‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 96 sur 153 · ENVOYÉ VERS LE PRINCE D’ORANGE ( EN ITALIE · texte numérisé non relu

ENVOYÉ VERS LE PRINCE D’ORANGE ( EN ITALIE

(Mémoires ele Granvelle, I, 173*177.)

Madrid, septembre 1528.

Ce que vous, Balançon , aurez à dyre à monsieur le prince de ma part , outre l’autre instruxion que vous baillay au partir pour l’advertyr de ce qui est puis succédé, est ce qui s’ensuit :

Premier, que je ne fays nulle doute que il se sera assez esbay de veoyr vostre longue demeure. Et je ne m’en esmerveille; car sans faute eut mieulx valu que elle ne fût esté si longue; et pour ce que je sçay que luy ferez rapport des raisons1 2 [qui, s’opposant à votre?] parlement, furent cause de tant de [retards , je ne] vous en ferez en cete mention, si [la nécessité ne l’exigeoit?]. Mais, pour ce que je suis sehur que vous trouverez aussy estrange vostredite longue demourée, depuis vostre partement, que luy, et en pourriez estre, comme la rayson veult, assés fasché; affin que par ceste povés veoyr les causes et vous en satisfeyre, pour luy en fayre à vostre venue le raport, en veus çy mestre par escrit aucunes, lesquelles, je vous promès, m’ont plus fasché que à nul eût peu fayre , tant pour la difficulté en quoy m’ont mis la chose que plus je désire , que pour la crainte que j’avoys , que par le délay ne se causât la rompture. Toutefois, par ce que verrez

1 Gérard de Rye , seigneur de Balançon, gne, qui s’est éteinte dans le xvne siècle,

chambellan et second sommelier du corps 2 Cette lacune et les suivantes sont dues

de Charles V, était issu d’une des plus à l’état de détérioration de cette dépêche , illustres maisons du comté de Bourgo- écrite tout entière de la mainde l’empereur.

cy-après , j’espère avoyr pourvu à tout et ramandé ce en quoy avoyt eu faute.

Je me fays aussy doute que il trouvera estrange, que puisque avez tant tardé , que ne luy envoyé plus grosse somme; à quoy je satisleray par ceste cy après , et diray les causes qui à ce me meuvent : et pour commenser à ce fayre , ce sera avec ces deux poins :

Dez que après avoir escript votre autre instruxion , laquelle vous envoyay , que n’avoys fayt sans demourer fort las , tant des affayres des co[ronnes], que de avoyr escript ycelle et autres choses. . . . pour la despesche de Flandres, j’estois bien ayse d’avoir achevé et povoyr ung peu reposer du travayl passé , ce que fus constraint de fayre, moy estant arryvé en ce lieu, où pensois trouver receute la somme d’argent contenue en vostredicte autre instruxion, du servyce de ces réaumes de Castille ; et outre pensois tost avoyr quelques nouvelles de la venue des Allemans, et tant plus pour ce me haster d’apareyller les choses nécessayres à l’effect de la résolution que avoye fayt, selon que est contenu en vostredite instruxion ; outre j’espéroys tost sçavoir l’arryvée des Allemans au secours de Naples.

Et davantage, pour ceste heure je cuy dois bien avoyr conclut avec le roy de Portugal ; mès il me samble que j’ay bien compté sans l’oste : car l’argent que cuydois jà deu estre receu , ne l’est point encores. Vray est que dedans deux moy s pourray anvoyer recuidre 1 ce dont me pourray ayder promptement, et la reste que viendra à ce recevoir à plus longs termes servyra à la parpaye de deux en deux moys de ce que auray à payer à Andrea Dorya; de sorte que ce que pensois me devoyr couster à acoustrer les xxvi ou trente galères, la somme ne sera sy grande en argent contant, dont me pourray de tant plus ayder, et ce que ici ne ce reçoit ne [se dépense aussi?], mais vyent bien à point pour la paye dudit Dorya comme des Allemans que j’attendois.

Vous aurez jà sceu la venue de Monfort , lequel me trouva en Guadalajara le jour que je arrivay en ceste ville, et estoit passé par France et n’avoyt assemblé lesdits Allemans pour ne fayre despence ! Recueillir.

perdue, luy semblant et à ceulx de delà que la sayson estoit tardive, de sorte que ils ne sont venus, ny a pour ceste heure aparance de les mander, ny n’en est besoing. Du secours des Allemans qui devoyent aller à Naples, vous sçavez jà comment ils sont retournez en leurs maysons sans riens fayre.

