‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 29 sur 130 · ART. SECOND · texte numérisé non relu

ART. SECOND

Notre Garde des sceaux, Ministre delà Justice et des Cultes, est chargé âe l'exécution du présent décret.

Fait au palais de Saint-Cloud, le 27 juillet 1870.

Napoléon.

Par l'Empereur :

Le Garde des sceaux, Ministre de la Justice et des Cultes, Emile Ollivier.

Les dix-sept autres décrets sont identiques en la forme avec le précédent. L'indication des services est partout de la main de M. Ollivier : Voici les noms des dix-huit sénateurs du 27 juillet, avec le motif de leur nomination

1 Albuféra (Leduc d'), député, services rendus coiiiiiie député.

2 Augier (Emile), services rendus par ses productions littéraires.

3 iVutemarre (Le général d'), services rendus dans sa carrière militaire. i Barbet, services rendus comme ancien dépulé.

5 Bemjlt-Champy, services rendus coi.une léputé et comme président. du tribunal de 4'* insUnM,

6 Camp (Maxime du), services rendus pur ses travaux littéraires et ses études économiques.

7 Darblay, services rendus comme député.

8 Foy (Le comte), services rendus comme ancien pair de France.

9 Girardin (Emile de), services rendus comme plubiàcite (lire publiciste).

10 LaGrandière (L'amiral), services rendus en acquérant une nouvelle colonie h la France.

11 Lagrange, député, services rendus comme député.

1 Les mots en italique sont de la main de M. Emile Ollivier ; la signature Napoléon Mt de le miia iifitx empereur. Tout le reste de la pièce eit autographié.

It La Mottwooge (Le général), aerrieei rendaB dana ta carrière militaire.

<3 Leclerc d'OsmonvilIc, député, servicea rendus conime député dam trois légidataret.

H Pasteur, services rendus h la science par Ses beaux travaux,

K Petetin (Anselme), services rendus comme préfet et comme directeur de l'imprimerie impériale

iC Piétri, préfet de police, services rendus comme préfet et comme préfet de police.

47 Piou, premier président, services rendus comme premier président delà Cour de Toulouse.

M Rougi (De), conseiller d'Éiat, servicei rendus par ses travaux scientifiques.

La note sur le décachetage des lettres, complément de la lettre déjîi publiée de M. de Persiguy sur le Cabinet noir, est dépourvue de date et ne porte aucun en-lête. Le rapport sur M. Collet-Meygrct, qui suit la note, n'est pas daté non plus. Mais ces deux pièces ont pour garantie d'authenticité des annotations de la main de l'ex-empereur. Ce qui fait l'intérêt des documents de ce genre, c'est qu'on y voit la preuve que l'espionnage organisé sur toute la surface du pays par le gouvernement du 2 décembre, n'épargnait pas même les fonctionnaires de l'Empire. Ceux-ci se dénonçnieut les uns les autres, et leurs rapports étaient centralisés dans les mains de Napoléon IIL

Décachetage des lettres Les facteurs de la poste

Hennocq, I Varennes,

Decisy, i \ Belle- Chasse,

Busson, / desservant les rues de / Saint-Nicolas-d'Antin,

Iloude, \ I Cauraartin.

Thibault, ) f Chaussée d'Antin,

sont engagés à prix d'argent dans la police secrète du Ministère de l'Intérieur, dirigée par M. Saintomer.

Leur service consiste à livrer la correspondance des personnes qui leur sont désignées. Ils sont aidés pour cela par des concierges engagés comme eux dans 'a même organisation. Ils entrent à chaque distribution dans la loge de ces concierges, y déposent leurs lettres, s'il y a lieu, et viennent les reprendre à la distribution suivante. De cette manière ils échappent aux soupçons, car ils peuvent être amenés chez ces concierges pour la remise de lettres destinées aux locataires de la maison. On ne connaît pas les aides des facteurs de la rive gauche. Ceux de la rive droite sont aidés par les concierges:

Pierre Rue d'Anjou, 9.

Orsier Rue d'Anjou, 5.

Pinsoi Rue d'Anjou, 53,

Niaux (Pierre) .... Rue de la Chaussée-d'Antin, 2.

