PRINCE D’ORANGE
A M. DE BAEANÇON *.
(Mémoires de Granvelle, I, 179-184 )
Sans date. [Après septembre 1 5 28 . ]
Intrucyons à vous , monsieur de Balençon , de ce qu’aurez à dire à l’empereur touchant ce quy vous a donné de charge à me dire, et qu’yl luy plest escouter et commander que l’avertisse , sera ce qu’y s’ensuyt :
Et premièrement, après luy avoyr faytes mes très-humbles recommandatyons, luy remercyerés de honneur qu’yl luy plest me Fayre de se fier en moy de chose tant d’importance que d’aventurer sa personne , sur le raport que luy ferez de ma part , et pour avoyr conneu l’afectyon qu’yl a, et le commandement qu’yl me fet, comme serviteur suys contraint de luy répondre en cest endroyt. Et d’aultre part, véant l’importance de sa personne et l’inconvényant qu’en pourroyt soudre, non-seulement à luy seul, s’il en mésavenoyt, mais à toute critienté, me remets en son électyon de l’entreprandre ou le lesser: car je suis asseuré que luy et tant de gens de bien quy sont en son servyse, saront bien eslire le meilleur. Mès pour respondre et donner avys, sy tant est quy treuve pour le meilleur party venyr ,ilcy plustost qu’en autre lieu, luy direz que, pour satisfacyon de moy-mesmes, m’a semblé que sy jeune teste que la mienne ne devoyt seule respondre en cas sy grant2, et que puysque sa magesté m’avoyt mys en liberté de communyquer cest affère avec ce us quy
1 On trouve quelques fragments de cette Granvelle, par D. Prosper Lévesque, I,
dépêche dans les Mémoires de littérature p. 53-56.
par Desmoléis, IV' partie, I, p. 56 à 58, 2 Philibert était alors âgé de vingt-six
et dans les Mémoires sur le cardinal de ans.
PAPIERS D’ÉTAT me sembleroyt qu’yl luy pourroyt donner conseil seur, secret et
léal; après avoyr pris la foy d’eux d’ainsy le fère1 prie leur
dire à fère comme avez. . . . que pourrez nommer, pour puis après pouvoyr plus résolutivement luy répondre ce que met cy-après par escript :
Quy sera que, après avoir veu le tant grant désir quy montre de se trouver en quelque lieu, pour donner à cognoytre à tout le monde ce que pieçà nous aultres ses serviteurs avons cogneu, qu’est d’avoyr le cœur tel qu’il a, ores qu’yl a pleut à Dieu que juques ycy ne vouloyt oblier ceus quy se sont entremys en son servyce, il est à croire que beaucopt moins lesserayt en nécécyté le maistre que nous autres, veu qu’il ne vient pour nos mérytes; et quant au monde, il peult estre asseuré que le nom de sa personne seulle luy vaudra dix mille hommes, et que beaucop de gens quy ne sçavent quelz ilz doyvent estre, ou bons ou mauvais, fauldra adonques quy démontrent le dedens. Toutefoys, au contrayre il y a beaucoup de dangiers, tant d’aventures de guerres, que aussy par faulte d’argent, venyr quelque mutynacyon et d’icelle souldre quelque revers au rebours de son intencyon et de nous autres ses servyteurs ; parellement fautte de vivres, qu’est ung cas où yl doyt bien penser ; car, comme vous le pourrez bien informer, la nécécyté est extrême en toute l’Italie universelle. Parellement aussy n’est rayson que sa personne s’aventure comme moy ou un autre feroyent; et là où je pourroys atendre le tamps à une nécécyté à mon honneur et par rayson , à luy seroyt honteux de s’arester pour nul détourbier d’ennemys; j apelle de force : car il fault que la sienne soyt sy grande qu’elle passe par-dessus le ventre à tous autres quy se mestroyt au devant. Pour quoy luy suplierez me vouloir pardonner sy je m’aventure, comme son servyteur très-humble , luy ramentevoyr et suplier de bien vouloyr penser deux fois, et après, sy se détermine de cboysir ce voyage plustot que les autres, le mesme il veuille faire, si je luy escrips par vous; et c’estes la fason qu’il me semble il doit venyr 1 Cette lacune et les suivantes existent dans le manuscrit, fort endommagé.
non sy grande que beaucop de gens pourroyt dire quy seroyt nécessayre pour sa personne , ni aussy sy petite que s’il vouloyt demeurer, queque aultre personne quelle quelle fût ne s’en deut bien contenter; et quy pense, soyt la fesant ainsy ou non, qu’en moy ne trouvera jamais autre sinon luy estre obéissant [avec] grant ou petite ou moyenne provision, comme il luy plaira le me commander; car je ne seray jamès restif à luy estre tel que je doys. Meys il doyt bien penser que pour le premier, que c’est belle chose de se fère craindre et de mestre tel pour 1 par tout le monde , que l’on pense que là où il ira tout est perdu pour ses ennemys.
Je fays ces escuses afyn qu’il ne pansât que je luy fays le cas sy gros pour ce que je y soiys, et panse ores que ces alfères mériteroyent ceste mesme provysion, non yl venant sa personne : toutefoys, s’yl ne le peult fère, il vault trop mieus que un de ses servyteurs eusse faute que luy. Il prendra, s’yl luy plest, la bonne voullonté de quoy il sest2 que je le dis. Et quant à la sagesse, je croys qu\ ne m’a jamais tenu pour ung Aristote : pourquoy, si ceste est toute malfayte, après la luy avoyr montrée, la pourés jeter au feu; s’il y a queque peu de bien , il en pourra prendre ce qu’il lui en plaira , et la reste le lesser; et s’il luy semble bien le tout, luy supplierés que je soys tost avisé de son intention : car, comme j’ay dit dessus, elle sera suyvye de la plus grande et melleur alfectyon que serviteur saroyt fère. Et surtout, n’obliés ce point, que je soye souvant averty : car vous savez combien yl ymporte.
