‹ Papiers posthumesChapitre 26 sur 29 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Telle était l’âme de Rossel.

Mais ces pages émouvantes, que domine et commente le dénoûment funèbre du 28 novembre, ne révèlent point au lecteur la physionomie tout entière de Rossel et n'éclairent que quelques côtés de son génie.

Pour moi qui vis à cette heure avec le souvenir de ce pauvre grand Nathaniel, et qui recueille sa pensée intime dans les nombreux manuscrits que sa famille a bien voulu me confier, je demeure confondu de tant d'énergie, de tant de puissance, de tant de variété, de tant de richesse. La naiveté, la profondeur, la grâce, l'ironie, la colère, toutes les cordes et toutes les vibrations sont familières à cet étrange esprit, qui ose toucher à tout et ne dédaigne rien.

La politique et la guerre, la philosophie et la

critique, la science sociale et la fantaisie litté-

raire sont également de son domaine, et, sur

toutes choses, ses aperçus offrent cette double

et caractéristique empreinte : la maturité de la pensée et la netteté de la vision.

Il faudrait tout citer, si je voulais citer, et je reviendrai sur tout cela, quelque prochain jour. En attendant, je trouve, dans ses notes pohtiques un passage que je veux transcrire tout entier, un passage qui me frappe, parce que Rossel y envisage, exactement comme je le faisais moi-même il y a quelques jours, les circonstances et les conséquences de sa mort.

Le soir même de son supplice, j'en écrivais dans un journal le douloureux récit (1), et, saisi par l'analogie de l'histoire, j'inscrivais sur sa tombe le mot de Cicéron sur les complices de Catilina :

(4) Je reproduisplus loin ce récit, complément nécessaire des pages douloureuses qu'on vient de lire. — J. A.

Page 1