Les lettres reçues par ces concierges sont le plus souvent portées en voiture chez M. Saintomer, rue Las-Cases, 18, qui les ouvre, en prend copie s'il y a

lieu, les remet en état, et remportées par le concierge, qui les remet au facteur à la distribution suivante. On n'a pu savoir si le facteur qui dessert l'avenue Montaigne et l'avenue d'Antin est entré au service de la Direction t^énérale de la sûreté publique. Si on a dû se passer de lui, on a eu évidemment le concours des concierges des maisons où se trouvaient les personnes dont on avait intérêt à lire la correspondance.

En général, ces opérations sont faites avec secret et habileté; il paraît cependant qu'elles n'ont pas tout à fait réussi dans la rue Caumartin, où une femme dont la correspondance était ouverte a provoqué des recherches qui, dirigées par M- Palestrino lui-même, pendant plusieurs jours, n'ont amené aucun des résultats qu'on attendait.

M. Hyrvoix.

Le bruit a couru à Paris, pendant le séjour de l'Empereur à Plombières, que M. Hyrvoix avait été parfois mêlé à la vie intime de l'Empereur. On pensait au Ministère de l'Intérieur que M. Hyrvoix pouvait faire quelques confidences sur ce sujet délicat à sa maîtresse, M""* de ***, demeurant alors rue Caumartin. Pour s'en assurer, on a fait ouvrir pendant quelque temps la correspondance reçue par cette dame; on n'y a trouvé que les épancliements ordinaires d'un amoureux absent et inquiet. C'est le facteur de la rue Caumartin qui livrait ces lettres aux agents du Ministère de l'Intérieur.

Madame la comtesse de Castiglione.

Pendant le séjour de l'Empereur à Plombières et à Biarritz, la correspondance de M""" de Castiglione a été ouverte et lue par les agents du Ministère de l'Intérieur. On ignore ce qu'on y a lu et le nom des personnes de qui ces lettres émanaient; on ignore si ces lettres étaient livrées par le facteur ou par le concierge (1).

Madame Botti.

M. Collet- Meygret est très-mal disposé à l'égard de M. Fould. C'est sans doute pour se procurer des armes contre lui que la correspondance de M"® **', qu'on savait être sa maîtresse, a été lue. On ignore si elle était livrée par le facteur ou le concierge.

La correspondance de M"'" de Montebello (2) a été lue par les agents du Ministère de l'Intérieur, à qui elle était livrée par le facteur chargé de desservir la rue de Varennes.

M. A. de la Guéronnière (3).

Ce conseiller d'État avait été en mesure de faire restituer à M. Billault des lettres écrites par celui-ci à l'époque des premières élections au Corps légis-

(1) Ici se trouve en marge, de la main de Napoléon : Comme il n'en exUtatt pas, on n'a pat pu «n trouver. N.

(2) l\ y avait celte dame sur la minute. Le nom d£ M"* de Uontebello ett écrit par NapoiioD. (S) Let cinq lignes suivantes ont été rayées sur la minute.

lalif, et dans lesquelles la personne du prince président de la République étaii traitée dans des termes embarrassants pour le député devenu Ministre de l'Intérieur.

M. de la Guéronnière est considéré comme ayant des affinités politiques avec M. Fould et des préférences pour lui. Il avait dans plusieurs occasions exprimé publiquement des jugements sévères sur le compte de la Direction générale delà sûreté publique. Ces diverses circonstances avaient fait considérer comme utile de surprendre ses secrets particuliers, qu'on savait être d'une nature assez délicate. On y a réussi en s'emparant de sa correspondance, qui était, on le croit, livrée par son domestique aux agents du Ministère de riiuérieur.

RAPPORT A l'empereur SUR M. COLLET-MEYGRET, DIRECTEUR DE LA SURETE PUBLIQUE.

Le rapport suivant était annexé à la note précédente, qu'il explique et qu'il complète en quelque sorte. Il est important et curieux.

La direction générale de la sûreté publique devrait, pour se conformer à la pensée de son institution, exercer la police dans l'Empire et à l'étranger, partout où se rencontrent des éléments hostiles à l'Empereur ; en réalité, elle ne l'exerce nulle part. Elle n'a d'agents ni à Londres, ni à Jersey, ni à Bruxelles, ni en Hollande, ni en Suisse, ni en Piémont, ni en Espagiie où se trouvent réunis des émigrés et des exilés très-ardents contre l'Empire. Elle se borne à entretenir à Londres deux agents, très-connus des réfugiés, dont l'un appartient à la police métropolitaine et l'autre au commerce. Les rapports qu'elle en reçoit sont rares et stériles.

