DOCUMENTS
Inventaire des papiers trouvés chez Gaspard Chaumette,
DU l6 VENTOSE DE l'aN III (i)
Section de l'Observatoire.
L'an troisième de la République française une et indivisible, le seize ventôse, neuf heures du matin, nous, soussigné, Alexandre-Guillaume Pochet, citoyen de Paris, y demeurant rue et faubourg Jacques, n° 164, section de l'Observatoire, en vertu des pouvoirs à nous donnés par le bureau du Domaine national du département de Paris, en date du quatre pluviôse dernier, à l'effet de procéder aux inventaires des titres et papiers des émigrés, condamnés et autres dont les biens sont acquis au profit de la République, nous étant rendu audit bureau, où, après la remise à nous faite par le citoyen Bernon, chef des Archives dudit bureau du Domaine national, d'une liasse de papiers en deux cartons, en forme de livre, ficelés ensemble de tous sens, et chaque carton en particulier et sur les deux bouts de chaque ficelle, sur l'un est le cachet à l'empreinte du département et sur l'autre celui de la section de l'Observatoire, sur le dos desdits cartons, il y a écrit Chau- . mette ; lequel des citoyens Bernon nous avait déclaré que cette liasse était en des papiers trouvés en la demeure dudit Chaumette condamné ; nous avons reconnu en présence des citoyens François-Philippe-Suzanne Robineau, demeurant à Paris, rue et faubourg Jacques, n" 141, et de Noël-Gabriel Denise, demeurant aussi à Paris, rue et faubourg Jacques,
(1) Afcb, uat., T 1611,
n° 100, tous deux commissaires civils de la section de l'Observatoire, commis par le comité civil de la section par nous requis, à l'effet de nous assister au présent inventaire, que les scellés apposés sur la susdite liasse de papiers sont sains et entiers. Lesquels commissaires ont signé avec nous en cet endroit de notre présent procès-verbal.
Denise, — Pochet, — Robineau.
Et ensuite nous avons brisé et levé les susdits cachets et déficelé ladite liasse en présence et du consentement des deux commissaires, pour nous occuper à examiner, réunir et classer lesdits papiers et les rassembler par cote ; à quoi nous avons vaqué jusqu'à trois heures sonnées ; nous avons en conséquence remis la suite de nos opérations à demain dixsept du présent mois ventôse, neuf heures du matin ; ensuite de quoi, nous avons remis dans un carton une grande partie des pièces ci-dessus et le restant dans un des cartons qui les avaient renfermées, que nous avons ficelés ensemble et sur le nœud de la ficelle nous avons mis une bande de ruban de fil, sur les deux [bouts] de laquelle nous avons apposé le cachet du bureau du Domaine national, n" 132, et les susdits deux commissaires ont croisé les deux bandes par une autre semblable, sur les bouts de laquelle ils ont apposé le cachet de la section de l'Observatoire et ont avec nous signé en cet endroit de notre procès- verbal.
Denise, — Pochet, ■ — Robineau.
Et ledit jour dix-sept ventôse, neuf heures du matin, nous' nous sommes rendus audit bureau du Domaine national, jour et heure indiqués dans la précédente séance, ensemble les susdits commissaires Robineau et Denise ci-devant nommés et domiciliés. Nous, en vertu de nos susdits pouvoirs, allonscontinuer, en présence desdits commissaires, l'examen et classement desdits papiers, et, pour cet effet, nous avons reconnu
DE CHAUMETTE Isy
que les scellés par nous apposés à la séance d'hier sont sains et entiers et lesdits commissaires les ont aussi reconnus tels, et, en conséquence, avons levé lesdits scellés et ont lesdits commissaires signé avec nous en cet endroit de notre présent procès-verbal. Denise, — Pochet, — Robineau.
Et d'après notre examen nous avons commencé l'inventaire desdites pièces ainsi qu'il suit :
Premièrement, une liasse de douze pièces, dont la première est un extrait de naissance tiré du registre de la paroisse de Saint-Etienne de la ville de Nevers, délivré par Thonnellier, curé de ladite paroisse, le six octobre mil sept cent quatrevingt-deux, qui porte que le vingt-quatre mai mil sept cent soixante-trois, était né Gaspard, fils de Pierre-Gaspard Chaumette et de Jeanne Rousset. Les autres pièces sont différents certificats donnés audit Chaumette et des billets de montage de sa garde pendant les années mil sept cent quatre-vingtdouze et quatre-vingt-treize. Lesdites pièces ne seront plus au long détaillées mais seront cotées, paraphées par première et dernière et inventoriées cote première, ci Première.
Item, une liasse de neuf pièces, qui est une expédition en parchemin du contrat de vente d'une pièce de terre située à Merignats, passé devant notaire, le trois septembre mil sept cent quatre-vingt-dix, par Pierre Cournet à Pierre Dutrach, délivré le huit septembre mil sept cent nonante-deux ; les autres pièces, promesse de passer bail d'une maison à Goulelly, des quittances de loyer d'un appartement hôtel de Tours, des mémoires et quittances de fournisseurs et un registre relie en parchemin contenant un journal écrit par Chaumette, dont huit feuillets et demi sont en écriture, le surplus en blanc. Lesdites pièces ne seront pas plus amplement détaillées, mais seront cotées, paraphées par première et dernière.
inventoriées cote deuxième Deux
Item, une liasse de huit pièces, de> extraits des procès-
verbaux de la Commune de Paris, relatifs aux nominations faites dudit Chaumette à différentes places par lui occupées, délivrés par le secrétaire de la Commune, lesquelles pièces ne seront pas plus amplement détaillées, mais seront cotées, paraphées par première et dernière et inventoriées cote troisième Trois
Item, une liasse contenant différents ouvrages de littérature, savoir : neuf pièces de théâtre, traité de la poésie et autres. Ces pièces ne demandant aucune description, seront seulement inventoriées cote quatre, ci Quatre
Item, une autre liasse de lettres écrites audit Chaumette avant mil sept cent quatre-vingt-dix. Ne sera fait de plus ample détail ; seront seulement inventoricescote cinq, ci. Cinq
Item, un registre couvert en parchemin, contenant des recettes de remède, et une partie très imparfaite d'un livre d'anatomie du corps de l'homme, et un autre petit registre pareil au premier, tous les deux remplis d'écriture. Seront lesdites pièces seulement inventoriées cote six, ci ... . Six
Item, une liasse de trois pièces : la première est un état sur les affaires des finances de France; la deuxième est un mémoire sur la fabrication d'une nouvelle monnaie et la troisième est un mémoire sur l'approvisionnement ou le besoin des peuples. Lesdites pièces seront cotées et paraphées par première et dernière, inventoriées cote sept, ci Sept
Item, une liasse contenant treize cahiers d'extraits de procès-verbaux de la Commune de Paris du dix août, mil sept cent quatre-vingt-treize et autres dates, qui ne sont revêtus d'aucune forme authentique, lesquels n'auront une plus ample description, seront seulement inventoriés cote huit, ci. Huit
Item, une liasse contenant les minutes et discours faits par ledit Chaumette pendant le temps qu'il était à la Commune, Lesdites pièces seront seulement inventoriées cote neuf, sans plus grand détail, ci . ;•. ... . . . ...... ... -■ Neui
DE CHAOMETTE 159
Item, une liasse contenant différents mémoires remis audit Chaumette, qui ne demandent de plus grande description ; seront ci inventoriés cote dix, ci Dix
Et, ne s'étant plus fien trouvé à inventorier des pièces de la liasse de papiers contenus dans les deu^ cartons en forme de livre, couverts ert parchemin, qui nous ont été remis par le citoyen Bernon. ainsi qu'il est ci-devant constaté, noUs; commissaire susdit, avons, du consentement desdits commis- Sdi<-es de la section de l'Observatoire, clos et arrêté le présent inventaire, et après, rtvohs fait le récolementdes dix cotes qui [le] composent; elles ont été mises dans un carton que nous avons remis au citoyen Bernon ; à quoi nous avons procédé depuis ladite heure de neuf jusqu'à celle de trois heures sonnées, et avons signé, ensemble lesdits deux commissaires de la section de l'Observatoire, notre présent procès-verbal.
POCHET, — ROBIKEAU, — DeNISE.
Enregistré à Paris, le i8 ventôse de l'an III; reçu vingt sols.
Signature illisible,
Notes AUtôBioGftAf^icsJÊs de CHAUMÈtTE (l)
J'ai été reçu au club des Cordeliers en septembre 1790, peu de temps après mon arrivée à Paris. Je publie La Patinodid (2), ouvrage dans lequel je démasque La Fayette, lesLameth. Mirabeau et Barnave.
Je donne différents articles aux Phillppiqiies (3).
1 1 1 Arch. n.it., T 1611. — • Ce document, qui devrait se trouver :iu carton T 604, forme !a 9* et dernière pièce de U cote 2" de l'inventaire des papiers de Chaumette dressé en l'an III.
|2) Nous n'avons pu retrouver la moindre trace de cet ouvrage.
fj) Noos ignorons de quelle publication (chaumette veut parler. Sans doete, il s'agit ici d'une de celles dirigées contre Louis-Philippe d'Orléans. Cf. la Bibliographie de .VI. Tourneux, t. 1, p. 186 à 192. et surtout les n°- 1498 et I499>
Octobre. — Je prononce un discours aux Jacobins comme député du club des Cordeliers (i). J'accuse Mirabeau en face, ainsi que les Lametli; on trouve mon discours trop républicain et contraire à quelques articles constitutionnels, tels que le veto suspensif, la nomination aux places par le roi, son indivisibilité, etc. (2). Mirabeau, à qui j'avais reproché d'avoir appuyé et maintenu les désastreuses prérogatives, me prit la main en sortant et médit qu'il était content de moi, mais qu'il me fallait un peu plus de politique. — La politique, lui dis-je, est la science des fourbes, et jamais je ne l'étudierai. — Tant pis, me dit-il, vous resterez dans la poussière des clubs, tandis que vous pourriez jouer un grand rôle dans le gouvernement.
Novembre. — Je publie différents ouvrages contre la cour et La Fayette. Bailiy me fait proposer par le libraire Champigny de l'occupation à la fabrique des fausses Philippiqiies, moyennant une forte contribution ; je réponds à cette proposition en faisant insérer la lettre d'invitation dans tous les journaux patriotes.
Je rapporte ce trait au club des Cordeliers ; les auditeurs le répandent et Champigny est promené sur l'âne (3).
(i) Je n'.ii p.TS trouvé ce discours dans le recueil de M. Aulard.
(2) Chaumettc veut sans doute dire inviolabilité .
