V. DURUY
Lettre de M. Baroche père à l'Empereur.
Il cherche h justiHer sou fils atné de s'être inscrit sur un registre ouvert dans la maison oii est décédée Mme la duchesse d'Orléans.
Paris , 7 juin.
Sîr.E ,
Votre Majesté a dû être informée d'un fait bien insignifiant par lui-même, mais auquel un journal anglais a cherché à donner quelque importance ; je veux parler du nom de mon fils aîné inscrit par lui sur un registre ouvert dans la maison où est décédée M'"« la duchesse d'Orléans.
Je serais bien malheureux si cet acte d'irréflexion laissait dans la pensée de Votre Majesîé quelque souvenir fâcheux contre mon fils. Je la prie de me permettre de lui faire connaître comment les choses se sont passées.
Mon fils, profitant de quelques jours de vacance qu'il avait obtenus du président de sa section au Conseil d'État, est allé en Angleterre pour assister
aux courses d'Epsom, et il a prollh' île son séjour à Londres pour visiter ies docks et les établissenients publics.
Le mercredi, 21 mai, il allait à Ricîiemond et àKow avec deux compagnons de voyage, Jeunes gens tout à fait étrangers à la politique. Ceux-ci, en passant devant la maison où était morto, et où était encore la duchesse d'Orléans, s'inscrivirent à la porte, et mon fils fit comme eux, sans réfléchir que son nom et sa position lui imposaient des devoirs auxquels ses compagnons pouvaient être moins rigoureusement tenus.
Il n'a pas tardé à reconnaître son tort, et, avant même que je le lui eusse fait remarquer, il regrettait vivement d'avoir cédé à cette espèce d'entraînement, que je ne chercherai pas même h excuser en disant qu'il eût agi bien autrement du vivant de la duchesse d'Orléans.
Ma pensée, en écrivant à Votre Majesté, n'est pas de défendre un acte d'étourderie due j'ai personjiellement blâmé, mais de protester en faveur des intentions d ; mon fils et de la loyauté de son dévouement.
Sans ^en aucun avec le passé, n'ayant jamais occupé de fonctions publiques que sous le gouvernement de Votre Majesté, dont j'ai Ihonneur d'être aujourd'hui l'un des plus anciens serviteurs, puisque dès le 20 décembre 1848 j'ai été appelé par elle au poste de procureur général à Paris, je dois tout au;;; bontés de l'Empereur, et mes fils eux-mêmes, qui, bien jeunes encore, ont déjà été souvent l'objet de ses faveurs et de sa bienveillance, partagent les sentiments de reconnaissance et d'affection dont je suis pénétré.
J'ose espéier, d'ailleurs, que Votre Majesté me connaît trop bien pour que j'aie besoin de protester auprès d'elle pour les miens et pour moi d'un dévouement dont nous serons toujours heureux de lui donner de nouveaux témoignages.
Veuillez agréer, Sire, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honmur d'être, de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur.
J. Baroche.
xxxvr.
Lettre confidentielle de M. de"Verdière, attaché au général Fleury.
Détails sur la faveur toujours croissante du général auprès de l'Empereur Alexaudre. M. de Verdière en donne une preuve assez singulière.
ÎS janvier 1670.
Je veux aujourd'hui, cher ami, vous envoyer seulement des amitiés et notre affectueux souvenir. Le courrier est expédié deux jours plus tôt que d'habitude, et le temps me presse.
Du reste, rien n'est plus uniforme que notre existence, et, comme je vous ai dit que je me déplaisais ici profondément, je n'ai plus besoin d'insister. Une
seule chose fait des progrés chez nous, et c'est le principal, c'est-à-dire la faveur croissante du général près de l'empereur de toutes les Russies.
Il l'a pris tout à fait en goût ; il l'emmène sans cesse dans ses chasses à l'ours, et le fait voyager avec lui sur une seule fesse dans son traîneau à une place. C'est le suprême de la faveur, et je pense que la politique s'en trouvera bien, si des entraves ne nous viennent pas de Paris. Déjà de grands résultats sont obtenus, c'est-à-dire, le resserrement des liens d'amitié entre le Czar et la France, et l'assurance que la Russie pèsera de son inlluence très-grande sur la Prusse, pour empêcher cette dernière de donner prétexte à des difficultés nouvelles. Je suppose même que d'ici à peu de temps on verra les efîets de ces démarches instantes et personnelles de l'empereur sur le roi de Prusse. Je vous sais si discret, que je me laisse aller à soulever avec vous un coin du voile diplomatique ; mais il ne faut pas que notre action soit visible ni connue dans tout ceci. C'est fâcheux, car nous n'en retirerons un bénéflce que pour les clairvoyants, qui sont rares , à en juger par les niaiseries des journaux.
Je ne vous parle pas de Paris, [toujours troublé, et de l'occupation que ces inquiétudes perpétuelles doivent vous donner. Vous savez tout ce que je pourrais vous dire à ce sujet. J'espère que cette crise sera passagère et que cette même France, qui a renversé deux gouvernements coupables d'avoir fait de la résistance, n'attaquera pas sérieusement celui qui vient de céder à l'opinion publique.