Donques, pour commencer à l’avertir de ce quy me semble qu’il est besoin il prouvoye avant sa venue, commenserez par les vivres; car c’est chose de quoy l’on ne se sauroyt passer, et la provision quy me semble il y doyt mestre est de fère troys grosses mounycyons l’une en ce royaume , car il en y a grande nécésyté ; l’autre à ung port sur les Génoys , et me semble que Port-Ercules seroyt bon pour ce , si le pape et André Doria, quy le tient, leur rendent comme ils espèrent et einsy ont dit quy le feroyent: l’autre à Gennes. Celuy de
1 Peur. * 5 Sait.
Naples pour la seurté du royaume; celuy de Seines1 pour le chemin de ceste armée pour passer en Lombardie; et ausy que ne savons sy sera besoin séjourner en queque lieu pour fère queque effet; lequel cas avenant, ne seroyt possible, pour queque importance que se fût, sy je n’avoie vivres; et par tout le chemin n’y en a nulx. Celuy de Gennes pour sa venue et désembarquement et pour les gens qu’Antoyne de Leyve a en la duché de Myllan , et ausy pour nous quant nous y serons passé. Parquoy luy dirés que s’il luy plet venir, quy pourvoye ces troys lieux grossement de vivres ; car estant le plus fort sur la mer, il peut tousjours assembler les troys en ung quand il voudra. Et la fason de ce fère est de venyr de Cecylle , de Sardaygne et d’Espaygnc ; et posé ores que le vissroy de Cecylle dit quy en y a peu au pais, toutefoys pourra-yl beaucop ayder : par quoy est besoin que sa magesté luy escrive sur ce, selon qu’il ara envye que le cas se fase, et quant il y envoyeroit ung gentilhomme tout exprès, me semble quy n’y auroit que bien. Des deux autres lieux , je ne say leur puissance, pourquoy n’en dis riens.
Autre provision quy semble très-nécessayre que sa magesté pourvoye est que, comme luy sarez bien raconter, et quy a jà seu par autres mes lestres, il y a troys ou quatre villes en Poulie 2 quy tiennent pour les Vénicyens. Et posé ores que le marquis de La Guast y soit allé, toutefoys je ne saroys juger ce quy en aviendra, ou de la faulte de les prendre, ou de l’adresse, ou d’aucunes d’elles ou de toutes. Et à cas qu’yl le fallit, que Dieu ne veulle, je ne sçay ny ne voyS moyen comme je seusse sallir 3 ors de ce royaume, le lessant seurement garder et sallir fort 4 : car vous luy sarez bien à dire les gens que j’ay et la meschante mauvayse voulonté qu’ont ses sugets en ce royaume, et aussy l’asiète des villes sudites, lesquelles, hors deus ou troys d’elles, sont ports de mer, et est fort facille aux Vénissiens d’envoyer gens, argent et vivres auxdits lieux toutes et quante foys quy voudront, sil la mer ne leur est empêchée; j’apelie celle de
1 (Sienne?)
2 Pouille.
3 Sortir.
1 Dehors.
Poulie; car, comme yl set bien, ou autres quy sont entour luy quy l’en saurons bien informer, son armée sur ceste autre mer ne les peut empêcher; par quoy pourroyt dépêcher quatre ou cinc mille Espagnols payés, et quand se seront jusques à vi, il n’y aroyt point de mal , pour contreseger 1 ces terres par terre. Et sy tant est quy se veulle ayder de André Dorie pour son passage , c’est bien raison que ce soyt préféré à toutes choses. Meys aussi s’il luy semble que ce doive' faire tost , me semble quy doit commander audit Dorie de venir par mer défendre quy n’y entre nul secours; car ausy bien serayl contraint d’y envoyer ou luy ou autres, depuys sa venue, et en ce temps pouroyt estre tart; car ils pouroient estre ravitallés. Et ceste pourvision des Espagnolz soly citer és que ce soyt tost, afin que je puysse sortir, disant que pour ce je ne lerrés2 de chercher tous moyens pour ce fère le plus tost que pouray; mès que juques à ceste heure je n’en ay veu nulx, ny ne say sy se pourra trouver sans ce que je dis, ou que les Vénissiens vinssent à acord avec luy; en quoy ferés tout mon effort, comme il luy plet le commander.
Vous luy direz ausy qu’il est besoing quy face désendre un bon nombre d’Allemans en la Lombardie, bien payés et bien conduis; et me semble que le nombre que m’avez dit de douze mille est assés souffisant, et qu’yl est très-nésaysayre quy y soyent au tamps que je y pouroys ariver : car au bruyt que j’entens quy court pardedans ceux que j’ay'ycy, s’il j’aprouchons la frontière d’[Alle]maygne, il sont gens pour nous lesser, et le tiendroys qua[si pour vrai]; car le mesmes coronel me l’a dit.
Encore, oultre ce me semble quy pourra encore fère une porvysion, qu’est d’envoyer queque gentilhomme au roy de Hongrie, avec queque argent , s’il luy semble bon ainsy , pour fayre arester, sus hombre qu’yl dit que y veulle dessendre en personne, juques à xvi ou xviii mille lansquenets, asseurant les capitaynes et queques gens de bien , leur donnant queque peu d’argent. Et poura sortir de ceste porvysion troys biens : l’un, le premier, s’il en avoyt à fère sou- 1 Contre-assiéger. 1 Laisserai.
daynement, il les pourroyt recouvrer; l’autre, il mettra en pensement le roy de Franse, quy ne sara comme desfornir son royaume de gens, et parellement les Suysses et baucop de ceux de Italie et princypalement les Vénicyens; et le tier, que les ayant retenu l’empereur, ledit roy de France n’en ara nulz, ou au moins yl ne ara que le refus.
Direz aussi à sa magesté comme , avec l’ayde de Dieu , j’ay commencé à accorder son armée, et qu’il n’y aura désaccord avec les piétons espagnols et les Allemans, en la sorte qu’il verra par une autre instrucyon fayte en italien de main de secrétayre; et suys après pour feyre le semblable avec les hommes d’armes, chevaulxlégers et Italiens, pour parachever de mestre le tout en obéissance. Il pourra voir la grant somme quii monte, laquelle, ores qu’elle est grande , ne pensay jamais y pouvoir venyr, et n’a esté sans force mercèdes à tous les capitaynes, comme il poura veoyr par une autre instrucyon où je luy mets les nons d’eux et le nombre des mercèdes; tout soux son bon vouloyr, ou de reconfermer tout ou révoquer tout, ou prendre et lesser ceux quy luy semblera pour le 'mieux. Et luy suplierés quy ne s’esbaïsse s’il y en y voyt de bien fougueux; car ] ay esté contraint de donner à tous, ou je ne fusse jamès venu au bout à l’apointement dit.
LXXXVIIL
CHARLES -QUINT
AU SIEUR DE MONTFORT
(Mémoires de Granvelle, I, ¿5o.)..
Tolède, 9 novembre [i5a8 j.
Mémoire en brefz de ce que vous, Monfort, aurez à dire à Madame, en Flandres, et au roy mon frère, en Allemaigne.
