CHASSES
C'est trop parler de chasse comme de l'occupation ordinaire. la plus continuelle du Roy et de la Reine d'Espagne, sans expliquer ce que c'est. On y connaît peu celle du chien couchant. L'aridité de la terre ; ses fréquentes coupures ; la fréquence des pierres et des rochers ; le
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manque d'eau dans les campagnes; la quantité et la force des aromates et des herbes odorantes ; la chaleur excessive de presque toute l'année, ôtent aux chiens l'usage du nez, les crève de soif et leur déchire les pieds. Ces raisons excluent pareillement les meuttes et toutes les chasses à courre. Celle de l'oiseau est fort tombée et n'est point du goût de L.L. M. M. Voici celle où ils vont avec une assiduité telle que je l'ai représentée.
On remarque un endroit où la pente et l'ouverture de ce que nous appellerions montagnes, et les trouées de ce que nous appellerions des broussailles, donne lieu aux bêtes du canton de passer le plus ordinairement ; et comme cette chasse est de tous les jours, il faut souvent changer de lieu, le prendre où il se trouve et l'aller chercher, souvent, à trois et quatre lieues d'Espagne, quelquefois jusqu'à six. C'est ce qui oblige à un si grand nombre de relais par jour, à n'aller jamais, et par les plus étranges chemins, qu'à bride réellement abbattue, ce qui se peut, parce qu'il n'y a jamais de boue quand on en veut tenter le péril effectif et continuel, et à faire ce qu'on ose nommer une consommation de mules de trait, et de chevaux d'officiers et de gardes, qui eu diminue notablement l'espèce dans le Royaume.
Ordinaire. Au licu choisl, OU dresse deux feuillées adossées
l'une à l'autre, dont l'une est fermée aux deux bouts, à hauteur d'appui aux cotés, et à deux portes. L'autre est ouverte par devant, et toutes deux petites. Les carrosses du Roy et des deux grands Ecuyers et celui du Prince arrivent aux feuillées. Celui de la Dame du Palais
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n'en approche pas ; il s'arrête à une grande distance. Elle reste dedans, et, sans approcher ni en sortir, elle se met à la suite des autres, quand ils s'en retournent après la chasse. Cette dame a toute la fatigue du chemin, et, du reste, une entière solitude. Elle n'est là qu'au cas que la Reine eut besoin de quelque service qui ne lui peut être rendu par des hommes; et comme cela n'arrive presque jamais, la Dame du Palais part et revient sans avoir rien vu, que par sa portière, quoi que ce soit de la chasse, ni, le plus souvent, parlé à personne. Toutes y portent quelque livre, ou leur ouvrage, si elles l'aiment. En mettant pied à terre, le Roy, la Reine, le grand Ecuyer et le Capitaine des Gardes en quartier entrent dans la feuillée fermée où il y a provisions de fusils chargés, et un homme pour les charger, à mesure que l'on tire, et chacun en prend un. Mais le Capitaine des Gardes attend que le Roy le lui dise. Le Majordome-major et le grand Ecuyer de la Reine avec le premier Ecuyer du Roy entrent dans l'autre feuillée où personne d'eux n'a de fusil. Quand le Prince va à la chasse, et il y va presque toujours, il entre dans cette feuillée avec sa suite. Lui seul y a des fusils et un homme aussi pour les charger. Le premier quart d'heure, les deux feuillées ont quelque commerce et puis silence entier jusqu'à éviter le moindre bruit en se remuant. On est assis sur des manteaux et le Roy et la Reine sur de petites chaises de paille. Deux, trois et jusqu'à quatre cents paysans, quelquefois, sont commandés pour faire une enceinte dès la nuit. Ils s'avancent, peu à peu, avec bruit et métode, pour chasser les bêtes vers l'enceinte. Rarement il en passe fort peu et
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quelquefois beaucoup, mais c'est toujours avec une telle justesse, qu'il n'arrive presque point que ce soit hors de portée de fusil. On les entend venir ; le silence, s'il se peut, redouble ; une toux viendrait, alors, fort à contre-temps. On tire, à droite et à gauche, sur tout ce qui passe, mais on observe de ne tirer qu'après L.L. M. M., et le Prince, qui est dans l'autre feuillée, n'a que ce qui est échappé à ceux qui sont dans celle du Roy. Peu à peu les paysans approchent, et viennent, enfin, aux feuillées avec de grands cris de vivat. C'est alors que la chasse est finie. On va chercher toutes les bêtes tombées aux environs. S'il y a des loups et des renards ordinairement on les laisse, mais sangliers, cerfs, biches, daims, lièvres, etc. on apporte tout devant la feuillée du Pioy dont son carrosse s'approche, et tandis qu'on éventre et qu'on vide les bêtes et qu'on les attache derrière le carrosse du Roy, c'est un temps de cour et de conversation pour les assistants où le Roy parle plus qu'ailleurs, et que la Reine égaie toujours. Dès que la dernière bête est attachée, on remonte en carrosse et on s'en va, souvent aux flambeaux, avec la même rapidité qu'on est venu. C'est la chasse dont je rendrai meilleur compte pour l'avoir vue deux fois, qui est une grâce qui ne s'accorde presque jamais à personne et que je ne demandai pas par celte raison. Le Roy, la première fois, me fit, à l'instigation de la Reine que j'entendis de sa feuillée, l'honneur de m'apporter lui-même un fusil dont je tuai un renard, quoiqu'il y eût des années que je n'eusse tiré. L'autre fois, on me donna aussi un fusil, je payai mon triomphe par l'étourderie de tirer le premier dont je ne m'aperçus
que longtemps après, et dont les excuses fournirent ensuite à la conversation et à la plaisanterie.
Outre cette chasse, le Roy et la Reine en font deux autres, mais rarement. L'une est de tirer aux palombes, c'est-à-dire aux pigeons sauvages. Il s'en trouve quantité, et quelquefois ils volent par troupes. Gela se fait à cheval, comme nous tirons en volant, mais sans chien. Alors on tire aussi sur tous les oiseaux qui se présentent, et la Reine tue, à balle seule, les plus raides au vol.
Le Lano est une autre sorte de chasse qui se fait aux oiseaux et surtout aux perdrix, par une enceinte de paysans et de quelques gens à cheval, avec un art et une adresse difficiles à comprendre. On y est aussi à cheval, mais souvent on met pied à terre pour tirer, quand on se doute que quelques volées vont passer, ou qu'on entend quelque bête qui s'est trouvée dans l'enceinte. Personne ne tire à ces chasses, que le Roy la Reine et le Prince. La Dame du Palais y est à cheval à la suite de la Reine. On rapporte aussi le gibier. La Reine, en toutes ces chasses, fait honneur des plus beaux coups au Roy qui tout au plus tire aussi bien qu'elle, mais très bien tous deux, et le Prince aussi qui l'envie fort, et n'en comprend pas d'autres, que le Roy semble aussi avoir tout à fait oubliées.
Palombe*.