‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 83 sur 153 · DE L’EMPEREUR CHARLES-QUINT · texte numérisé non relu

DE L’EMPEREUR CHARLES-QUINT

ENVOYÉ À FRANÇOIS i".

(Apologie de Charles V, 269-271.)

Monçon, 24 juin 1528.

Charles, par la divine clémence, empereur des Romains, roy des Allemaignes, des Espaignes, etc. à vous François, par la grâce de Dieu, roy de France , faiz savoir : comme par Guyenne, vostre hérault, j’ay le huitième de ce moys de juing receu vostre cartel du vingt-huitième de mars, lequel, de plus loing que de Paris en ce lieu , eust peu plustost venir; et ensuyvant ce que de ma part fut dit à vostredict hé-

rault, je vous responds à ce que dictes que , en aulcunes responces par moy faictes à voz ambassadeurs et héraulx envoyés devers moy pour bien de paix, me vuiliant sans raison excuser, vous ay accusé, queje n’ay jamais veu hérault venant de vostre part synon celluy qui vint à Bourgos me intimer la guerre. Et quant à moy, ne vous ayant en riens failly, je n’ay nul mestier me excuser, mais vostre faulte est celle que vous accuse ; et en ce que vous dictes que j’avoye vostre foy, vray est, entendant de celle que vous avez donnée par le traicté de Madril , selon qu’il appert par escriptures signées de vostre main, « que retour- « neriés en ma puissance comme prisonnier de bonne guerre, en cas « que n’accomplissiez ce que par ledict traicté m’aviez promis. » Mais que j’aye dit , comme audict cartel dictes , que sur icelle et oultre vostre promesse vous estiés alé et parti de mes mains et de ma puissance , ce sont motz que oncques ne ditz; car jamais n’ay prétendu d’avoir vostre foy de non partir, mais bien celle de retourner en la forme traictée. Et si eussiez ainsi faict n’eussiez failly à vos enffans ne à l’acquist de vostre honneur; et à ce que dictes que, pour deifendre vostre honneur, lequel en ce cas seroit trop chargé contre vérité, vous avez bien voulu envoyer vostredict cartel , par lequel dictes que encoires que tout homme gardé ne puisse avoir obligación de foy, et que cela vous fust excuse assez soufïisante, ce nonobstant vuiliant satisfaire à ung chacun et à vostredict honneur, lequel dictes vouloir garder et que garderez, si Dieu plaît, jusques à la mort, me fêtes entendre que si vous ay voulu ou veulx charger, non pas de vostre foy et délivrance seullement, mais que vous ayez faict chose que ung gentilhomme aymant son honneur ne doive faire, dictes que j’ay menty par la gorge, et que austant defoysque le diray que mentiray, estant délibéré de deifendre vostre honneur jusqu’au dernier boult de vostre vye ; je vous respondz que, ensuyvant la forme traictée, vostre excuse d’avoir esté gardé ne peult avoir lieu. Et puisque tant peu extimez vostre honneur, il n’est merveille que nyez estre obligé d’accomplyr vostre promesse; voz parolles ne souffisent pour satisfaire à vostredict honneur, car j’ay dit et diray sans mentir, que voz avez fait

laschement et meschamment de non m’avoir gardé la foy et promesse que j’ay de vous, selon ledici traicté de Madril; et en ce disant, je ne vous charge de choses secrètes ou non possibles de preuver, puisqu’il appert par escriptures signées de vostre main , desquelles ne vous pouvez excuser ny les nyer. Et si vous voulez affermer le contraire, puis seulement en ce cas je vous tiens habilité pour combatre. Je vous ditz que pour le bien de la chrestienté, et éviter effusion de sang et mectre par ce fin à ceste guerre, et pour deffendre ma juste querelle , ce que dit est de ma parsonne à la vostre estre véritable ; et ne veulx user envers vous de telz motz que vous faictes, veu que voz euvres mesmes sont celles, sans ce que je ne aulire le dye, qui vous desmentent, et aussi que chacun peult user de telz propoz plus seurement de loing que de prez. A ce que dictes que, puisque contre vérité vous ay voulu charger, doiresnavant ne vous escripve chose, mais que je vous asseure le camp et vous me porterez les armes ; il vous fault avoir pacience que l’on dye ce que vous faictes et que je vous escripve ceste responce, par laquelle je vous ditz que je accepte de vous livrer le camp, et suis contant pour ma part le vous asseurer par tous les moyens raisonnables que sur ce seront advisez. Et à cest effect, et pour plus prompt expédiant, je vous nomme dois maintenant le lieu dudit combat sur la rivière qui passe entre Fontarabye et Andaya , en tel endroit et de la manière que de commung consentement sera advisé plus seur et plus convenable ; et me semble que par raison ne le pouvez aucunement refuser, ne dire de non estre bien asseuré, puisque y fustes délivré, en recepvant voz enffans pour hostaiges,et moyennant vostre foy paravant baillée pour vostre retour, comme dit est ; et veu aussi que sur mesme rivière fyates vostre parsonne et celle de voz enffans, pouvez bien fyer la vostre seule, puisque je y mectray la myenne, et que, nonobstant la situation dudict lieu , se treuvera bon moyen qu’il n’y aura avantaige plus à l’ung que à l’autre. Et à l’effect que dessus , et pour appoincter sur l’élection des armes que je prétendz me appartenir et non à vous, et afin qu’il n’y ayt longueur ne dilación

PAPIERS D’ÉTAT en la conclusion, pourrons envoyer sur ledict lieu gentilzhommes d’ung chacun cousté , avec souffisant pouvoir d’adviser et conclure tant de la seurté esgalle dudict camp que de l’élection desdictes armes , pour l’effect dudict combat et du surplus touchant à ce cas. Et si deans quarante jours après la presentación de ceste ne me respondez et ne me advisez de vostre intención sur ce , l’on pourra bien veoir que le délay du combat sera vostre, que vous sera imputé et adjoinct avec la faulte de non avoir accompli ce que vous promistes à Madril. Et quant à ce que protestez que sy, après vostre déclaration , en aultres lieux je ditz ou escriptz parolles qui soient contre vostre honneur, que la honte du délay du combat en sera myenne , veu que venant audict combat c’est la fin de toutes escriptures, vostredicte protestación est chose bien excusée ; car ce n’est à vous me garder1 que ne dye vérité, encoires qu’il vous griefve, et aussi je suis bien seur que par raison ne puis recepvoir honte du délay du combat, puisque tout le monde peult congnoistre l’affection que j’ay d’en veoir l’effect. Donné à Monson, en mon royaulme d’Arragon , le vingt-quatrième jour dudict mois de juing, l’an mil cinq cent vingt-huit.

CHARLES

(Et scellé de son scel du secret.)

Empêcher.

INSTRUCTIONS

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