Premier, leur direz comment, quant arrivâtes vers moy, avois
dépesché Casteau, pensant que le sieur de Reux estoit party, lequel pour le vent contraire demeure encour quelque temps après, et je contre-manday ledit Casteau , pour ce que le dépesche qu’il pourtoit audit du Reux et à vous (lequel pourteur a à présent baillé les lettres et la conclusion que par ce je faisois), estoit sorty, le tout en vain, pour les causes que savez. Et leur direz plus au long sur la fauîte de la venue des Allemandz icy, le retour des Allemandz qui vindrent en Ytalie, la longueur de la conclusion des Portugois touchant l’espicerie, que l’argent des Serviens ne se peult plus tost recepvoir, que les appareilz ne sont si légers à faire en ces royaulmes que ailleurs. Plus, leur direz la déclaration que fis à ceulx de mon conseil en Valence, la contradiction que treuvay en eulx, et en ce mectant temps à estre la venue de Balançon avec la nouvelle du siège de Naples, les succès que depuis sont venuz, desquelz, je ne fais doubte, ilz sont advertis; que toutes ces choses et contradictions ont esté cause de n’estre les choses, au temps que bien besoing fust, si propices qu’il fauldroit elles fussent. Aussi leur direz depuis vostre retour et celluy de Wanrÿ, que sais la venue de Andrea Dorya1 en mon service, la détermination en quoy j’estois et la peyne pour ce que j’avois peu de gens à qui je le pouvois dire, pour le contredict que je savois trouverois en plusieurs ou en tous, comme lors me vint la nouvelle, et ne délibéray plus perdre temps, et à cest effect déclaray madicte intention, conclusion et détermination sans demander conseil; et pour ce que concluz est en vostre instruction de main de secrétaire, n’en feray redicte, depuis les contredictz que j’ay à tous eulx et espère avoir, mais que je seray ferme et ne changeray les difficultez de ce de l’espicerie, mais que je ne fais doubte que le tout se conclura et tost; et que dez cy en avant n’entendray en aultre chose que en vendre; que laisray en mon absence haster mon armée de mer et gens de guerre, et chercher tous les moyens que pourray
1 On sait que, dans le mois de sep- François I" à celui de Charles-Quint, parce
tembre précédent, ce célèbre Génois avait que le roi de France lui avait refusé la
passé avec ses galères, du service de restitution de Savone.
pour avoir plus d’argent que je n’ay; avec les plus soudains partiray et les aultres laisray ordre pour les retreuver après. Aussi direz à Madame touchant ce du dom-prevost , de la capitaynerie générale, que je suis bien ayse de la venue de monsieur le grand-maistre pour ce qui touche â monsieur Jean Lalemant, et aussi par ce que par luy sauray plus freschement de ses nouvelles et que incontinant l’avertirez s’il reste plus longtemps à advertir. Faict en Tolède, ce neufième de novembre, de ma main soubscrite.
CHARLES
Touchant ce du deffault \ vous pourtiez ce que s’y est faict; n’oubliez de en tous endroictz sçavoir si je suis tenu à plus ou dois faire aultre chose pour honneur, car je n?y vouldrois faillir.
CH ARLES-QUINT
AU SIEUR DE MONTFORT (Mémoires de Granvelle, I, i5i-i52.)
Tolède, 16 novembre [i52'81.
VIonfort, j'ay puis vostre partement receu une lettre en chiffre du sieur du Reulx, la quelle venoyt en chiffre et a esté deschiffriez par Antoyne Pernyn, sans le sceu de son maistre. Je la vous envoyé et sy fay-je la lettre que respons audict de Pieulx, par lesquelles verrez ce que il m’escript et [ce que] je luy respons; et par ce que sur tous ces poincs est fayte mension bien ample en vostre instruction, je m’en remectz à ce que luy en direz; et ensuyvrez ycelle à l’informer
1 Défi.
du tout; car je veux bien que il le sache et que luy satisfaictes, selon que luy escrips. Vous bruslerez sa lettre après l’avoyr veue, et clorez la mienne que luy escrips avec le tylet1 et ung peu de cire; et sur ce, vous dis adieu. De Tolède, ce xvie de novembre. Je vous envoyé ceste par mayn dudict Antoyne Pernyn ; vous verrez sy l’y a eu ouverture. C’est de la mayn de vostre vray bon maistre ,
CHARLES
Au sieur de Monfort.
CHARLE S- QU IN T
AU SIEUR DE MONTFORT
(Mémoires de Granvelle, I, 1 53- 167.)
Saint-Juan, près de Tolède, a3 décembre [ 1 5 2 8 ] .
Monfort, parce que par monsieur de Vara 2 peu de jours a vous ay escript , pourrez avoyr veu le 3 contentement que j’avoys du délay de la responce de Portugal et que je l’atendoys tous les jours. Elle est venue , et vous verrez ce que à vous et à Mongeron j’escrips conjoynctement par lettre de main de secrétayre. Par icelle lettre je ne déclère ouvertement la rupture de ceste praticque, mès soyez sehur que je ne la tiens pour entière , ayns est de sorte que je croys que tard nous acorderons; et affin que sachez cornant il en va et à quoy gît l’affayre, je le vous dyray en brief; et est en sustance queje leur avoye offert ce que à vostre partement vous dis touchant la fason que