Notre pauvre Empereur ne nous donne guère signe de vie. Il craint peutêtre de déplaire à ses nouveaux ministres, ou bien il est tout simplement l'homme froid que nous devons connaître.
Je vous envoie les amitiés bien vives des miens pour votre femme et pour vous. Comme nous causerons cet été !
Bien à vous.
E. DE Verdière.
xxxvn.
Autre léttf e confidentiel!© de M. de Verdière, at-tacîié au général Fleury, à, M. Amiot, sur les événements intérieurs et extérieurs.
9 février i870.
Cher ami, on a le cœur rafraîchi quand on pense que l'absence ni l'éloignement ne peut {sic) altérer les procédés d'amis tels que vous. Aussi vous sommes-nous très-reconnaissants de la fidélité avec laquelle vous nous tenez au courant. Nous avons reçu tout à l'heure votre dépêche au sujet de l'arres tation de Rochefort. Elle s'est croisée avec notre question, et, en vous adressant cette dépêche, j'avais conscience de son inutilité, pensant bien que vous ne nous oublieriez pas. Notre chiffre est très-commode, et, le cas échéant, il
pourrait êiro extrêmement utile. Nous ne nous servons pas souvent (!<'' cohù que nous avons avec l'Empereur, et, entre nous, je puis vous dire que nous sommes un peu atlrisfés de voir que de ce côté on ne nous donne aucun sic;ne de vie. Vous me dites vous-même que vous souffrez de cette annihilation (pardon pour ce mot) de celui qui a conduit nos destinées pendant vingt ans. Est-il si vieilli? Est-il engourdi? Ou bien est-il simplement froid et indifférent pour ses vrais amis? Je comprends assez qu'il s'applique à ne pas blesser les susceptibilités de ses nouveaux ministres en correspondant lui-même avec un ambassadeur qui a contre lui cette condition particulière d'être un vieux serviteur de son prince. Mais, s'il ne veut pas parler politique extérieure, ne saurait-il donner quelquefois un simple souvenir d'amitié? Enfln, s'il voulait écrire sans froisser le ministre, ne pourraitil pas envoyer sa lettre au Louvre pour le paquet de Rois? Ce n'est pas lui, bien entendu, qui pourrait avoir cette idée. Riais bien Piétri, qui, au lieu de remplir avec cœur sa mission, est trop personnel pour chercher à obliger ceux dont il croit n'avoir plus besoin. Conti est aussi un jaloux, qui se garderait de faciliter à son souverain les moyens d'être aimable. Si vous rencoiitrez Piétri, vous pouvez lui dire que vous avez de mes nouvelles et ne pas lui cacher notre impression pénible.
Que vous dirai-je de la politique? Celle de Paris, vous la jugez, j'en suis certain, avec les mêmes sentiments que moi, et vous partagez souvent mes tristesses. Toutefois, je veux continuer à avoir confiance dans les résultats du nouveau système. Nous l'avons dit souvent, nous étions très-malades. Ayant en face de nous les démagogues, nous n'avions pas le soutien des classes moyennes. L'arrivée au ministère des hommes dits des anciens partis nous a apporté le salut. Il faut leur en savoir gré, et prendre notre parti de payer très-cher l'appui qu'ils nous donnent.
Je suis moins satisfait d'eux à l'extérieur. La politique du règne de Louis- Philippe se repnodiîit et s'accentue. Nous en faisons nous-mêmes l'expérience. Chaque dépêche du comte Daru nous lie bras et jambes, et nous sommes exposés à ne pouvoir tirer aucun profit de l'excellente situation acquise ici par le général. Toute la politique extérieure se résume dans le désir extrême de ne laisser se produire aucune difficulté. L'intention est louable sans doute; mais c'est souvent en exagérant la réserve que l'on laisse justement aux difficultés la possibilité de se produire. Si Bismark savait (et il le saura) que nous ne voulons rien dire ni rien faire, qui donc et quoi donc le gênerait? Quand nous avons été envoyé (sic) ici, c'était, vous le savez, pour rétablir des relations compromises depuis les affaires de Pologne. Ceci est fait. Celait aussi pour produire habilement un petit résultat de nature à satisfaire î-opinion et l'aaiour-propre national. L'affaire a été bien entamée et était en bonne voie. Alors est venu le nouveau ministère, qui a débuté par donner la consigne que vojci : « Ne faites rien, ne dites rien. »0n a obéi naturellement, mais l'affaire commencée a Continué de marcher toute seule. Les résultats s'offrent d'euxmêmes ; on nous en fait part; nous les communiquons à Paris, en ayant soiri dédire que nous n'avions plus rien fait nous-mêmes, suivant la recommanda-
tion. Que nous répnn<l-on? Toujours la même chose : « Ne faites rien... » Tout ceci est naturellement sous le sceau du plus grand secret.
