AU SIEUR DE BALANÇON
(Apologie de Charles-Quinl, 354 358.)
Ratisbonne , 3 avril i532.
Instruction à vous nostre amé et féal chambellan et second sommelier de corps, le Sr de Balançon , de ce qu’aurez à faire, dire, remonstrer et requérir en la charge pour laquelle vous envoyons devers le roy très-chrestien , nostre très-chier et bon frère.
Premièrement vous adresserez au Sr de Likerke , nostre ambassadeur ordinaire résident devers ledict Sr roy nostre frère, luy communiquerez toute vostre charge, et, avec la participación de nostredict ambassadeur, userez en tout comme par ensemble adviserez et congnoistrez estre le mieulx.
Vous présenterez audict Sr roy, nostre très-chier et bon frère, les lectres que luy escripvons en vostre crédance , pour laquelle luy direz
PAPIERS D’ÉTAT que nous présupposons qui soit adverty des nouvelles qui se continuent touchant la venue du Turcq, et mesmes de part nostre sainctpère le pape , dont nous sommes confié en sa sanctité , pour estre chose convenable à la dignité et auctorité suprême qui tient en la république chrestienne, et afin que, avec son intervención, la deffence et résistance audict commung ennemy procède , se dresse et face eomm’il appartient. Mais que nous, voyant la continuación de ceste nouvelle, tant du coustel d’Italie que de deçà, pour aussi non desfaillyr de nostre part en ce que debvons à ladicte république chrestienne, et à l’observance de la syncère, parfaite et indissoluble fraternité, amytié et alliance d’entre ledici Srroy et nous, et que n’entendons riens faire et entreprendre, mesmes concernant le bien publicque et commung de chrestienté, sans son advis et participación, et avoir le respect envers luy que convient à la prohéminance, dignité royale et tiltre de très-cb restien que, outre tous les aultres princes, il tient, vous avons dépesché *et expressément envoyé devers luy, pour entièrement luy dire et déclairer nostre intención à vouloir nous employer, de tout nostre pouvoir, en tout ce que verrions convenir et sera trouvé faisable et possible pour ladicte deffence et résistance contre ledict Turcq.
Et que ayant entendu comme icelluy Turcq appreste deux armées, l'une de mer et l’aultre de terre, en voulenté d’envoyer, comme lesdictes nouvelles en sont, en ceste primevère, celle de mer du coustel de l’Ytalie, soubz la charge de cappitainne lequel est encoires incertain, avons pourveu pour faire faire les fortisfications, réparacions et aultres provisions nécessaires, tant de gens, vivres, artilleries que municions du coustel de Napples et Sécille, par où l’on tient que ladicte armée de mer plus vraysemblablement tirera.
En oultre ce faisons dresser, avec les galères que desjà tenons, une armée de mer pour jusques à vmgt-cinq mille hommes, ensemble 1 équipaige nécessaire; et nous semble que, avec icelle nostre armée de mer et les provisions susdictes, y aura bon moyen de résister à celle dudict Turcq, selon que sommes informé d’icelle, et deffendre et préserver l’Italye, moyennant que ledict Sr roy, nostre très-chier
Îrère, vuille tant seulement, pour cestuy bon effect, bailler ses galères equippées et entretenues pour le temps de ladicte nécessité; et oultre ce que avons sceu que nostredict sainct-père l’en a fait requérir, et oyres que tenons qui ne vouldra desfaillir à Jadíete réquisition, pour chose tant méritoire et favorable , encoires l’en prions-nous et requérons austant affectueusement que pouvons , puisque il le pourra ayséement faire, ayant lesdictes galères équippées. Et quant à l’aultre armée dudict Turcq , qui prépare pour l’endresser par terre du coustel de Hongrye et ceste Germanye , et que entendons estre sans comparaison la plus puissante , sommes après pour pourveoir de luy résister avec l’ayde et assistance des électeurs, princes et estatz de ladicte Germanye , en délibération de , si ledict Turcq vient en personne comm’il se publie, faire, ensemble nostre frère le roy des Romains, tout le mieulx que pourrons.
Bien entendu que nostre intención est de, pour maintenant seulleinent entendre à la deffension de ladicte chrestienté, résister audiet Turcq ; congnoissant que pour passer plus avant à l’offension, ce seroit chose impossible si prestement , et ne le vouldrions entreprendre sans la dresser par temps, avec l’intervencion mesmement dudict Sr roy très-clirestien , nostre bon frère, et de ses forces et des aultres princes et potentatz chrestiens , et aussi ne véons qu’elle se puist faire de toute la prouchaine saison.