' Filasse, fil. Varax et de la Roche, dans le comté de
5 Peut-être Jean de la Palud, comte de Bourgogne. — 5 (Peu de contentement?)
devoyent navyger mes subjectz ès mers de delà, dont croys vous souviendra, et ont esté sur ce point tout le temps que pouvez veoyr, faisant ung aulire article à leur fantasye , et Dieu sait quel. Car à chasque bout de champ ne maytent aultre peyne sinon queje perds le droyt du rachapt en cas qu’il y eust faute , et l’article est couché de sorte que la faute de mon cousté ne peut fayllyr; et velà quant à ce point. Oultre l’argent queje demandoys estre payé en ce mois, que sont iiic Lm escuz, ne me veullent bayller que les nc en dedans ledict temps, et le reste de. ce mois en ung an, plus autres petites choses que souiisent, selon leur condition, pour dylayer la conclusion à jamais; et tant plus les pourchasserey, je voys bien que tant pis je ferey, et tant plus me mesterey en raison ou désyreray abréger, et tant plus eslongeront et faudront d’elle. Et que pis est, sy je rentre en la praticque, ils cuyderont que je le fais par pure nécessité, et pour ce feront beaucoup pis et délayront tant qu’ilz pourront; et à ceste cause je me délibère de ne plus fayre fondement sur ce , et pense rompre du tout la négociation et révoquer Lope Hurtado , lequel n’aura ja là plus que fayre que trois. Ilz sentiront et davantage, je vous asseure, que, pour beau-frère que sommes, ilz n’auront blé, ancres ny javelynes, ny nulle aultre chose dont ilz pourroyent avoyr affaire de mes réaumes; car ilz me sont trop marchans, et sont acoustumés de aynsi le fayre. Il pourroyt bien estre que, véant que je ne pensois plus à ceste chose, que lors ils se mestryont en la rayson; mays je ne say si lors je l’accepteroys , n’estoyt que je ne trouvasse nul autre moyen d’argent; mès je vous asseure que sy j’en trouve d’aultres, que je ne accepteray point leurs offres, quant ilz vouldroyent. Je n’ay lessé de sentir ce temps perdu sur chose que tenois si sehure, et que pis est, je vous promès que je n’en ay esté content, et m’en a despieu et l’ai senty autant que chose que m’eût peu avenyr: car, comme je faysoys mon fondement sur ce, et je veoys qu’il m’estoit faylly, je tenoys la mayson pour tumbée sans remède de la refayre , et estoys désespéré de mon voyage ; et vous pouvez penser si j’avoys de belles pensées et de belles paciences. Je vous pro-
mès que il ne les faylloyt chercher en moy ; car je ne pense point que je feusse oncques plus marry. Or nions, le grant-maistre m’est venu bien à point; car estant de ceste sorte, me suis déclaré à luy et luy ay dit l’ennuy que j’avoys de ceste chose et de veoyr mon voyage rompu; et si ay-je fayt le semblable à mon confesseur, lequel est aussy de mon opinyon; et de fait m’ont dit choses et parlé de tel sorte que je n’en suis désespéré, ains suis plus déterminé en yceluy que oncques, et je vous assure que combien que d’ung cousté il m’en a despieu de ceste chose, sy en ay-je esté bien ayse de l’autre, car c’estoyt chose que le réaume sentoyt fort, et soyez sehur que je ne la pense fayre, si je puis retourner, ce que cy après vous dyray ; car j’aymeray mieulx fayre ce voyage avec ce
peu de gens que sera besoing, sans cela que avez et en avoir
aultant plus; d’aultant que j’ay esté marry, je croy qu’il en y a heu d’aultres ayses; mais je leur ay dit, après avoyr parlé aux susdits, que je n’estois en fasson du monde délibéré de lesser de fayre ce voyage, et queje ne me pouvoys satisfayre de moy-mesme, si je ne le faisoys ; et à ceste cause me délibéroys plus tost de le faire sans argent que de demourer; et Dieu sait quels visages il y a heu sur ce. En la fin l’on est venu que l’on regardât quelques aultres moyens d’argent il y avoyt; et m’ont tousjours dit ceulx qui plus parlent et ne dorment, que à.moings de v ou vicm escuz ne le debvois faire; mays la somme de quoy je me suis résolu avec les dessusdicts est de trois cens milz escuz, et soyez seheur que sÿl est possible de les avoyr, et fussent-ilz quelque Lm moyngs, que je ne lesseray de l’exécuter, si toutes choses ne me sont trop contrayres : que seroyt chose que je sentyrois plus que nulle aulire. J’entens incontinant aulxdits moyens d’argent, et espère que l’on treiivera la somme nécessayre, et en estant quasi asseuré de la treuver, ou voyant espérance sehure de ce, j’entens déclerer mon intención et perdre la honte de le dyre, et apareiller et [appeler?] ceulx que vouldré qui m’accompaignent.
Je croys que aucungs eussent bien volti que je eusse rechangé
vos instructyons, ou vous eusse contremandé ; mès il ne m’a semblé bon , ains désire que ascheviez vostre charge et à toute la dilligence que pourrez : car j’espère de trouver ladicte somme des trois cens m escuz, et deussé-je vendre ceste ville; et en les avant je exécuteray l’affayre. Bien crois -je que la chose ce délayerai d’aultant plus; mès soyez sehur que pour ce ne layrat1 l’affaire, sy Dieu seul ne l’estourbe 2, et aussy que le délai ne sera trop long; et pour ce exercerez vostre charge le plus tost que pourez. Mès pour ce que mon argent ne fust oncques trop, et à ceste heure sera moyngs, me semble que il vauldroyt mieulx n’avoyr tant d£ gens que j’ay, à ce dernyer coup, dit et vous escript vouloir avoir. Toutefoys, pour ce que les choses changent, par la vertu de la lettre de crédence et par vos instructions au roy mon frère, luy pourrez dire que selon que les choses seront, selon ce, il m’ envoyé les gens, tant de cheval que de pied, que il sera besoing selon le temps et que bon luy semblerat pour le mieulx, et que ce ne soyt point plus que le besoing , puisque l’argent n’est tant que bien besoing seroyt; et à ceste cause je m’en remetz à luy et consens que ce qu’yl en dirat soyt faict. Je seray aussy bien ayse que , selon le besoing que verrez , lui en dyés ce que il vous en samblera , et que dirés que je désire n’y en ayt plus, sy aultre chose ne lui samble. J’ai fayt escripre ceste aultre lettre de main de secrétayre , affin que eusse cause de despescher courier, et vous escripre ce que dessus, qu’est assez pour ce coup, et sur ce feray fin. De Sainct- Juame, près Toledo, ce xxme de décembre, de la mayn de vostre vray bon maistre ,
CHARLES
Au sieur de Monfort.
Laisserai.
! L'empêche.
CHARLES -QUINT
AU SIEUR DE MONTFORT
(Mémoires de Granvelle , I, 1 58 -160.)
Tolède, 24 janvier 1529.
