J. HUBERT
Ainsi pourvu de ressources pour l'entretien, d’un curé, Hubert eut recours au préfet apostolique, M. Darthé. qui fit venir l’abbé Gros de Filede France. M. Gros annonça son arrivée à Hubert par la lettre que voici :
Monsieur,
Je suis à la Rivière d’ Abord, depuis le 17 du courant, pour prendre possession de la cure de Saint- Joseph;mais les choses sont bien différentes de ce que je croyais, à mon départ de iTe de France. Je croyais trouver ies choses finies, et n’avoir plus qu’à me loger au presbytère et l'église finie; il s’en faut bien que les choses en soient là. Il faut combler le dedans, et aplanir un chemin, et remplir le vide du dehors, pour y faire une terrasse, et des escaliers pour pouvoir y entrer. Le presbytère n’est pas encore monté, et il n’y a rien dans l’église, ni autel, ni tabernacle; il n’y a absolument rien. Je croyais que , comme commandant du quartier Saint- Joseph , vous faisiez votre résidence près de l’é^ glise , ce que M. Darthé- m’avait donné à. entendre , me
témoignant la joie que vous auriez dé me voir curé dé Saint- Joseph ; et je me trouvai au milieu d’un désert ! De fort mauvaise humeur contre M. le Préfet , qui ne m’a pas dit les choses comme elles étaient, je me serais bien donné de garde d’y venir, si j’avais su la vérité. Il est de toute nécessité de donner vos ordres pour faire hâter les choses, afin que je puisse célébrer la messe dans peu et me loger. Je viens d’en écrire à M. Cossigny, et, si les choses ne vont pas mieux, je suis décidé a retourner à i’île de France.
J’aurais été charmé de vous avoir auprès de moi , pour l’attachement personnel que j’ai pour vous, pour hâter les choses et pour le bon ordre du quartier.
J’ai l’honneur d’être bien parfaitement, Monsieur, votre très- humble et obéissant serviteur.
, Gros.
A la Rivière d’ Abord, le 28 décembre 1789.
Hubert fit disparaître la signature et répondit:
Saint-Benoit, le 3 janvier 1790.
Monsieur,
J’avais appris , par une lettre de M. Darthé , votre arrivée à la Rivière d’ Abord , avant d’avoir reçu celle que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 28 du mois dernier. Cette nouvelle m’a fait le plus grand plaisir, et il me hâtait d’avoir celui de vous embrasser, et de nous entendre pour ce qui a rapport à notre paroisse; mais des affaires de la plus grande importance , qui intéressent la propriété de nos habitants, m’ont retenu ici à portée de MM. les Chefs , et lorsque je me disposais à me rendre à Saint-Joseph. J’ai été nommé député de ma paroisse , ce qui me force à me trouver à Saint- Denis le 25 de ce mois , jour de l’assemblée de tous les députés de notre île. Ce ne sera donc qu’en février que j’aurai l’honneur de vous voir. Je compte alors passer quelque temps à la Basse- Vallée, y faire , à mes frais , un mesurage, pour lequel on demande mille écus aux
habitants de ce lieu , qui ne font pas la moitié de cette somme dans une année.
Je suis peiné et encore plus étonné, Monsieur, de vos expressions envers le respectable chef de la religion en ces îles, et le vôtre direct, comme celles-ci : « De très • mauvaise humeur contre M. le Préfet, qui ne ma pas dit les choses comme elles étaient; si f avais su de lui la vérité , je ne serais pas venu, etc . »
Je vous avoue que je ne reconnais pas là monsieur Gros, ni dans tout ce que contient votre lettre. M. Darthé a pu vous dire , Monsieur, que tout devait être fait à la fin de l'année dernière , parce qu’il savait que c’était là le temps de l’engagement de notre entrepreneur ; mais quelles espèces d'engagements ne souffrent pas de retard l La loi même donne des délais. Et vous voulez , Monsieur, renoncer à la cure que vous avez acceptée , parce que tout n’est pas fait à point nommé ! Vous , Monsieur, dont je connais le zèle apostolique, vous exposeriez, peut-être pendant longtenrps, des chrétiens, dont vous avez la charge, qui se sont saignés pour avoir des secours spirituels , vous les exposeriez à mourir sans sacrements, et quelques-uns dans l’ignorance des sacre- . ments ! Et cela parce que des entrepreneurs ont mal calculé le temps, et se trouvent en retard de deux mois. Je m’attendais que ce délai exciterait votre impatience d’exercer votre ministère dans la nouvelle cure ; mais j’étais bien éloigné de soupçonner votre menace de partir bien vite.