Que ledict Sr roy des Piomains, nostre- frère, et nous espérons recouvrer, tant de nous mesmes que avec l’ayde et assistance des électeurs, princes et estatz de ceste Germanye que s’assemblent icy, bon nombre de gens de pied et cheval pour furnir à ceste deffension et résistance. Que nous avons sceu comme ledict Sr roy très-chrestien a ouffert à nostredict sainct-père bonne et grande assistance contre ledict Turcq, d’hommes d’armes et gens de pied, en quoy à la vérité il fait à louher et extimer, et luy en doit sçavoir bon grey toute la chrestienté; et pour ce que, comme dessus, le principal et plus grant besoing se ouffre du coustel de la Germanye, luy requérons qu’il nous vuille subvenir de quelque bon nombre d’hommes d’armes des
siens, payez et entretenuz pour durant ceste nécessité. Et oultre ce qui fera euvre méritoire quant à Dieu, il obligera grandement ceste Germanye , nostredict frère et nous , puisque c’est chose qui peult ayséement faire , ayant lesdicts hommes d’armes ordinaires. Bien congnoissons que le dangier de ces deux emprinses nous concerne et touche en premier lieu, pour obvier auquel entendons et voulons faire tout ce que pourrons ; mais aussi ne faisons doubte que ledici Sr roy très-chrestien, nostre frère, congnoit assez que le dangier par conséquant est commung à toute la chrestienté , à laquelle secourir et ayder, et résister audict commung ennemy d’icelle , il est tenu comme précèdent en dignité et nom de très-chrestien aux aultres princes.
Sì ledict Sr roy nostre frère s’excuse sur ce qu’il ayt accourdé et ouffert lesdicts gens d’armes et secours pour l’Italye, ou vous en est parlé par aultres de sa part, ou vous semble hesoing en tenir propoz , direz que la provision par nous advisée pour résister à l’armée de mer que se dresse contre ladicte Italye, sera bien souffisante à la deifension d’icelle, avec lesdictes galères dudict Sr roy, et ainsi le congnoit bien ledict sainct-père, ne fust que ledict Turcq changea de propoz et voulsit passer par ce coustel-là, ouquel cas, ou que ledict Turcq voulsit par terre prendre le chemin d’Italye, et comme qui soit qu’il adviengne nécessité du coustel d’Italye , sommes délibérez tirer celle part à la deifension d’icelle, et tousjours à ce serviront lesdicts hommes d’armes que ledict Sr roy nous vouldra envoyer. Et si, ce nonobstant, ledict Sr roy parsiste, que toutesfoys ne pouvons croire, de vouloir envoyer gens d’armes ou piétons du coustel de ladicte Italye, et véez que enfin les persuasions et remonstrances pour l’effect susdict et excuser ledict envoy ne souffisent, direz que puisqu’il est assez pourveu à la deifension de ladicte Italye , que d’y envoyer lesdicts gens de guerre seroit despence superflue et travailler icelle, estant encoires fort ressentie des guerres passées , et occasion auxdicts Italyens de penser qui voulsit attempter et mouvoir choses nouvelles en ladicte Italye , pour la troubler et inquiéter, que nous supposons il ne vouldroit faire; que seroit non seullement non ayder ne assister
à la répulsion dudict Turcq , mais icelle empescher en plusieurs considéracions qu’il peult assez entendre , comme les gens en ce quartier-là sont scrupuleux , que ne seroit aussi convenable , actendu les choses traictées et jurées entre ledict Sr roy et nous. Et au regard des gens de pied, ilz ne sont nécessaires du coustel de ladicte Italye pour les raisons susdictes, ny de ce coustel pourroient venir à temps, et excusera1 ledict Sr roy austant de despence.
Si enfin il s’excuse de pouvoir ayder de sesdicts gens d’armes, luv direz que doncques il vuille assister en ceste emprinse de quelque bonne pièce d’argent, ayant regard aux grans fraiz , tant ordinaires que extraordinayres, qu’il y conviendra fournyr, comme il peult entendre, et que la somme soit certaine, en quelle manière et où elle se recouvrera pour s’en ayder et servir à si bon et nécessaire effect que cestuy ; et si dit vouloir fournyr au pape dudict argent , ayant regard que sa saincteté l’en ayt premier fait requérir ou pour aultres considéracions, ne l’en dissuaderez, mais parsisterez qui le vuille faire comme dessus , de bonne somme , certaine et prompte , et que moyennant qu’il ayde d’argent en l’une ou l’aultre armée, tiendrons la chose très-bien employée. Mais comme qu’il en soit de la responce dudict Sr roy, en cas qu’il accourde gens d’armes ou argent, aurez soingneux regard et parsisterez austant que convenablement sera possible , de savoir quel nombre de gens ou quelle somme d’argent il vouldra furnyr, et comment il se fournistra, quant et où, et quelle seheurté l’on y pourra prendre , sans vous arrester à généralité de sa responce en l’ung ou l’aultre despoinctz susdicts. Baillant bien entendre audict Sr roy que , puisque la nécessité est si instante , et empourte comme dessus à toute la chrestienté, qu’il est de besoing que nous saichons certainnement sur quoy nous en debvrons actendre, fyer et . assb curer, pour faire selon ce.