Monfort , j’ay receu vostre lettre escripte à Vernier 1 le premier de l’an, à laquelle n’ay respondu, pour ce que j’espérois vous pouvoir de jour en jour advertir du moien que pouvois avoir pour treuver argent, puisque celuy de Portugal m’estoit faillu et avoit tant tardé, et n’estoit sehur d’aucun et de la somme vous escripre plus résolutement du tout; je ne sais à quoy diable il tient, mais je vous advertis que jusques à ceste heure je n’ay jamais peu tant faire que, sur quelque chose que j’ay voulu ou sceu faire , n’ay trouvé homme qui m’eût peu certifïier ou voulu asseurer de l’argent queje désirois avoir, que n’estoit troupt grande somme, plus qu’elle ne méritoit, de trois cent mil escus. Je crois que pour estre tous tant contraires à mon aller, et chacun sait ou croit que l’argent que je cherche est à ceste lin, que les uns ne sollicitent les moiens comme ilz devions ou selon mon désir, et les aultres sont plus difficiles à faire partie pour y plus gaigner, ou pour la crainte qu’ilz ont d’y perdre en mon absence. Toutefois, je suis tousjours après, et ung soir il me semble que la chose est achevée , et tant plus près est d’achever ; le lendemain je me trouve plus loin que jamais; et Dieu sçait la belle patience et le beau mérite que j’ay. Il me semble que je ne suis pour
1 II y a évidemment ici substitution tant moins être rectifiées, que la collection d’un nom d’homme à un nom de ville ; Granvelle ne possède qu’un fragment de mais cette maladresse de l’ancien copiste la lettre originale, ainsi que quelques autres peuvent d’au-
ceste heure loing de la conclusion, et espère la pousser oultre ou jamais; car le temps se passe trop de ce qu’il en sera. Si c’est tost je vous advertiray, si vous n’estes lors party. Il me semble que Dieu a esté long à vous donner le vent cy vous recepvez ceste , et la diligence du partement de ceux de la galère n’a esté fort grande, comme je crois, à la mesme occasion. Toutefois, j’ay nouvelles qu’ils estoient arrivés en Jaines1 et party pour Naples, et celle que j’ay peu faire de treuver argent sera, à ce que je crois, la plus longue. Je prie à Dieu que puisque le tout s’est tant allongé et retardé, que ce soit pour ung mieulx et affin que toutes les provisions se joyndent ensemble; car je crois qu’il en sera bien besoing, puisque mes voysins sont advertys et ont temps pour y pourveoir. Mais pour ce ne lesray de mestre en œuvre mon désir, si tous les élémens ne me sont contraires; et pour les empeschemens que du cousté de Naples y avons, comme vous escripvis, et que la chose continue de la mesme sorte , et que depuys ay eu nouvelles que Anthoine de Layve n’a encour guères plus de deux milles hommes, ou pour le plus ils ne sont trois milles, je dis Allemans et Espagnols, et que ce sont les prmcipaulx élémens dont j’ay affaire , je désirois sçavoir vostre besongné touchant la dernière instruction que vous envoyay touchant la descente des Allemans, et encores désire que faisiés tout ce que en vous sera pour m’advertir de ce que en pourrés sçavoir, tant dez Flandres que d’Alemaigne, affin que je me saiche tant mieux régler; et ce non point pour choses que je attende aultre nouvelle pour exécuter mon désir, mais je seray bien ayse, si possible est, de sçavoir ce que se pourra faire à la reste. Les autres nouvelles que j’ay d’Ytalie me font plus de mal d’achever le voyage que devant, car elles sont tout à ce propos, et la grande famine qu’il y a est le cas plus principal; car j’ay (loué soit Dieu) blés pour y porter tant d’icy que de Cecile, et en pourray faire argent et au double. Vous verrez ce queje vous escrips des nouvelles que j’ay eu de France; je serois bien marry que ainsi fust. Je pourvois en ung cas et en l’aultre
1 Gênes.
comme verrez; et si vous envoyé lettre à Madame, affin que ceste somme soit délivrée à vous deux, pour estre sullement employée à ce que j’ay ordonné et non en aultre chose. De la reste dont vous m’escripvez j’en useray selon que le temps le dira; vous m’avez faict plaisir m’en escripre vostre advis. Ils ont estés bien oultrés en Portugal de ma responce. Ilz m’ont respondu de nouveau; mais ilz sont si long que je n’ose mesler la leur avec la mienne. Ce que avez faict des lectres de monsieur Jean Lalemant s’a esté bien faict. Il n’y a aultre chose que vous dire, sinon vous recommandant la baste de la départie des Allemans en Italie à tout effect, soit du prest de monsieur de Liège ou du crédit que le roy mon frère print deçà sur moy ; et pour ce que sçay que en ferez ce que en vous sera, je ne vous en recommancleray aultre chose et feray fin. En Toledo, ce xxive de janvier, de la main de vostre vray bon maistre,
CHARLES
CHARLE S - QUÏJVT
AU SIEUR DE MONTFORT'
(Mémoires de Granvelle, I, i42-i45.)
Siguenza, 16 mars [1529].
Monfort, j’ay receu trois voz lettres avant mon partement de Madryt, auxquelles n’ay respondu pour ce que par la dernière seux2 que vouliez faire voile, et seux par aultres que l’aviez faict; et deux jours avant que partisse seux que estiez retourné, ayant esté neufz jours sur la mer. Je sçay combien il vous en a despieu et à
1 Une faible partie de cette lettre a été et dans les Mémoires de littérature de Despubliée par D. Prosper Lévesque [Mémoires molets, 4° partie, I, p. 46-49sur le cardinal de Granvelle, I , p. 8 et suiv. ) 1 Sus.
toute la compagnie, si a-il faict à moy, comme pourrez mieulx penser. Ces deux jours avant mon partement ne me fust possible vous respondre pour les choses que sçavez surviennent en ung tel cas. Despuis j’ay quelques jours prins mes plaisirs sans perdre journée, et à l’arrivée à icelle avois si grand sommeil que jusques à ceste heure ne vous ay respondu. Je pense aussi , que selon que vous dictes que le vent ne vous est si favorable, que ceste ne vous trouve au port. Je l’aymasse mieux aultrement , mais il m’a tant bruslé le
visage en ce chemin que je crois que1 vous recepvrez ceste,
combien que j’aymasse mieux que non, et en deussé-je perdre ma peyne.
Par la première lettre des trois que de vous j’ay receu, ay entendu la doubte que faisiez de mon aller et de ma dilligence. Je vous y ay jà satisfaict, comme me donnez à entendre par aultre que aviez receu les missives; de l’aller je vous en escripray en ceste, en la fin, plus au long; de la dilligence, si je ne le fais en ce cas, je me rendz en tous les aultres. Vous me faictes plaisir m’advertir en toutes choses de ce qu’il vous semble, et je vous prie continuer avec icelle; car m’en envoyâtes une à laquelle je respondz sans dissimulation. Vous la pourrez bailler, disant que je vous ay escript que c’est en responce de ces tant honnestes remerciementz de si peu de chose; elle va si enclose et sans superscription. Vous n’en ferez point de cas, ains direz que vous ay escript que c’est pour ce que la sienne estoit ainsy. A une seconde lettre par ce que dessus ay satisfaict et satisferay quant à mon voyage. Si après il ne reste que de vous advertir que j’estois en quelque doubte si vostre lettre avoit été veue, ou tombée en aultre main, ce que j’ay avéré que non. Et a esté quelque négligence de Jan Martynès de reculer, de sorte que puisqu’il n’y avoit aultre importance, j’en suis satisfaict. Par vostre dernière lettre m’escripvez, et despuis l’ay sceu, que le bruit que les François faisoient courre de la mort de monsieur de Liège estoit sans cause : il m’eust despieu que ainsy fust esté; je suis bien ayse ¡ ( C’est là que ? )
qu’il en va aultrement. Je luy escris une lettre luy donnant toute liaste; vous en userez selon que cy-après vous escriprai. Quant au sieur de Vienne, j’ay entendu non par lettres de Madame, mais par pratiques servíales, ce que me escripvez : si c’est pour cest appoinctement de Geldres, le tout est bien employé, et n’est besoing d’user d’aultres punissions; mais s’il falloit, j’entendz que ce que j’ay pourveu ay exécussion. Et en ce de la récompence , j’en auray souvenance avec le temps, et le plus tost que pourray, et ne reste-il aultre chose à vous respondre sinon ès choses que m’escripvez touchant mon voyage, et vous advertir de ce qui depuis est succédé et vous en feray ung compte :
Qu’est que depuis que vous escripvis, j’ay tant faict queje suis party de Toledo et suis arrivé en ce lieu, et, si Dieu plaît, je seray le mardy de la sepmaine sainete à Sarragoça, et le huit ou neuf d’apvril en Barcelonne l.
