‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 38 sur 91 · Volume 324. De la main du Duc · texte numérisé non relu

Volume 324. De la main du Duc

audessus desquels vous estes et que mon impuissance et votre estât vous mettent hors de portée de recevoir.

Il faut que j'ajouste ce mot pour mettre vos bontés hors d'incertitude et vous rendre compte aussy de la conduitte que je médite dans l'espérance que vous l'approuverez. Le Pioy et la Reyne d'Espagne m'ont fait écrire par trois différentes fois, la p*-* par la voye de leur p'' Médecin qui est auprès de moy et les deux autres par M. le M. de Grimaldo, que les taches de mon visage ne les empescheront point de me voir sans aucune peine et qu'ils en ont impatience dès le lendemain de la quarantaine, qu'ils ont suputé qu'elle sera achevée pour le mariage, et qu'ainsy ils comptent et veulent que j'y assiste.

Ce redoublement de trois fois est arrivé sur ce que je m'en suis défendu les deux premières par touttes les raisons que vous pouvez bien penser, et je ne me suis rendu qu'a la dernière, faisant mander a M. de Grimaldo, par M. l'abbé de St-Simon, que je considérois cette prévenance de leur part comme un ordre ; aussi prends-je un soin de mon visage comme feroit une fille de 15 ans et il paroist qu'il sera alors en estât de ne faire aucune peine.

Le mariage fait, qui sera aparament suivi de la grâce que vous avez sceu ménager avec tant d'art et de force, on retourne a Madrid. Quelque désir que j'aye de profiter de la liberté que vous me laissez de retourner d'icy en France et quelqu'occasion que m'en présente la fin de ma mission par la célébration du mariage, j'avoue qu'il me répugne de couper ainsy tout court a l'instant que j'auray receu une telle grâce, après une

autre aussi singulière que celle de se priver pour moy pendant /iO jours d'un p"' médecin auquel le Roy d'Espagne est également attaché par ses frayeurs continuelles sur sa santé, et par estime et preuve de son habileté qui véritablement, par sa réputation et par ce que j'en viens d'éprouver, a peu de pareilles. De plus je n'ay veu L. M. C. que 7 jours à Madrid pendant les quels j'en ai été comblé au delà de tout ce que je puis vous dire et continuellemsnt durant ma maladie. J'ay l'honneur de vous appuyer cet article bien plus ferme et plus librement a cette heure que cela ne peut plus me servir a vous persuader de faire ce que vous venez d'exécuter avec tant de bonté. Par touttcs ces raisons je me détermine a retourner à Madrid en suivant vostre conseil sur la suitte et la dépense d'y estre une 15" en courtisan reconnaissant et de m'en aller ensuitte par la route de Pampelune qui est la plus courte. Voila une longue lettre pour mon estât, mais j'ay le cœur si plein que je voudrois le répandre sur des rames en attendant l'honneur et le plaisir de vous embrasser de tout mon cœur et de repeter mil fois à V. E. qu'elle n'eut jamais de serviteur plus reconnaissant, plus fidèle, ny plus inviolablement attaché.

Le Duc de St-Simon.

Je considère trop l'abbé de St-Simon comme un 3 fds pour n'estre pas sensible au dernier point aux bontés que vous luy faites l'honneur de luy témoigner.

AU CARDINAL DUBOIS '

A Villalmanzo, ce 13 janvier 1722.

J'obtiens enfin de M. Hiiygins la permission de repondre aux différentes dépêches dont V. E. m'a honoré; j'y trouve, par les bontés infinies dont elles sont remplies, le heaume le plus propre a rétablir entièrement mes forces loin de les epuyser.

Les bornes d'une lettre ne me permettent pas de répandre, avec toutte l'effusion que je desirerois, l'epanchement de ma reconnoissance ; je me contenteray de luy dire que ce que je luy dois est infini, et demeurera éternellement gravé dans mon cœur.

Je ne puis assez rendre grâce a V. E. des louanges qu'elle veut bien donner a la façon dont je me suis conduit icy ; elles relèvent infiniment le prix de ce que j'ay taché de faire, pour soutenir l'honneur d'un si grand employ, et reconnaître les bontés de S. A. R. que vous avez seu rendre si efficaces. Je suis ravy que vous approuviez ma conduitte sur des personnes, avec les quelles je n'ay nulle peine de la garder telle, et que je tacheray de continuer jusqu'au bout, quoy qu'il arrive. J'ay compris ce que V. E. me fait l'honneur de me mander, a l'égard de la signature du contract de mariage, sur une table séparée et c'est la même raison, qui m'a

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