II fait maintenant qssez froid. Cela dépasse un peu la mesure de ce qui n'est pas désagréable. Enfin l'hiver s'avance, et, sijene désire pas notre retour à présent, ce qui serait plus fâcheux pour la France que pour nous, j'espère bien que nous ne verrons pas ici un second hiver.
Ma femme va moralement un peu mieux. Marie va très-bien. Toutes deux embrassent madame Aniiot et vos enfants.
Je pense que vous tenez un compte exact de nos dépêches télégraphiques. J'aurai une somme ronde à vous rembourser, et nous ne vous feront pas banqueroute. Mais nous resterons toujours vos débiteurs du côté de la reconnaissance, et, avec un brave cœur comme le vôtre, ce poids n'est pas lourd à porter.
Mille bonnes amitiés.
E. DE Verdière.
Ministère d'État.
Cabinet du Ministre.
Note pour VEmpereiir,
Le choix d'un Minisircde l'Intérieur est, entouttemps,chosedifficileetimportante ; mais, dans les circonstances actuelles, cette désignation a une importance exceptionnelle. En effet, le nouveau Ministre sera appelé à participer activement aux débats du Corps législatif; il devra organiser la défense du Gouvernement en face du nouveau régime de la presse; enfin il devra diriger les élections générales |)Our le renouvellement du Coi'ps législatif.
Des lâches multiples exigent des aptitudes très-diverses.
Le nouveau Ministre devra joindre à une grande prestesse et à une grande dex'.érité de parole un sentiment très-éolairé de la politique intei ieure, pour déterminer les voies dans lesquelles doit être dirigée la presse ofilcieuse et pour faire à propos dans la presse opposante les rectifications et les communiqués nécessaires. Cotte partie de ses attributions exigera la plus vigilante attention et le labeur le plus continu. .Enfin, dans cet art si difficile du maiiiement des hommes, qu'il est si nécessaire de posséder dans ce département, il devra déployer va\Q grande fermeté, soit pour éliminer de l'administration préfectorale les incai^ables et les insuffisants et les rem[)lacer par des hommes intelligents et sérieux, soit pour éloigner de l'urne électorale li>s préientions iliusionnées, parasites et exigeantes, et ne la rendre accessible qu'aux aptitudes et aux influences réelles qui existent dans chaque département.
En présence d'un programme dont l'accomplissement est si difficile, il est tssentiel, dans les appréciations soumises l\ Votre Majesté, de se dépouiller de tout sentiment d'exclusivisme, de toute idée de préférence, de tout esprit de coterie. Autant il paraît nécessaire de conserver au Ministère sa cohésion et son homogénéité en n'appelant pas dans son sein des éléments dissolvants ou contradictoires, autant il est convenable de chercher au besoin la force dans la conciliation et dans la fusion de certaines nuances, surtout si l'on peut obtenir ainsi un Ministre qui ait déjà de la surface et de l'autorité. Le poste de l'intérieur est, en effet, bien redoutable pour un débutant.
C'est dans ces pensées transactionnelles que j'ai fait une nouvelle lecture de tous les noms que contiennent les listes des grands Corps de l'État et des hauts fonctionnaires de l'Administration ou de la Justice. Je vais donc passer en revue tous les personnages qui m'ont paru plausibles, et dire ù Votre Majesté ce que je pense de chacun.
Premiers Présidents et Procureurs généraux.
Parmi ces magistrats, la plupart ont suivi une carrière exclusivement judiciaire et ont concentré leur esprit sur l'étude du droit. Arrivés à l'âge mûr, ils pourraient très-dillicilement se plier aux nécessités d'une carrière nouvelle, et y apporter les aptitudes nécessaires. Un seul d'entre eux me paraît avoir révélé des prétentions ou un esprit politique : c'est M. Millevoye, procureur général à Uouen. Il est observateur délié et perspicace, juge bien les événements et les hommes. On lui reproche des défauts de caractère, notamment de la duplicité. Ces imputations l'ont exposé à des inimitiés ardentes. Où est la vérité? Je ne saurais le dire avec précision.
Préfets.
L'Empereur a écarté les candidatures de Préfets, par cette considération principale que le Préfet de la Seine éprouverait une vive blessure d'amourpropre à voir placer à la tête du Ministère de l'intérieur, l'administrateur d'un des autres départements de France.
Mais, avant de souscrire à cette objection, il faut se demander si la candidature de M. Haussmann ne doit pas être accueillie.
Inutile de chercher à apprécier la valeur de ce haut fonctionnaire ; Votre Majesté la connaît mieux que moi. Il a tout en grand, les qualités et les défauts; mais, en définitive, il aune incontestable supériorité et saura très-bien se défendre à la tribune. Ce choix me paraîtrait donc logique, mais sous deux conditions que je précise : 1» acceptera-t-il le programme arrêté il y a quelques jours par Voiie Majesté à Biarritz? 2» renoncera-t-il à l'administration du département de la Seine, sauf à placer celte fonction entre les mains d'un homme qui aurait sa confiance? Que l'Empereur ne perde pas de vue que, pour placer le département de la Seine dans des attributions ministérielles, une loi serait nécessaire. Or, une législation provoquée dans l'intérêt d'une iDdividuaiilé aurait de bien faibles chances de succès.