Depuis que vous escripvis, n’ay heu nuiles nouvelles en Talye que fussent substantieuses, et mesmes du prince d’Orenges; car je n’ay receu lettre sienne en chemin. J’ay rencontré ung quii y avoit quarante jours qu’il en estoit party, quii disoit que l’on avoit appointé avec les piétons, tant Allemandz que estrangers, et debvoient estre en obéisseance; et que Balançon estoit despesché et venoit à Gennes par terre pour passer en la galère. Je ne sçay qu’ilz apportent de Wanry. Je ne sçay nuiles nouvelles. Je sçay bien qu’il y a heu de la fascherie entre eulx deux. A la reste, tant pour envoyer à Anthoine de Leyve, que journellement envoyé gens pour argent, et auquel ne puis envoyer que du bled et non tant que bien seroit besoing, que pour mon partement et payer quelque chose à ma maison, apprester l’armée, laquelle est fournye à trente milz ducatz pour jusques au jour de l’embarquement, il ne me demeure rien et mesme m’a faillu prendre d’avantage de ce que j’avois pour parfournyr, oultre pour la nécessité qu’il y avoit aux frontières;
1 Ce ne fut que le 27 juillet suivant que l'empereur quitta le port de Barcelone et. fit voile pour l’Italie.
et aussi, comme crois, me cuident empeschés, sont estés les advis de faire les provisions qu’il me falloit faire si grandes, ou eust pehu sembler que je voulois laisser ce de deçà despourveu, que, avec ce qu’il y a peu de gens qui veuillent achepter ne qui ont grand volonté de bien servir, crois que il ne restera guères de ce que pensois avoir par le moyen que vous avois escript. Je m’estois désavéié1 avec Portugal; j’espère que nous retournerons à appoincter, et que j’auray la somme tout entière. Soyez seur, et selon ce faictes voz dilligences, que si les provisions ou ceulx de delà, tant par Italie que par Flandres et Allemaigne , ne me faillent , que je ne fauldray, si Dieu ne m’en veult oster le moyen. Je dis ce, pource que, comme vous ay escript, Madame2 envoyé Rossbos3, et, à ce que j’en ai pëhu entendre, ne porte aultre chose que ce quii se traictoit en Bourgos, comme savez combien elle estoit contraire à ce et ce quelle me lit dire par le sieur de Reulx et aussi par vous. Vous le luy ramenterez, et luy direz, s’il ne porte aultre chose, et que le roy de France ne veuille accomplir ce de Madryt, la difficulté qu’il y auroit de pouvoir m’accorder avec luy; car, s’il ne l’accomplit, je ne sçay comment je me pourrois desdire de ce que j’ay dit de luy, ou souffrir qu’il ne se desdie de ce qu’il m’avoit desmenty, que sont deux choses fortes à faire ; et suyvant vostre charge luy direz qu’elle l’exécute et quelle ne se fonde sur ces embassades ; car elles ne peuvent estre de gros train ny seureté , ains de peu de substance. Et certes je m’esbahis, si aultre chose n’y a, comme elle change si tost de opinion. Car, comme vous sçavez, sans l’arrivée du sieur de Reux et de vous, et ce que me dictes par l’advis d’elle, la chose estoit condrite selon l’avis de ceulx qui estoient près de moy; et à ceste heure que j’ay suivy iceux , pour la honte que de ce me pourroit venir, changer sur belles parolles de l’élu Bayard par lettres de la régente, c’est volonté de femme et ne si faict point bon fier. Vous ne direz que ce que verrez estre besoing, mais ce est la substance. Davantage , j’ay receu lettres du roy mon frère, où il me sollicite de la 1 Brouillé. — 5 L’archiduchesse Marguerite. — 3 ( Rosamboz ?)
paix le plus fort du monde, et comme si je n’y avois nulle volonté, et mesme me semble qu’il désire la traicter. Il est bien loing pour ce faire et n’a moings à entendre que moy. Je la désire , non point pour estre trompé et après inculpé d’avoir faict faulte. Et de ce le pourrez asseurer, luy disant [de] ce que dessus ce que verrez estre de besoing et par les meilleures paroiles que pourrez et saurez. Je vous escriptz ce que dessus comme homme qui n’a entendu ce que ils portent ; mais aussi les pourrez asseurer que plustost que faire paix non honorable ou sans asseurance, que aymerois mieulx y mectre le tout à l’adventure.
Ledict roy mon frère m’escript de la venue du Turc , et je Je crois très-bien selon les inciteurs qu’il en a, et il peult estre seur que de tout mon pouvoir je l’ayderay et assisteray, et de ce que je pourray l’en adviseray, moy estant arrivé en Sarragoce ; et s’il m’est possible m’y trouveray moy-mesme , et luy pourrez dire quelcunes des principales choses qui m’ameynent en Italie , et d’approucher plus de luy, et si plus de haste il en a, je luy prie m’en advertir; car je feray ce que ung bon frère doibt faire. Mais aussi pour ce, et deussé-je par nécessité y aller seul à le secourir, si ne vouldrois-je pour ce faire paix ou chose que me fust honteuse ou de peu d’asseuranse. Comme je vous dis, je luy en escriprai plus au long moy estant en Sarragoce. Il fault qu’il entende que l’argent est court en ces lieux, et en tous lieux est nécessaire. Mais avec tout ce, je ferav ce que ung vray bon frère doibt faire, et je désire quant à ce de luy avoir de ces nouvelles ; car je vous asseure qu’il avienne que si toutes choses me failloient, et je ne puisse partir d’icy comme je debvrois pour ce queje désire, que pour ce cas j’aymerois mieux que l’on die que je y fus seul par faulte de compagnye , que pour l’attendre je n’y allasse ; mais se seroit assez de mal quant là viendroit1.
