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On dit que si les ouvriers avaient moins de vices el plus d'instruction, ils arriveraient plus facilement à l’aisance. Ils peuvent renverser l'argument et dire : « S’il nous était facile d’ar- « river à l’aisance, nous aurions, ou du moins « nos enfants auraient moins de vices et-plus « d'instruction. »
L'ouvrier a de quoi se nourtir. C'est fort bien, répondrai-je, maïs il faut qu'il ait aussi de quoi nourrir ses passions et ses caprices, puisque vous autres, aristocrates de l’industrie, de la finance et de la politique, vous nourrissez si grassement et si plantureusement les vôtres au grand soleil de Paris.
Lorsque la bourgeoisie instruite a fait la Révolution de 1789, elle ne l’a pas faite toute seule. Elle a appelé le paysan pour brüler les châteaux et l’ouvrier pour abattre les bastilles.
L'ouvrier a fait sa besogne : aujourd'hui il réclame son salaire. Complices de la Révolution, partagez-en avec eux le bénéfice.
L'ouvrier, qu'on l'appelle socialiste, communiste ou international, sait parfaitement ce qu'il veut, mais il ne sait comment l'obtenir.
LS
I] veut que la propriété soit plus aisément!
accessible à celui qui travaille.
Il ne veut pas que tout le monde soit gueux, il veut que tout le monde soit riche. Mais plutôt que de subir une inégalité trop criank, l'ouvrier, et surtout l’ouvrier de Paris, qui voit très-bien comment va le monde, aimera mieux faire sauter la société.
Qu'ont fait les classes gouvernantes de la société française en faveur des pauvres? Qu'ont-
elles fait pour rendre les impôts moins lourds à ceux qui gagnent moins, pour faire la part à peu près égale à tout le monde dans l'immense développement de la richesse publique ?
Les Chambres françaises ont été profondément égoistes. Elles ont favorisé constamment leurs parents, leurs amis, leurs égaux. Elles n'ont jamais supporté la loi de la conscription, elles ont fait porter l'impôt indirect sur les choses nécessaires, elles ont privilégié les grosses industries dans la répartition de l'impôt direct. |
Vous ne comprenez pas qu'on fasse des reévolutions * Lisez les quelques lignes qui résument les produits des divers revenus du pays, et vous verrez combien le législateur frappe le nécessaire des uns et épargne le superflu des
autres.
Lorsque les abeilles trouvent un rat mort
dans leur ruche, ne pouvant emporter le cadavre, elles l’embaument avec de la cire.
Les Anglais ont un système social qui produit beaucoup de pauvres : mais ce système a un correctif. On prend le pauvre, on l'englue dans le workhouse ou tout autre système de bienfaisance, et il cesse d'empester la société.
Les législateurs français ont été moins prudeuts. Leur sysitème social produit moins de détritus humains que le système anglais, et cependant la société en est plus infectée. On voit des myriades d'hommes éliques et rabougris qui prennent un fusil quelque matin, et envoient leurs doléances chargées à balle dans les vitres et parfois dans la tête des gens heureux et bien portants.
Ce système est détestable, et cependant personne ne parait s'en lasser. Voilà quatre-vingts
ans que cela dure et l'avenir est pléin de promesses du même genre,
1 est convenu que les hommes d'ordre ont ls monopole des vertus civiques et même du courage. Cependant il faut reconnaitre que les hommes de désordre sont nombreux et qu’on ne peut les tuer tous.
Comment faire ?
À la phace des hommes d'ordre, j'y réfléchis - Tauis sérieusement. Je me rappellerais que les émeutes du règne de Louis-Plilippe ent été peu de chose, que les journées de juin ont été un désastre, et que l'affaire de la Commune
était une Révolution.
À ia place des ‘hommes d'ordre, ce crescetrdo me tlonnera à penser.
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Parmi les bataillons que j'avais l'honneur de commander, certains étaient afifligeants à voir. Des hommes débiles, laids, petits, difformes, dont l'uniforme faisait ressortir la mauvaise mine. En passant devant ces malheureux, je me disais : Ces gens ont raison de se battre ; ils se battent pour que leurs enfants soient moins chétifs, moins scrofuleux, moins vicieux qu'ils ne sont eux-mêmes.