A l'intérieur, elle fait la police par l'intermédiaire des préfets et des conmiissaires de police. Le préfet de police seul donne un concours quelquefois utile, et ce fonctionnaire a étendu son action et ses recherches sur tout le territoire de l'Empire, où il s'est, au vu de tout le monde, et du consentement tacite du Ministère de l'Intérieur, substitué à la direction générale de la sûreté publique. C'est au préfet de police que l'on doit la découverte des sociétés secrètes découvertes en 1850 à Niort, à Saint-Etienne, à Vienne et à Lyon.

Après avoir abandonné, par impuissance de le conserver, son domaine naturel, la Direction générale de la sûreté publique a circonscrit son activité dans un cercle étroit de recherches et à son profit personnel : elle a eu l'assentiment du Ministre de l'Intérieur. M. Collet-Meygret, nouveau venu dans le monde gouvernemental, n'a pas su y prendre sa place par droit de conquête et il s'est appliqué à se la faire, en cherchant contre des rivaux ou des supérieurs des armes dans leur vie privée. C'est dans ce but que le décachetage des lettres en dehors du concours officiel et volontaire du Directeur des postes, a été entrepris sur une vaste échelle. On a dit dans une précédente note comment cette opération était exécutée. C'est ainsi qu'on s'est procuré la correspondance de M. Fould et de M. Hyrvoix avec leurs maîtresses ; celle de M. de

la Guéronnière, de M"* la comtesse de Montebello (1), de la comtesse de Castiglione et celle de bien d'autres personnes.

L2i presse française et étrangère a aussi été, entre les mains de M. Collel- Meygret, un moyen tout personnel de fortifier sa position, en ébranlant celle de personnes plus importantes que ki. Les attaques que la presse allemande et anglaise ont colportées contre MM. de Morny, Fould, Magne, Rouher, Haussmann, Pereire et Billault lui-même, ont été souvent inspirées par le directeur général de la sûreté publique, qui fournissait le thème à développer. On peut à ce propos rappeler la lutte d'influence et d'attributions qui s'est élevée il y a quinze mois environ, entre MM. Haussmann et Piétri. M. CoUet- Meygret poussait M. Billault à sacrifier le préfet de la Seine au préfet de police. Il sollicitait.itérativement le comte Bacciochi d'appeler l'attention de l'empereur sur la nécessité de ce sacrifice, et lui demandait, en même temps, de signaler à Sa Majesté M. CoIIet-Meygret comme l'homme le plus capable de remplacer M. Haussmann.

Pendant ce temps-là, et pour appuyer ces démarches, M. Collet-Meygret faisait raconter dans les journaux allemands le conflit des deux préfets et exhorter M. Billault à la fermeté. D'autres journaux, pour concourir au même but, disaient que M. Haussmann ne tarderait pas à sortir avantageusement de ce conflit et qu'il remplacerait M. Billault au Ministère de l'Intérieur. La correspondance parisienne du Times, inspirée au Ministère de l'Intérieur, faisait en même temps pleuvoir des sarcasmes sur le ton cavalier de M. Haussmann à l'égard de M. le Ministre de l'Intérieur. Pour d'autres motifs et dans un intérêt différent, M. Collet-Meygret a fait attaquer M. Pereire et le Crédit mobilier par les journaux étrangers.

Tel est l'usage que M. Collet-Meygret a fait des pouvoirs immenses qui lui sont confiés. On voit que le bien de l'État et le service de l'Empereur n'en ont pas tiré grand profit. Ces abus sont malheureusement devenus notoires, et la longanimité du Ministre qui les tolère, les connaissant, et l'inaction de l'Empereur, qui ne les détruit pas parce qu'il les ignore, ont nui à la considération (2) du Ministère de l'Intérieur.

(3) [Les préfets en masse, qui devraient avoir en lui une confiance absolue, se tiennent à son égard sur la réserve la plus inquiète, sobres de rapports et de confidences, ne le défendant pas quand on l'attaque devant eux et mêlant très- souvent leurs plaintes et leurs récriminations à celles du public.

Le public, il faut le reconnaître, ne manque ni de prétextes ni de raisons pour flétrir le Ministère de l'Intérieur de sa réprobation.]

Le cabinet de M. Collet-Meygret est devenu le rendez- vous des gens d'affaires de toutes qualités. Lui-même est très-souvent rencontré dans des endroits où les devoirs de sa place ne l'appellent pas. Voici en quelques mots l'énumération des affaires qu'il a traitées et des relatiojis qu'il a entretenues depuis qu'il a cessé de prendre ses fonctions au sérieux.