Les entrepreneurs n’ont pas été exacts à l’époque de leur engagement, parce qu'ils ont pensé qu’il leur en coûterait moins pour le remplir. Sainte- Rose a donné quatre mois de plus aux siens ; je me flatte que nos habitants seront aussi équitables. On ne s’est pas pressé de mettre l’église en état de dire la messe, parce que le curé n'est pas encore logé. Tout cela sera prêt en même temps. Mais ne vous attendez pas, Monsieur, à des ornements riches ; notre paroisse est trop pauvre pour faire de nouvelles dépenses; elle n’a en tout que 8 à 900 noirs , et elle paye plus de 40,000 livres pour entendre la messe et avoir un curé. Cela est exorbitant, mais bien méritoire , il faut l’avouer. Les habitants, après cela, ne devaient pas s’attendre que, infiniment moins riches que Saint-Leu et Sainte-Rose, et ayant une église plus tôt que ces deux nouvelles paroisses, son curé se dispo-
serait à les abandonner, parce que le presbytère est en retard de deux mois au plus.
Je suis sensible , Monsieur, au désir que vous exprimez de me voir auprès de vous , par l'amitié que vous me portez, et qui est réciproque; mais pour hâtei' les choses , cela regarde les préposés. Pour lt bon ordre du quartier y il est bien tenu par M. Mercier, mon représentant , et d’ailleurs cela n’a aucun rapport à vous. C’est pour avoir parlé de mes devoirs que je me suis permis de vous faire des représentations sur les vôtres ; mais, à l’avenir, je me flatte que , lorsque vous ne serez plus à Saint-Pierre , vous voudrez bien que nous nous voyions avec la liaison qui doit unir deux personnes faites pour travailler au bonheur de leur paroisse , l’une en faisant pratiqupr les bonnes mœurs et la religion, l’autre par sa médiation. Oui, Monsieur, j’ose croire que , lorsque je vous verrai à Saint- Joseph , vous croirez à mon zèle pour cette paroisse , non ce zèle bouillant qui est souvent mal dirigé , mais celui qui mène solidement les choses à leur maturité ; %lors aussi vous croirez à l’attachement et au respect avec lesquels j’ai l’honneur, etc.
J. Hubert.
C orrcsp ondanee avec Favéta Le Comte
Saint- Benoit, le 14 août 1779.
J’arrive du Gol, mon cher ami. Je me suis décidé en 24 heures à faire ce voyage, quoiqu’il y eût longtemps que j’en avais le projet. C’est ce qui fait que je ne vous ai pas écrit, et que je ne puis aller à Saint- Denis.
Je suis actuellement à faire mes dispositions pour l’enlèvement de mon arbre (1). Le cœur me bat à chaque fois que j’y pense. Je tremble que mon opération ne réussisse pas. Je puis répondre qu’il n’y aura pas de ma faute. Je mène trente noirs pour porter le plus de terre que je pourrai. J’envoie d’avance les quatre plus intelligents pour faire le chemin.
(1) Le mangoustan. Voir page 25.
l’ai appris, dans ce voyage, pourquoi le miel vert est si rare, et je me suis convaincu qu’il est fort difficile de l’avoir pur, sans les plus grandes précautions. Il m'a fallu questionner les meilleurs chasseurs de miel vert, pour savoir ce que je vais vous marquer. iPersonne, à la Rivière d’ A bord, n’avait pris les mêmes renseignements que moi.