En dépit de la défaite de la Commune, le dilemme posé à la société par les communeux subsiste tout entier : « Il faut que la société s’abaisse à nous rendre la vie commode et facile, ou bien nous tuerons la société. »
Vous voyez bien, législateurs imbéciles, qu'il faut que vous ouvriez la société toute grande à la horde qui l'assiége. Sans cela cette horde se fera une société en dehors de vous : si les na-
— Di — tions n'ouvrent pas leurs portes à la elasse
ouvrière, la classe ouvrière courra à l’Internationale.
Il y a dans la société une classe nombreuse, industrieuse, puissante parce qu'elle est groupée, à laquelle ne s'appliquent ni vos lois sur la propriété, ni vos lois sur l'héribage, ni vos lois sur la famille. °
Changez vos lois, ou bien cette classe essayera obstinément de se créer une société à elle, où il n’y aura ni famille, ñi héritage, ni propriété.
Je crois que je n'ai aucune prévention en faveur des communeux : eh bien, je dois dire que j'aime mieux, — malgré toutes les hontés de la Commune —, j'aime mieux avoir combattu avec ces vaincus qu'avec ces vainqueurs.
Ce qu'on appelle la classe conservatrice est
indigne et incapable de gouverner, parce que "elle a pour principal mobile la peur.
Tout ce qu'on voudra, excepté le danger, telle est la foi politique des « amis de l'ordre».
Il y avait dans Paris, au 18 mars (c'est un compte dont je sais l'exactitude) soixante batuillons révolutionnaires; il y avait quaire vingt-dix bataillons entièrement conservateurs. Le reste était partagé et incapable d’avoir une action décisive.
Les quatre vingt-dix bataillons conserveteurs étaient plus anciennement formés, mieux équipés, mieux armés que les révolutionnaires, ils étaient égalernent nombreux, ils étaient mieux: commandés et plus disciplinés. /
Seulement ces indignes citoyens ont l'habi-
tude de s’en remettre à l'armée et à la police, qui sont chargées de se faire tuer pour l’ordre. Mais il y'a des moments où'la police est sur les. dents et où l’armée ne comprend pas bien de quel côté
-est son devoir, ou si son devoir n’est pas de rester tranquille. À ces moments-là, le pavé de Paris est au premier occupant.
Je ne me repentirai jamais d’avoir essayé de démolir cette oligarchie bâtarde de la bourgeoisie française. Mais nous avons beau étre vaincus, nos coups de canon ont porté, et j'espère que la cause de la démocratie trouvera plus tard des serviteurs moins indignes et moins incapables que nous.
Nul doute que j'ai.été dupe du. mouvement du 8 mars; mais j'étais bien plus dupe à Metz. lorsque je construisais des ouvrages qui ne devaient pas être attaqués, lorsque je remettais
des portes à la ville, — des portes qu'on devait ouvrir toutes grandes : tout l'argent que j'ai employé là a été employé pour le roi de Prusse. J'étais dupe aussi à Nevers, lorsque je m'éreintais à exercer des soldats et à former des officiers pour défendre un pays qui ñe voulait pas se défendre. Si j'avais su que tout cela était pour la frime et finirait par de bonnes capitulations, je serais allé passer mon temps avec quelque corps franc au lieu de faire enrager des pauvres diables de mobilisés que je finissais par transformer en soldats.
Si C'était à recommencer, il est possible que je n'irais pas servir la Commune, mais il est certain que je ne servirais pas Versailles.
J'ai été bien attrapé, je l'avoue franchement, quand j'ai connu le gouvernement révolutionnaire.
Je cherchais des patriotes, et je trouve des
’ = QE — gens qui auraient livré les forts aux Prussiens plutôt que de se soumettre à l'Assemblée; je cherchais la liberté, et je trouve le privilége instalté à tous les coins de rue ; je cherchais l'égalité, et je trouve la hiérarchie compliquée de la fédération, l’aristocratie des anciens condamnés politiques, la féodalité des ignares fonctionnaires qui détenaient toutes les forces vives
de Paris..