(3) Les fausses Philippiijues, auxquelles Chaumette fait ici allusion, étaient une publication d'abord hebdomadaire, puis bihebdomadaire dont voici le titre exact : f< L'.4tni de la Révolution ou Philippiqnei dédiées aux représentants de la nation, aux gardes nationales et à tous les Franeais (8 septembre 1790 — -5 août 1791). Paris, Champigny, 57 n°' in-S"". Bibl. nat., Le' 462. — Voici en quels ternies la Ciionii;«erf« Pans annonçait l'apparition de cet ouvrage ; Chronique de Paris du 19 novembre 1790, p. 1292 : Il On a lu avec assez de plaisir plusieurs discours publiés séparément sous le nom de VAmi de la Révolution ou Phitippiques. Ce titre paraissait annoncer un ouvrage satirique mordant. Mais, au lieu d'un style caustique, les honnêtes gens y ont trouvé avec plaisir la sagesse et la modération d'un homme qui veut sincèrement le bien et qui cherche plutôt à concilier les esprits qu'à les aigrir par une austère rigidité. L'accueil favorable, que les premiers essais de l'auteur ont reçu du public, lui a fait naître l'idée d'en composer un ouvrage périodique. Nous ne pouvons qu'applaudir au dessein de l'auteur. C'est un nouveau défenseur de la vérité et les lumières ne peuvent trop se propager. On s'.ibonne chez M. Champigny, libraire, rue Hautefeuille, n° 56. » — Je n'ai pu retrouver la lettre par laquelle Champigny faisait des offres à Chaumette, lettre que celui-ci déclare avoir fait insérer « dans tous les journaux patriotes ". Peut-être cette lettre n'a-t-elle jamais existé. En effet, Chaumette dénonça plus tard, au Conseil général de la Commune, comme l'auteur de ces fausses Phitippiques, le nommé Julien, ancien
Décembre. — Je suis appelé chez Prud'homme pour concourir à la rédaction de son journal, Les Révolutions de Paris. De ce moment, ma vie devient sédentaire et, sans quitter le club des Cordeliers, je me consacre entièrement à l'étude des grands publicistes et à l'observation philosophique des événements qui se succèdent et des passions humaines qui changent à chaque instant la face politique de la France. Tous mes écrits, tous mes articles dans le journal Les Rèvolitiions de Paris sont autant de coups portés à la royauté; mes discours à la tribune du club des Cordeliers, à celle de ma section du Théâtre- Français ont le même but.
28 février ijgi. — Tandis que le peuple de Paris démolissait le donjon de Vincennes, j'ai le bonheur d'avertir trois grenadiers de garde au château des Tuileries que les membres de la société monarchique s'y introduisaient; on les arrête; ils étaient armés de poignards, etc. (i).
aide de camp de L.-1 Fayette. — Voici les textes : Séaiue du Conseil général du 24 vendémiaire au ÎI [15 octobre 179J] [Ajficlies de la Commune^ n" 115, du 2$ vendémiaire) ; « Le procureur de la Commune, avant l'épuration du comité révolutionnaire de la section des Champs-Elysées, dénonce un nommé Julien, comme contre-révolutionnaire, qu'il était (î/V) ci-devant aide de camp de La Fayette, qu'il a cherché à séduire le procureur de la Commune, en 1791, en lui offrant 50 louis par semaine, qu'il influence le club de cette section. Le Conseil arrête que, sur-le-c!iamp, il sera mis en état d'arrestation et l'envoi des motifs à l'administrationde police pour préparer l'interrogatoire. » Et : (Courrier français du 26 vendémiaire) : •• Avant de procéder à la censure du comité révolutionnaire de la section des Champs-Elysées, Chaumette dénonce Julien, ci-devant aide de camp de La Fayette, comme ayant sollicité les auteurs des Révolutions de Paris à travailler à un faux Ami du Peuple et à de fausses Phili[ipicjucs, méchantes feuilles qui s'imprimèrent en 1791 chez Champigny, qui fut promené sur l'âne par les colporteurs. » (i) On trouvera le récit de cette journée dans le n° 86 dej Révolutions de Paris, p. }66 et seq. Prudhomme y raconte que, le 28 février 1791 au soir, une foule de ci-devant nobles envahit le château des Tuileries, sous le prétexte de garder le roi, en réalité pour s'emparer de sa personne et le contraindre à s'enfuir. « Parmi cette foule de prétendus défenseurs du roi, se trouvaient la plupart des membres du club monarchique, tous les spadassins aux gages de l'aristocratie >> (p. 369). La gravure qui accompagne le texte représente l'expulsion des conspirati;urs par la garde nationale. En bas se trouve un dessin représentant les " poignards des conjurés », qu'une note de la page 368 décrit ainsi : i' Ces poignards ont une lame à deux trancliants ; la pointe est en forme de langue de vipère, la plus légère blessure serait un supplice crueL »
•l^â PAPIERS
Gyerre à outrance contre La Fayette, Bailly et les différentes factions qui déchiraient la patrie.
i8 avril ijgi . — Départ de Louis XVI pour Saint-Cloud.
Tandis que le club des Cordeliers publiait à ce sujet un arrêté vigoureux dans toutes les rues de Paris, je pérore une partie de la garde nationale pour l'engager à s'opposer au départ du roi, sur lequel je proclame tous les détails qui m'étaient parvenus; la cour est arrêtée (i).
Le soir du même jour, je suis assailli par un aide de camp deLa Fayette, pouravoir ditque notre révolution étaitune révolution monarchique, que les intrigants voulaient faire tourner à leur profit, mais qu'avant deux ans la France serait république ou perdue. Plusieurs mouchards m'entourent, me pressent ; je tire mon pistolet; plusieurs personnes prennent mon parti; les assaillants prennent la fuite.
2 1 juin lygi . — Émigration de Louis XVI et de sa famille.
Je fais rétracter au club des Cordeliers le serment de fidélité
. qu'on nous a surpris dans le serment civique ; je rédige l'arrêté,
je suis nommé pour le porter aux Jacobins et dans toutes les
sociétés populaires; il est affiché (2;.
De ce moment, les poignards sont levés contre moi.
16 juillet tjgi. — Je m'efforce de détourner le club des Cordeliers de la résolution qu'il a prise d'aller au Champ-de-
(i) Cf. le n" 95 des RévoJnlions de Paris, p. 60 et seq.
(2) Aulard, La Société dis Jacobins, p. 555, séance du 21 juin: » Une dépuUlion du club des Cordeliers a lait part d'un arrêté pris dans son sein, tendant à des moyens de surveillance » — p. 541, séance du 22 juin : « M. Robert : Votts avez envoyé six commissaires à la section de Saint-Roch, où j'étais détenu. Je viens, en vous faisant mes remerciements, vous faire part du motif de ma détention : pétais, à 4 heures, au club des Cordeliers. Je fus envoyé, avec deux autres membres de ce club, pour porter à la Société fraternelle une adresse pour demander la destruction de la monarchie [des cris d' improbaiion s'élèvent de toutes parts). » En note : n Cette adresse a été publiée par {'Orateur du peuple, t. VI, p. i&i, et reproduite par Bûchez et Roux, t. X, p. 416. »
Mars, lelendeniain, pour y signer la fameuse pétition; j'obtiens qu'on ira sans armes.
ly juillet . — Je suis nommé l'un des rédacteurs de la pétition (i) massacre des patriotes. Bailly et La Fayette
se lavent les mains dans leur sang. J'échappe à la fureur des assassins; une compagnie des grenadiers de l'Abbaye me reconnaît et me tire du danger; elle ne brûle pas une amorce et cherche à protéger la fuite des citoyens.
j f). — Je suis recherché, décrété sur mon signalement; plusieurs patriotes de ma connaissance sont emprisonnés; je prends leur défense. Je fais le fameux article dans Prud'homme qui ranime le courage des patriotes (a).
Je rassemble le club des Cordeliers dispersé par la persécution des traîtres; nous nous rassemblons douze membres chez Cirier [}'', rue des Boucheries: bientôt nos forces se rallient, nos frères emprisonnés sont mis en liberté, etc., etc.
14 septembre. — Jour où le roi accepte la constitution. Je fais proposer à toutes les sociétés patriotiques de discuter cette même constitution et d'en faire sentir les défauts au peuple; dont elle peut faire le malheur.
m C'est ce qui explique sans doute que l'on rencontrait, parmi les premières des signatures figurant au bas de !a pétition, celle de Chaumette : « Chaumette, étuJi.int en médecine, rue Mazarine, n" 9. « (Michelet, Histoire de la Révolution //■<iHri/«, édition définitive, Flammarion éditeur, t. III, p. 152.)
(1) C'est sans doute l'article qui occupe, dans le n» 106, les pages 55 à 76 et; dans le n° 107, les pages 102 i 114. .,
(j) Ce mot est assez mal écrit d-ns le manuscrit de Chaumette et l'on pourrait liésiier entre Enier et Cirier. Mais c'est certainement Cirier qu'il faut lire. Je lis* en effet, dans le compte rendu de la séance du Conseil général du i; frimaire an II ijoàriul dt itt Mitiiliifiie, n° 22, du 15 frimaire, p. 172), li phra'stf suivante fc'est Chauniclte qui parle et qui demande l'exclusion de Dunouy l'ainé du sein du (jjnseil général] : •■ (ii'il [Dunouy] se rappelle qu'à l'époque du massacre du Çhamp-de-.Mars, douze membres dt la société des Cordeliers^ malheureux restes Je c.-fte journée funeste, s'assemblèrent chez le citoyen Sirié {sic), rue des Boucheries. » La rue des Boucheries allait de la prison de l'Abbaye à la rue des Cordeliers et formait la limite entre la section des Quatre-Nations (plus tard de l'Unité) et la section du Luxeniboiirg (plus tard de Mutius Scavola). Les membres de la société des (Cordeliers qui s'y réunissaient étaient donc tout près de letir ancien local, nuis en dehors du territoire de la section du Théàtre-Fran<ais.
Janvier 1^92. — Je fonde un nouveau club, rue de la Vieille-Monnaie (i); bientôt les intrigants s'y introduisent, on y égare les citoyens en les faisant prendre part dans des querelles personnelles; il s'y établit une espèce de domination de la part de deux hommes. J'abandonne ce club et ces deux ambitieux acharnent contre moi les sots sur lesquels ils régnent.
Février. — On parle de déclarer la guerre; j'écris sur le dénuement de nos places fortes, sur l'aristocratie des commandants de place et des troupes de ligne ; je dénonce le ministère.
Juin. — Le parti des feuillants et royalistes domine. Le bataillon Saint-André, dont J'étais, est égaré par ses chefs; j'en dissuade une partie et je la détermine à aller planter l'arbre de la liberté à la porte de l'Assemblée nationale; je prononce le discours, l'Assemblée en décrète l'impression (2).
La section du Théâtre-Français est divisée, les traîtres y dominent; je soutiens pendant longtemps seul le choc de leurs opinions; ils me font attaquer par un des assassins à leur solde; je le dépouille de son sabre, quoique je fusse sans armes. Cette scène se passe une nuit, rue Serpente.
Juillet. — Je parviens à déterminer tous les citoyens de la section, qui étaient au club des Cordeliers, à se réunir aux assemblées de section. Je fais prendre l'arrêté au club de rayer de dessus le tableau de ses membres quiconque, dans les grands dangers de la patrie, manquerait à son poste de citoyen.