De l’apoinctement de Portugal , le roy est venu à aucunes condycyons qu’els ne sont bonnes, et la somme n’est sy grande qu’il olire que bien voudroys. Il n’y a riens de [conclu] ; mès si j’avoys affayre à gens quy [eussent] un peu de sens, je penseroys [tost] avoir layt avecques eulx; mès pour ceste faute je ne vous en sçauroys ancores que dyre, synon que ils seront bien desraysonables sy je ne achève et conclue tost quelque chose ; de sorte que toutes ces choses me sont venu [au contraire de ce?] que pensois, et n’y a eu que [le traité?] avec ledit Dorya, lequel [s’est trouvé bien?] à propos avoyr esté fait plus tost que je ne pensois l. Outre vous avez sceu la venue du cardynal avec ledit Wanry, pour lequel cardynal dépescher ay perdu plus de tamps que besoing me eût : toutefois il ne s’en est peu moyns fayre.

Et velà les ray sons qui ont causé vostre demeure tant longue, tant pour attendre ledit cardynal , lequel passe avec vous , que pour me résoudre comment je remédyrois à ces fautes survenues tant mal à propos. Et puisque je pense pouvoir sytost fayre un si bon secours à monsieur le prince , comme cy-dessoubz entendrés , ne m’a samblé nécessayre luy envoyer autre somme que celle que portés, avec laquelle il résoudra de fayre selon que par vostre autre instruxion est dit, et que présentement par lettre de main de secrétaire vous est [ écrit] , et luy dyrés de ma part que surtout il travaylle d’apointer avec l’armée, selon la charge que vous ay paravant ordonné luy dyre ; car cela ne peut que servyr à tous avénemens.

Et affin que il soit averty de la sorte que me suis résoulu, me semble mon intención ce pourra exécuter selon mon désir, qui est de me trouver en lieu où je puisse gagner et accroistre honneur et réputation. Vous luy direz que, ayant entendu par la langue, d’au-

1 Voyez la pièce suivante , page 43g.

cuiis [amiraux?] que n’y avoyt pour le présent moyen plus prompt ne meilleur de enprendre par autre lieu que par le chemin d’Etalie, me suis délibéré, aulx condicions et de la sorte que en vostre autre dite instruxion est contenu, de prendre le chemin par la nier du levant en Ytalye, et de apareiller pour cest effect, et lesser tous autres, pour ne perdre tamps à l’accessoyre et laysser le princypal. Et pour ce que, attendant jusques au printamps, les affayres n’en eussent de riens mieulx valu, et cest argent, que ay peu et pourray assembler, feut esté despandu avant ce tamps, et par ce n’en eusse plus peu avoir en effet mon désir, ou si je ne l’eusse voulu despandre, le dylay eût peu causer grant inconvényent à mes affayres, et ne sçay comment mon armée ce eust peu soustenir, m’a semblé, et aynsy exécuteray l’apareyl, d’envoyer promptement deux mille hommes en Cecyle, pour fayre ce que ledit prince leur commandera, comme est contenu en une lettre que luy escrips de mayn de secrétayre par vous; et outre les vm galères que j’ay commandé armer, sans les deux compaingnies de la

vostre, entens, sy. ... est incontinent, en armer à1 de xvm ou xx,

lesquelles avec celles de Andrea Dorya et de Cecyle et Naples seront bon nombre , selon les nouvelles que journellement auray dudit prince et que elles seront prestes , selon ce les envoyeray à la ble , ou attendray à les envoyer ensamble. Outre, je despesche Ribadeneyre avec charge bien expresse à Antoyne de Leyve que, avec x ou xiim hommes, tant Allemans que autres, il voye2 au réaume de Naples, soyt pour secourir ou ayder à jetter, sy possible est, les ennemys dudit réaume , et deût-il abandonner la cyté de Mylan et autres villes, et seullement garder les chasteaus ou places principales.