Mais ma plus grande surprise était autre chose que tout cela. Nous avons souffert d’être régis par un gouvernement de police, et la Commune trouve moyen d'être un gouvernement de police, et Raoul Rigault, qui avait personnellement pâti de ce mode de gouvernement, s’installe à la Préfecture, et devient le véritable chef de la Commune.
J'ai connu Delescluze et Félix Pyat : je n'ai jamais assez estimé Delescluze , et je ne mépri-
serai jamais assez Félix Pyat,
Jl est un point sur lequel je considère la Commune comme une expérience complète :
c'est l'insuffisance des classes ouvrières pour le gouvernement. Il fant, 17 faut que, jusqu’à nouvel ordre, l'exercice des fonctions gouvernementales reste aux mains des classes instruites, ou plutôt il faut que le gouvernement reste aux mains de la bourgeoisie jusqu'à que
le peuple soit suffisamment instruit.
Que le peuple s'instruise donc s’il veut avoir sa part légitime dans la direction des affaires et dans la répartition de la fortune. Mais, pour le moment, je dirai le motsans le mâcher, le peuple est trop bête pour nous gouverner : il n’a pas assez d'idées sérieuses et il a trop d'idées fausses.
Je n'accuse pas, je constate. Je sais que ce n'est pas la faute du peuple, mais la faute de nos législateurs ‘si le peuple reste dans eon infériorité ;, je sais que le peuple francais, et
celui de Paris en particutier, est intelligent et capable. Mais tout cela ne suffit pas : il faut la culture intellectuelle, sérieuse et approfondie, pour traiter d'aussi graves questions que le gouvernement des affaires publiques. Le gouvernement actuel est incapable, vicieux, de mauvaise foi, tout ce qu'on voudra, je le sais bien, puisque j'ai travaillé de tout mon cœur à le démolir; mais je dois dire que le peuple de Paris, ayant mis son gouvernement à la porte, avait l'air d'un aveugle qui a perdu son chien.
Non-seulement l'instruction de nos ouvriers est insuffisante, mais encore elle est mal diri-
gée. Ils étudient de bonne foi les philosophes
songe-creux qui leur promettent le paradis sur terre : c'est du temps perdu. Ils veulent transformer brusquement l'organisation du travail, supprimer les patrons, supprimer les intermédiaires; mais ils ne sont pas de force, à remplacer les patrons et les intermédiaires, et sont dupes les trois quarts du temps de leurs expériences d innovalions.
Incapables d'améliorer la gestion de leurs propres affaires, ils sont encore plus incapables de gérer les affaires publiques. J'ai fait tout ce que j'ai pu, pendant que je servais l’insurrection, pour trouver, dans les classes ouvrières ou les petits commerçants partisans de la révolution, des hommes capables de commander ou d’administrer ; J'ai fait, je le répète, tout ce que j'ai pu : eh bien, je déclare formellement que je n'ai trouvé d’auxiliaires capables que dans les classes instruites.
n'y a pas à discuter si l'aristocratie vaut mieux ou moins que la démocratie comme système politique. Il suffit de constater que la France est aujourd'hui en démocratie, qu'il n'y a aucun élément aristocratique sérieux dans le pays, et qu'il faut, bon gré mal gré, utiliser le système démocratique.
L'écueil de la démocratie a toujours été le despotisme. Lorsque la liberté romaine a péri, il s'est trouvé que les défenseurs de la liberté étaient les aristocrates. Les Caton, les Brutus, dont nos républicains démocrates d’aujourd'hui font leurs modèles, étaient les derniers défenseurs de la vieille constitution romaine, de la vieille constitution aristocratique, contre qui? contre la plèbe enrôlée sous les Marius et les César.