Je suis nommé pour aller chercher les Marseillais, je ne les quitte plus.
5 août. — Je dénonce le roi sur une proclamation émanée
(t) Voyez au sujet de ce club I.i page 57 de l'Introduction.
(2) Peut-être s'agit-il ici de l'adresse de la section du Tliéàtre-Français à l'Assemblée législative, séance du dimanche 10 juin 1792. (Cf. Moiiileiir, léimp., t. .\II, p. 655.)
DE CHAUMF.TTE I35
de lui(i). Assassinat médité contre moi; les Marseillais font patrouille dans la rue où je demeure.
6. — Le roi me dénonce à l'accusateur public du tribunal criminel.
8. — Je propose et la section arrête qu'elle appelle dans son sein tous les citoyens, actifs ou non (2). Depuis le 6 août, je ne quitte plus le bureau de la section ; on m'y apporte de quoi vivre. Les Marseillais passent une partie des nuits avec moi. Nous nous préparons à l'insurrection; je presse la distribution des piques.
Des intrigants veulent faire sonner le tocsin et qu'on marche le 8; je m'y oppose avec force ; la section est bientôt de mon avis. J'envoie dc-s députations dans les sections du Finistère (3), des Quinze-Vingts et de Mauconseil, pour les inviter à ne marcher que le lendemain et à rester en paix jusqu'à ce que la cloche des Cordeliers donne le signal ; je réussis.
(1) Chaumette veut sans doute parler d'une proclamation royale du i" août, citée par le Moniteur du 2 août (p. 502 du tenu: XIU de la réimpression, col. de gauchel : Compte rendu de la séance de l'.\ssemblée législative du 1" août ; <• Le ministre de la justice adresse à l'Assemblée une proclamation du roi et différentes lettres écrites par les ordres du roi, soit au commissaire près du Tribunal criminel, soit à des officiers de police, relatives â l'événement d'une rixe particulière aux Champs-Elysées. ■■ Je n'ai pas retrouvé cette proclamation. Je ne connais que la " Lettri: dit ministre de Ai justice au eoiinnisstttre du roi près le Trihuiial criminel dit département de Paris a, imprimé in-4" de 2 pages, daté du 51 juillet 1792. Cote de la Bibliothèque nationale : I.b" 608S iTourncux, n" 5514 . 11 est possible que (Chaumette se soit trompé de date et fasse allusion à la n l'ioclamalion du roi donnée à Fans le 7 août i/Ç2, l'an IF de la lilvrtè », imprimé in-4'* ^^ 1 P-^g^^^* Bibliothèque de la ville de Paris, Recueil général ou n" i, série 21. Dans cette proclamation, dont je ne trouve pas trace au Moniteur, Louis XVI fait appel à l'union des Français contre une poignée de conspirateurs et décline toute responsabilité au sujet des menaces que l'étranger nous adresse.
(2) Chaumette commet ici une erreur de date. L'arrêté de la section du Théâtre-Français auquel il fait allusion, arrêté signé Danton, président, Anaxagoras Chauniet {sic) secrétaire, Momoro. secrétaire, est daté du 50 juillet. C'est un imprimé in-S» de \ pages, dont la Bibliothèque de h ville de Paris possède trois exemplaires: Recueil lactice io<;6i cl 66' 1 4" " chemise des chemises de sectionsi. :,Tourneus, n" 891^.)
(5 Voici tout ce que k* trouve à ce sujet d;:ns le pro.-ès-vorbal. lestô manii^'crit, de la section du Finistère, iiib. de la ville de Paris, fonds CUaravay, vente 1900, n" 121 : a Amende honorable sur la déclaration de la section du Théâtre-Français. » Ce procès-verbal est daté du 9 août après-midi et non du 8 août.
fjé PAPIERS
g août. — Dans le jour, je rédige une invitation à toutes les communes environnant Paris, pour qu'elles aient à se joindre au;( citoyens de Paris dans la grande crise où ils se trouvent; l'imprimeur B... (i) se refuseà imprimer cette invitation.
La section s'était déclarée en insurrection la vejlle; je fais afficher cette déclaration (2), je fais avertir toutes les sections d'en deçà la Seine que le point de ralliement est sur la place du Théâtre-Français. A 10 heures du soir, je suis nommé pour composer le Conseil du maire, ou plutôt le Conseil révolutionnaire (3). A 1 1 heures, on m'apporte chez moi, excédé de fatigue; j'avais passé cinq nuits sans fermer l'œil, etc.; j'obtiens, avant de me retirer, qu'on ne 3e porterait au château des Tuileries que de jour. .
(i) Faut-il lire « B.iudouin ? »
(2) Je ne conn.iis pas cette affiche.
(;) Cette .isfertioii de Chaumette est très curieuse et mérite qu'on la relève. L'arrêté de la section des Quinze-Vingts, qui détermina la réunion du Conseil général révolutionn.iire, fut en effet pris seulement à ii heures du soir (Mortimer- 'l'ernaux, Hishire de la Teneur, t. Il, p. 233, note 2). 11 arriva seulement vers minuit dans les autres sections. Ainsi, lorsque la section du Théàtre-Hrançais en eut connaissance, il y aurait déjà eu deux heures, d'après Chaumette, qu'elle aurait dépéché celui-ci auprès de Pétion pour faire partie du « Conseil du maire ». Il y aurait donc eu à l'Hôtel de Ville une sorte de comité insurrectionnel plusieurs heures avant la formation de la Commune révolutionnaire dont les premiers membres ne durent pas arriver au lieu de réunion avant i heure ou 2 heures du matin. En ce qui concerne en particulier la section du Théâtre-1-rançais, l'élection de Chaumette, à 10 heures du soir, expliquerait ce fait, avancé par Mortimer-Ternaux (t. II, p. 452), que cette section n'envoya à l'Hôtel de Ville, pendant la nuit, que deux rjprésentants au lieu de trois : le troisième, Chaumette, y était déjà, et, après être rentré chez lui pendant quelques heures pour se reposer, put retourner le lendemain à midi s'asseoir à côté des autres membres du nouveau Conseil général, sans avoir besoin de se faire élire par la section. Malheureusement, je ne puis control«r les dires de Chaumette sur ce point, car je n'ai pas trouvé un seul extrait, soit manuscrit, soit imprimé, du procès-verbal de l'assemblée générale de la section du Théàtre-Franvais pour les journées des 9 et lo août 1792. II est à remarquer V^us, dans ses Mémoires sur l.i Rhvlulion du 10 août, Chaumette ne fait aucune allusion au rôle qu'il s'attribue ici. Le seul passage de ces Mémoires, où il parle de sa conduite dans cette nuit fameuse, atteste sa présence à l'Hôtel de Ville lors de l'ouverture de la séance du Conseil général révolutionnaiie, c'est-à-dire à 7 heures du matin. Voici le texte ; Aulard, Méuioires de CbauweUe, p. 56 : « Je les ai vus, les commissaires, aussi grands que la circonstance, lorsqu'ils remplacèrent le Conseil général et contre-révolutionnaire qu'ils venaient de dissoudre, je les ai vi;s s'embrasser et jurer, dans un moment d'enthousiasme et d'inspiration, de se faire hacher plutôt que d'abandonnjr la cause du peuple. Non, jamais je n'oublierai l'impression profonde que me fit ce beau spectacle. " Chaumette venait sans dou'.e de chez lui. De là il dut aller rue Saint-Honoré.
DE CHAUMF.TTE I37
10 août. — Je suis témoin, dans la rue Saint-Honoré, du massacre de la fausse patrouille, je cours risque de ma vie. Des malveillants me désignent pour un prêtre ; il est sept heures et demie du matin. A 8 heures, je me trouve au Carrousel, du côté du passage de l'Assemblée nationale; le feu commence, je suis entraîné Jusqu'à la rue Saint-Honoré, etc., etc. On tirait sur nous par les croisées; la canonnade continue et bientôt nous apprenons la victoire.
A midi, je cours à la maison commune; on m'y reçoit au milieu des embrassements ; on me place sur le champ au bureau. La révolution continue; le sang Les 96 Suisses
Mandat les filous et mille autres; mais je suis toujours
agité, j'entends toujours les cris de mes frères, de mes amis mourant sous les coups des traîtres. La sensibilité ne fait qu'effleurer mon âme ; cependant j'aurais besoin de verser une larme. Un de mes amis, la tête bandée, la figure déchirée, me tend les bras: « Je vis, me dit il, et nous avons gagné la victoire ». Je me précipite sur son sein, mon cœur se dégonfle, mes yeux se mouillent. Oh ! comme je suis soulagé ! ( 1 ),
A 8 heures du soir, je demande qu'on aille à la poste arrêter tous les journaux royalistes, aristocrates et feuillants. J'y suis envoyé; une patrouille de la section Mauconseil m'accompagne tout est brûlé.
A 1 1 heures du soir, une députation de la commune de Lagny vient offrir des secours d'hommes et de munitions de guerre aux citoyens de Paris et demande ce qu'il faut que fasse la commune de Lagny ; je fais une réponse touchante, énergique; on veut que je l'écrive et on en arrête l'impression et l'envoi à toutes les communes de France (2).
(i) C« style extravagant lait songer aux lettres écrites par Doin fils à son ami Chaumette avant la Kévoluiion, (Voyez rintroduction/i
|2t Cf. les Vrocés-v.rbjHx de la Commune de Paris, tires des papiers de Cliaumelte et édites par M. Tourneiix, page 7. La réponse du Conseil général i la commune de Lagny est un imprimé in-8" de } pages : Bibliographie de M. Tourneux, "' 5Î75> '''''• ""'•> ^^'' 1080.
A minuit, l'incendie du Carrousel augmente ; la superbe galerie court des dangers, on m'envoie pour le faire éteindre ; le peuple s'y refuse; enfin à i heure du matin, vaincu par mes raisons, il éteint l'incendie (i).
Jusqu'au jour, je fais enlever les cadavres; quelques-uns sont jetés dans les flammes pour abréger l'opération.
// août. — Mesures vigoureuses: arrestations d'aristocrates; clôture des barrières.
/2 I ■} 14, je fais arrêter une fausse patrouille
dans les Champs-Elysées ; j'envoie à Saint-Cloud pour surveiller et faire arrêter les traîtres qui s'y rassemblaient de nuit (2).
15 — Je fais arrêter des fabricateurs de faux assignats, rue des Bourdonnais et rue Guéiiégaud.