Etant chez M. Desforges, à son habitation, ses noirs surent que je désirais du miel vert. Ils m’en portèrent beaucoup, à 40 sous. Je leur dis: « Je ne veux pas pour « 10 sous de ce miel-là ; mais donnez-m’en de vrai, et « qui ressemble au jus d’herbe, et je vous le paierai « une piastre. » Ils me jurèrent qu’ils ne le mêlaient pas, et, pour preuve, le dimanche au soir, ils m’en portèrent tel qu’ils- l’avaient tiré des bois, et en rayons. Je le fis presser et je n’eus que du miel mêlé. Certain que i’on trouvait quelquefois du miel comme du jus d'herbe, je fis de nouvelles questions aux noirs les plus intelligents, et ils me dirent enfin que le miel était toujours mêlé, parce qu’il y avait, dan# les trous d’abeilles, du miel de réseive de la fin de la dernière saison, des rayons nouveaux de miel vert pur; et qu’il se trouvait aussi des rayons dont moitié des cellules étaient de l’un; et moitié de l’autre; qu’il était très-difficile de faire un choix dans les bois, et qu’on pressait le tout ensemble ; que le miel le plus vert était le moins mêlé, c’està-dire où il y avait le moins de celui de la dernière saison. Cela su, je dis à ces noirs : « Portez à M. Monter fort du miel que vous choisirez avec soin. Il vous le « paiera pour moi 6 et 8 livres, suivant sa beauté, et « vous vendrez le blanc encore 20 à 30 sous. Vous ga- « gnerez encore, et vous rétablirez la réputation de ce a fameux miel. » J’ai engagé tous les acheteurs de miel de ces quartiers à être aussi difficiles que moi, et ils l’eussent été, s’ils avaient su plus tôt ce que j’ai appris sur cela.
J’ai provigné ma liane à belle fleur en panache (pivrea). Vous en aurez le premier, ainsi qu'une marcotte de mon ravensara.
J. Hubert.
(1) A cette époque , la monnaie courante se composait de la piastre de 10 livres ou 200 sous (aujourd’hui 5 francs) , et de petites pièces de cuivre chacune de 3 sous (7 centimes 1/2).
Saint-Benoit, le 8 octobre 1784.
Je parierais cent piastres que les Salazes ont plus de 1,500 toises. Je crois vous l’avoir marqué, et vous pouvez le vérifier, on ne voit un objet de 35 lieues qu’autant qu’il est élevé de 1,525 toises. De l’île de France on voit nos Salazes, et au-dessus de l’horizon ; donc elles ont plus de 1,525 toises.
J'envoie à M. de Crémont de l’huile essentielle de bois de Joli-Cœur. L’huile de Dippel n’est pas plus claire, plus limpide. Elle l’est autant que l’eau de roche. Si elle ne donnait pas beaucoup de fuliginosité en brûlant, elle aurait quelque rapport avec l’éther. Mon huile ne peut être qu’une huile essentielle, mais la seule, je crois, qui soit si blanche, si volatile et si inflammable et ayant toutes ces qualités à la première distillation. ’
Je vous enverrai la note des livres que je demande. Je veux avoir l’Encyclopédie nouvelle, et une machine électrique bien montée, pour toutes les expériences nouvelles. Je vais toujours travailler a un catalogue d’après les vôtres, que je vous renverrai, et d’après les journaux de 81, 82, 83, que je suis à feuilleter. Peu à peu je ferai venir, de concert avec vous, ce qui nous manquera. Je vais, le mois prochain ou celui-ci, envoyer toujours 30 balles de café.
J. Hubert.
Saint-Benoit, le 10 avril 1785.
J’ai reçu, mon ami, votre lettre du 4 de ce mois, et votre petit billet du 7, avec la note du prix de la vente, à Bordeaux, des différentes denrées de l’Amérique, que M. de Cossigny vous a envoyée. Le prix du cacao m’a fort intéressé ; nous en parlerons après. Je vais d’abord vous dire tout ce que j’ai appris de notre cannellier, et les raisons qui me font croire qu’il n’a pas la même origine que celui de l’île de France, et aussi la différence que j’observe entre ces deux arbres.
Le plus ancien cannellier de ce quartier a été planté par mon père, dans la première année qu’il s’est établi ici, en 1732. Il avait tiré cette bouture d’un arbre qui était sur l’habitation de la première femme du bonhomme Geslin, située à la rivière Saint- Jean. Cet arbre était
déjà grand, lorsque mon père en a pris une bouture, ou plutôt une forte branche. On a, à peu près dans ce temps, ^changé le grand chemin. Ce canneliier s’en trouvait. alors assez près ; tous les passants en coupaient des branches, et, un jour que Cette femme était de mauvaise fumeur, elle l’a fait couper et détruire entièrement. Je tiens toutes ces circonstances de M. Dumont, qui demeurait alors avec mon père. Ma mère, mariée en 1738, se ressouvenait que ce canneliier existait déjà dans ce temps, et que mon père en avait grand soin. J’ai été le voir ce matin ; je l’ai recommandé au propriétaire de cette première demeure de mes père et mère. J'ai montré aussi beaucoup d’intérêt à la conservation de deux benjoins plantés par la même main, et dont on ferait des planches.