Il n'y a rien de moins raisonnable que l'idée d'une Assemblée constituante, telle que nous l'entendons en France. Vous imaginez-vous une assemblée de médecins, réunis au chevet d’un malade, et discutant si son tempérament sera bilieux ou sanguin, ou décrétant que do-
rénavant il sera nerveux ou lymphatique ?
D y a un point sur lequel nos gouvernements se sont tous trouvés d'accord, et où ils ont poursuivi leur œuvre avec un ensemble qu'on chercherait vainement pour tout le reste : c'est la suppression de tout groupe politique intermédiaire entre le citoyen et l'État. Les rédacteurs de la dernière loi sur les Conseils généreux sont aussi déterminés là-dessus qu'ont pu l'être Louis XIV ou la Gonvention.
Il est probable que la prospérité politique de la France ne peut pas s'établir sans une certaine autonomie des villes et des provinces.
Le tiers état demandait, en 1614, qu'il n’y eût plus que douze gouverneurs de provinces.
Les départements sont une circonscription administrative qui nc correspond ni avec la distribution géographique, ni avec les anciennes provinces. De plus, les circonscriptions mili-
‘taires ne coincident pas avec celles des cours d'appel, ni celles-ci avec les circonscriptions ‘archiépiscopales.
À ce point de vue, les révolutionnaires ont été les continuateurs de Louis XI et de Louis XIV ; ils ont annulé, ils ont rendu impossible tout groupement politique en présence de l’État.
Ce système, conçu pour faire face à la guerre civile et à la guerre étrangère, a été trèsefficace pour ôter aux rebelles tout point d'appui, et pour concentrer toutes les forces nationales dans les mains du gouvernement; mais cet excès.de force du gouvernement est une des causes de la misère politique du pays.
. .__) ; La France se divise aisément en douze à quinze circonscriptions naturelles ou provinces,
comprenant chacune quatre à neuf départements.
... Ces provinces correspondraient, comme
étendue et comme population, aux agglomérations naturelles qui existent sur toute la surface de l'Europe, aux États d'Espagne, aux États européens de troisième ordre, Suisse, Belgique, Hollande. Elles correspondraient aux anciennes provinces françaises partout où celles-ci se sont autrefois constituées.
Il est probable que le département, qui doit servir de base à une semblable modification, disparaitrait dans certaines provinces, ou du moins laisserait la première place à l’arrondis- . Sement ou district. Dans d’autres pays, le département resterait l'intermédiaire naturel entre la province et le canton. Le canton est peut-être un des éléments le plus fortement constitués de la géographie politique de la France. Au dessous, la commune rurale, au dessus, l’arrondissement et le département sont des cir-
conscriptions bien précaires.
Cette transformation serait beaucoup plus
simple qu'elle n'en a l'air, le jour où le gouvernement serait entre les mains d'hommes assez résolus pour ne pas confondre l'intérêt public avec l'intérêt des fonctionnaires qui veulent continuer à fonctionner.
Le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire peuvent être discontinus. Le pouvoir exécutif doit être continu. Il ne doit pas avoir des sessions et des vacances : il doit être prêt à tout événement.
| Les fausses idées de souveraineté publique qui règnent parmi nous, nous empêchent de voir l'immense inconvénient qu'il y a à entraver la continuité du pouvoir exécutif, soit par des révolutions mal entendues, soit par sa délégation entreles mains d’une Assemblée. Cette erreur n'appartient pas seulement au parti révolutionnaire, et l’Assemblée de Versailles me rappelle bien souvent la Commune sous ce rapport.
Ainsi, elle confie le contrôle du pouvoir exécutif à une Commission, le droit de grâce à une Commission. Superfétations ou entraves : au le pouvoir exécutif agira seul, ou les affaires souffriront. Ferré, qui depuis deux mois peut-être attend « une solution, » peut-il être mis à mort sans cruauté au bout de ces deux mois ?
