RENSEIGNEMENTS
Sur les moyens des habitants de Saint -Joseph pour l’établissement d’une église et d’un presbytère et la subsistance d’un curé.
Le Roi a avancé à Saint- Joseph la somme de 1,200 livres , en billons , pour laquelle nous avons obtenu une lettre de change, qui nous a produit, par l’agio, la somme d’environ * . . 16,000 livres.
Les habitants se sont taxés à 10 livres par gaulette de terre , payables en deux ans , dont le dernier terme à la fin de cette année. Cette taxe a produit à peu près 21,000
Dons gratuits des habitants aisés. . 5,600
Total. .... 42,600 livres.
Il en coûte à la paroisse pour la construction de l’église , du presbytère et d’une cuisine 25,000
Reste 17,600 livres.
Nous avons, en intérêts d'argent placé au terme de l’année dernière, environ 1,200 livres, ce qui fournira des ustensiles de ménage à M. le curé.
La vente des places dans l'église nous donnera les. choses seulement nécessaires pour dire la messe.
Je crois donc que nous pouvons placer les 17,000 livres restantes, en conséquence de l’arrêté de notre assemblée du 3 août 1788. Des -préposés sont chargés de ce placement. De cette manière cette somme donnera à très-peu près 2, 100 livres.
Nous avons un beau et bon terrain, qui est attenant
à la cure , de 150 gaulettes de hauteur , sur 50 de largeur , en y comprenant les pas géométriques, dont la jou’ssance est donnée spécialement à la cure.
Un autre terrain plus grand, mais situé à la Mare- Longue , trop loin pour être mis en valeur par la cure.
Les habitants d’entre Manapani et la rivière des Remparts ont obtenu la commune de ce lieu, à condition de donner, dans l’année prochaine, à la cure de S ont- Joseph, six vaches, six brebis, six chèvres, deux truies et vingt volailles.
Il a été réservé, dans cette même commune, un droit de pâturage pour la cure, et un emplacement pour emparquer les troupeaux la nuit.
Suivant un complétait par aperçu, il revient à Saint- Joseph, des noirs de commune, à la Ri vière-d’ Abord, cinq esclaves et six à huit cents livres en argent. Cette quantité d’esclaves est trop petite pour les employer aux chemins, et y attacher un piqueur; on pourrait laisser ces cinq esclaves pour domestiques à M. le curé, et l’argent pour ajouter à son ménage.
Voilà les moyens actuels que nous avons pour l’établissement de notre paroisse. Les habitants feront sans doute plus, quand ils le pourront, et la multiplication des troupeaux de la cure améliorera encore le sort du curé.
On écraserait nos habitants, en leur demandant actuellement un surcroît de taxe ; ils ont fait, par un zèle bien louable, plus qu’ils ne pouvaient faire. J’ai sous les yeux la récapitulation des recensements de Saint Joseph, et je trouve en tout 779 esclaves, ce qui ne fait, en raison du nombre des blancs, que deux esclaves pour un blanc.
C’est cependant cette pauvre et naissante paroisse qui a payé, ou qui aura payé, à la fin de cette année, quarante mille livres pour entendre la messe, avoir les secours spirituels, et donner à ses enfants les principes de notre religion.
Ajoutons que, vu la misère d’une partie de Saint- Joseph, j’ai obtenu que cette partie serait exempte de frais de commune pendant trois ans.
Je rapporterai, en preuve que nos habitants ont fait plus qu’ils ne pouvaient, l’impossibilité où plusieurs ont été de payer leurs taxes échues, et je vois avec chagrin la fin de cette année approcher, où le terme en arrière,
joint à celai qui va échoir, forcera peut être d’en venir aux voies de rigueur, pour en obtenir le recouvrement entier.
Que l’on compare actuellement l’ancienneté et les moyens des nouvelles paroisses de Sainte-Rose et de Saint- Leu avec celle de Saint-Joseph, et on ne peut qu’être édifié des efforts prématurés que la nôtre a faits, pour entendre la messe et avoir des secours spirituels.
Je vais terminer ce tableau misérable de notre naissante paroisse, par une réflexion que je supprimerais sûrement, si j’étais à la tête d’une paroisse moins malaisée. Toute la paroisse de Saint-Joseph faisait partie ci-devant de celle de Saint-Pierre; il me semble que, la division d’une paroisse en deux partageant les travaux spirituels du curé de l’ancienne, la nouvelle doit être de même aidée par la première de ses moyens temporels
A Saint-Benoît, le J 4 septembre 1789.