Et davantage, je feray incontinent et à toute diligence assembler icy jusques à vinm homes, et avec les bateaulx de l’armée des Indes feray prendre autres bateaulx à ce nécessayres pour povoyr porter lesdits vinm hommes, et les feray pourveoyr de ce que besoing sera pour povoyr passer seurement à Naples, et sy besoing fayt après,

1 Peul-être le nom d’un port de mer.

J Aille.

toute ou party e servyr d’armée de mer; car je la feray accoustrer à ce propos, et avec ycelle entens me embarquer pour passer audit Naples, et me joyndre avec ledit prince et l’armée qui là est; et sy le tamps est propice, pourvoient] aussy aller les galères coste à coste ou d’ysle en ysle, ce que espère pourront fayre. Je fays mon compte adresser tout ce que dessus pour vers la fin de novembre, ou mydessembre; car je ne pense laysser de l’exécuter en ce tamps pour l’iver, sy le vent ne me veut estre contrayre; en dedans lequel je et ung checun verra clèrement le peu de voulonté que le roy de France a monstré de venyr à i’effect du combat. Et de ceste sorte, sy j’ay cest heur de pouvoyr passer, et que Antoyne de Leyve puisse arryver et nous joyndre tous ensemble, j’espère que., combien que il eût mieulx valu estre fayt comme par vostre instruxion je pensois ce deut fayre, que par ce moyen mon désir s’exécutera, et les fautes pourront estre amendées. J’espère , sy ce de Portugal ne me fault , que n’aurray moyndre somme que celle en vostredite instruxion contenue, mès plus tost plus; et pour ce queje désyre avoir tost responce dudit prince et de son avys, vous ferez toute dyligence de retourner pour m’en avertyr : car ce est le meilleur servyce et plus agréable que luy et vous me sauriez fayre; combien que dès maintenant je feray prendre les navyres nécessaires et que celles

de ces réaumes ne sont si grandes que les caraques génevoyses.

Vous direz audit prince que il face avec Andrea Dorya que par son moyen l’on en envoyé ycy troys ou quatre, lesquelles, sy elles viengnent à tamps, seront receutes et m’en servyray bien. Aussy sy luy semble que ledit Dorya peut ou doyve venir avec cesdites galères, il le poura envoyer pour le tamps avant dit. Pour ce que hier je eus nouvelle que ledit prince et mes gens commensoient à ce mieulx porter, et avoyr force contre les ennemis, si d’aventure il luy sembloyt que je me pourroys joyndre avec luy et que serions soufîisans poulies ennemis , en ce cas il pourroit contremander Antoyne de Leyve, affin que il n’abandonnast l’estât de Mylan; et sy luy samble meilleur le leysser venyr vers luy, le pourra haster selon que le besoing en

PAPIERS D’ÉTAT I sera plus nécessaire?] ; et luy dyrez que aynsy le veuille fayre , que il fera bien de se ayder et servyr de luy, et le bien traiter et hounourer en quelque charge convenable. Jay ceste chose autant à cueur que vous avez peu connaistre : je dis ce voyage ; et pour ce, vous en advertyrés ledit prince affin que il dresse les alïayres selon [ce].

De mon cousté, il n’y aura faute à ce que dessus; car quand ce de Portugal me fauldroit, sy espéreroys trouver autre moyen soufïisant; et quand aynsy ne pourroit estre, fût par faute d’argent, ou pour ne povoyr contenter ny veoir moyen de satisfayre à l’armée, sy feray-je apareiller le tout, pour me régler selon que ledit prince m’avertira; et luy prierez de ma part que ce soit tost , et par vous gardant le secret : car tout ce que je apreste est sous ombre de secourir et jetter les ennemis du réaume, et nul ne se doute de mon intention , ne n’en scayvent riens. Et priez audit prince de ma part que il n’en escripve à nuis de ceulx qui sont auprès de moy ny à autres, et derechief que tost il me avertisse de ces nouvelles et je feray le semblable des miennes et que pourray

Wanry, lequel je pense envoyer avec eulx pour l’avertyr en l’estât que les choses seront ; mes il n’est besoing que il l’attende pour vous despescher, car il n’y a que bien que quant l’un va l’autre [retour ]ne. Faict en Madrit, de ma mayn de septembre, an xxvm.

Vous n’oublierez , ce besoing fait, de jecter ceste à la mer, et en quelque cas qu’il peulle survenyr, pourvoyez-y de sorte quelle ne soit veue que par monsieur le prince , et tel que par luy vous semblera povoyr avertyr et bien informer ledit prince.

CHARLES

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