Il faut que certaines affaires reçoivent une solution immédiate, bonne ‘ou mauvaise; sans cela il s’établit une situation provisoire dont la rupture ultérieure, füt-ce par une bonne solution, est mauvaise parce qu'elle produit un choc dans l'organisme social. J'ai pris l'exemple d'un condamné à mort parce qu'il a pour moi en ce moment un intérêt tout spécial. La loi, l'usage, l'humanité exigent qu'un arrêt de mort s'exécute sans différer : exécutez-le après un délai de deux mois, vous violez la loi, vous offensez l’humanité, ne l'exécutez pas par ce seul motif qu'il y a eu un délai de deux mois, vous énervez, vous ruinez la loi, très-discutable d'ailleurs, qui institue la peine capitale,
Rien ne dénonce une société débile autant
que cette nonchalance systématique et que ce partage des responsabilités. Un individu quin'a qu'un dixième, ou un centièrne, ou un millième (comme dans une Assemblée de plus de cinq cents membres) d'influence dans la s0lution d'un débat, déterminera son opinion par des raisons dix fois, cent fois, mille fois moins déterminantes que s’il avait toute la responsabilité.
s... La maladie des démocraties, c'est de partager les responsabilités. On ne fait ainsi que de petites choses. Notez, d’ailleurs, que cette maladie n’est pas inhérente au système démocratique, c'est seulement une de ses tendances. Notez aussi que cette tendance est
excessivement favorable aux petits despotismes.
et aux grosses dilapidations.
mt
Quediraient les gens bien pensantsde France s'ils savaient que l'affaire de la Commune n'a
Eh — été, j'en suis convaincu, qu une affaire d'avantgarde ?
J'en parle savamment, et j'ai entrevu, derrière les énergumènes et les écervelés de la Commune, de redoutables théoriciens, des hommes d'action résolus et vigoureux, qui regardaient le combat sans y prendre part, soit parce que la lutte était trop mal engagée, soit que la poire, à leur goût, ne fût pas assez mûre.
Puisse la société faire aux classes inférieures les concessions nécessaires, sans être réduite à engager la lutte!
Le gouvernement espagnol poursuit l’Jnternationale : le gouvernement espagnol est bien malade. Quand on commence à voir des fan-
tômes et à les craindre, c'est que la tête n'yest plus.
— ®7 — La Commune a tout brûlé : l'idée eût été raisonnable si elle l'eût fait au 48 mars, montrant ainsi un propos délibéré d'effacer et de détruire le passé. Comme début, c'était un coup de maitre, en se plaçant au point de vue des novateurs les plus effrénés, comme acte de désespoir, c'était une coquinerie.
En voyant les succès des marins, et particulièrement des officiers généraux de la marine, une fois qu'ils ont été mis à terre, on se demande pourquoi Trochu, Vinoy et autres de nos généraux de terre ne sont pas allés servir sur la flotte ? Notre marine aurait peut-être alors fait quelque chose de bon, et certainement la défense de notre territoire n’en aurait pas souffert.
I faut que Rossel ait les convictions bien tenaces, ait l'imagination bien égarée pour
s'être figuré que la Commune ferait la guerre
aux Prussiens. Telle est l'opinion de ceux qui prévoient après coup, et ils ont parfaitement rai:on, puisque la Commune n'a pas fait :la guerre aux Prussiens. Mais si l'on veut se reporter à la date du 18 mars, le jugement peut être différent. Le 18 mars, je n'avais plus de patrie ; la France s'était effondrée : plus de courage, plus de patriotisme, plus d'honneur. Le 19 mars, j'apprends qu'une ville a pris les armes, et je me raccroche désespérément à ce lambeau de patrie. Je ne savais pas qui étaient les insurgés, mais je savais contre qui ils étaient insurgés et cela me suffisait ({).
Que la Commune (il n'y avait pas de Commune le 18 mars, il n'y avait qu'une révolution), que la Commune n'ait pas déclaré la guerre aux Prussiens, on ne peut pas s'en étonner.
(4) « Je me range sans hésitation du côté de celui qui n'a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs des généraux coupables de capitulation, » écrivait Rossel, le 19 mars, au général Le F106. — J, A.
Mais il est certain que le jour où la révolution
“aurait eu des chances de succès, la Prusse lui aurait déclaré la guerre.
Relisez le manifeste de Brunswick en 1792.