Si, p;ir des considérations faciles à comprendre, le Préfet de la Seine se décidait à conserver sa position, Votre Majesté serait allranchie de tuule préoccupation dans l'examen des candidatures d'autres Préfets. Alors se présenteraient à l'esprit trois noms : MM. Piélri, Leroy et Chevreau.
L'Empereur le sait mieux que moi, le Préfet de police actuel est un homme probe, intelligent, dévoué : c'est un fidèle dans toute l'acception du mot. Il apporterait à l'Administration de l'intérieur toute l'attention laborieuse, toute l'expérience nécessaire. Le seul scrupule que j'éprouve à l'égard de ce choix, et qu'il appartient au candidat de coniirtner ou de faire disparaître, est de savoir s'il pourrait affronter les polémiques de la tribune.
M. le baron Leroy a toute la surface extérieure, toute l'autorité administrative que l'on doit rechercher chez un Ministre de l'intérieur, et il est même doué d'une facilité d'élocution et d'une dextérité de parole qui feraient de lui ce que les Anglais appellent un bon « debater. »
Mais on lui reproche de la mollesse de caractère et une sorte de scepticisme politique. Ce double reproche est-il bien fondé? Je ne connais M. Leroy que par des relations à larges intermittences ; c'est évidemment un caractèn; arrondi, sans angles, qui n'a jamais di\ donner à son dévouement des formes exaltées et bruyantes. Mais enfin voilà de longues années qu'il administre bi Seine-Inlerieure ; il a été constamment en face d'un double écueil : les passions socialistes de classes ouvrières agglomérées, les ardeurs protectionnistes d'industriels aveugles et avides, et il y a maintenu l'influence gouvernementale à une grande hauteur. Dans une fonction où les plus capables s'usent rapidement, il n'a fait que se fortifier graduellement. Ne sont-ce pas là des garanties sérieuses?
M. Chevreau a prononcé, dans plusieurs circonstances, des discours remarquables, même au point de vue politique. On peut en induire la juste espérance d'une réelle aptitude aux luttes parlementaires. Mais est-ce tout V Pour les rudes labeurs et la vigilance continue qu'imposera la surveillance de la presse notamment, M. Chevreau sera-t-il suffisamment appliqué? Esprit facile, en relation, à Paris, avec les camps les plus opposés, il subit volontiers tous les entraînements ; l'orfor délia feminita le fait volontiers dévoyer, et son administration est souvent une série d'alternatives, de négligences, de soubresauts, d'élans et d'indifférence. A Lyon, à travers des qualités aimables, et des formes gracieuses, il a laissé deviner son inconsistance de conduite et de direction, et je le crois déjà aussi impuissant qu'il l'était devenu à Nantes, lorsqu'il l'a quitté.
Conseil d'État.
Portons maintenant nos investigations sur le personnel des grands Corps de l'État.
Je ne vois, dans le Conseil d'État, que les noms suivants qui puissent être prononcés :
MM. Vuitry, De Parieu,
MM. Duvergier, De Lavenay, Riclié, Genteur, Pinard, Jolibois.
Le premier n'accepterait ce changement qu'avec le plus vif déplaisir; il n'y a aucune raison de le lui imposer. .
Le second n'a, à aucun degré, les conditions de caractère voulues pour ces fonctions.
Le troisième est arrivé à l'âge de soixante et quatorze ans; il ne saurait entreprendre une pareille carrière.
M. de Lavenay a pour lui la capacité, le talent oratoire, l'amour du travail ; il déploierait dans ce poste une incontestable activité. On ne peut que lui reprocher des arêtes un peu anguleuses et une voix glapissante, qui impresi^ion^e défavorablement.
M. Riche est un orateur distingué. C'est un esprit philosophique, ingénieux et fécond ; mais sa tendance est beaucoup plus à l'étude qu'à l'action ; il est naturellement indécis, un peu rêveur. Physiquement, il est atteint d'unie maladie d'estomac qui se traduit par des appétits désordonnés et pourrait lui enlever l'activité continue que comportent des fonctions ministérielles.
M. Genteur, qui avait remarquablement débuté à la Chambre, a encore eu quelques succès, notamment au Sénat.
Cependant il faut reconnaître qu'il n'a pas réalisé toutes les espérances que ses débuts avaient fait concevoir. Orateur distingué, sachant bien son dossier, il reste volontiers superticiel, est parfois peu lucide, n'a pas le tact très-exercé et quitte la tribune sans avoir déterminé les convictions. Il a d'ailleurs, il faut le reconnaître, été atteîé à une assez rude besogne, la défense de la ville de Paris, et n'a rencontré aucun concours utile dans son auxiliaire, M. Blanche. Si on interroge le caiactère, les allures n'en sont pas nettes ; il s'y révèle de l'agitation, du mouvement dans des directions alternativement opposées, qui sont les signes d'un défaut de résolution et de fermeté.
