LOUVET
Lettre de M. G. de Saint-Paul à M. Gontl.
Ministère de l'intérieur.
Direction général»
du personnel el du eabinct.
^ Paris, loS aoCitlSCS.
Mon cher monsieu:^ Cûnti,
M. le Ministre de l'Iniérieur me charc» de vous prier de vouloir bien placer sous les yeux de l'Empereur le numéro ci-joint du Phare de la Loire. Vous savez que ce journal avait pris l'initiative d'une souscription populaire à dix centimes, à l'effet d'offrir à la veuve du président Lincoln une médaille d'or, au nom de la démocratie française.
Aujourd'hui, le Phare de la Loire annonce la constitution d'un comité de vingt personnes (chiffre adopté afin de paraître respecter le code pénal) « qui » devra propager la souscription indéfiniment prolongée, de telle sorte qu'elle » atteigne un total de cent mille souscripteurs. »
Ce comité se compose exclusivement d'anciens membres du Gouvernement provisoire, d'hommes qui ont joué un rôle en 1848 et de démocrates des plus avancés : Louis Blanc et Victor Hugo y figurent à côté de MM. Albert, Etienne Arago, Pelletan, Charles Thomas, etc.
Nous n'avions pas cru jusqu'ici pouvoir mettre obstacle à une manifestation qui empruntait un caractère tout particulier à la nature de nos rapports avec l'Amérique.
Enhardi par la réserve que le Gouvernement avait observée, le Phare de la Loire transforme l'hommage rendu à un grand caractère en une machine de guerre dirigée contre le régîme impérial par les hommes de 1818. Nous allons surveiller attentivement cette nouvelle phase. Je ne sais encore si la loi nous fournira des armes, à cause de la précaution prise par le comité de ne pas dépasser le chiffre de vingt membres. J'examinerai attentivement cette question et je prendrai là-dessus les ordres du Ministre; mais Son Excellence a pensé qu'il était désirable, d'ores et déjà, que l'attention de Sa Majesté fût appelée sur une affaire qui peut, d'un jour à l'autre, nécessiter une intervention officielle.
Je joins à ma lettre le dernier rapport du préfet de l'Aisne sur la situation électorale de la quatrième circonscription de son département, laissée vacante par le décès de M. Geoffroy de Villeneuve.
Agréez, mon cher Monsieur Conti, l'assurance de ma haute considération el de mon sincère attachement.
Le Conseiller d'état, Diret'tvur général,
G. DE Saint-Paul
Lettre de M. Pron, préfet des Basses-Pyrénées, au ministre de l'Intérieur (1).
Préfecture d«s Basses-Pvrénées.
Catinet du Préfet.
Pan, le 2 janvier (36$.
Monsieur le Ministre,
Une dépêche léléi^raphique privée, arrivée aujourd'hui à Pau, annonce qu'une vacanceexiste dans le conseil de préfecture des Basses-Pijrcnées, par suite sans doute de la nomination de M. Lebaume au poste de secrétaire général dans un autre département.
J'ai hâte de supplier Votre Excellence de vouloir bien ne désigner pour la vacance aucun des concurrents indigènes qui aspirent à devenir conseillers et qui ne remplissent aucune des conditions voulues. Ces candidats sont :
1» M. k baron de Saint- Jammes âgé de 55 ans.— Nullité tracassière et caneanière. — Ce serait la plaie d'une préfecture.
2* M. le vicomte de Nays. — sourd. — Créature de M. le baron de Crouseilhes, dont il serait l'agent et, au besoin, l'espion dans les bureaux.
5" M. Desclaux de Lescar. — Autre nullité. — Parent de M. de Crouseillics et pire encore que le précédent candidat.
Je suis, avec le plus profond respect, de Votre Excellence, le très-obéissant et Irès-dévoué serviteur.
Le préfet des Basses-PyréBseï,
A. PmoN.
Lettre de l'Archevêque de Bourges à l'Empereuf , sur l'infaillibilité du Pape.
Sire,
Le siège de Lyon est pourvu; je puis donc parler maintenant, sans crainte d'être soupçonné d'une pensée quelconque d'intérêt.
Un évêque qui a eu l'honneur d'être reçu par Votre Majesté avant de partir pour Rome m'a affirmé qu'on avait dit à l'Empereur que, ceul avec l'évêque de Nîmes, je m'étais prononcé dans mes mandements pour l" infaillibilité persan-
(1) En t4t« de la lettre eit éent : A lui-mimê.
rtelle du Pape. On a même ajoulé, si je ne me trompe, qne j'étais Ir'es exagéré, que j'étais un «Itramonlain fanatique.
A cette accusation, dont je n'ai pas besoin de rechcrcliei" l'origine ni le but, je réponds simplement que, jamais, dans aucun de mes mandements ou ieltres pastorales, je ne me suis prononcé pour rinfaillibUilè personnelle et séparée du Souverain Pontife. Tous mes mandements sont là pour attester ce que j'avance.
Dans celte question comme dans toutes les autres, j'ai tenu et je tiendrai toujours à ne pas me séparer de la grande majorité des évcqucs. Par suite, mon langage a toujours été calme et modéré ; toujours je suis resté à l'écart des exagérations, de quelque côté qu'elles vinssent. Par caractère comme par principe, je ne les aime pas : elles faussent la vérité. Je n'aime pas davantage les partis : je considère qu'il ne devrait pas y en avoir dans l'Église, pas plus que dans l'État.... Dans l'État, je suis avec l'Empereur; dans l'Église, je suis avec le Pape. Voilà, en deux mots, ma profession de foi.
Mgr. Maret a dii à la fin de son ouvrage : « On peut affirmer qu'il n'y a Tt jamais eu d'erreur dans les jugements des Papes qui méritent véritablement » le nom de jugemenlR ex mthedrâ. »
Mgr. de Châlons, dans une lettre rendue publique, dit également: « Aujourd'hui tous les catholiques admettent l'infaillibilité du Pape, j)
Je n'ai rien dit de plus; peut-être même ai-je dit moins, en ce sens que j'ai été moins afifirmalif.
Telle est. Sire, l'exacte vérité.
J'aurais dû peut-être faire plus tôt celte démarche : je ne l'ai pas voulu ; je me serai reproché toute ma vie d'avoir cherché, en pareille circonstance, à exercer une influence quelconque snr les décisions de Votre Majesté. Aujourd'hui, que le motif qui me conseillait le silence n'existe plus, il m'a semblé que je devais à la vérité et à moi-même de rétablir les faits et de dissiper les préventions injustes qu'on a tâché d'inspirer à l'Empereur contre moi. Je n'ai pas eu d'autre but : si j'ai réussi, je suis content, je ne désire rien de plus. Je me trompe, Sire, je désire que Votre Majesté me conserve toujours sa bienveillance, et j'espère toujours en être digne, comme toujours j'en serai reconnaissant.
Je suis avec le respect le plus profond, Sire, de Votre Majesté, le trèshumble et très-obéissant serviteur et lidèlc sujet.
Rome, <o a mari (S'O^