Si par advanture ledict S1' roy disoit qui voulsit venir en personne à ceste deffension contre ledict Turcq, luy pourrez respondre que ce nous seroit très-grant pleisir, et que en ce il feroit très-bonne et
1 Ménagera.
iouhable euvre, et vouldrions par ensemble entendre en ladicte desfension, luy pourtant le respect que convient à sa qualité; mais que pour estre le dangier si instant, fauldroit que nous fussions acertenez et asbeurez quant, comment et avec quel nombre de gens il vouldroit venir et soy trouver, affin de nous reigler et conduyre selon ce. Et l’en eussions voulentiers requis, bien supposant que sa présence pourroit faire groz bien à toute la républicque chrestienne , et nous seroit grani pleisir nous trouver ensemble, ne fust que le temps est si court , et la nécessité tant urgente et précise ; et audict cas qui partiste en ceste responce , luy direz que pour l’importance de la chose en soy et pour le pleisir que aurons de ceste nouvelle et pour vostre descharge, il nous vuille escripre par vous ceste sa délibéracion, avec la certitude desdicts lieu, temps et nombre de gens, telle que convient , pour nous y arrester et prendre fondement.
Et si ledict Sr roy, ou aultre de sa part , vous demande des apprestes que faisons du coustel de deçà, et quelle ayde actendons des estatz de ceste Germanye, direz que nostredict frère et nous sumes après pour assembler le plus de gens que pourrons , et que l’on peult estre assheuré que ne délaisserons riens que puissions faire pour ladicte résistance, selon labriefveté du temps; et que quant auxdicts estatz , desjà ilz respondirent et arrestairent à la diette d’Augsbourg le secours de la résistance contre ledict Turcq, et tiendrons main qu’ilz ensuyvent ladicte délibéracion et, s’il est possible, faccnt dadvantaige. Et pour austant que avons, par noz ambassadeurs, desjà cy-devant adverty ledict Sr roy très-chrestien dudict secours, ne vous en avons baillé charge plus particulière. Si ledict Sr roy parloit de l’appoinctement d’entre nostredict frère et le Wayvoda , et ouffrît ou tînt aultre propoz pour s’en mesler, luy direz que n’en avez aulcune charge ; bien que nostredict frère s’est mis en tout debvoir dudict appoinctement , et que mesmes sur aulcunes lectres que les gens dudict Wayvoda nous avoient escript, avions emprins de traicter ledict appoinctement, et pour ce mis sus une diette , au lieu de Passau, prouchain d’icy, et y debvoit entrevenir le légat du pape et les ambassadeurs du roy de
Polonne; et quant la chose a esté en ses termes, ledict Wayvoda a respondu qui désiroit que la chose se traicta devers ledict roy de Polonne, que n’est sinon palliacion et demourer en son obstinación, et bailler entendre qu ii ayt envye d’appoincter sans vouloir venir à moyens convenables à paix, en quoy toutesfois nostredict frère s’est tousjours mis en tout debvoir.
Luy direz en oultre que nous dépeschons devers le roy d’Angleterre, nostre bon frère et oncle, aiïin de le requérir que, puisqu’il ne pourroit à temps ayder de gens à ce secours, qu’il y vuille assister de quelque bonne somme de deniers, et aussi prions ledict Sr rov très - chrestien , nostre bon frère, vouloir de son coustel tenir la main vers les aultres princes et potentatz qu’ilz aydent en ceste emprinse, selon leurs qualitez et comme l’on doit espérer de leurs bons zelles et affection, au soubstènement de nostre sainete foy, deffence, préservacion et repoz de la républicque chrestienne.
Vous ferez aussi entendre vostredicte charge à la roynne trèschrestienne , madame nostre meilleur seur, affin que de ce qu elle verra convenir elle s’emploie au bon effect de vostredicte charge ; et parsisterez par tous moyens convenables de sur icelle avoir certaine et résolue responce , tant desdictes galères que secours desdicts hommes d’armes ou argent.
Si vous est respondu que ledict Sr roy, nostre très-chier et bon frère , vuille conférer premièrement ce que dessus audict Sr roy d’Angleterre et aultres princes , luy remonstrerez que la chose ne souffre tant de dilación, et qu’il entend assez que en ceste si grosse et instante nécessité , il nous empourte savoir ce qui vouldra faire pour nostredicte assistance; et qu’il est aussi bien convenable et nécessaire que, pour les considéracions susdictes, il se déclaire et baille en ce exemple auxdicts aultres princes.
Si enfin véez qui remecte vostre responce et despesclie en délay, et véez qui n’y ayt apparance de l’avoir bonne et briefve, vous en démeslerez sans démonstrer mescontentement, et en remectant à nostredict ambassadeur résidant devers luy de solliciter ladicte res-
ponce telle quelle pourra estre, vous en retournerez devers nous.
Vous adviserez aussi avec ledict de Likerke, nostre ambassadeur, de advertyr le nunce du pape de vostredicte charge , et luy en tenir propoz, de manière que ce soit démonstrer toute confidance en l’endroit de nostre sainct-père , et point de diffidence envers ledict Sr roy.
Ainsi advisé, fait et conclud en nostre cité impériale de Reghenspurg, le ni® d’apvril l’an quinze cens trente-deux, après Pasques.