(i) Ici Chaumette prétend .ivoir joué un rôle qu'il est impossible qu'il ait joué en réalité : Le Proch-verbal ou rapport de l'incendie du château des Tuileries, le 10 août 1792, dont une copie manuscrite, datée du 51 juillet 1793, est conservée .i la Bibliothèque de la ville de Paris. Fonds Charavay, vente 1900, n° 182 (5"), dit en effet : « A 11 heures trois quarts du soir, la garde ne venant pas et les citoyens qui aidaient les pompiers s'en allant, M. Devismc a été requis par M. Poyet, architecte de la ville, de se transporter à la maison commune pour y rendre compte de l'état du feu et de ce qui s'était passé. M. Devisme s'y est rendu avec le sieur Morisset et .Menestricr, puis deux sous-brigadiers des pompiers », etc. Le Conseil général invita Devismc .à se concerter avec Saiiterre pour faire protéger les travaux d'extinction de l'incendie. Or, le procès-verbal de la séance du Conseil général (lîuchez et Koux, t. XVI, p. 450), en notant l'arrivée de M. Devisme et l'arrêté pris sur ce sujet, ajoute : a M. Chaumette occupe le fauteuiL » A partir de ce moment donc (il était au moins minuit et quart! Chaumette exer,;a la présidence du Conseil général ; or, il la conserva jusqu'à la fin. En effet, le procèsverbal de la séance se termine ainsi (Bûchez et Roux, p. 451) : » La séance a été suspendue .à 4 heures et demie du matin, signé : Chaumette, président ». .\ cette heure, l'incendie était maîtrisé, grâce à l'Assemblée nationale (voyez le procèsverbal de la Législative). Toutefois, il ne devait étrf. complètement éteint, d'après le rapport des pompiers eux-mcmej, que le 16 août, à 3 heures du soir. Il est donc certain qu'ici Chaumette s'est vanté.
(2) Erreur de date : On lit, en effet, au procès-verbal de la séance du Conseil général du 11 août [Bûchez et Koux, t. XVll., p. 45-46] : •■ Il est fait lecture d'une lettre de la garde nationale de Versailles, dans laquelle elle annonce qu'elle a envoyé 1,500 hommes à Saint-Cloud, où l'on prétend qu'il y a un rassemblement d'aristocrates, et proteste de son dévouement à la ville de Paris. M. Chaumette est chargé de hire réponse à cette lettre au nom de la Commune. » Les procèsverbaux de Chaumette, édités par M. Tourneux, ajoutent ;p. 9) : « Mention honorable. »
Je suis tous les jours les pansements des blessés dans les différents hôpitaux, j'installe un chirurgien-major à la Charité avec six élèves, je fais demander du linge et de la charpie aux sections, tout cela arrive en abondance.
20. — je propose d'anéantir l'Hôtel-Dieu, de former quarante-huit hôpitaux, un par section jusqu'à ce que la bonté du gouvernement en diminue le nombre.
2 / — Cabales et intrigues des gens vivant d'abus et de morts.
22. — Ma proposition est acceptée : on nomme une commission pour organiser les hôpitaux. Plusieurs abus sont anéantis.
Le commerce languit, les vivres n'arrivent pas. Je propose d'ouvrir les bairières. Robespierre s'y oppose.
Tumulte, fausse alerte; je propose de faire une proclamation pour inviter les citoyens à la tranquillité. Je suis chargé de la rédiger; elle obtient un bon effet (i).
28. — Le Conseil exécutif me charge de pleins pouvoirs pour parcourir les départements et faire porter de nouvelles armées sur la frontière (2). Longwy est pris, etc., etc. Je reste trente-deux jours dans mon voyage dans les seuls départements de l'Occident; je concours à la levée de cent mille hommes, tous armés et équipés; je fais rentrer dans l'ordre les habitants des campagnes qui brûlaient des châteaux d'émigrés, en leur montrant qu'ils détruisaient leur propre bien; ils arrêtent eux-mêmes les ravages; je fais fournir les marchés de grains, etc., etc. (3).
(i) Je n'ai rien trouvé sur ces divers incidents.
(2) Cf. Aulard, Reaitil des Actes du Comilé de saint public et du Conseil exécutif provisoire, t. I, p. 37-38.
(3) Cliaumctte n'était donc pas i Paris lors des massacres de septembre. C'est ce qu'il répondit en mai 1793 à ceux qui l'accusaient d'y avoir pris part; il leur déclara avec raison qu'à ce moment-là il était <( à cent lieues de Paris ». Aulard, Introduction aux Mè'tioires de Cinr.imette sur le 10 août, page IX. Chaumette a publié Uii-niéme un compte rendu de son voy.ige.
Pendant mon absence, on me nomme électeur(i).
Octobre (2).
J'arrive à Paris; je trouve le Conseil général de la Commune presque entièrement changé et sous le poids des plus graves inculpations. A mon arrivée, on m'honore de la présidence.
La calomnie m'avait attaqué pendant mon absence (5) ; j'oublie mes intérêts pour ne m'occuper que du Conseil général; je le défends et je confonds publiquement les calomniateurs (4).
La force armée apporte à la maison commune les flammes et les drapeaux des bataillons supprimés, je harangue à ce sujet les citoyens, et l'on fait imprimer mon discours (5).
Les Savoisiens viennent remercier la Commune de Paris et jurer fidélité aux Français ; je réponds à la députation ; on arrête l'impression de ma réponse, l'envoi à toute la République et un exemplaire au roi de Sardaigne (6).
Cependant la calomnie va toujours son train et les intrigants veulent des troubles. Pour y parvenir, ils font arriver treize émigrés à Paris, on les amène presque sans garde jusqu'à la maison commune; je les mets sous la sauvegarde du peuple, après avoir reçu leurs déclarations ; je harangue la foule
(i) L'assemblée primaire de la section de Marseille (ancienne section du Théitre-Français) se réunit les 51 août, i", 3 et 4 septembre 1792.
(2) Le document porte par erreur " Novembre ».
(3) Voir ci-dessus p. 72.
(4) Je n'ai rien trouvé sur la rentrée de Cbaumette dans le sein du Conseil général. Elle me semble avoir passé tout à fait inaperçue.
(5) Séance du Conseil général du 14 octobre 1792 {Xîonitfiir du 18 octobre, réimp., t. XIV, p. 226). Le discours de Ci'.aumette fut imprimé sous forme d'une plaquette in-8° de 14 pages, Bibl. nat., Lb'" 1297 et British Muséum, F 616, pièce 5. Cf. la Bibliographie de M. Tourneux, n" 6801. C'est de cet incident que date réellement la fortune politique de Cbaumette.
(6) Séance du Conseil général du 20 octobr.; (Moniteur du 23 octobre, réimp., t. XIV, p. 266). Ici encore Cbaumette est en contradiction avec les documents contemporains. Le Moniteur ne dit pas en efl'ei que le Conseil général ait décidé l'impression du discours de Cbaumette, mais seulement celle de l'adresse des Savoisiens. AprOs avoir reproduit cette adresse, il écrit en effet : « Le Conseil général a ordonné l'impression de cette adresse et l'envoi au roi de Sardaigne. >» Puis il donne le texte de l'allocution de Cbaumette. Je .l'ai d'ailleurs pu trouver un seul exemplaire de l'adresse imprimée par ordre du Conseil général.
immense qui remplissait la place de Grève et la salle; ils sont conduits sains et saufs à la Conciergerie et quatre jours après ils perdent la tête sur l'échafaud. sans tumulte et sans trouble.
On fait cesser les travaux du camp ; des milliers d'ouvriers murmurent hautement.
Tout à coup et dans le même temps, le ministre des contributions publiques, Clavière, défend à la poste de recevoir les billets de la maison de secours; ces billets tombent en discrédit; le peuple est agité.
Le ministre de l'intérieur, Roland, fait entrer près de quinze mille gardes nationaux des départements dans Paris, sans que leurs logements soient préparés; ces braves gens sont induits en erreur et crient contre la Commune de Paris; on les agite de toutes parts.
La cessation de la fabrication des sols met huit cents ouvriers sans occupation.
Les billets de parchemin sont discrédités; les méchants veulent du trouble.
Je rédige plusieurs proclamations, je parcours plusieurs sections, je mets des articlesdans plusieurs journaux, la confiance des citoyens me sert et tout est apaisé et les méchants en sont pour leurs agitations sans succès, pour leurs complots (i).
Cependant l'intrigue renoue ses fils, ramasse ses forces et prépare de nouveaux assauts à la Commune de Paris. Les traîtres adroits, qui mettent les sots dans leur parti, veulent entourer la Convention nationale d'une force armée autre que celle de Paris. L'opinion se prononce ouvertement contre. La majorité des sections exprime son vœu et fait une pétition contre cette proposition funeste à la liberté. Les députés des sections viennent soumettre cette pétition au Conseil ; je leur
|i| Ce sont U des renseignements bien vagues sur le râle joue par Cbaumette pendant toute cette période. Quant aux détails qui précèdent, ils constituent sn résumé bien superficiel et bien peu original des manœuvres girondines.
réponds et leur prédis l'accueil qui les attend. Le soir, les mêmes députés viennent demander l'impression de la pétition de Paris et de ma réponse, ainsi que l'envoi à toutes les communes de la République, ce qui est arrêté (i).
Le ministre Roland continue ses manœuvres.
Les représentants de la Commune sont insultés; je suis empoisonné dans (sic) une bavaroise ; on me suit en sortant du Conseil à minuit, et je suis menacé par un scélérat qui me présente un sabre nu.
Dans le même temps, deux de mes collègues sont attaqués sur le Pont-Neuf par des assassins qui criaient vive Roland! (2)
Enfin, la Commune de Paris est mandée à la barre de la Convention, le 31 octobre, pour répondre sur la dénonciation de Roland, au sujet de la pétition, etc.
On devait décréter la Commune d'accusation le même jour; j'en suis prévenu, j'amène mes collègues à la barre, je parle avec énergie, je peins la Commune de Paris, je détruis les dires du ministre. Je change la face de la Convention et j'ai le plaisir de voir les ennemis les plus acharnés de la Commune lui rendre une justice éclatante. Triomphe complet (3).
Les intrigants agitent toujours les citoyens armés des départements, les Marseillais surtout.
je propose à la section du Théâtre-Françiiis, dite de Marseille, une fête républicaine en mémoire des Marseillais morts le 10 août. Cette fête a lieu, le 4 novembre, dans l'église des Cordeiiers. Il s'y trouve vingt mille spectateurs.
(i) Le manuscrit original Je k pétition des sections est aux Archives n.-itionales : carton C 238, liasse n° 248, pièce 22. Je n'ai pu trouver celui de la réponse de Chaumette. Les deux pièces, imprin:ées .i la suite Tune de l'autre, forment une brochure in-4'' de 7 pages, dont il existe plusieurs exemplaires. Celui de la Bibliothèque nationale est coté : Lb'» 1298. La pétition fut présentée à la Convention le 19 octobre 1792. {Procès-verbal, t. II, p. 95-96.)
(2) Je n'ai rien trouvé sur ces différents faits divers.
(3) Sur cet incident de la séance de la Convention du 51 octobre, voyez le Procès-verbal, t. II p. 294, et le Moniteur, réinip., t. XIV, p. 560 et 361.