L’on a icy parlé de la venue du pape; je la crois d’ung coustel et ne la laisse de croire de l’aultre, si par cecy je pense rompre mon voyage. Je ne sçay ce qui en sera; je sçay et vous asseure que je feray
1 (Quand ia chose en viendrait là.)
quelque chose, ou je fauldray à mes attentes et laisray tout là. Et sur ce feray fin, car j’espère en faire une raison; de vostre coustel sollicitez en ceste saison ce que verrez estre nécessaire. Je prie à Dieu d’ung costei que ceste vous trouve, et de l’aultre qu’elle ne vous treuve, et que il à vous doingt sa grâce, ce que plus son service sera. Cest de Cinguença, ce seizième de mars, de la mayn de vostre vray hon maisre,
CHARLES
J’escrips au roy mon frère, et à Madame, et à monsieur de Liège. Vous leur baillerez mes lettres, et à celuy de Liège parlerez selon vostre première charge et selon ce que vous escris.
CHAR LES-QUINT
AU SIEUR DE MONTFORT
(Mémoires de Granvelle, I, 1 46- 147.)
Saragosse, 18 avril [1629].
Monfort, je vous ay plusieurs fois escript vous estant au port, et dernyèrement vous escripvis; mais jà estiez party. Il n’y a autre chose que dyre , sinon ce que entendrez par ce porteur. Vous solliciterez vos charges aynsy que vous est ordonné, et à tant vous dis l’adieu. Cest de Sarragoça, ce xvme d’avryl , de la mayn de vostre bon maistre ,
CHARLES
Mongeron , pource que suis lasse d’escripre , sy Monfort est passé , ceste sera pour vous. Faytez et solicytez le contenu de vostre charge.
Au sieur de Monfort , ou an son absence au sieur de Mongeron.
FRANÇOIS F
AUX ÉTATS DE L’EMPIRE ASSEMBLÉS A SPIRE. (Mémoires de Granvelle, I, 90-91.)
Blois, 25 mars i528, V. S.
Françoys, par la grâce de Dieu, roy de France , aux très-nobles et très-puissans princes noz bons et très-chers cousins , les princes de la Germanie, salut. Messieurs, j’aymerois beaucoup mieux en ce temps de guerre et à cette présente perturbation de toute la province d’Europe , entendre et communiquer avec vous par mes ambassadeurs à l’apaisement et tranquillité de la chose publique de la chrestienté et à ce employer tout mon avoir, entendement et esprit , que de perdre temps à me purger des calomnies que mes ennemys ont voulu et me veullent imposer. Néantmoins, pource que suis adverty de plusieurs costez, tant par messagers que lettres, que mesdicts ennemys ne cessent encore à me calomnier et imposer crimes dont ils sont plus coupables que moy, faisant publier partout lesdictes calomnies et menteries , pour me faire haïr d’un chaqu’un , sans aucune cause ni rayson , et afin que par ce moyen leur grande cupidité et désir qu’ilz ont de dominer puisse estre dissimulé et couvert, ilz font leur mieux de mectre lesdictes calomnies, fautes et abus sur les autres, dont toutesfois ilz ne sont aucunement excusables; il m’a semblé bon, messieurs, veu que tenés les premiers lieux en la chrestienté, et que de tout temps mes prédécesseurs ont tousjours eu et entretenu bon amour et aliance avec vous et le sainct empire , escrire le tout et me (par vrayes raisons et argumens) bien et déuement purger desdictes menteries ; à quoy j’ai aussi plus
d’espoir pour ce que je vous cognois estre princes vertueux, saiges et belliqueux, sçachant très-bien par vray jugement discerner et distinguer les choses feintes et dissimulées. Au moyen de quoy j’ay ferme espoir que mon innocence sera , par vostre unanime sentence , trouvée et approuvée [exempte] desdictes menteries, et que seray tenu pour d’icelles innocent devant tout le monde, et mes ennemys coulpables, et leurs trafiques et menteries et tromperies cogneues et descouvertes; lesquels, sans aucune honte ni crainte de Dieu, ont jusques oires tasché de me publiquement charger par leurs iniques et sacrilèges menteries.
Et premièrement me semble qu’il n’est aulcunement besoing de faire aucune mention de mon honneur, de ma foy, prééminence et dignité; car toutes ces choses sont tousjours esté et sont en moy si entières, constantes et parfaictes, que toute la clirestienté et vous , messieurs , en estes assés adverty ; car nous l’avons assés donné ¿i cognoistre à chacun; par quoy, quant à cela, n’est besomg de me aucunement excuser desdictes menteries. Et si , messieurs , n’en estes encoires assés advertis , je suis délibéré vous envoyer mes ambassadeurs, qui vous advertiront bien du tout, moyennant qu’ils y puissent aller à seurté, et vous feront saveoir et amplement entendre que, sans cause, injustement et indeuement, ilz m’ont voulu charger desdicts crimes, desquels ilz ne se sçauront aucunement excuser. Et touchant ce qu’ilz dient que, non seullement suis cause de la guerre en la chrestienté et de l’empeschement de la tranquillité et paix d’icelle, mais davantage que j’ay empesché le Grand- Turc de faire paix avec Fernande G pour ce que ledict Grand- Turc vouloit que fusse comprins dans ledict traicté, il me semble que ledict Grand-Turc est beaucoup plus à louer que l’empereur; car je trouve plus d’humanité et clémence en un roy payen qu’à l’empereur, qui veut estre tenu et réputé pour prince chrestien , lequel ne peut aucunement nyer luy avoir offert, pour la rédemp-
1 L’archiduc Ferdinand , frère de Char- 1627, élu roi des Romains le 9 janvier les-Quint, roi de Bohême et de Hongrie en 1 53 1
tion et délivrance de mes enfans estans demeurés ostaiges, aussy honnestes conditions et moyens qu’il a esté possible, dont, messieurs, je vous faictz et requiers estre juges; estant bien asseuré que j’ay offert pour mesdicts enfans , afin de les délivrer, plus qu’il n’est licite ny juste pour la rédemption du plus grand prince des roys de la chrestienté. Et combien que cy-devant vous ay bien adverty de cecy et d’autres choses, néantmoins il me semble bon les répéter, et mesmement comme pour la duché de Bourgongne, laquelle, selon les saines loys et constitutions de ce royaume, ne se peult aulcunement aliéner ny estre séparé du royaume, j’ay voulu payer et donner douze cent mil escus et plusieurs autres choses, mesmement d’assister l’empereur, avec toutes mes armées et puissances , partout où il auroit affaire , et tout pour ravoir mesdicts enfans. Au moyen de quoy, messieurs, pouvés bien clairement entendre que suis celuy qui a tousjours désiré faire paix et tranquillité en la chrestienté, pour par icelle prévenir à touts obstacles et empeschemens, afin que cette guerre, qui a si longuement duré, fût une fois faillie, et que la chrestienté pût retourner en ses anciennes forces et puissances, et vivre en tranquillité. Mais ledict empereur, qui devoit avoir accepte icelles offres pour subvenir au pauvre peuple, demeurant en son obstination mauvaise et perverse, a icelle refusé, comme si la chose ne luy touchoit aucunement, sans avoir pitié à la grosse effusion du sang chrestien , à la persécution et prophanation des choses sainetes et sacrées , et aussy à la pauvreté et misère dudict pauvre peuple , qui sont en danger d estre totalement destruietz et spoliés par l’évocation des Turcs qui sont desjà ès limites d’Allemagne; dont, considéré ce que dessus, l’on devroit plustôt dire l’empereur auteur que nul autre, combien qu’il m’ayt imposé ledict crime par ses menteries, ce qu’il ne sçaura jamais prouver : car je suis autant marry, pour la pitié que j’ay de toute la chrestienté et mesmement de la dicte Germani^’, pour ce quelle contigue aux pays de l’empereur et par ce moyen leur pourroit, par la cruauté dudict Grand-Turc, mésadvenir, que ne sçaurois estre plus mam .