(1) Cette fois, le nom tracé par Napoléon dans la pièce précédente est rayé.

(3) Ces mots sont substitués, de la main de Napoléon, à ceux-ci : ont rendu le Ministère de Vlntérienr méprisable et redouté,

S) Nota. — Les six lignes entre crochets ont été rayées sur la mmute.

Asphaltes de Seyssel. — M. Place. — M. Pereire.

En 1835, M. Collet-Meygret a acheté du sieur Guerdon les mines de Seyssel- Volant et de Pyrimont ; il s'associa avec les frères Beaudoin et proposa à M. Pereiro, déjà propriétaire d'asphaltes en Piémont, de confondre leurs intérêts. M. Place, qui a depuis fait une faillite éclatante, était cbargé de suivre la négociation relative à cette affaire.

Éclairage au gaz de la ville de Paris.

M. Blllault chargea M. Collet-Meygret, que cette affaire ne regardait pas, de négocier avec MM. Pereire, Rothschild et Margueritte, les nouvelles conditions que l'Empereur entendait imposer pour le renouvellement du privilège de l'éclairage au gaz de la ville de Paris. M. Collet-Meygret profita de cette mission pour réclamer avec dureté et menaces cinq cents actions au pair de la nouvelle émission, alors qu'elles étaient demandées à'ia Bourse à 611 francs de prime. M. Pereire, offensé de celte attitude et de celte âpreté, refusa de capituler. M. CoUel-Meygret le fit attaquer violemment dans les journaux étrangers, et notamment dans le Times. Des intermédiaires officieux ménagèrent une transaction; les cinq cents actions demandées furent livrées par M. Margueritte, qui les reçut à cet effet de M. Pereire.

Relations avec MM. Mirés, Prost et Millaud,

Cet incident amena une rupture entre M. Pereire et M. Collet-Meygret. Le banquier ne fit pas un mystère du guet-apens dont il avait été victime et des moyens par lesquels il y avait échappé. M. Collet-Meygret se rapprocha alors de MM. Mirés et Prost, rivaux et même ennemis de M. Pereire et du Crédit mobilier.

La position de M. Mirés, qui est propriétaire de trois journaux, aurait pu couvrir toujours la nature des relations financières de M. Collet-Meygret avec ce banquier, si celui-ci, mal vu dans le public, n'avait pas cherché à s'abriter sous le patronage de M. Collet-Meygret. Ses jartances intéressées ont mis le public dans la confidence de ces relations, et l'on sait à Paris que, dans les diverses cpéralions financières entreprises par M. Mirés, ce banquier a ménagé dô raisonnables et faciles profits au Directeur général de la sûreté publique.

Le Journal politique La Vérité, aujourd'hui Le Courrier de Paris.

La liaison intime de ces deux hommes a apparu d'une manière sensible dans l'acquisition du journal La Vérité. Ce journal a été acheté par M. Collet-Meygret au mois de juin 1856. L'acquisition a été négociée par M. Maurin, attaché au bureau de la presse et investi de la confiance spéciale de M. Collet- Meygret. Elle fut réalisée sous le nom de M. Bordot, son secrétaire particulier, qui devint le gérant de cette feuille. Il était convenu verbalement que M. Mirés entrerait pour moitié dans la propriété du journal, et il fouiiiit le cautionne-

— filment de 50,000 francs sur un simple reçu de M. Bordot et sans songer à prendre ses sûretés au moyen du privilège de second ordre.

M. CoUet-Meygret essaya de profiter de celte opération pour se rattaclier à M. de Morny par des liens indirects qui ne le compromettraient pas aux yeux de M. Billaull. En conséquence, il offrit à MM. Joacliim Murât, Dalloz et Dugas, députés et aides de camp de M. de Morny, de prendre une portion de la propriété du journal La Vérité. Ces Messieurs refusèrent de se lier avec M. Collet-Meygret, et celui-ci songea dès lors à revendre son journal avec un gros bénéfice à M. Millaud, qui consentait à le prendre en payant une prime de 300,000 francs sur le prix d'acquisition. Le scandale de ce trafic et l'opposition de M. Mirés, qui ne voulait pas que son rival, M. Millaud, eût un journal à sa disposition, firent échouer cette négociation.