M. Pinard, dont les origines sont toutes judiciaires, a la réputation d'un magistrat-oiateur au Palais. Il a déjà fait ses preuves dune manière remarqualjle au Conseil d'Étal. Les occasions lui ont manqué jusqu'ici au Corps législatif; rapporteur de la loi sur la presse il aura bientôt l'occasion de donner la mesure de toute sa puissance oratoire. Faut-il escompter ce succès et confier à M. Pinard le département de l'intérieur? Au point de vue de la tribune, je n'hésiteiais pas à proposer ce choix; mais la question est-elle uniquement en ce point ? Plus j'y ai réfléchi, plus mon esprit s'est trouvé placé sous l'empire d'une double préoccupation : d'une part, lancer un homme jeune encore dans une administration, dans un personnel,. dans des travaux qui lui sont, à l'heure actuelle, complètement inconnus ; l'exposer au sourd antagonisme que fera naître inévitablement son origine judiciaire dans l'esprit de la
plupart des préfets; l'engager au premier rang et sous peu de jours dans une session difficile, avant que son autorité morale se soit assise et développée, n'est-ce pas plutôt l'immoler que le servir?
D'autre part, ceux que l'on supposera avoir été consultés sur ce choix important ne seronl-ils pas accusés d'avoir cherché, au milieu du Conseil d'État, un homme placé sous leur action, encore inexpérimenté, plus facile à subir leur influence? Les critiques, qui ne peuvent comprendre que la passion de bien servir celui auquel on est dévoué soit une passion exclusive et dégagée de tout esprit de domination, ne diront-ils pas que M. Pinard n'a été pris que comme un prête-nom à l'aide duquel on exerce inostensiblement le pouvoir? Cette appréciation, on la fera avec d'autant plus d'empressement qu'en éveillant des susceptibilités on espérera produire des dissolvants.
Maintenant, si je crois qu'il y a de l'aventure et du hasard dans le choix de M. Pinard, si je pense qu'à l'Intérieur, moins que dans tout autre département ministériel, de pareilles chances doivent être courues, je ne méconnais, à aucun degré, la valeur du candidat et la possibilité de la réussite. Je suis même convaincu que, suivant une voie moins scabreuse, plus graduée, se tenant éloigné de l'administration, à laquelle on le dit généralement peu pror pre, il pourra rapidement prendre une grande place au Conseil d'État, et de là dans la politique.
, M. Jolibois est encore trop nouveau au Conseil d'État et au Corps législatif pour qu'il puisse être justement apprécié. Son début a été presque un triomphe, mais l'affaire de Toulouse, qu'il a traitée, était secondaire. Un certain temps est nécessaire pour juger ce qu'il deviendra comme conduite et comme talent.
Corps législatif.
Prendre le nouveau ministre de l'intérieur dans le sein du Corps législatif serait donner une satisfaction véritable à ce pouvoiis à la condition toutefois de s'adresser à un membre éprouvé de la majorité. La satisfaction serait d'ailleurs plutôt extérieure et politique qu'effective, car, dans ce foyer d'ambitions contradictoires et voilées, le choix de tel député ameuterait bien vite contre lui tous les ambitieux déçus dans leurs secrètes espérances et qui formulent assez ordinairement ainsi leur programme : « Moi, ou personne d'entre nous. »
J'jijoute que, sur ce terrain de contrôle réciproque, les nuances politiques prennent immédiatement de grosses proportions, et deviennent des causes de cohésion ou de désagrégation dans le sein de la majorité.
Ces observations faites, voici, par ordre al[)habé;ique, la liste de tous les noms qui, à un degré plus ou moins marqué, peuvent attirer l'attention de l'Empereur :
MM. de Beauverger, de Benoist, Buffet,
Busson-Billault, Baron J. David,
MM. Du Mirai,
Gressier,
Alfred Le Roux,
Mathieu,
Ollivier,
Seijns,
de Talhouët.
En pesant ;ivec impartialilé chacun de ces noms, et par des causes diverses, je suis disposé à ne considérer comme arrivées à un certain degré de maturité, au point de vue exclusif de la capacité, que les candidatures de MM. Huffet, Alfred Le Roux, Ollivier et Segris.
M. Ijufl'otest un esprit doctrinaire et cependant toujours indécis, qui ne se donnera jamais tout entier, qui se présentera dans une combinaison ministérielle, comme M. Ollivier, avec des conditions et un programme sur les choses et sur les personnes. Le premier article de ce programme serait actuellement le retrait de la loi sur l'armée. Nous n'en sommes point que je sache, à ce degré du régime parlementaire, et je ne crois pas l'Empereur disposé à passer ainsi sous les fourches caudines.
M. Alfred Le Roux a été fréquemment l'objet de conversations entre Sa Majesté et moi. JNous avons souvent pesé ses qualités et ses défauts; inutile de les retracer. Il serait certainement bieii accueilli de la majorité, qui verrait en lui une garantie de candidature oflicielle pour la plupart de ses membres.