Il aurait pu être placé presque en entier, au 4 mai, dans la bouche de M. Thiers : je n'ai jamais parlé de cette analogie ; mais j'y ai pensé souvent.
9 octobre 741.
Sur une vignette de Gustave Doré. — Don Quichotte est assis à la table d’une hôtellerie ; il a posé un instant ses armes, mais 1l n’a pas quitté avec elles ses pensées et sa mission.
. Grave, la tête droite, dominant son auditoire, il a entrepris un de ces discours où éclatent sa science, sa logique et surtout sa bonté. San front est creusé d'une ride profonde : longtemps, avant de commencer son voyage, longtemps, “avant de fourbir son armure, .il .a souffert .de toutes les injustices, de toutes.les douleurs
auxquelles il a assisté dans le monde de ses livres ; longtemps il a songé à toutes ces douleurs, à toutes ces injustices: c’est ce qui a ridé son front. Maintenant, sa tâche est entreprise, son épopée est commencée, et ce soir—la journée s'étant, d'aventure, terminée par un souper — il raconte aux hôtes de hasard réunis autour de la table, ses pensées, sa morale, et les exemples étonnants qu'il a rencontrés dans ses livres. Chacun écoute et personne ne rit; quelques-uns sont vraiment attentifs et cherchent à retenir ou à comprendre ; d’autres sont pensifs et retrouvent en eux quelque corde qui vibre aux récits de ce monde de folie et de bonté. Deux donzelles ont l'air un peu effarouché : elles n'ont pas coutume d'entendre une langue aussi grave, et le sens précis qu'elles ont de la réalité les avertit que tous ces discours sont chimères. Un va let emporte les plats, à peine s'il tourne la tête. L’aubergiste, lui, s’est arrêté pour examiner ce phénomène; debout dans son vigou-
reux embonpoint, le poing sur la hanche, il regarde d'un œil inquisiteur et un peu méfiant l'excellent chevalier. Peut-être songe-t-il qu un homme qui a tant d'idées doit avoir peu de doublons : peut-être cherche-t-il quel intérêt peut guider cet hôte si différent de tout ce qu'il a vu dans son auberge.
Quel esl le fou? quel est le sage? L’hôte a la face bestiale, le ventre énorme, les bajoues pendantes ; le chevalier a la tête fière, le regard profond et un peu attristé.
L'un se soucie de son bien et arrondit ga panse; l'autre se soucie des misères du monde, et cherche des torts à redresser. L'un sert son intérêt, qu’il connaît ; l’autre sert l'intérêt d’autrui, qu'il ne connaît pas. Quel est le fou ? quel est le sage? N'importe! lève-toi, Don Quichotte! ces gens ne te comprennent pas; viens, endosse ton armure, allons combattre les moulins à vent!
La Convention a résisté aux trois quarts de la France insurgée, en même temps qu'elle:
soutenait la guerre étrangère. Il était bien plus aisé de résister à un seul ennemi, qui n'avait
conquis encore que le tiers de la France.
(9 oetobre 1871.)
« Croyez-vous les Athéniens si lâches que de se rendre parce qu'ils auront vu ravager leur pays ? » disait Archidamus aux Lacédémoniens. (Thucydide, liv. I.)
4° septembre. L'homme est un phénomène conscient ?
L'homme d’État, dit Henri Martin à propos:
du procès de Fouquet, l'homme d’État dévoué à une grande idée et fort de la pureté de ses’ mtentions, est souvent entraîné à trop de relàchement sur le choix des moyens.
« Être aussi résolu dans ses actions, une fois son parti pris, dans les occasions urgentes, que si l'opinion en vertu de laquelle on agit était certaine. » (Descartes) (1).
(4) Ces deux derniers textes, empruntés à autrui, sont bien intéressants à retrouver parmi ces textes originaux. Pour quiconque sait rapprocher et méditer, ils commentent éloquemment le caractère et la conduite de ce noble avonturier du patriotisme, à qui la fortune et la vie ont seules manqué pour être un grand homme d'État. — J. A.