DE L’EMPEREUR A BOURGOGNE, SON HÉRAUT D’ARMES
qu’il ENVOIE AU ROI DE FRANCE.
(Apologie de Charles V, 267-269.)
Monçon, 24 juin 1528.
Mémoire à Bourgoingne, nostre roy d’armes. Qu’il preigne son chemin d’icy à Fontarabye, et si son sauf-conduit estoit desjà arrivé , que en ce cas , par vertu d’icelluy, de quelque forme qu’il soit , il passe incontinent oultre à Bayonne; et synon qu’il actende ledict saulf-conduit, et de quatre en quatre jours il envoyé ung trompette audict Bayonne pour le- solliciter, en prenant tousjours instrument de sa diligence, selon que bon semblera à nostre gouverneur dudict Fontarabye.
Quant ledict Bourgoingne sera arrivé à Bayonne , qu’il ne séjourne point , mais en la meilleur diligence qu’il pourra s’en voise droit au lieu où sera la personne du roy de France , et travaille incontinant de treuver moyen de parler au grant-maistre , ou , en son abscence , à aultre principal de sa court pour avoir plus tôt audience publicque , et de ceste diligence fera mémoire pour sa relación.
Ledit Bourgoingne aura si bonne conduicte et prudence en soy que à personne vivante il ne déclaire ne descouvre une seulle parolle de sa charge , de quelque manière qu’on luy en demande , synon qu’il a ordonnance de dire le tout audict roy de France mesmes.
Après que ledict Bourgoingne aura obtenu heure d’audience, se treuvera à ladicte heure , sa cothe d’armes vestue , là où sera ledict roy; et, après avoir fait la. révérance, dira tout hault et droit : « Syre,
PAPIERS D’ÉTAT la très-sacrée majesté de l’empereur et roy, mon souverain et naturel seigneur, m’envoye devers vous; il vous plaisra, syre, me donner licence de fère mon office comm’il m’est commandé, et, au surplus, m’entretenir et faire garder vostre sauf-conduit. »
Sur ce, ledict Bourgoingne ourra ce qu’il lui dira, et comm’il fait à croire luy accordera sa requeste , parquoy dira ce que s’ensuyt :
« Syre , l’empereur vous envoyé par moi cestuy cartel , pour responce à celluy que Guyenne, vostre roy d’armes, luy a naguères apporté de vostre part, et m’a sa majesté commandé de le lire et puis bailler en vostre main. »
En cela disant, ledict Bourgoingne ouvrera le cartel et le lira tout hault, et après le baillera ès mains dudict roy de France, et le luy avoir donné luy dira :
«Syre, j’ay aussi commandement de l’empereur de lire et puis vous donner cet escript , qu’est ung extraict auctenticque du 1111e article du traicté de Madril, par lequel apert évidemment estre véritable ce que sa majesté vous escript par son cartel ; » et en cela disant, ledict Bourgoingne ouvrira ledict escript et le lira tout hault , et après le baillera ès mains dudict roy de France.
Et s’ainsi est qu’il dit à Bourgoingne qu’il ne lise point ny ledict cartel ny ledict escript , ou démonstre ne luy vouloir permectre , ledict Bourgoingne lui respondra en tel cas ce que s’ensuyt : « Syre , vous m’avez donné congé de fère mon office comme il m’est commandé; il vous plaira ne me forcer au contre; » et sur ce travaillera de lire ledict cartel, et que ce soit tout hault, et le semblable fera dudict escript par l’ordre que dessus.
Et si ledict roy de France, avant que vouloir rien ouyr lire, demande si nous luy asseurons le camp , ou veult savoir aulire chose dudict Bourgoingne à ce propoz, ledict Bourgoingne luy respondra,
« Syre , vous l’orrez par le cartel de sa majesté , » et sur ce lira comme dit est.
Et si tout ce nonobstant, ledict roy luy deffend, ou ne luy veult souffrir lyre ny ledict cartel ny ledict escript, dira lors, « Syre, puisque
ne voulez que je face mon office selon ma charge , je me tiens pour forcé et en feray la relación ; » et sur ce baillera ledit cartel ès mains propres dudict roy de France.