Le bonhomme Dumont, depuis 60 ans dans l’île, n’en sait pas davantage sur l’origine de notre canneliier. J’ai tiré beaucoup de connaissances de ce respectable octogénaire, sur les premiers temps de l’établissement de cette île, et même de l’île de France, où il a été quelque temps. Je ne connais point de mémoire comme la sienne ; il cite toujours le jour de la semaine et le quantième du mois ; j’ai été à même de vérifier qu’il était exact ; il demeure depuis quelque temps à la maison, et je le fais causer.
Revenons au canneliier. Voici les différences que je trouve entre le nôtre et celui qui nous a été envoyé de l’îie de France par M. Ceré. Il a six ans environ.
1° En s’approchant du canneliier de l’île de France , surtout quand il est en fleur, on sent une odeur très-désagréable et forte. Je n’ai rien éprouvé de même près de notre canneliier ; on sent une odeur , mais aible et point désagréable.
2° L’écorce de celui de l’île de France, ainsi que les nervures des feuilles, est d’un autre vert que le nôtre , qui tire un peu sur le jaune.
3° Le pétiole des feuilles est plus long dans le cannellier de l’île de France. Les feuilles sont, en général , moins longues que celles du nôtre ; elles sont aussi plus larges à leur naissance. Les nervures sont les mêmes. Je sais que, pour les mêmes espèces, les arbres varient dans le feuillage, même dans la forme et la saveur des fruits ; le manguier, avec son fruit , en est une preuve bien remarquable,
J’aurais voulu comparer les fruits; i$ais il n’y pn a pLus., Je sais cependant que le calice de notre canneilier m'a paru moins ^rand que l'autre. Le nôtre grènë trèspeu, et celui de 1 île de France, beaucoup et plus tôt.
J’attends une pousse degelui del’île de France, pour voir si les nouvelles feuilles sont d’un vert blanc, et, en
f)artie, d’un cerise charmant comme le nôtre, lorsqu’eles sont tendres encore.
L’objét de comparaison auquel je me suis le plus attaché est la différence qu’on pourrait remarquer dans le goût et le parfum, et, pour cela, je n’ai pas voulu m’en rapporter à moi. J’ai fait mâcher à plusieurs personnes des feuilles des deux espèces ; le résultat a été que notre cannelle est plus piquante et plus sucrée.
Je crois que nous aurions un moyen de reconnaître au juste d’où vient notre canneilier. M.Bellier m’a parlé de la copie d’une lettre de M. Parat , gouverneur ici vers 17] 5, qui écrivait à la Compagnie et lui rendait compte du progrès des arbres exotiques. Je ne doute pas qu’il n’y fût question du canneilier, s’il en existait un alors.
M. de Cossigny nous parle des graines du canneilier de Chine, qu’il croit être de la Cochinchine. J’en ai bonne provision, et plusieurs personnes du quartier en ont reçu, comme moi, de M. Foulon, pendant son séjour à Ceylan. Ne pourrait-on pas croire que c’est du cannellier de Ceylan que cette épicerie est tirée ? Ce serait un caractère remarquable, et qui prouverait que celui de l’île de France ne serait pas la bonne cannelle de Ceylan, ou que cet arbre aurait dégénéré pour ses qualités aromatiques. La meilleure expérience, et que nous donnera encore M. de Cossigny, est le prix que sera vendue la cannelle qu’il a envoyée en France.
Je suis étonné que M. de Cossigny, dans son ouvrage, et M. Ceré, dans sa lettre imprimée, n’aient pas parlé du parti qu’on pourrait tirer de la cannelle, en diminuant les frais d’exportation en Europe. C’est d’en extraire l’huille essentielle ; vous savez qu'elle coûte environ 1,100 livres la livre, et qu’on n’en extrait point en Europe, parce que la cannelle du commerce en donne trop peu, soit qu’en vieillissant elle perde son huile, ou qu’on emploie à Ceylan une qualité de cannelle plus piquante.
Je m’imagine que je ne perdrai point de plants de
canneilier dans la transplantation, en enlevant les petits
plants avec leur motte. Cet ouvrage n’est pas si considérable , quand le semis est près du terrain qu’on lui destine. Mes deux mille cacaoyers n’ont point été transplantés autrement; mes girofliers le seront de même aussi. Le cannellier vient ici de bouture ; mais il manque pour les trois quarts , au moins. En voilà assez sur ce sujet.