M. Emile Ollivier a plus d'élan que M. Buffet, il se donnerait avec plus d'em|)ressement ; mais quelles péripéties ne subirait pas ensuite cette nature versatile, dont la générosité est gâtée par une malheureuse infatuation et que tant de relations interlopes unissent avec des nuances politiaues. très-hostiles et très-avancées?
Je suis d'ailleurs mal posé pour apprécier cette candidature. Loin de suivre l'indication que je lui avais donnée, avec l'autorisation de l'Empereur, de se mettre en bonnes relations avec la majorité par une franche explication, M. Emile Ollivier a plus que jamais épousé les hostilités de M. Walewski contre moi ; il m'a pris pour objectif personnel à la Chambre, pendant que l'ancien président du Corps législatif a organisé mon éreintement systématique et quotidien dans une feuille publique. Je sais bien que ce sont là des feux de paille qu'éteindraient facilement quelques satisfactions ; mais, quant à présent, les choses en sont à ce point que les questions de \.i ; 'u unes sont devenues des questions de direction de la politique, et relèvent dès Icrs exclusivement du sentiment intime de l'Empereur.
Quant à M. Segris, sa nomination plairait peu à la majorité ; mais ce sentiment s'effacerait assez vite. Ce député a du talent de parole, il riposte avec vigueur; seulement, ne serait-il pas très-irrésolu dans la conduite des affaires publiques? On le pense géiiéialemcnt.
Je m'aperçois que j'ai omis de désigner M. Latour du Moulin. Je prie l'Empereur de croire que cette omission n'était pas le résultat de la jalousie; mais je confesse que ce travail a Tintention d'être sérieux.
Sénat.
Entrons, enfin, dans le cénacle des anciens et voyons si nous serons assez heureux pour y trouver un homme.
La composition du Sénat présente une pléiade d'anciens ministres soit de 'flntérieur, soit d'autres départements civils, et, en dehors, à peine deux ou '.rois individualités investies d'une certaine notoriété, au point de vue ministériel.
Les anciens ministres sont MM. Ferdinand Barrot, Bonjean, Boudet, Casablanca, de Chasseloup-Laubat, Delangle, Drouyn de Lhuys, Dumas, de la Ilitte, Lefèvre-Duruflé, Magne, de Maupas, de Padoue, de Persigny, Rouland, de Royer, Walewski.
En dehors, je ne crois pouvoir citer que MM. de la Guéronnière, Devienne et Vuillefroy.
Si je ne me trompe, parmi les anciens ministres dont j'ai évoqué les noms, quatre seulement peuvent arrêter l'attention de l'Empereur : ce sont MM. de Persigny, Walewski, de Royer et Magne. La nominalion de l'un des deux premiers ne saurait s'expliquer que par un changement de vues politiques. En tout cas, elle introduirait dans la composition du ministère d'inévitables éléments de trouble et de dissolution.
La choix de M. de Royer n'aurait aucun de ces inconvénients. Le premier président de la Cour des comptes est entièrement dévoué ; il a le talent nécessau'e pour discuter et se bien défendre. Mais il a le travail très-lent, le caractère extrêmement méticuleux, et je craindrais qu'il ne fût bien vite débordé par ce travail quotidien de l'Intérieur, qui ne saurait être par sa nature renvoyé au lendemain.
M. Magne aurait toutes mes préférences. Parole calme, claire , limpide, souvent ingénieuse; jugement d'une grande sûreté; esprit plein de modération, conservateur libéral avec prudence, il remplirait son rôle avec Tautorito que donne toujours une longue carrière politique. Appartenant par ses affections à un autre groupe que celui qui est aux affaires, il introduirait dans le Conseil quelques idées différentes; il imposerait quelque réserve à certaines hostilités ardentes; enfin il offrirait à l'Empereur des garanties nouvelles d'exactitude, de vérité, de contrôle pour l'exercice de la haute direction et du gouvernement du Chef de l'État. On lui reprochera peut-être un peu de faiblesse de caractère et un peu de népotisme. Je ne redouterais le premier reproche que si nous étions en face d'une émeute ; mais alors la question deviendrait militaire. Quant aux tendances à un népotisme un peu exagéré, je crois la matière épuisée et par conséquent les occasions rares pour l'avenir. A l'égard des autres sénateurs dont j'ai prononcé les noms, voici mon senliment. M. de la Guéronnière ne me paraît pas avoir les conditions voulues pour être Ministre de l'intérieur. Il aurait avec la presse des camaraderies périlleuses; il espérerait en conjurer les ardeurs, mais, d'une part,' il n'y réussirait pas, et, de l'autre, il ferait à cette espérance les plus dangereux sacrifices. Cependant, depuis quinze jours, cette candidature a été favorablement signalée
par plusieurs personnes; M. de la Guéronnière l'a prise au sérieux, la nomination d'un autre personnage sera pour lui une déception, et, à la longue, cette déception pourrait bien rendre le journal La France peu sympathique. Nous ne sommes pas riclies en défenseurs oITicit^ux, nous avons intérêt à ne pas nous exposer à les perdre; nous sommes dès lors amenés à ces compositions transactionnelles qui sont souvent la condition d'existence des gouvernements parlementaires. 11 me semblerait donc utile de créer une position à M. de la Guéronnière, et, comme sa fortune est en désordre, il serait peut-être bon de l'envoyer à l'éi ranger. Ne serait-il pas un utile remplaçant de M. de Malaret, avec la perspective plus on moins éloignée de la conversion de la légation en ambassade? Puisque jo touc^lie incidenuuent i\ la question de notre représentation à l'étranger, qu'il me soit permis de laisser la parenthèse un peu plus longtemps ouverte et de rapi»eler à l'Empereur ccrlaines considéralions que j'ai déjà eu l'honneur de lui sounicitre.