M. Collet-Meygret s'avisa alors de faire offrir à M. Pereire, par M. Auguste Chevalier, député, de lui céder une portion considérable de la propriété de La Vérité. M. Auguste Chevalier refusa de se prêter à ce rôle d'intermédiaire. Il refusa aussi de ménager une réconciliation avec M. Pereire, que M. Collet- Meygret désirait beaucoup.

Ayant échoué dans cette troisième tentative, M. Collet-Meygret constitua une société pour l'exploitation de La Vérité. Il y admit M. Mirés, sous le nom d'un de ses affidés, et M. Stokes, banquier à Londres, où il avait été flétri par la justice anglaise, et sur lequel il avait pourtant été édifié par les rapports de M. Sanders, sergent de la police métropolitaine, à Londres. La société était sous le nom de M. Bordot cl C®. L'acte fut préparé par M*" Dufour, notaire à Paris, place de la Bourse.

Cette Société n'a pas duré longtemps, et le journal a été vendu à M. Prost, banquier de réputation équivoque, pour le prix de 345,000 francs, mais moyennant l'autorisalion de substituer au titre de La Vérité celui de Courrier de Paris. Entre les mains de M. Prost, le Courrier de Paris est devenu un organe du parti démocratique. Il a pour rédacteur en chef M. Félix Mornand, qui a été l'objet de mesures de sûreté générale; pour collaborateur M. Charles Blanc, et le frère de celui-ci, M. Louis Blanc, pour correspondant à Londres.

Petit bassin hoiùller de Graùsessac.

M. Collet-Meygret, en compagnie de M. Dardenne (de Toulouse), Moreau (de l'Aube), Calvet-Rogniat, député, et autres, a acheté, au prix de 1,500,000 francs, le petit bassin houiiler de Graissessac, qui a été mis en actions au capital de 3 millions de francs. Celle affaire, commencée au mois de juin dernier, a été conclue récemment. L'acte a été passé chez M^ nii<i)ur, notaire., M. Collet-Meygret y est représenté par M. Platard, ingénieur civil. Les intércls du Directeur général, dans cette opération, n'ont pas été étrangers à la persistance qu'il a mise à faire renvoyer M. Costa (préfet de l'Hérault), dont la complaisance lui avait fait détaut dans une circonstance politique et dont il Yedoutait le contrùle. On n'a pas l'intention de défendre M. Costa, qu'on ne connaît pas ; mais on a été témoin de l'hostilité violente déployée par M. Collet- Meygret contre ce préfet, qui n'était pas plus mauvais que b."wcoup d'autres

que l'on laisse vivre cepeiidanl, parce qu'on n'a pas d'Intérêt personnel à les éloigner, bien que le service de l'Empereur, dans les départements, dût être confié à des mains plus dignes.

Nous ne donnons pas la pièce suivante comme contenant des révélations bien neuves. Cepcudaut elle nous a paru curieuse à certains titres.

Les fortifications de Paris jugées par le général Totleben.

Monsieur,

Il serait superflu, selon moi, de répéter ici ce que j'ai eu l*honneur de vous dire concernant les circonstances qui m'ont mis en relations avec les agents de la Rusijie. Le maréchal Vaillant et M. le comte Walewski, dont j'ai suivi les instructions, en connaissent parfaitement les motifs. Il ne me reste donc qu'à vous soumettre les détails des faits sur lesquels votre attention s'est portée.

Vers la fin de décembre 1856, M. Grotlie, attaché à l'ambassade russe à Paris, que j'aviiis connu à Bruxelles pendant la guerre d'Orient, vint me trouver sous un prétexte futile, et me conduisit à l'hôtel Sinet, faubcur-g Saint-Honoré. Là, il me présenta au colonel Albedinskl, aide de camp du Czar, et son agent militaire en France. Celui-ci, après m'avoir touché quelques mots de sa mission, m'expliqua certaines difficultés de sa position et finit par me proposer de lui rendre quelques services : il s'agissait simplement de lui procurer des livres et des cartes nécessaires à son instruction, et les ouvrages nouveaux à mesure qu'ils paraissaient dans la librairie militaire A ces acquisitions pour sa bibliothèque s'en joignaient d'autres pour son ameublement. Ne voyant là rien que de très-licite, je satisfis à ses désirs. C'est alors qu'il alla prendre domicile à l'ambassade de Saxe. Peu à peu mes rapports avec lui devinrent presque quotidiens, ce qui me permit de pénétrer les diverses sources d'où il tirait les éléments de ses rapports au Czar. D'abord, il faisait de larges enq)runts à V Annuaire miiitaire, à ÏAlmuiiuch Napoléon, au Moniteur de l'armée, au Journal des Faits, au Journal officiel de V armée et enfin au Spectateur. C'est là, disait-il, qu'il puisait des renseignements certains sur la dislocation des troupes; et, en efifet, un des objets essentiels de sa mission consistait à se tenir toujours au courant de la situation des corps, de leurs mouvements et de leurs résidences.