Ce 11 avril.
Parlons cacao maintenant :
M. de Cossigny m’avait désespéré, en me marquant que le prix du cacao était d’environ 15 à 18 livres le quintal ; mais il me disait bien qu'il n’en était pas sûr. On m’a assuré depuis qu’il se vendait, à Lorient, de 15 à 22 sous la livre; mais il faut s’en rapporter au bulletin de vente de Bordeaux, où il est porté à 13 sous la livre. A ce prix, je vais vous prouver que c’est un excellent objet de culture»
Le cacaoyer se plante à 7 à 8 pieds de distance. Un carré de 50 gaulettes sur chaque côté contiendra dix mille plants, qui donneront dix mille livres de revenu, et il ne faudra pas plus de 10 noirs pour le cultiver, récolter et préparer le cacao. Vous allez convenir de tout cela tout à l’heure.
Il ne faut que 16 fruits de cacaoyer pour une livre d’amandes sècnes et marchandes. J’ai plusieurs arbres qui m’ont donné environ 100 fruits au deuxième rapport; un m’en a donné 123. M. Ceré, dans un petit nombre, a récolté d’un seul arbre 136 fruits. Mais je ne veux, l’un portant l’autre, que 32 cosses, ce qui me fait 2 livres par arbre, que je vendrai 10 sous la livre. Je mets, comme vous voyez, au plus bas la récolte et le prix. Je calcule ici pour moi , qui ferai passer mes récoltes en France.
Les jeunes plants de cacaoyer demandent nécessairement de l’ombre. L’ambrevaüe remplit bien cet objet, et étouffe i’herbe. 11 ne faut presque point sarcler. Plus grands, ils couvrent de leurs branches la terre; l'herbe n’y vient point, ou très-peu.
La recuite se fait facilement. On peut la différer de quinze jours et plus. Un noir récolte bien des fois 16 cosses, s’il ne les ouvre pas tout de suite, pour en tirer les amandes. Ce dernier travail n'est pas encore bien
long. Après cela, il ne s’agit que de faire ressuer ses amandes, quelques jours, et les sécher au soleil. Voilà qui est fait. Si vous êtes obligé de différer la vente, vous repassez les amandes au soleil , de temps en temps. Elles ont l’avantage rare, comme l’huile de ben, de ne point rancir.
AJais, me dira-t-on, on ne devrait donc planter que des cacaoyers? Je réponds qu’il faut des terres nouvelles pour que le cacaoyer réussisse bien, que celles qui sont sèches et en pente ne lui conviennent pas, et qu’il réussit mal dans les quartiers secs.
Je crois que nous pouvons préparer aussi le cacao, et faire passer dans l’Inde notre chocolat. Nous aurons quelque jour la vanille. M. Motais a écrit pour cela au ministre. M. de Crémont m’a promis qu’il emploierait tout son crédit à nous la procurer. En attendant, nous ferons du chocolat de santé; nous pourrons employer toujours la cannelle, le girofle, peut-être le cardamome.
Je n’ai pas encore perdu un cacaoyer bien repris. Cet arbre est cependant attaqué par l’espèce de pucerons que nous avons depuis longtemps, sur le caféier. Les plants en souffrent, sans périr. Ce même insecte s’attache au pédoncule des fleurs et des jeunes fruits, et en fait couler. Un autre puceron, qui me paraît particulier au cacaoyer, et que je ne vois pas sur d’autres arbres, fait le même tort que le puceron du caféier; mais tous les arbres ne souffrent -ils pas plus ou moins des insectes? Des cacaoyers qui m’ont donné 100 fruits, en étaient attaqués.
Vous avez bien raison, mon ami, de dire que le giroflier, le cannellier, le cacaoyer, ne prospéreront bien que dans nos quartiers pluvieux , surtout le giroflier et le cacaoyer ; le cannellier réussira mieux chez vous (1). Le premier de ces arbres, le plus riche des végétaux, ne sera jamais, je crois, un objet de fortune dans les quartiers des deux îles où il ne pleut pas souvent. Aux Moluques, le giroflier souffre et même périt dans les endroits secs.
J. Hubert.
(1) Le Comte habitait la rivière des Pluies-