Je prononce un discours généralement senti et applaudi ; les larmes coulent de tous les yeux; je reproche aux Marseillais leur conduite, je démasque tous les partis, je les attaque avec force. Enfin, les Marseillais jurent de n'en servir aucun, de ne servir que la République et de n'agir qu'avec et pour les citoyensde Paris. Mon discours est imprimé avec profusion(i).
12 novembre. — On attaque encore Paris à la Convention, on le peint comme devant être agité et en insurrection lors du procès de Louis XVI. Je suis appelé au Comité de Sûreté Générale de la Convention, j'y fais un rapport sur la situation de Paris, je convaincs tous les calomniateurs d'être les seuls agitateurs et perturbateurs. Le Comité est rassuré, la Convention satisfaite et éclairée. Mon rapport flatte tout Paris à qui je rends justice.
Je rédige une adresse à tous les citoyensde Paris pour qu'ils maintiennent parmi eux la tranquillité et l'ordre ; elle est généralement applaudie et affichée (2)
24 novembre. — Je suis nommé vice-président de l'assemblée électorale (3).
Je suis un des trois candidats pour la place de procureursyndic. A la discussion ouverte sur moi, les dénonciateurs gagés ne peuvent me reprocher que mon âge.
Décembre.
\". — On renouvelle la municipalité, afin de dissoudre le Conseil général du 10 août.
(i) Il en existe aujourd'hui encore plusieurs exemplaires. Celui de la Bibliothèque nationale est coté Lb" 510 (Cf. Tourneu.\, Hihliograjibie, n" 8921).
(2) Cette pièce est intitulée : Commune de Paris. Extrait du registre des délihè' rations du Conseil général du 16 nofemhre ryçz, l'an /•' de la République. Adresse du Conseil général de la Commune au.x quarante-Ijuit sections et à tous tes cito\an de Paris. Imprimé affiche in-folio piano. Je n'en connais qu'un seul exemplaire : Bib. de la ville de Paris, collection d'affiches cotée 10569 A, portefeuille n" 2 (i" partie, pièce 116). (Pièce non bibliographiée par M. Tourneux).
(5) Erreur de date. C'est le 29 novembre que cette élection eut lieu. Cf. (;haravay. \J Assemblée électi^rale de Paris du 2J Sfplei::hre Ty^2 au 17 frimaire an II, p. 207-208.
Je suis réélu à l'unanimité.
3. — Je suis nommé procureur de la Commune, provisoirement (1).
8. — On dépouille le scrutin pour la nomination du procureur définitif; j'ai le plus de voix ; mais, n'ayant pas [la | majorité, je suis mis en ballottage avec mon concurrent (2).
11. — J'accompagne le ci-devant roi dans la voiture et à la barre de la Convention. Retiré à la salle des conférences de l'Assemblée nationale, il était 5 heures et je n'avais encore pris aucune nourriture; un grenadier m'offre du pain et de l'eau-de-vie. Louis Capet me le voit manger. « Hélas ! me dit-il, mon cher Monsieur Chaumette, je n'ai pas plus mangé que vous; donnez-moi, par grâce, une bouchée de pain. » |e partage avec lui! Dieu! quelles réflexions!!! O humanité sainte, sois toujours ma divinité, mon guide. L'horreur que j'ai pour les rois ne m'a pas empêché d'être homme. Je reconduisis Louis Capet au Temple (3) Mouvements tumultueux,
cris sinistres; je calme tout; il est 8 heures et il est enfermé dans sa tour
Il est poussé trois dents à ma petite fille sans douleur.
12. — Le résultat du ballottage m'a donné la très grande majorité. Je suis nommé procureur général syndic de la Commune de Paris (4). Acclamations du peuple, joie délirante de sa part. Je suis couvert de bénédictions et d'applaudissements Louis Capet ! Louis Capet ! je te défie, lorsque tu
étais roi, d'avoir joui autant que moi
(i) Ce n'est pas à l,i séance du ; décembre, mais à celle du 5, que Chaumette fut élu procureur provisoire de la Commune. Moniteur du 7 décembre, réimp., t. XIV, p. 662. Cette élection provisoire fut faite par le Conseil général.
(2) L'élection du procureur général définitif fut faite par les sections. On trouvera les chiffres du scrutin du 8 décembre au Monileiir du 11, réimp., t. XIV, p. 697. Le nombre des suffrages exprimés fut de 7062. Il y eut ballottage entre Chaumette, qui avait obtenu 1586 voix, et Real, qui en avait réuni 50;.
(3) Sur cet incident, cf. l'article des Révolutions de Paris, n" CLXXIX, reproduit par Bûchez et Roux, t. XXI, p. 514.
(4) Pour le résultat oe ce scrutin, cf. le Uonitiur du 15 décembre, réimp., t. XIV, p. 734; Chaumette fut élu par 5089 voix, contre 2245 données à Real.
Manifeste
Le peuple français a tous les peuples de la terre (i)
Déclare
Qu'ayant rompu et brisé les fers qu"il portait depuis tant de siècles, il veut jouir pleinement de ses droits que lui avait enlevés la tyrannie (2].
Qu'il s'est fait une constitution dont la base indestructible est la déclaration auguste des droits de l'homme, fondement inébranlable de liberté et d'égalité (3); déclare, en outre, qu'ayant résolu par sa constitution, en vertu de la Déclaration des Droits de l'homme, de ne jamais attenter à la propriété ni à la liberté d'aucun peuple de la terre, directement ni indirectement, les considérant tous comme ses frères et ses amis, i! renonce à toute espèce de conquêtes; et que si quelque despote, qu'éleva toujours l'intrigue ou l'enthousiasme, et que conserve encore l'ignorance, de ces hommes toujours altérés de sang humain et prodigues de celui des peuples qu'ils écrasent, était assez hardî pour pénétrer dans les foyers français, il est certain d'y trouver le terme de son ambition et de
lit Arch. nat-, T 604', lo* liasse, pièce 15. Ce document est de la main de Chaumctte qui en est très probablement le rédacteur. Il a été imprimé par ordre de la société de» Soutiens de la Liberté et des Droits de l'homme et dii citoyen, séante rue de la Mortcllerie, n° )6. Imprimé in-4' de 4 pages. British Muséum, F i6' (pièce 21.) [Tourneux, n" 10078]. Je relève dans les notes qui suivent les ditférences que présente avec cet imprimé le manuscrit de Chaumette.
'21 Ici le manuscrit porte ces mots, qui ont été bitîés : .■ Dont il renversera le trône, au réveil de cette léthargie profonde dans laquelle il fut si longtemps engourdi. » Cette phrase a été rétablie sur le texte imprimé par ordre de la société de» Soutiens de la Liberté, etc.
(5I Le manifeste imprimé ajoute ici : « Aux yeux de la loi, pour tons 1rs hahitanls lie l'empire, i Puis vient tout un paragraphe, qui a été barré i l'encre sur l'exemplaire du Britisii Muséum. En voici le texte : " j" Qu'il a nommé premier délégué de la nation, premier fonctionnaire public, premier sujet de la loi, Louis XVI, ci-devant roi de France et aujourd'hui roi des Français, qu'il l'a investi de la représentation de la souveraineté et lui a conféré le pouvoir exécutif de la loi, à laquelle il sera le premier souanis. »
ses cruautés: il saura que le Français, jaloux de sa liberté, fera tout pour extirper, s'il est possible, de dessus la terre, ces tigres avides de carnage, pétris de tous les vices et dont la vie entière est un tissu de crimes et d'horreurs (ij. Mais quelque criminels que soient ces hommes aux yeux de la philosophie et de la raison, les Français, fidèles aux principes de leur sainte constitution, ne les attaqueront jamais; s'ils en sont attaqués, c'est alors qu'ils porteront partout le flambeau de la vérité et de la raison, l'étendard de la paix, de l'union et de la liberté, le soleil des nations, enfin l'immortelle Déclaration des Droits de l'homme : ils la graveront sur la pierre, sur le marbre, sur l'airain, etles peuples, relevant la tête à l'aspect de cet astre lumineux et bienfaisant (2), briseront en mille pièces les chaînes qui les tiennent encore attachés sous les chars de leurs tyrans et se réuniront aux Français, qui ne feront plus avec eux qu'une seule famille, un peuple de frères. Qu'ils tremblent donc, ces despotes orgueilleux qui considèrent les peuples comme de vils troupeaux dont ils croient pouvoir disposer à leur gré ; qu'ils tremblent, car le temps approche où cette lignée (3) d'antiques brigands ne trouvera plus sur la terre un coin pour s'y retirer ; qu'ils craignent le réveil de tous les peuples, car il sera celui de la lionne à qui on a enlevé ses petits, et la trop longue impunité de leurs forfaits ne fera qu'irriter davantage contre eux. Tout concourt à accélérer leur chute, oui, tout, jusqu'à leurs efforts mêmes pour se garantir. Pourquoi tous les peuples ne nous imiteraientils pas? puisque tous sont nés pour la liberté; nous leur
(1) Le texte imprime continue ainsi : « Lesquels sacrifient .ivec la plus coupable inhumanité des centaines de mille hommes à leur orgueil, i leur cupidité, ou au désir de satisfaire les passions d'une femme ou pour le motif de prodiguer des di-^nités et des honneurs à leurs favoris ou leurs mignons. Mais, quelque criminels que soient ces hommes... », etc.
(2) <( De la plus sainte philosophie », ajoute le texte imprimé.
(3) Il y avait ici primitivement « horde x>. On a corrigé en mettant « lignée ..; c'est le mot « horde » qui figure dans le texte du manifeste imprimé.
disons donc (i) : que vous coûte-t-il pour être libres? Rien, vous n'avez qu'à le vouloir et vous l'êtes. Celui qui vous maîtrise tant n'a comme vous que deux yeux, que deux mains, qu'un corps; ce qu'il a de plus est un cœur déloyal et félon, et l'avantage que vous lui donnez pour vous détruire : car, d'où a-t-il pris tant d'yeux dont il vous épie, si vous ne les lui avez donnés? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous? Les pieds dont il foule vos cités, s'ils ne sont les vôtres? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous que par vous? Comment oserait-il vous courir sus, s'il n'était d'intelligence avec vous? Que vous pourrait-il faire, si vous n'étiez les receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue. et traîtres à vous-mêmes?