Bientôt ses relations dans le monde le mirent en contact avec des officiers supérieurs, qu'il sut interroger habilement sur l'organisation de rar»î'"'3 et sur les modifications apportées aux armes à feu.

Mais ces renseignements étaient encore loin de suffire au but que se proposait le colonel Albedinski. Vers le mois de mars 1857, il se lia, je ne sais comment, avec un otficior d'ordonnance de l'Empereur, el dès ce moment il

obtint des documents prédeux. L'offieier en question lui donna le dessin et la description de la pièce de montagne rayée, calibre de 12, essayée à la Fère, l'année précédente ; il lui expliqua les fusées fabriquées à Metz à cette époque, et destinées, ainsi que l'obusier, à la campagne deKabylie. Il lui donna un livre avec planches réglant le mode d'embarquement et de débarquement des corps d'infanterie, cavalerie et artillerie transportés par chemin de fer; de plus, un tableau complet du matériel des différentes lignes, indiquant le nombre de plateaux, wagons et locomotives susceptibles de marcher à ia réquisition du Ministre, ainsi que le temps nécessaire pour amener à Marseille, des points extrêmes de la France, une armée de 53,000 hommes ; enfin la durée du trajet, pour des transports et des vaisseaux, de Marseille à Constantinople. Le colonel Albedinski avait ordre de se renseigner comme s'il se fût agi d'une nouvelle expédition en Orient. C'est encore ainsi qu'il sut, en chiffres précis, quelles classes étaient sous les drapeaux, le nombre des soldats libérés, l'effectif réel des bataiiions, escadrons et batteries de la garde comme de la ligne ; documents qu'il contrôlait lui-même, aux revues de l'Empereur, en passant devant le front des régiments. Il établit également une situation de la race chevaline en France, comprenant le chiffre de la production, la distinction des races propres à la cavalerie de ligne, à l'arlillerie, au train des équipages ; un voyage à Saumur lui fournit sur le dressage et l'éducation des chevaux tous les détails qu'il voulait.

Telle était la certitude de ses informations que, même avant le commencé ment de la campagne de Kabylie, le colonel Albedinski adressa au Czar uk rapport sur les plans d'opération du maréchal Randon; plus tard il donnait avec précision le chiffre de nos pertes.

A l'arrivée du Grand-Duc, au-devant duquel il était allé jusqu'en Piémont, le colonel Albedinski fut contraint de suspendre momentanément ses travaux. Une maladie occasionnée par les excès de tout genre faillit lui couler la vie; mais en bon courtisan il suivit partout le frère de son souverain.

A peine rétabli, il reçut l'ordre de visiter avec le général Totleben les fortifications de Paris et les forts détachés, afin d'en reco.maître les côtés faibles et de vériuer l'exactitude du plan dressé par le dépôt de la guerre. Les petits retranchements élevés en 1851 à Pantin, sur les bords du canal Saint-Denis etdel'Ourcq, furent l'objet de vives critiques. En revanche, le général Totleben approuva la construction du fort d'Aubervilliers, jugea celui de Romainvilie inattaquable et la position du fort de l'Est bien choisie ; ces divers ouvrages, commandant une vaste plaine ef deux grand'routes, doivent, selon lui, rendre Pans invulnérable de ce côté. La conclusion de cette exploration fut que les travaux du génie ne laissent rien à désuer, si ce n'est qu'il existe entre le fort de la Briche et le Mont-Yalérien une lacu.ie qui, au moyen d'une fausse attaque sur Saint-Denis, pei inetîraii de passer la Seine et d'établir des parallèles qui battraient certains bastions entre le chemin de fer du Nord et Saint-Ouen; qu'une fois celte brèche ouverte, on peut tourner Montmartre, éviter les faubourgs, s'établir dans le haut de la ville, c'est-à-dire dans les quartiers les plus richeb ; et de là, sans grand'peine, se rendre successivement

maître de tous les autres points. A ce plan, sérieusement discuti- p;ir ces Messieurs dans leur rapport au Czar, s'ajoutaient des observations sur l'esprii de cliaque quartier de Paris, ainsi que sur l'emplacement des casernes et le plan stratégique arrêté par le département de la guerre pour déjouer les insurrections.