Rien n'est plus regrettable que de laisser à Paris, inoccupées, de grandes individualités politiques auxquelles l'Empereur a cru devoir, au moins pour un temps, retirer leui's hautes fonelions.
Excités par des influences extérieures, ou ccdanf à une pente assez naturelle du caractère, ces hommes, désireux de rentrer aux aCTaires, se répandent en propos acerbes, en critiques amères, nouent ou laissent se nouer autour d'eux les plus étranges coalitions, entretiennent ainsi le trouble et l'incertitude dans les rangs de l'Administration, non sans dommage réel pour l'autorité du Chef del'Éial. Ces accusations de défaut de caraclère, d'.ibsence d'énergie et d'unité proviennent, en grande partie, d'espérances incessamment déçues, d'un changement et dans les personnes et dans les idées. Ce n'est même que par ces espérances que peuvent être soutenues des relations avec des journaux de toutes couleurs et des personnages qui n'ont aucune nuance, parce qu'ils les ont toutes. Tout cela ne produit (juc de l'indécision, du malaise et de l'inquiélude.
J'ajouic que de hautes fonctions dii)lomati(iues seraient pour les hommes émiuenls auxquels je fais allusion une sauvegarde contre eux-mêmes, car ils atténuent par leurs agitations actuelles et les solidarités qu'ils contractent, l'utilité des services (piils pourront rendre à un jour donné. Aussi bien notre représentation diplomatique est des plus faibles à Rome, à Saint-Péterbourg, à Madrid. Lui donner une vitalité plus grande, une ac''on plus marquée en face des complications européennes actuelles serait faire un ai.lc vraiment utile.
Je ne veux citer qu'un exemple de cette aclion dissolvante sur laquelle j'ai eu récemment l'occasion d'être renseigné. Il frappera l'EmpiUTur par la gravité des inconvénients, je dirai presque des jiérils qui pourraient en être la conséquence. Il y a en réalité à Paris deux ministres de la guerre, l'un rue Saint-Dominique, l'autre au Louvre; l'un qui agit et travaille, l'autre qui blâme et désoiganise. Les oDiciers supérieurs cherchent incessamment entre ces deux influences laquelle est la plus puissante pour leur avancement. Tous les mccontcnlemcnls aboutissent au Louvre, et là, la formule stcréolypcc pour
démolir une candsdalure do la rue Saint-Dominique est celle ci : « Ojjlcier non dévoué, orléaniste, de » Combien d'erreurs, de dépils, d'irritations, d'indiscipline peuvent enfanter les indications de cette petite église dont le grand prêtre annonce incessamment son avènement !
Que l'Empereur porte son attention sur toutes ces choses ; elles n'ont de secondaire que l'apparence. C'est surtout par la discipline intérieure que les gouvernements se maintiennent et se fortifient. C'est une illusion que d'espérer apaiser ou réconcilier ses adversaires ; mais c'est être certain de les vaincre que de créer énergiquemeni la convergence des forces gouvernementales,
M. Devienne est doué d'une certaine austérité de caractère ; il a de la fermeté, de l'énergie. Mais sa santé est ékranlée, l'âge commence à se faire sentir, et je ne sais s'il n'est pas un peu tard pour faire entrer cet homme, d'ailleurs éminent, dans une carrière nouvelle.
M. Vuillefroy se trouve un peu dans les mêmes conditions. C'est un homme de caractère, il a l'esprit rectiligne et impétueux et ne manque jamais d'énergie. Mais il est atteint d'une maladie assez grave et que des travaux sérieux empi. reraient très-vite; aussi je doute même qu'il voulût en entreprendre la tâche.
Je résume cette note tout simplement par une liste des candidats qui rappelle l'ordre de mes préférences :
1» M. Magne,
2° M. îlaussmann,
50 M. Piétri,
4" M. Leroy,
5° M. de Royer,
6<» M. Alfred Le Roux,
7" M. Pinard.
Je maintiens d'ailleurs les conditions et les réserves que j'ai formulées à l'égard de MM. Haussmann et Piétri.
Signé : Rouheu.
Cerçay, le IS oclobro 1867.
Les pièces suivantes ont été trouvées au ministère de la justîJe.
Elles sont relatives à des propositions de promotion dans la Légion d'honneur en faveur de divers membres du Sénat, faites, à l'occasion (fu 15 août 1870, par RI, Roiihcr, président de ce corps.
