AU CARTEL DU ROI DE FRANCE
(Mémoires de Granvelle, I, f3 89 v°.)
Monçon, sans date (juin 1 5 2 8 ! .
Pour respondre à vostre cartel , je dictz que mon très-clair droict et vostre tort sont si manifestes à Dieu et à touts les oyans, que les paroles déshonnestes contenues en iceluy sont trop plus à vostre répréhension qu’à la mienne, qui mectés ma volonté en très-grande seurté et repos. Et puisque j’ai cet advantage, qui est le principal, j’espère que Dieu, vray juge de toutes choses, me donnera ce qu’ordinairement en succède, qu’est la victoire. Et pour ce, joinct que je cônnois le bien qui viendra en la chrétienté à éviter la mort de plusieurs par l’une des nostres , je suis très-contant d’accepter vostre demande; et pour l’effect d’icelle je consens et accepte le camp et le choix d’iceluy, comme par vostredict cartel le m’avez mandé. Et quant aux armes, ne m’en veux débatre, ains ensuyvre les loix de noz prédécesseurs : car en nostre propre faict ne devons inover, ne chercher coustume non permise à telles personnes ; pour ce vous diz que m’envoyez monstrer les armes, si elles sont telles que chevalier puisse combattre d’icelles, et ce faisant, n’aura délay à nostre journée, et se autrement le faictes, tout le monde cognoistra qu’avez plus la volonté à cautelles qu’à combattre. Et pour ce que les hommes de basse condition et de peu de cœur usent de telles astuces , pensant par icelles trouver l’avantage qu’ilz n’espèrent en leurs personnes , et qu’à telz , comme vous et moy, n’est licite ni permectent les loix de noz pré-
décesseurs, et ne seroit bien faict laisser le permis pour choisir le cauteleux et indeu , me conformant à justice et raison , vous prie que choisissez les armes et les me signifiez , et que tost en sois adverty ; et sçachant en quelles armes devrons combatre , vous envoiray incontinant trois champs qui seront seurs, afin que choisissez celluy qui sera le plus agréable à vostre volonté ; et en iceluy, j’espère que, à l’ayde de Dieu, qui est le vray justicier, deffendant mon très-clair droict, la vérité donnera à cognoistre vostre tort à tout le monde. Faict à Monçon.
RÉPONSE