‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 34 sur 153 · POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX ENTRE FRANÇOIS I" ET CHARLES V · texte numérisé non relu

POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX ENTRE FRANÇOIS I" ET CHARLES V

SOUS LA MÉDIATION DU ROI ü’ ANGLETERRE.

(Apologie de Charles V, 174-208.)

Très-illustre, très-haulte , très-excellente et très-heurée 1 clame et souverainne princesse, ma dame Marguerite , archiducesse d’Austrice et de Bourgoingne , ducesse douaigière de Savoye, contesse de Bourgoingne, dame de Malines, etc.

Comme naguères, pendant l’assemblée de Calais, faicte à la poursuyte de très-hault, très-puissant et très-excellent roy d’Engleterre , où estoient grosses et très-notables ambassades, tant de la très-sacrée majesté de l’empereur vostre nepveu et nostre sire, que du roy de France avec le cardenal et légat d’Angleterre, tenant le lieu pour îcelluy roy d’Angleterre, en pompe et triumphe magnificque etsumptueux; j’ay, suyvant ceste court et le service de ladite majesté, souvent ouy et entendu maints, qu’ilz, par vaine curiosité, convoytise de savoir ce qui n’appartenoit , et eulx entremectans en choses non estans en leur capacité et vocation , en devisoient et tenoient les rens en diverses manières, blasmans Talée et demouréc d’iceulx ambassadeurs de ladite majesté, et autres qui, à bonne occasion et désir bien ordonné, mectoient peine de conjecturer quelles choses se povoient traicter en icelle assemblée et que s’en devoit ensuyr. Après advenu le retour desdits ambassadeurs en cestedite court, me suis trouvé entre gens de grosse estime et réputacion, où aucuns des principaulx

1 Heureuse.

d’icelle ambassade estoient, qu’ilz en devises disoient1 toutes et chacunes les communications et parlemens heuz et tenuz en la dessusdite assemblée avoient estez mis , rédigez et compilez par escript en forme de dialogue, où non seullement la vérité de la substance des choses dictes et proposées estoit gardée sans flescbir, ains quasi les propres motz et parolles des collocutions estoient retenues et rapourtées par monseigneur le grand chancellier 2, cliief de Favantdite ambassade, personnaige en vérité saige, savant, sensé, expérimenté, austant laborieux et de grand travail qu’il affiert à la tant pésante charge à luy commise. Quoy oyant ne l’ay mis en nonchaloir, ains pour satisfaire à mon affection, et entendre ce que tant de gens convoytoient sçavoir, j’ay procuré que ledit dialogue, compilé et composé en langue latine, a esté mis en mes mains; lequel, après l'avoir leu et releu, j’ay trouvé de tel artifice, utilité et fruict que possible n’a esté m’astenir le translater en langue valonne ou Françoise, affin qu’il vienne à l’entendement et intelligence des bons serviteurs et subjeetz de ladite très-sacrée majesté, non sçavans la dessusditc langue latine. Et ayant parfaict et mis à fin ceste translation , me suis advisé que c’estoit chose convenante , pour premier et avant tous , vous présenter, à la fin d’en ordonner faire devant vous lecture , comme sur tous de telz affaires raison doit estre rendue méritoirement comme vraye zélatrice et instauratrice de paix, par le bon et prudent conseil de laquelle tous les affaires de la monarchie , voyre de l’universel monde , sont entenduz , gouvernez , moyennez et adressez, comme douhée de telle grâce que dame de renom par cy-devant, ny autre de présent, n’a sceu attaindre. Con-

1 (Que.)

2 Mercurin Arborio de Gattinara, d’une famille originaire du comté de Bourgogne, qui, dès le xiue siècle, était établie dans le Piémont, devint en i5o8 président du parlement de Dole, ensuite chancelier de l’empereur Charles V, puis cardinal en 1629. Il mourut l’année suivante, quel-

ques jours après une visite qu’était venu lui faire le monarque dans la ville de Trente, où il s’était retiré. Dunod, dans ses Mémoires pour l’Histoire du comté de Bourgogne, III, 168, et de Gregory, Storia della Vercellese letteratura, partie II, 65, le citent comme auteur de la Relation curieuse et inédite que nous publions.

sidérant en oultre que ledit dialogue vous playra et sera moult agréable, ouquel se comprent la venue dudit cardinal-légat d’Angleterre en cestedite court devers la très-sacrée majesté, lorsqu’elle estoit en sa ville de Bruges; l’advenue des guerres, divisions et mutacions où avons estez et fusmes , et la cause d’icelle ; la rompture des traictez de paix et aliances faictes par le roy de France ; la nature , condición et ligièreté des François pour entrer en traictez et confédéracions, et le semblable pour la dissolucion d’iceulx, que vous-mesmes avez autreffois gouttez, prové1 et souffert à desnaturée, dampnable et pitoyable enseigne; leurs incessantes et continuelles praticques et machinacions contre leurs voysins, semblables ou plus grans, pour tousjours de leur possible les affoyblir; les tittres, bons et vrays drois que ladite très-sacrée majesté a ès royaumes de Navarre , Naples, duché de Bourgoingne, ressort de Flandres et d’Artbois, contey de Bourgoingne, Guynes, Masconnois, Pontliieu, les villes estans sur la rivière de Somme , que plusieurs autres pièces , principaultez , pays et seignories voyre en tout le royaume de France, et tant à raison de la succession de la maison de Bourgoingne, royaume d’Espaigne, archiducé d’Austrice que de l’empire; la nouvelleté faicte par le Turc derrièrement en Ungrie à l’inhortacion , comme aucuns présument, de certains pervers chrestiens; la bonne voye et moyen que l’on doit tenir pour faire bonne, seure, perdurable paix, avec plusieurs autres choses desquelles le bon serviteur de ladite très-sacrée majesté, s’entremectant ès choses de son estât, se peult bien fort édifier et informer. Si vous supplie en toute humilité , il vous plaise recepvoir cestedite translación, et de vostre très-humaigne , très-benigne grâce et doulce clémence, supporter le groz, rude, lourt, maladjoncé et façonné langaige bourguignon du translateur2, vostre très- humble subject et serviteur, ayant regard non pas à ses savoir et valeur, ains à

1 Eprouvé. était messire Claude de Chassey, maître

î Suivant une note du chancelier de aux requêtes ordinaires de l’empereur, né Granvelle, mise en tête du manuscrit dont dans le comté de Bourgogne, la présente copie a été tirée, ce traducteur

PAPIERS D’ÉTAT la bonne, vraye, affectionnée et fervente volunté qu’il a au service de la dessusdite très-sacrée majesté de l’empereur, vostredit nepveu, de vous et de tous mes seigneurs et dames de vostre très-noble , trèspur et incomparable sang.

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