Et si desjà ne luy avoit parlé dudict extraict dutraicté de Madril , luy en parlera alors par la forme et ordre , et avec les parolles que dessus , en travaillant de aussi le lire , et après le bailler ès mains dudict roy de France.
Et si ledict roy de France ne vouloit prendre ledict cartel, alors ledict Bourgoingne le gectera devant ledict roy de France , et luy dira:
« Syre , puisque ne voulez recepvoir ce cartel de responce, je pro- « teste que sa majesté impériale le notisfiera et publiera en tous lieux « où luy semblera bon et convenable. » Le semblable dira aussi quant audict extraict de Madril , qu’il gectera aussi devant ledict roy de France , en cas qu’il ne le voulsit prandre.
Et si sur cela procèdent parolles dudict roy de France ou d’autres, il fault que ledict Bourgoingne les oye bien et responde tousjours ce que s’ensuyt , sans s’eslargir en aultres parolles pour non fadlir : « Syre, je feray rapport du tout à sa majesté , lequel suis seur fera tousjours ce que ung prince vertueulx doit pour son honneur. »
Et si ledict roy de France prent le cartel, et qu’il face instance audict roy d’armes Bourgoingne qui porte la responce , il respondra qu’il la portera très -voluntiers et en la meilleur diligence qu’il pourra; et s’il dit qu’il envoyerra sadicte responce par aulire, et qu’il faut qu’on luy face avoir pour ce saulf-conduit , respondra que en tel matière n’est besoing saulf-conduit pour officiers d’armes , lesquelx sont privilégez ; et que si son hérault n’eust demandé saulf-conduit le premier, que l’on n’en eust point demandé de nostre cousté ; et que si celluy qu’il vouldra envoyer avec sa responce désire entrer par saulf-conduit, que, en nous advertissant, il sera incontinent envoyé à Bayonne , comme a esté fait audict hérault Guyenne. Et s’il se veult fier de venir par deçà par le chemin de Fontarabie , qu’il ne lui sera faict nul empeschement pour amour de la qualité de ceste matière , en faisant ledict roy de France fère le semblable de sa part.
Cela dit, et achevé son office, soit par l’une ou l’autre des voy es que dessus, ledict Bourgoingne monstrera de vouloir partir dudict roy de France, et, faisant sa révérance , dira : «Syre, l’empereur m’a aussi commandé de bailler ès mains du bailly Robertet , vostre secrétaire, ou d’autre tel qu’il vous plaira, ung escript que véez icy, pour satisfaire à celluy que ledict Guyenne porta dernièrement de vostre part , quant il bailla vostre cartel. » Et sur ce , ledict Bourgoingne baillera ledict escript à tel que ledict roy de France ordonnera le prendre , ou en faulte que nully le preigne , le laissera illec , et dira à celluy roy qu’il luy plaise luy donner congé , pour s’en retourner en vertu de son saulf-conduit; et sur ce, ouye la responce dudict roy, ledict Bourgoingne partira de sa présence , sans plus soy y treuver ñe parler à luy.
Et en cas que ledict roy d’armes Bourgoingne feusse détenu en paroles, sans le vouloir dépescher en France pour retourner par deçà, il fera de rechiefz demander son congé, et non le pouvant avoir, il le demandera après au plus tôt qu’il pourra, et en place publicque, quant ledict roy de France yra à l’église à messe, ou aultres lieux qu’il luy pourra parler, et luy dira qu’il proteste estre détenu contre sa volunté.
De son besoingné il prendra acte pour sa relación à la vérité , comme en tel cas est accoustumé faire.
Et au surplus, ledict Bourgoingne aura regard surtout de point se copper, et qu’il parle moings qu’il pourra et si peu qu’il n’en soit reprins. Donné en Monzon, le xxime jour de juin, l’an xvc xxvm.
CHARLES
Par ordonnance de sa majesté :
LALLEMAND