Il ne paraît pas que ces propositions aient été suiviel d'effet.
A ces pièces se trouvait jointe une proposition pour It croix de commandeur eu faveur de M. Argence, député de l'Aube.
Monsieur le ministre, J'ai l'honneur de vous faire parvenir diverses notes qui résument mon opi-
nion sur la candidature et les titres de plusieurs de mes collègues à une promotion dans l'ordre de la Légion d'iionneur.
J'espère que vous reconnaîtrez justes et que vous voudrez bien soumettre, en les recommandant, ces diverses propositions à la haute bienveillance de Sa Majesté l'Impératrice.
La dernière note expose les titres de deux employés de l'administration du Sénat, que M. le Grand Référendaire et M. le Sénateur Secrétaire du Sénat considèrent comme dignes l'un et l'autre d'une distinction honorifique.
Agréez, Monsieur le Garde des Sceaux, l'assurance de mes sentiments de haute considération.
Le Président du Sénat.
Signé : Rouher.
A. — Grand'Croix de la Légion d'honneur.
M. le baron Dupin, M. le baron Ernest Leroy, M. le comte de Béarn, M. Larabit paraissent aspirer à cette haute distinction.
M. le baron Dupin, âgé de 85 ans, a conservé toute la vigueur de son esprit et prend encore une part très-utile aux débats du Sénat.
Sa longue carrière politique, ses immenses travaux, la légitime considération dont il est entouré, l'illustration de son nom me paraissent justifier cette nomination.
M. le marquis d'Audiffret a été récemment nommé grand'croix de la Légion d'honneur. La carrière de cet honorable sénateur a été, à mes yeux, moins brillante et moins bien remplie peut-être que celle de M. Dupin. La distinction accordée à M. d'Audiffret a été favorablement accueillie par le Sénat; celle qui serait accordée à M, Dupin éveillerait les mêmes sympathies.
M. Dupin est grand-officier de la Légion d'honneur depuis le 27 avril 1840.
M. le baron Ernest Leroy est aujourd'hui, si je ne me trompe, le doyen de l'Administration française. Il a exercé ses fonctions d'une manière éminente. Sa carrière administrative ne lui a pas permis de se consacrer très-assidûment aux travaux du Sénat, dans lequel cependant il occupe une position élevée. M. le baron Leroy, cruellement frappé dans ses affections de famille, paraît disposé à abandonner dans un temps prochain sa position de préfet de la Seine-Inférieure. Peut-être serait-ce à ce moment que le Gouvernement serait plus naturellement appelé à lui décerner la haute récompense qu'il ambitionne. .
M. le comle de Béarn, par la distinction de ses manières, l'élévation de son caractère et la sûreté de ses relations, s'est conquis au Sénat les plus vives sympathies. Toutefois, je dois reconnaître que M. le comte de Béarn n'est pas de ceux qui prennent une part très-active aux travaux du Sénat. Notre collègue a appartenu pendant de très-longues années à la diplomatie. Il invoque les
,1 vices par lui rendus dans ses fonctions. Je n"ai point les éléments nécessaires pour les apprécier. M. de Béarn n'a pas, je crois, occupé de post» d'ambassadeur.
M. Larabil, homme três-honorable, d'un dévouement bien ancien et absolu à l'Empire, n'a pas eu dans l'armée un grade assez élevé et ne jouit pas dans le Sénat d'une assez grande autorité pour que je croie pouvoir recommander sa candidature.
Signé : Rouher.
B. — Grands-officiers.
Le nombre des commandeurs dans le Sénat ne s'élève pas à moins de trente.
Je crois devoir désigner en première ligne, comme digne d'être promu au grade de grand-officier de la Légion d'honneur, M. Leroy de Saint-Arnaud, commandeur depuis 1859.
Celte nomination aurait été certainement proposée depuis plusieurs années par M. Troplong ; mais certains embarras de fortune, dont la cause n'a d'ailleurs rien que d'honorable, un procès en resi)onsabilité que M. de Saint- Arnaud avait perdu en première instance, avaient paru à mon illustre prédécesseur des motifs d'ajournement. Ces causes se sont atténuées ou ont disparu; notre collègue a réglé sa position ; il a été déchargé par la cour d'appel des condamnations prononcées contre lui par le tribunal de commerce (i). Ses litres, com'me sénateur, conservent donc toute leur force. Or, M, de Saint- Arnaud est un des hommes les plus laborieux du Sénat; il se montre infatigable dans l'examen et le rapport des pétitions; ses travaux sont remarquables; il est orateur habile et convaincu. Sa nomination au grade de grandofficier sera considérée par le Sénat comme une récompense juste et presque tardive de services éminents.
En seconde ligne me paraît pouvoir figurer M. Réveil, ancien vice-président du Corps législatif, commandeur depuis 1859, sénateur depuis.
M. Réveil jouit d'une grande considération parmi ses collègues; ses travaux sont estimés.
Signé : RouflER.