Vous semez vos fruits afin qu'il en fasse le dégât; vous meublez vos maisons pour fournir à ses pilleries; vous nourrissez vos filles, afin qu'il ait de quoi rassasier sa luxure; vous élevez vos garçons, afin qu'il les mène en ses guerres et les conduise à la boucherie, qu'il en fasse les ministres de ses convoitises, les exécuteurs de ses vengeances et les bourreaux de vos concitoyens; vous succombez aux fatigues et à la peine d'une vie laborieuse, afin qu'il puisse se mignarder dans les délices, les voluptés et se vautrer dans les plus sales plaisirs; vous manquez souvent de pain, afin qu'il nage dans l'opulence la plus somptueuse, qu'il mange les mets les plus délicats et qu'il commette les prodigalités les plus extravagantes; vous n'avez pas une chaumière pour vous mettre à l'abri, afin qu'il ait cent palais immenses et magnifiques; vous n'avez que des haillons pour vous vêtir, afin que ses valets soient couverts d'or, d'argent et de pierreries; vous n'avez pas un coin
(I; Le manifeste imprime portait d'abord : « Le temps est arrivé où l'on peut appliquer ce qu'Lusèbe Philadelphe disait, dans le sixième siècle, aux Français et à leurs voisins : Qiir vous cMe-l-il pour fire lihrts r Rien. Ce passage a été barré et on y a substitué en marge, à la plume, le texte de Chaumette : « Pourquoi tous les peuples ne nous imiteraient-ils pas, puisque tous sont nés pour être libres? Nous leur dirons donc : Que vous coûte-t-il pour être libres? Rien », etc.
de terre à labourer, afin qu'il ait des milliers d'arpents de terres en bois et en parcs.
Les bêtes ne souffriraient même pas tant d'atrocités et vous pouvez vous en délivrer, si vous essayez seulement de le vouloir : soyez résolus de ne plus servir et vous serez libres. 11 ne faut pas combattre votre tyran, il est défait de lui-même; il ne faut pas lui rien ôter, mais ne lui rien donner; que chacun ne se mette pas en peine de rien faire pour soi, mais ne fasse rien contre soi; je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez pas et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé la base de son poids, se rompre soi-même et s'anéantir (i).
D'après la lecture de ce manifeste présenté par Dunouy à toutes les sociétés patriotiques de Paris, elles adhèrent en tout à son adoption et ont arrêté qu'il serait imprimé, affiché et traduit en toutes les langues pour pouvoir le faire passer chez les peuples nos voisins, persuadées qu'il fera plus d'effet que des bombes et boulets et qu'il sera également envoyé à toutes les sociétés patriotiques de l'empire, avec invitation de le propager le plus possible. Et ont signé les présidents et secrétaires pour chaque société (2).
Dunouy, Escoffon P. Husson,
Secrétaire du dub des Cordeliers. Secrétaire des Soutiens de la Liberté et des
Droits de Thomme.
Adhéré purement et simplement suivant l'arrêté de ce jour :
(r) Dans toute cette fin, le texte imprimé du British Muséum présente avec le manuscrit de Chaumette quelques petites différences qui ne valent pas 1» peine d'être relevées. Par exemple ; « bourreaux des consciences de vos concitoyens » pour <( bourreaux de vos concitoyens », « ch.itcaux » pour « palais », etc., etc.
(2) Ce dernier paragraphe et les signatures qui le suivent sont ainsi remplacés dans le manifeste imprimé : « La Soctété, adhérant en tout au manjiesie ci-dessus à tous le: peuples de la terre, a arrêté qu'tl serait impnmê et cmvyè au Comité cintrai et à toutes les sociétés patriotiqiies. — Ce i) juin iy<^I. — Escoffon, président; Husson, secrétaire; Trestondant, vice-président; Morand, vice-secrelaire ». Puis vient la mention suivante : « de l'imprimerie de Momoro, rue Serpente, n" 7 ».
Mathieu père,
Piéiitieut àe la Société des Jacobins défenseurs de la Constitution.
Vachière,
Président de la Société des Indigents amis de la Constitution, séante rue Christine, n° 11.
Chaudet-Dufresne, Roux, L. Noele,
Secrétaire. Secrétaire. Secrétaire.
Tremaluer, Ugène, Anaxagoras Chaumettb.
Secrétaire. Secrétaire.
23 JUIN I79I. — DISCOURS SUR LA FUITE DU ROI ET LA Q.UESTIOV DE SAVOIR SI l'on DOIT SUSPENDRE l' EXERCICE DE LA ROYAUTÉ. SI LA CONSTITUTION FRANÇAISE PEUT SE PASSER DE ROI (l).
Frères et amis, citoyens fiançais.
Je vous ai proposé, darts une précédente séance, de demander à l'Assemblée nationale, qu'après avoir pris toutes les informations [sur les faits] qui ont précédé, accompagné et suivi la fuite de Louis XVI et de la famille royale, elle veuille bien ne pas prononcer en ce moment sur la conduite du roi, faisant ce qui aurait dû être fait dès le jour où nos représentants se sont constitués en Assemblée nationale : suspendre l'exercice de la royauté jusqu'au parachèvement de la constitution.
Cette proposition, commandée par la position critique où se trouve l'empire, par la défection de celui que les Français ont souffert à la tête de ceux qui font exécuter les lois, cette proposition, dis-je, rie fut apparemment pas assez sentie, ou je ne m'expliquai pasassezclairement, car il me paraît impossible que l'on regarde comme partie contractante du pacte constitutionnel, que nos représentants rédigent à présent pour nous, celui qui, avant la rédaction de toutes le-; clauses du contrat, déserte
II) Arcli. nat., T. 604 i, liasse 9', pièce 14.
la maison et refuse formellement par écrit de donner son consentement au contrat; il me paraît impossible que l'on regarde comme partie intégrante du tout constitutionnel celui qui a manifesté hautement et par écrit qu'il ne veut pas adhérer à notre constitution.
Qiiand j'ai fait la motion de suspendre l'exercice de la royauté, comme on aurait dû faire à l'instant où nos députés ont été réunis, ce fut par l'effet du mouvement généreux qui porte tous les Français à pardonner à leur ennemi ; quand j'ai fait cette motion, j'en avais senti la nécessité, mais je n'avais pas développé les moyens de la soutenir. J'avais pensé qu'il suffisait de la sentir, de l'annoncer, pour la voir adopter par les élans de tous les cœurs amants de la patrie. Cependant, en la proposant dans une ville où nous sommes environnés de tous les genres d'aristocratie, dans une ville où domine la plus dangereuse espèce de tout (sic), celle qui se couvre du manteau de la tolérance et de l'exaltation verbeuse de l'amour de la paix; en la présentant, dis-je, je ne me suis pas dissimulé que j'aurais à combattre les préjugés de l'enfance et de l'habitude; je ne me suis point dissimulé qu'il fallait examiner tout haut et tout de suite de grandes questions que la perfide politique du roi, que l'extase (sic) de ceux qui gouvernaient sous leur manteau inviolable, que l'intérêt coupable ou irréfléchi des sous-administrateurs, que l'erreur de tous les siècles avait cachées aux hommes pour les gouverner à volonté, pour les tromper, pour les manger; comme si la vérité n'appartenait pas au peuple et ne venait pas de Dieu qui nous la donne. Voici donc, frères et amis, les questions qu'il faut examiner en ce moment et qu'on aurait dij aborder dès le premier jour de la réunion de nos représentants en Assemblée nationale ; plusieurs publicistes l'ont dit, entre autres Dantraigues, avant qu'il fut traître.
Nos représentants, stimulés par l'oppression lors de leur
réunion au Jeu de Paume de Versailles, c'était alors, c'était là qu'il fallait examiner cette question (sic).
Peut-on et doit-on suspendre l'exercice de la royauté quand la nation est assemblée ?
Peut-on et doit-on prononcer cette suspension dnns les circonstances de la fuite du roi ?
Voilà la première question sur laquelle je fixerai votre attention.
La seconde : le roi est-il coupable et qu'en fera-t-on?
La troisième : la constitution française peut-elle se passer d'un roi ? Toutes ces questions s'enchaînent. 11 n'est pas possible de les envisager d'une manière isolée.
Frères et amis, pour traiter ces questions avec tout l'intérêt qu'elles exigent, j'aurais eu besoin de plus de temps que ne m'en laissent les devoirs qui me sont imposés. Ce que je vais dire sera incohérent sans doute ; je n'ai pas le loisir de chercher à bien dire; mais, quand je devrais augmenter le nombre de mes ennemis, je vous parlerai le langage de la vérité : je l'ai toujours présentée toute nue et je ne saurais la farder.
Si je choque l'opinion vulgaire de quelques personnes trop timides ou trop esclaves des préjugés, si je contrarie la pensée de ceux qui sont inconsidérément enthousiastes de notre constitution, c'est que l'intérêt de la vérité m'est plus cher que de vaines considérations; c'est que je crois payer une dette sacrée, faire le devoir d'un ami de la constitution, et que rien ne m'empêchera jamais de dire à mes concitoyens quels sont leurs droits, quels sont leurs devoirs, dussé-je leur déplaire.
Quand nos représentants se sont constitués en Assemblée nationale, ils ont pu, ils ont dû suspendre l'exercice de la royauté; il peuvent et ils doivent le faire dans ces circonstances.
Ici, les principes se présentent en foule pour servir de base à mes preuves. Je les puiserai dans des sources non suspectes
et qui seront respectées par ceux qui ont combattu ou qui voudraient combattre mon opinion.
Pour connaître si l'on a pu, si l'on a dû suspendre l'exercice de la royauté, il faut définir non seulement ce que c'est que la royauté, mais encore ce que c'est que la société civile. J'indique d'abord les sources où je vais puiser ; je citerai le savant Burlamaqui, professeur de droit naturel et politique à Genève; je m'appuierai de Jean-Jacques Rousseau, père de notre Révolution et j'aurai recours à la Déclaration des Droits de l'homme.
« Pour se faire une juste idée de la société civile, dit Burlamaqui, il faut dire que c'est la société naturelle elle-même modifiée, de telle sorte qu'il y a un souverain qui commande et de la volonté duquel tout ce qui peut intéresser le bonheur de la société dépend en dernier ressort, afin que, parce moyen, les hommes puissent se procurer d'une manière plus sûre le bonheur auquel ils aspirent naturellement. »
Le but de toute association politique, dit l'article 3 de la Déclaration des Droits de l'homme, est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme.
Pour parvenir à ce but, tous les peuples ont senti qu'il était essentiel à leur sûreté, à leur bonheur, d'établir un gouverne^ ment; ils se sont tous accordés dans ce point, qu'il fallait une puissance souveraine, à la volonté de laquelle tout fût soumis en dernier ressort.
Voyez Burlamaqui, pages 92, 93, 94, 99 et 100 (O.
Le savant auteur que je cite avait, comme vous le voyez, frères et amis, senti le principe si bien développé par Jean- Jacques Rousseau dans son Contrat social :
« Que la souveraineté, n'étant que l'exercice de la volonté générale, réside essentiellement dans la nation et ne peut jamais s'aliéner; que le souverain, qui nest qu'un être collectif,
(l) Ici Cliaumettc devait lire ces textes.
DE CHAUMETTE ït,^
ne peut être représenté que par lui-même ; le pouvoir peut bieh se transmettre, mais non la volonté. » {Contrat social, p. 32.)
Si ce principe est vrai, comme aucun Français n'en doute aujourd'hui, que la nation est souveraine, je soutiens qu'il ne peut pas exister en même temps que la royauté.