Et pour à ce obvier et afin de faire paix en la chrestienté et de résister audictTurc, et mesmementpour la conservation de la liberté de la Germanie, qui a esté de tout temps amye et allyé à nous et à noz prédécesseurs, et pour conserver toute la cbrestienté, je vous promect, messieurs, qu’en cas que l’empereur, par vostre moyen et comme à ce principaux acteurs, accepte les conditions de paix que tant de fois luy ay offertes, cessant les armes, me rendant mes enfans, postposant la guerre pour avoir paix, et que au surplus il se veuille conduire également et comme de raison en tout, afin que la paix soitfaicte en la cbrestienté, de me trouver en personne avec vous pour résister audict Grand- Turc avec trente mille piétons et deux mille chevaux bardez, sans la garde de ma personne que je suis accoustumé avoir quand je va à la guerre. Par quoy, messieurs, vous pouvés évidamment voir et congnoistrc que ne désire autre chose que ladite paix et tranquillité de la chose publique de toute la chrestienté; ce queje doute les autres ne sçauroient et ne pourroient dire en vérité , tant sont ilz lasches et mesclians, laissant tant ruiner et aller à perdition, combien qu’ilz doivent estre ceux qui y devroient donner ordre. Et vous sçavés bien , messieurs, en quelle pauvreté, misère, désolation et estât a esté la Germanie soubs la domination et régime de la maison d’ Austriclie ; car estans tousjours ardans à cette ambitieuseté de dominer en Italie et autres pays voisins estant delà les montz , a mésestimé et peu tenu conte de la noble Germanie , la tenant à comptemnement et réputant pour déserte, en manière que cette Italie est la mère ribaulde et principale cause des pauvretez , misères et inconvéniens que jusques à présent ont esté en ladicte noble Germanie et à toute nation. Comme vous estes de ce mieux instruictz et informez, et en sçavés mieux à parler que nulz autres, par quoy n’en faut icy faire grande mention.
Mais, messieurs , je vous diray une chose, que aussy ne dois ny ne puis taire, car il est véritable, non point menterie, comme mes ennemys sont accoustumez mectre en avant, qui' ayment mieux sembler véritables et vertueux que de l’estre ; et est, messieurs, que s’il vous plaist également, et selon droict et raison, considérer toutes
choses , comme aussy j’espère ferés , vous entendrés évidamment que suis esté enclin à la paix universelle , repos et tranquillité de toute la chrestienté, et y avoir labouré entièrement et le mieux que j’ay peu , considérant la grande misère et pauvreté en laquelle elle a si longuement esté , et congnoistrés clairement ceux estre pervers et mauvais qui autrement et au contraire dient ou parlent de moy. Car ilz le font pour me transférer leurs crimes et fautes dont ilz sont principalement coupables. Et mesmement ilz ont puis naguaires faict courir le bruict que je suis cause, autheur, inventeur et alimenteur des schismes, discordes, séditions et autres mauvaises sectes estant à présent et régnans en ladicte chrétienté. Mais l’on sçait bien clairement que toutes les choses cy-dessus sont faulses , bourdes et menteries , pour quoy ne m’en excuseray bien fort , estant asscs contant du repos de ma conscience, que j’appelle à tesmoing. Néantmoins, messieurs, je vous requerray et prieray vouloir bien considérer ce qu’est du tiltre et nom du roy très-chrestien que moy et mes prédécesseurs ont bien et inviolablement porté, ayant eu tousjours abomination de telles et semblables sectes comme aussy je faictz à présent, ce qui pourroit estre facilement prouvé par plusieurs raisons et argumens; et mesmement que en moy, ni en mes sujectz ou pays, seront treuvés les choses qu’on nous objice : car en mon royaume tout est pacifique, en paix et tranquillité, et n’y a gens plus obéissans à faire le commandement de leurs princes que ma gent gallicane, comme aussy estes advertis. Et pour ce que tout cecy est vray, j’espère, messieurs, que, y pensant, ne adjousterés plus de foy à ces cycophantes et gens sans honneur et par trop légers, en ce qu’ilz vous disent de ce que dessus , alin que ma bonne et noble fame et renommée puisse demeurer en honneur, sans estre ainsy blasmé de ces mauvaises langues de mes ennemys, qui jamais ne cessent d’injurier madicte noble renommée envers vous et tous autres princes et nations, tant barbares que autres. Par quoy, messieurs, ferés bien vertueusement et constamment ne croire aucunement lesdicts mesdisans de moy, ains d’iceux et de leurs menteries et
PAPIERS DETAT. — i. 58
faulses paroles me défendrez absent; désirant et requérant, messieurs , vouloir user de moy et de mes biens et richesses quant à faire en aurez , comme fériés des vostres propres; car vous verrés par eifect que me trouverés plus enclin à vous assister et ayder que prince quelconque chrestien; ce que sçait Nostre Seigneur, qui vous doint ce que désirés. DeBloys, lexxvejour de mars i52 8.
FRANÇOYS
Et plus bas :