledict Tisnach , vous délaissant au surplus l’affaire en charge, pour y faire de temps et instant à aultre tout ce que verrez pouvoir servir à l’effect susdict, en attendant la venue de vostre successeur que partira dans briefs jours , auquel aussi enchargerons cestuy affaire, pour le reprendre en voz erres et y faire tout ce que y trouvera au propoz d’icelluy. A tant, etc. Escript en Bruxelles, le vin de janvier 1 53 1 .

CHARLES-QUINT

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