Si la nation est souveraine, surtout quand elle est assemblée, le roi, le monarque doit cesser d'exercer ses fonctions quand la nation est réunie. II ne peut y avoir deux souverains dans l'Etat, cela est moralement impossible et tendrait manifestement à la mort et à la ruine de la société.
Or, si l'exercice de la royauté existait en même temps que l'exercice de la souveraineté, il y aurait plusieurs souverains dans l'État : la nation d'un côté, le roi de l'autre.
(!arla royauté, nous venons de le voir, car la monarchie est un état dans lequel la souveraine puissance et tous les droits qui lui sont essentiels résident indivisément dans un seul homme appelé roi.
Si ces deux pouvoirs souverains existent ensemble, ils se collident (sic) sans cesse, et ils finissent par s'entre-détruire. Le pouvoir souverain du peuple fut toujours tué par le pouvoir précaire des rois, car toujours, jusqu'au renversement de la Bastille, les rois furent les plus forts, et Dieu l'avait prédit au peuple juif.
Quand nous avons donc reconquis ce droit inaliénable, la liberté, et la liberté nationale, nous sommes rentrés dans nos droits; mais quand un maitre rentre chez lui, après une longue absence, il reprend et il a inconstestablement le droit de reprendre tous les pouvoirs qu'il avait confiés, ou qu'on avait usurpés en son nom.
Quand une nation est rassemblée, tous les pouvoirs délégués cessent de droit ; cette vérité n'a pas besoin de démonstration, c'est l'évidence : donc, à l'instant où nos représentants ont été réunis en Assemblée nationale, ils ont pu, ils ont dû
déclarer que l'exercice de la royauté était suspendu, car le peuple souverain ne doit, ne peut déléguer que les pouvoirs qu'il ne peut exercer lui-même et la souveraineté ne doit, ne peut être exercée que par le peuple.
Mais ce que nos représentants auraient pu faire au moment de leur réunion, peuvent-ils le faire dans les circonstances? (sic).
Qui pourrait douter qu'ils ont ce pouvoir? Ils exercent par délégation la plénitude de la souveraineté; ils sont le pouvoir exécutif suprême de la volonté nationale ; ils exercent la souveraineté que les vainqueurs de la Bastille ont reconquise en 1 789 ; ils exercent la plénitude de la souveraineté que rien n'arrachera désormais à un peuple qui vient d'exercer son pouvoir avec tant de majesté, de magnanimité et de clémence.
Offensés depuis six siècles par les crimes presque continus d'une' race d'usurpateurs, anéantis sous le poids de plusieurs milliards de dettes contractées depuis le règne du monarque fugitif, aigris par la manière hautaine et dure dont il parla à ses représentants, attaqués de sa part par le féroce et infâme Lambesc, par la réunion des instruments de mort autour de nos représentants; insultés par l'arrogance musulmane de la séance royale, vexés par les attentats commis à Nîmes, à Nancy et dans les différentes contrées de l'empire, trahis par mille complots divers contre la liberté nationale par celui qu'on avait eu la lâcheté d'en appeler le restaurateur, énervés par une disette factice, épuisés par l'accaparement du numéraire et par une énorme liste civile, exaspérés par la plus coupable, lajplus réfléchie, la plus noire conspiration, qui exposait la nation'aux meurtres, aux massacres, à l'incendie et à toutes les horreurs d'une guerre civile, la nation française souveraine (sic), qui avait le droit d'exercer sur le coupable la plus terrible vengeance, s'est contentée de laisser tomber l'idole qu'elle s'était faite ; les Français ont eu la majestueuse
grandeur d ame de regarder à leurs pieds celui qui voulait les égorger ; ils en ont eu pitié : les Français ont dit : « Pardonnons, nous sommes tout puissants. »
Si ce peuple, que naguère on méprisait tant, fut assez grand, fut assez fort, pour n'être pas décontenancé de cette horrible secousse, il faut que nos représentants soient assez fermes pour prononcer la suspension de l'exercice de la royauté. Devons-nous, a-t-on dit et dira-t-on, nous occuper de ces grands objets dans cette société? ne devons-nous pas abandonner ce soin à nos représentants?
Sans doute, nous leur avons donné de grands pouvoirs ; sans doute, ils en feront usage. Mais vous le savez, citoyens, ils ne sont pas tous irréprochables, comme Pétion et Robespierre ; mais, dans une situation aussi critique, dans une occurrence où il s'agit ou d'assurer la liberté constitutionnelle, ou d'être constitutionnellement esclaves sous la domination d'un coupable qui deviendra nécessairement un tyran pour se venger s'il exerce encore quelques pouvoirs, il n'y a pas à balancer : il faut faire ressortir l'opinion publique, il faut que les sociétés patriotiques qui en sont les échos répètent hautement ce que tous les citoyens ont dans le cœur, je le dis avec confiance, ce que les citoyens ont dans le cœur, mais qu'ils ne savent pas dire tout haut ; il faut environner l'Assemblée nationale de l'opinion publique. Voyez la marche de cette Assemblée : elle attend manifestement l'opinion du peuple sur ce point, et cette opinion, à mon avis, n'est pas équivoque, elle dit que le roi doit être suspendu de l'exercice de la royauté.
11 n'est pas jugé, pourrait-on dire, il n'est peut-être pas coupable.
La raison et l'article 9 de la Déclaration des Droits de l'homme disent que tout homme est présumé innocent jusqu'à qu'il soit déclaré coupable.
Cette maxime est vraie; mais qui le déclarera coupable? Pour le faire, il faut examiner sa conduite. Sa conduite, elle est jugée et jugée souverainement.
Écoutez-moi. mes amis, un moment et rentrez en vousmêmes; que chacun sande son cœur: quand un homme est saisi dans la chambre d'un autre, le poignard à la main, quand il a porté plusieurs coups, quand le blessé l'arrête ou le fait arrêter, le blessé ne déclare-t-il pas, par là, quel est le coupable, et ses blessures ne sont-elles pas pour lui les preuves irrésistibles du crime?
Ici, les assassinats des Tuileries, la liste de proscription des députés patriotes et leurs portes que j'ai vu marquées, les massacres de Nîmes et de Nancy, sont les délateurs de la conduite tortueuse de Louis XVI ; ici, les grilles à rougir les boulets rassemblées à Versailles ; ici, la promesse de ne faire qu'un avec l'Assemblée et l'écrit qui proteste contre ses décrets; ici, la fuite combinée et la guerre civile : voilà les blessures que Louis XVI et sa femme ont faites réellement et qu'ils voulaient faire encore aux Français.
Nous les avons ressenties tous, ces atteintes funestes que l'on porte depuis deux ans au corps politique, et nous pourrions ne pas dire : voilà les coupables!
,, Toute la nation a ressenti les coups mortels qui lui ont été portés par son roi; toute la nation a donc droit de le déclarer çpppable et nos représentants seuls ont le droit de le juger; s'ils ne se croient pas assez forts, qu'ils assemblent la nouvelle législation (sic) et que le premier moment de la réunion soit employé à juger le roi et sa femme seuls (i). Oui, citoyens, à juger le roi et sa femme seuls : ce serait une barbarie que de punir ceux qui ont cru bien faire en obéissant à, un homme qui les paye avec les trente-cinq millions qu'on lui a laissés pour cela.
(1) Und.i, unda, unda, unda, unda, accurite cives. {Note du manuscrit.
DE CHAUMETTE l^-J
Oui, frères et amis, je le répète avec confiance : le roi et la reine sont seuls coupables de tous les crimes qui ont obscurci la Révolution. Si ces êtres despotes avaient été les vrais amis de ceux qu'ils appelaient superbement leurs sujets, déjà la constitution serait achevée et nous jouirions du plus grand bonheur possible sous une constitution que je crois viciée par l'introduction, par la conservation d'un roi.
Cette idée, frères et amis, me ramène à l'examen de la troisième question que j'avais posée en commençant.
La constitution française peut-elle se passer d'un roi?
Voulez-vous connaître, citoyens, quelle est la nature de cet être que l'on appelle roi? je l'ai déjà dit dans la tribune de cette société :
« Lorsque les Israélites, ce peuple spécialement protégé de Dieu, égaré par des ambitieux, voulut avoir un roi, à l'instar des autres nations, le prophète Samuel, qui avait guidé ce peuple avec les vieillards dans la route du bonheur, leur prédit, au nom du Très-Haut, que les rois leur enlèveraient leurs enfants pour en faire des valets ;
« Que ces rois se constitueraient une grande force armée, au moyen de laquelle ils se créeraient des domaines et raviraient les filles d'Israël ; Que ces rois enlèveraient la plus pure substance des cultivateurs pour engraisser leurs vils esclaves, leurs courtisans ;
« Que ces rois, après avoir décimé à leur profit les animaux, la terre et les hommes, ne laisseraient plus en Israël que des esclaves, qu'il n'y aurait plus qu'un maître et des sujets » (i).
La prophétie s'est accomplie.
Ces maux, qui pesèrent sur les Israélites, s'étaient aggravés sur nous, sur toutes les nations existantes et les dévorateurs
I, écriture sjiiitc, Proverbes, cliap. XXVIII : (( Léo riigiciis et ursus csuriens priuceps inipius super populum piupcrem. » (Note marginale du nmnmciU.)
des peuples étaient parvenus à faire disparaître la liberté que nous donna le Maître de la Nature et le Dieu des rois,
Citoyens, je ne m'appesentirai pas sur les pages des histoires des peuples salies par les turpitudes et les crimes des rois : leur force et leur inviolabilité fut l'ouvrage de la folie et de l'idolâtrie des hommes ; leurs crimes furent en quelque sorte notre ouvrage; l'homme de la nature est despote, l'homme-roi est tyran. Mais détournons nos yeux des crimes de nos recteurs, pardonnons et examinons avec le calme de la philosophie et de la raison si la constitution française peut assurer notre bonheur indépendamment d'un roi.
Si je parviens à démontrer que la constitution française serait bonne, si, poussé par l'opinion vulgaire et par un reste de séduction presbytérale (s/c), l'on n'y avait pas introduit un roi, j'aurai rempli mon but et j'aurai prouvé que la constitution française peut se passer d'un roi.
En cette matière importante, je m'environne encore de l'autorité, et je vais, frères et amis, vous mettre sous les yeux ce que dit l'inestimable professeur de droit public à Genève et la Déclaration des Droits de l'homme.
Voici comment Burlamaqui s'exprime dans un chapitre exprès (sic) où il traite de la meilleure forme des gouvernements, page 115(1).
Mieux organisée encore que ce projet (2), notre constitution sera parfaite et entièrement propre à garantir le bonheur des citoyens et la liberté, si l'on en retire le rouage de rapport et inutile qui a, jusqu'ici, empêché la constitution de marquer la félicité générale, si on en retire la royauté.
Je répéterai avec Burlamaqui : le seul moyen d'éviter la licence et la tyrannie est une souveraineté bien entendue.
(i) Lire ces passages où il p:irlc de Ift république romaine et des lois de Lycurgue. Burlamaqui dit qu'il ne faut ni une monarchie, ni une république, mais un gouvernement mixte. fA'u/e margimiU du inannscn't.')
