AUX AMIS DE ROSSEL
Vous tous qui l'avez aimé comme moi et qui, bier encore, tentiez comme moi de le sauver, sachez bien — c'est lui-même qui vous le dira tout à l'heure — que sa mort aura été plus utile que sa vie.
Hier, nous nous comptions par centaines, par milliers peut-être; aujourd'hui nous sommes déjà des millions. Ceux qui hier demandaient
sa mort, oublient aujourd'hui que ce sont eux qui l'ont tué, pour admirer comment il a su mourir. Son cadavre est refroidi à peine, que. déjà la légende s'empare de lui ; son nom est sur toutes les lèvres ; son âme, répandue dans l'infini, s’infiltre dans toutes les âmes, et, une fois de plus après tant d'autres, l'Humanité s'aperçoit qu'elle vient de tuer le Fils de l'Homme.
Pourtant on ne sait pas encore combien il était grand. Les pages suivantes vous le diront.
Rien de plus simple, de plus noble, de plus vrai, de plus humain et de plus divin tout ensemble, n’a été écrit depuis les livres sacrés. C'est le testament d'un Élu; c'est une page sublime de la Bible éternelle que la race d'Adam grave avec son sang et ses larmes sur les espaces semés d'étoiles.
Ces pensées des derniers jours étaient dédiées par lui à ses parents. Je prends sur moi
de les dédier au monde. Je m'en excuse et je m'en accuse. Je sais que j'excède mon droit; mais je sais aussi que j'accomplis un devoir.
Hier, quand ses parents, famille digne de lui, m'eurent appris sa mort, je demeurai près d'eux pendant quelques heures, partageant avec eux le pain amer de là tristesse.
Le père ne pleurait pas. Austère et résigné : « Ce n'est plus à moi de pleurer, disait-il, c'est à ses juges. Moi, je suis le père de Rossel, et le père de Rossel est trop fier de son
fils pour le pleurer. »
— Ami, lui répondait sa noble femme, tu peux être fier, mais tu ne peux pas être heu-