Plus tard, ce fut encore par l'officier d'ordonnance que le colonel AlbedinsKi se procura dos détails circonstanciés sur le camp de Châlons, dont ou lui donna le pian ainsi que celui du département, sur les travaux projetés, la nature des manœuvres, l'effectif de la Garde Impériale, enfin sur tout ce qui avait trait à l'administration et aux dilTérents services, au prix des vivres, des terrains expropriés, etc. — Le tout parfaitement exact, et quinze jours avant l'inauguration du camp.

A l'arrivée de l'Empereur à ChAlons, le colonel témoigna son étonnement de n'avoir pas reçu l'invitation de s'y rendre; à quoi l'ofiicier en question répondit par une singulière explication : « C'est que l'Empereur, dit-il, avant » de faire exécuterdevantdesjuges compétents ses fameuses marches obliques, » veut les bien étudier, et habituer son épée à l'odeur de la poudre. »

Quelques jours après, en eflet, le colonel fut, ainsi que plusieurs officiers étrangers, invité à assister aux grandes manœuvres. Cette visite lui permit, dit-il lui-même, de constater le mécontentement du soldat, provoqué par les punitions sévères, les gimuflcxolns à la messe, la salle de police en plein air et sans couverture, l'humidité entretenue par des pluies incessantes, etc. Selon lui, il était inconcevable qu'on eût eu l'idée d'établir un camp sur un pareil terrain et dans une saison aussi avancée ; ses critiques allèrent jusqu'à prétendre que les chevaux arabes de la Garde souffraient, qu'on n'en obtiendrait rien dans un automne pluvieux, et que l'hiver, le campement les tuerait. C'étaient les expressions mêmes de son rapport, que j'ai lu tanûis qu'il l'écrivait.

De retour à Paris, le colonel et l'officier ne se quittèrent plus. Ce fut une série de dîners, de séances à Mabille, au Cirque, à l'Opéra, où ils se montraient bras dessus bras dessous. -- Je n'ai jamais pu savoir le nom de l'officier; mais voici son signalement positif:

Environ cinq pieds quatre à cinq pouces; cheveux blonds; moustache blonde et impériale ; le teint pâle, un peu bilieux ; souvent vêtu d'un habit bleu ; décoré. Son écriture, qu'il ne déguise p;is, est une petite moyenne anglaise ; son style est net, précis. Toutes les lois qu'il indique un ordre ou une modification, il cite le règlement y relatif et sa date. Les dernières notes qu'il a fournies étaient très-détaillées; elles traitaient du nouveau mode de recrutement; de la balle de munition proposée pour tous les corps de l'armée; de la quantitéde fusils, modèle 1845, rayés dans les arsenaux; du matériel du génie et de l'artillerie; de l'effectif en chevaux d'après les rapports des généraux inspecteurs; des armes, vivres, habillements et objets de campement en magasins ou dans les arsenaux ; enfin, au mois de septembre, il faisait au colonel un rapport très-intéressant sur la situation morale de l'armée.

Yoici, si ma mémoire est tidèle, un résumé de <'0 tnivail : i' Quelques-uns

» des niaiécliaux sont, abhorrés du soldat, Castellane, Pélissier, Magnnn. Au » langage des généraux on s'aperçoit aisément que des rivalités les divisent » entre eux. en raison des faveurs accordées; les chefs decorps sont généra- » lement dévoués, mais les simples oiBciers, affectant le mutisme, s'abrutissent » au café. — Chez les sous- officiers règne toujours une tendance à la critique » et à l'opposition; ils S( ni jaloux de la Garde, et communiquent ce sentiment » au soldat. Cette jalousie est plus prononcée encore dans le génie et l'artil- » lerie, sourdement hostiles à l'Empereur.