(2) Il s'agit du projet de Burlamaqui que Cliaumette vient de lire.
Cette souveraineté, nous la plaçons, avec Jean-Jacques Rousseau, dans la volonté générale, dans la nation, dans la loi, qui est l'expression de la volonté générale.
Oui, frères et amis, si nous n'ôtons pas la royauté du pacte social que nous formons par nos représentants, si nous laissons tomber notre gouvernement dans les ronces rapaces (51c) de la royauté, nous n'avons pas de constitution.
Je le prouve par la Déclaration des Droits de l'homme, vraie base de la constitution française et faite pour rappeler à chaque instant aux administrateurs et aux administrés leurs droits et leurs devoirs.
Je lis, article 16 :
« Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est « pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a « point de constitution. »
Or, si l'on s'obstine à conserver un roi inviolable, lors même qu'il tente d'anéantir la nation, la garantie des droits n'est pas assurée. Comment le prince ne se jouerait-il pas des droits des particuliers ? Il a toute la force en sa main ; il n'est pas responsable. On connaît l'appétit vorace des rois et des sous-rois, ceux-ci osent tout sous le manteau de l'inviolabilité.
En vain m'objecterait-on que les ministres sont responsables, je dis que c'est un mensonge politique dont on berce encore le peuple, car jusqu'à présent les ministres les plus coupables se sont joués impunément de la nation et quand on aurait voulu exercer contre eux quelque acte de rigueur pour rendre cette responsabilité active, la fortune et la vie même d'un ministre ont-elles quelque rapport proportionnel avec la misère et le malheur de toute une contrée, de tout l'empire?
L'exemple de tous les temps nous a fait valoir (sic) que les
rois sont incorrigibles, et la prophétie s'accomplira toujours à
cet égard, si les peuples sont assez fous pour en vouloir encore.
Citoyens, pourquoi conserverions-nous à jamais ce chancre
l6o fAPÎERS
politique qui nous dévore trente-cinq millions, c'est-à-dire la substance abondante de trente-cinq mille familles ? Pourquoi, dis-je, conserverait-on la royauté, si, sans elle, nous avons une bonne constitution ?
Que voulons-nous, que devons-nous vouloir ? le bonheut public : eh bien ! il peut exister partout oîi il y a de l'ordre, partout où il y a une sage séparation de pouvoirs.
Or, l'Assemblée nationale, écho en cela de l'immortelle raison, nous dit dans sa dernière adresse : l'ordre peut exister partout où il y a un centre d'autorité; il se trouve, ce centre, dans l'Assemblée des représentants de la nation. La séparation des pouvoirs existe et le royaume rouie depuis deux ans, conduit par les pouvoirs distincts de la souveraineté et du pouvoir exécutif suprême.
Le collège des ministres, mieux choisis et responsables à la nation, choisis par elle, voilà le pouvoir exécutif.
La loi, voilà notre souveraine après Dieu ; la loi suffit pour nous conduire dans les occasions les plus difficiles.
Si tous les Français, sans y avoir été excités, et par un mouvement irrésistible, ont fait triompher la loi dans la crise alarmante de lafuitedu roi, c'est-à-dire dans la plus juste occasion de sortir des bornes de la vengeance légale, on doit penser que le? Français régénérés sont dignes de la liberté puisqu'ils observent la loi en esprit et en vérité dans l'occasion la plus difficile.
Au reste, frères et amis, si l'idée d'une République alarmait, je déclare que je ne conçois pas ce que c'est que République si l'on voulait faire croire que notre constitution offre l'image d'une République.
D'ailleurs, que veut dire le mot République, dont on semble vouloir abuser ? La République, il faut le dire au peuple des critiques irréfléchis, c'est la chose publique, c'est ce qui nous intéresse tous; il y a plus, on répète sans cesse que l'organi-
sation d'une République n'est pas propre à un grand État; mais on a répété cela sans s'entendre, et la République romaine fut bien plus étendue que l'empire français.
Au reste, je ne conçois pas plus ce que peut un roi pour conduire un royaume aussi grand que la France; un roi m'a toujours paru un être fantastique et métaphysique, incapable d'agir par lui-même pour le bonheur de tous.
Un père de famille suffit souvent à peine pour veiller au bonheur de sa famille: un seul homme ne peut conduire bien un seul village, et l'on voudrait qu'un seul homme fût nécessaire pour gouverner un grand Etat ? C'est, je le répète, offenser sciemment la raison.
Après avoir démontré que la constitution française n'a pas besoin d'un roi pour conduire au bonheur, qu'un roi, au contraire, dans la constitution est un baril de poudre placé dans les fondements de l'édifice pour le faire sauter tôt ou tard, je crois que la question se résoudrait par l'homme dont la raison est la moins exercée.
Si je demande, et je l'ai demandé, frères et amis, si je demande à un homme vulgaire : « Voulez-vous un roi ? » il me répond : « Cela est-il absolument nécessaire pour la constitution ?» Je lui réponds : « Non. si vous êtes toujours fidèle à la loi, si vous lui obéissez sans effort. » « Eh bien ! me répondil, en ce cas, je jure de tout mon cœur d'observer et de maintenir la loi, je suis bien payé de mon serment, car la nation par là gagnera trente-cinq millions. «Sil'on peut se passer définitivement de roi dans la constitution, si le roi est coupable, on peut donc et l'on doit donc demander que l'Assemblée nationale déclare que l'exercice de la royauté est suspendu.
Eh mais, dit-on, cela est superflu, l'Assemblée a déjà, dans sa sagesse, décidé cela, car elle a ordonné provisoirement au ministre de la justice de signer les lois, et elle a confié intérim (sic) le pouvoir exécutif aux ministres sous leur responsabilité.
102 PAl'JERS
Je sais que l'Assemblée a rendu des décrets dans ce sens, mais ce qu'a lait l'Assemblée nationale n'est pas ce que je demande ; elle a suspendu de fait, et sans le dire, Louis XVI de ses fonctions royales ; mais moi je demande qu'elle le dise clairement.
Hlle peut, si nous lui manifestons notre vœu, le dire sans crainte, et je crois pouvoir assurer que l'Assemblée attend la manifestation de la volonté nationale fortement prononcée pour suivre l'impulsion générale.
Disons-lui qu'elle peut avoir le courage d'ôterdela constitu- • tion ce qui l'empoisonne, puisque, pour la soutenir, tous les Français sont debout et qu'ils mourront plutôt que de courber la tête sous le joug d'un nouvel esclavage ^j).
Justification des grenadiers soldés, chasseurs et deux compagnies DE FUSILIERS DE LA SECONDE DIVISION, POUR LA CIRCONS- TANCE FACHEUSE ARRIVÉE AU ChAMP DE LA FÉDÉRATION LE DIMANCHE 17 JUILLET I79I (2).
Si, dans la journée du 17 juillet, l'on peut blâmer la conduite des gardes nationales présentes au Champ de la Fédération, de ceux-mêmes dont la Municipalité en a avoué l'imprudence, d'avoir fait feu auparavant que le drapeau rouge ne fût parvenu audit Champ, et qu'il pouvait en résulter que quantité d'honnêtes citoyens, qui s'y promenaient paisiblement, ne fussent la victime de cette méchanceté {}}.
Comme, depuis la Révolution, nous nous sommes efforcés de donner des preuves de patriotisme et de notre attachement au bien de la patrie, nous serions par conséquent pénétrés de la douleur la plus vive, si nous, grenadiers, chasseurs et
(i) La question préalable a emporté cette motion, mais le peuple l'appuie et l'appel nominal la fera réussir. (Note marginale du manuscrit.) (2) Arch. nat., T 604s, liasse 10', pièce ;;. (5) Ce paragraphe est textuellement reproduit d'après le manuscrit original.
DE CHAUMKTTl: lÔ'?
fusiliers de la seconde division, nous nous trouvions inculpés d'avoir eu part à cette méchanceté, nous exposons donc notre conduite au public dans cette malheureuse journée ; ceux qui en ont été témoins oculaires pourront nous rendre justice. L'on sait que la troupe qui fit feu sont (sic) de la première division, en partie des volontiiires commandés par Chareton {sic), chef 'de cette division (ils entrèrent dans le Champ de la Fédération par l'avenue, du côté de l'Hôpital), et que nous, delà seconde division, nous y entrâmes du côté de l'Ecole militaire et qu'à peine étions-nous dans le Champ de Mars, le drapeau rouge n y était pas encore arrivé, que nous vîmes le feu commencer du côté de l'avenue de l'Hôpital. Voyant combien on s'écartait des formes pour proclamer la loi martiale, cela causa un très grand murmure parmi nous; mais comme troupe disciplinée et habituée à l'ordre, nous nous tînmes dans nos rangs en observant le commandement de nos officiers, qui nous firent avancer au pas de charge, pour arriver à l'autel de la patrie; y étant arrives, l'on nous fit le commandement de halte et nous fijmes indignés de voir que des volontaires et des officiers, dont nous y citerons le nommé Chareton, commandant de la première division, qui donna un grand coup de sabre à un vieillard qui descendait de l'autel de la patrie, et il allait le laisser sur le carreau, si un grenadier ne le lui eut ôté des mains, et nous pouvons dire avec la vérité la plus sacrée, que noys avons sauvé la vie dans le moment à plus de deux cents citoyens qui, à coup sîir, sans nous, n'auraient pas échappé à la fureur de ces monstres endoctrinés. "
Après que le tumulte fut dissipé, M. Bailly, accompagné de la Municipalité, vinrent à la tête de nos compagnies, pour nous témoigner la peine qu'ils avaient ressentie de ce que des gardes nationales imprudentes avaient fait feu, ce fut là le langage que nous tint M. Bailly, et nous, grenadiers, nous répondîmes à M. Bailly et à la Municipalité quç nous étions trf^ gurfris et
même indignés qu'on se fût porté à telle violence ; que la quantité de monde qui était au Champ de Mars n'était pas si grande pour que l'on eût bien pu arrêter quelques personnes qu'ils disaient leur avoir jeté quelques pierres, qui n'avaient fait aucun mal, puisque personne n'en avait été blessé, sans prendre un parti, dont quantité d'honnêtes citoyens en avaient été les victimes; que pour nous, si l'on nous réservait à de telles expéditions, nous allions nous retirer bien vite chacun chez nous ; que c'était devant nos ennemis qu'il fallait nous mener, et que là nous nous servirions de nos armes; mais pour la circonstance qui venait de se passer, nous nous serions tous cru déshonorés et indignes de porter le nom de Français si nous avions été assez malheureux de tremper nos mains dans le sang des citoyens qui venaient d'être égorgés. M. de La Fayette vint ensuite et nous fit ce reproche: « J'avais pleine confiance en vous, mais vous n'avez pas obéi à la loi», et nous nous retirâmes du Champ de la Fédération à huit heures et demie du soir.
A Paris, le 17 juillet 1791.