‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 35 sur 153 · EN L’AN MIL CINQ CENS XXI · texte numérisé non relu

EN L’AN MIL CINQ CENS XXI

Par le moyen de très-hault, très-puissant et très-excellent prince, le roy d’Engletcrre , pour l'appaisement des différendz suscitez d'entre nostredit sainct-père le pape , Léon Xe de ce nom , Charles-le-Quint, par la divine clémence, empereur des Romains, tousjours auguste, roy catholicque de Germanye, des Espaignes, des Deux-Secilles , de Jérusalem, etc., et François premier, roy de France, composées par façon de dialogue, translaté de latin en français, ou personnaiges que l’on introduit disputans et parlementans sur icelles communications ; et sont lesdits personnaiges quatre en nombre, assavoir le très-révérend cardinal-légat et lieutenantgénéral d’Engleterre 2, comme médiateur au nom dudit roy d’Engleterre ; révérend père en Dieu monsieur l’évesque d’Asque, ambassadeur, nunce et commissaire député par nostredict sainct-père; messire Mercurin de Gattinaire, chevalier, baron d’Ozan et deTerruge, grandchancellier dudit empereur, et messire Anthoine de Prat, aussi chevallier et chancellier dudit roy de France; et commence ledit cardenal en parlant comme s’ensuyt :

LE CARDENAL

Magniftcques et excellans messieurs les ambassadeurs, incontinant que le roy mon maistre a sentu et apperceu les débatz et contrariétez méhuz et suscitez, premier d’entre la très-sacrée majesté de l’empereur et le roy de France , et en après d’entre nostre sainct-père le pape et icelluy roy de France, et que guerre se mouvoit entre eulx, il a esté, en vérité, de tout son cueur dolant et desplaisant, tant pour ce qu’il est du tout desdié et adonné à nostredit sainct-père et au sainct-siége apostolieque, lequel, avec la sainete église romaine, il a tousjours tâché deffendre et tenir la main à son indempnité, que pour la commune amytié et confédéracion qu’il a avec les dessus nommez princes contendans, des discors et dommaiges desquelz, qu’ilz tant sont ses bons amys et aliez , il ne peult sinon amairement douloir et avoir regret, joint qu’il semble les armes des chrestiens, que se debvoient employer contre les ennemys de la foy, s’apprester

1 Ces conférences, ouvertes le 4 août , 2 Thomas Wolsey, archevêque d’York,

durèrent trois mois et furent sans résultat.

et convertyr pour l’effusion du sang d’iceulx chrestiens; dont affin de conserver l’affection qu’il a envers ledit sainct-sicge et l’avantdite ferme amytié commune qu’il a avec iceulx ses aliez et confédérez, destourner les dommaiges éminens et subvenir à la chose publicque de la clirestienté , il a advisé s’entremectre et se offrir pour médiateur et amyable appaiseur, et à ceste fin envoyer ses embassadeurs devers ung chacun des dessusdits particulièrement, pour eulx rappourter et submectre desdits differens à luy, comme médiateur et commung amy, députer et ordonner par ung chacun cl’ eulx en droit soy leurs ambassadeurs fourniz de pouvoirs souffisans , lesquelz iceulx différends puissent amyablement estre traictez et appaisez; et que cependant, d’une part et cl’autre, les armes fussent posées. Pour ausquelles choses entendre et les conduyre» à bon port, il se fût très-volontiers icy transpourté en sa propre personne, sans les groz et pesans affaires de son royaume lesquelz l’ont retenu , et pour ce il m’a destiné et envoyé ceste part en son lieu , comme représentant sadite personne et son lieutenant-général, en ce nom constitué et fondé de trèsample auctorité et puissance, comme il est contenu en ses lectres patentes, lesquelles je vous exhibe et en fais hostencion, pour en faire, si bon vous semble, lecture. Pour à quoy satisfaire de ma part, sans avoir regard à l’indispocicion de santé de ma personne , à pluisieurs grands et pesans charges et affaires esquelies j’estoye détenu et empesché, et icelles arrière mises à la plus grosse diligence qu’il m’a esté possible, ayant eschappé parmy rudes et continuelz troubles et périlz de mer, suis arrivé en cedit lieu , prest et appareillé à m’employer de tout mon possible pour l’appaisement et amyable composition des dessusdits discortz et différens; grandement resjouy de ce que vous, messieurs les ambassadeurs, y estes semblablement venuz, que n’est, comme je tiens, sans bonnes et souffisantes lectres de procurations et pouvoirs, dont ung chacun de vous, en droit soy, pourra faire apparoir. Si vous requiers que , pour l’effect désiré des choses avantdites, ung chacun de vous veuille travailler m’assister pour rencontrer amytié et paix. Et pour ce que fort mal-séant seroit,

comme il me semble , que traictant icy , les armées desdits princes feissent entre eulx la guerre, pour eschever qu’iceulx princes ne soient plus avant irritez et n’accroissent en noyse l’iing à l’encontre de l’autre , ains que plus tôt et facillement l’on puisse parvenir à moyenner ladite paix , sera pour le mieulx de , pendant ceste assemblée et que traicterons de concorde , faire surceoir et cesser ladite guerre , que se pourra faire d’ung commung consentement par vous respectivement , en vertu de vosdites lectres de pouvoirs et mandemens , que vous exhorte et prie faire, et que voluntairement et franchement me dictes et déclarez vos intencions ; et pour ce que l’on doit commencer au plus digne, monsieur le nunce et commissaire aposto- Jicque parlera le premier pour la part de nostredit sainct-père.

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