» Que si l'on cherche à se rendre compte du mobile qui donne à l'infante- » rie française un élan irrésistible, on est amené à reconnaître que cela tient » à l'esprit de corps, au caractère des soldats venus du Midi, et à l'amour- » propre de l'avancement. Qu'il n'en est ainsi que pour l'infanterie, les corps » de cavalerie et d'artillerie étant, dans tous les pays, organisés à peu près » sur les mêmes bases et composés des mêmes éléments. »

Le colonel paraissait faire grand cas de cet te pièce, mais elle M fui soustraite. Il affirmait que ragent înilitaire Prussien, qu'il recevait, était seul capable de cette action. Le fait s'expliquerait, aisément par l'extrême facilité avec laquelle ses familiers pénétraient dans son cabinet. A partir de ce moment il renferma ses papiers et ne travailla plus qu'à l'ambassade Russe, où un petit cabinet lui était réservé. Au surplus, le colonel avait le vin communicatif, et dans ces moments sa reserve n'était plus celle d'un diplomate. J'ai pu m'en apercevoir dans quelques occasions. Toutefois, vers le mois de décembre, il parut attendre de moi des services d'une nature très-dangereuse, comme, par exemple, de savoir quels ordres du jour se lisaient dans les casernes, de suivre les tirs au polygone de Vincennes ainsi que les manœuvres su.r le terrain ; toutes choses qui ne pouvaient me convenir. Je crus même alors devoir réitérer auprès de M. Walewski mes démarches, mais je fus retenu par la difficulté de l'aborder.

A mes yeux, le rôle du colonel Albedinski à Paris prouve que les Russes inventent peu, mais excellent à mettre à profit le génie des autres; que la campagne de Crimée est pour eux une leçon dont le souvenir ne s'effacera point, et que, dans leurs manœuvres plus ou moins secrètes, se cachent d'implacables rancunes et une soif de vengeance. Au surplus, il suffirait de certains propos échappés au susdit colonel après le voyage de l'Empereur Napoléon à Stuttgard pour me convaincre que la Russie est loin de regarder la question d'Orient comme tranchée sans appel.

Veuillez agréer, Monsieur, mes civilités respectueuses.

Signé : Tonnellie.

Paris, le 12 mars i838.

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Fonds secrets.

Aperçu, sans plus dé détails, de la façon dont étaient répartis les fonds secrets du gouvernement impérial.

Crédit : 2,000,000 francs.

AnnrLE 1". Fi':iis de police de 1« Préfecture de police 003,000

Abticle 8. Frais de police des préfets daai^es départements (Bouchei-dH-RI)6np, RIiùiu>, ^'ord,

Gironde?, etc.) 223.400

Articles. Frais de police militaire et de police judiciaire C7,C00

Article 4. Service de la presse, frai» géuéraux, journani 297,540

Article B. Indemnités pour secours et subventions particulières 2oS,8G0

Abticle 6 Mandats soumig périodiquement pour engagements . ., 78,850

4,823,250 lieste à la disposition du Ministre .... 47C.750

Total 2,000,000

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La rettrè qui suit a été trouvée parmi les papiers et lés reçus de la cassette iTnpériale.

Paimbtcuf, 10 juin 1870.

SïRE,

En 1867, j'étais à Philadelphie dans une société où l'on vous insultait ; j'ai fait mon devoir, et, voulant qu'on respectât la France et celui qui la gouverne, j'ai remis, Sire, à Michel lîouvier, qui se prétendait votre créancier, une somme de 1,500 francs pour une fourniture de meubles, pendant votre séjour dans ce pays. Ci-joint ta quittance.

Je prie Votre Majesté de croire que je ne viens pas en réclamer le montant : je suis au-dessus de cela d'abord, ensuite incapable d'une pareille bassesse; mon seul dé.sir est de savoir si je n'ai pas été la dupe d'un infûme fripon.

J'ai l'honneur d'être. Sire, avec un profond respect, de Votre Majesté, le très-humble et très-dévoué sujet.

HiPPOLYTE HARANCHIPY DE ROSTAING.

A cette lettre est joint ce billet :

Reçu de M. îlippolyte îlaranchipy la somme de 1,500 francs, pour compte de Louis Napoléon, empereur des Français.

Michel Douvier.

PMIadel()bie, 28 mars 18C7.

La lettre suivante a été adressée par M. Victor Duriiy, ministre de l'instniction publique, 'au général Frossard, gouverneur du Prince impérial, à l'issue de la distribution des prix du concours général de 1868 à la Sorbonne.

On se rappelle que le Prince impérial présidait la cérémonie, et que le jeune Cavaignac refusa de monter sur l'estrade pour recevoir ses prix.

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