MAX POL
I" octobre I^TO.
Réponse de M. F. Piétri à la lettre de M. MaxPol. A M. le directeur de l'Indépendance belge.
Wilhelmtbœhe, 17 octobre 4W0.
Monsieur le directeur,
L'Indépendance belge, dans son numéro du 16 octobre, reproduit, d'après le Siècle, un fragment de la copie d'une lettre signée : Max Pol, » qui m'aurait été adressée et que je n'ai pas re(;ue. Le signataire, que je ne connais pas et dont j'entends parler pour la première fois, prétend me démontrer par des « chiffres qu'en déclarant que Vempereur t Napoléon n'avait pas un centime placé dans les fonds étrangers, ou je n'étais pas in- » struit ou je dissimulais la vérité, i et comme preuve il fait l'énumération des prétendus placements d'argent faits par l'Empereur, avec une précision qui, dites-vous, frappera vos lecteurs comme elle vous a frappé vous-même.
Voici ma réponse :
Je maintiens l'affirmation donnée dans ma lettre du 13 septembre dernier; je déclare, en connaissance de cause, que toutes les indications de placements et tous les chiffres énumérés par le signataire de la lettre sont complètement faux, et je reste confondu de voir à combien d'inventions perfides peut donner lieu le désir de nuire.
M. Thélin, dont on invoque le témoignage, répondra lui-même à l'invitation qui lui est faite.
■J'espère, monsieur le directeur, que vous voudrez bien publier cette lettre dans votre journal, afin que vos lecteurs puissent apprécier la vérité.
Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'assurance de ma considération distinguée.
F. PlETRI,
Secrétaire particulier de l'empereur Napoléon.
Lettre de M. F. Piétri^ à propos de la note publiée dans les Papiers. A M. le directeur de l'Indépendance belge.
Wilhelmsbœlje, 50 octobre 18T0.
Monsieur
La publication déloyale des papiers trouvés aux Tuileries ne s'arrétant pas, je ne cesserai pas de mon coté de rétablir la vérité toutes les fois que je la trouverai dénaturée par l'esprit de dénigrement.
L'Indépendance belge publie dans son numéro du 20 octobre, sous le titre de Fortune mobilière de l'Empereur à Vélrangcr, une liste énumérant certaines valeurs étr;inscres, trouvée dans les notes de toute sorte qui journellement étaient remises à l'Eni- :jereur. Or, ce document, qui vous paraît établir d'une manière indiscutable les économies ^''éallsées par l'Empereur, n'est antre chose que le détail d'une partie de la fortune de iM. le duc de Brunswick, remis à Sa Majesté dans une circonstance que je n'ai plus bien présente à Tesprit.
Vous pourrez remarquer qu'il y est question de Beaujon, qui est la résidence du dufc à Paris, et d'uniformes que celui-ci a toujours possédés.
J'espère, monsieur, que voire amour pour la vérité vous fera accueillir cette lettre avec la même faveur que vous avez accordée à la note trouvée aux Tuileries et que vous lui donnerez la même publicité.
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments distingués.
F. PlETRI, Secrétaire particulier de l'empereur Napoléon.
Lettre de M. Ch. Thélin à M. le directeur de l'Indépendance belge.
Wilhelmshœhe, 2S octobre 1870.
MONSIER,
Dans V Indépendance belge du 16 de ce mois, un M. Max Pol que je n'ai pas l'honneur de connaître, fait appel à mon témoignage pour prouver que l'empereur Napoléon III a, pendant son règne de dix-huit années, placé des sommes considérables à l'étranger,
31. Max Pol se trompe. Ce n'est pas k l'étranger mais à l'intérieur que l'empereur a fait de nombreux placements, et je vais vous en donner un aperçu aussi exact que possible.
La liste civile de l'empereur était de 25 millions plus 2 millions provenant des forêts delà couronne. Total : 27 millions.
Sur cette somme, les services ordinaires inscrits au budget de la liste civile absorbaient 22 millions.
Ces services se composaient :
Du ministère de la maison de l'Empereur ; delà grande aumônerie ; du grand-maréchal du palais; du grand-chambellan; du grand-écuyer ; du grand-veneur ; du grand maître de cérémonie; de la maison militaire; de la maison de l'Impératrice; de la maison du prince impérial; de la restauration et de l'entretien des palais impériaux; de l'administration du mobilier de la couronne; des manufactures impériales des Gobelins, de Sèvres et de Beauvais; des voyages, etc., etc.
L'Empereur s'était réservé par an une somme de 5 millions qu'il pouvait dépenser comme bon lui semblait, sans nuire en aucune façon k la marche des services établis.
Voici l'emploi de la presque totalité de cette somme.
Allocation annuelle de 200,000 fr. pour compléter et porter k COO fr. la pension des amputés militaires qui n'est en moyenne que de 400 francs, depuis 1839, soit
onze années fr. 2,200,000
Don pour les sociétés coopératives de Pai is 500,000
Don pour les sociétés coopératives de Lyon 300,000
Don pour les sociétés de secours mutuels des anciens militaires 500,000
Dons pour maisons à bon marché a Paris, k Lille, k Amiens, k Bayoniie. 1,000,000
Achat des landes de la Bouhère et mise en culture 5,000,000
Achat de terrains incultes en Sologne 2,500,000
Allocations pour le dessèchement des Uouibes (Ain) . 430,000
Allocations pour dessèchement dans la Dordogne et dans l'Allier . . . 100,000
Dessèchement des marais d'Orx (Landes) 2,500,000
Ensemencement des Dunes de la commune d'.\nglet (Basses-Pyrénées) . 80,000
Fermes du camp de Chùlons 5,000,000
Reconstitution de la Terre de la Châtaigneraie, près Saint-Cloud . . . 800,000
Achat de la ferme modèle algérienne de Boukardoura 250,000
Fertilisation des landes de Bretagne, k Born-er-Houet ...... 200,000
Don k l'Algérie de charrues à vapeur 80,000
Théâtre du camp de Chalons, 30,0C0 fr. par an depuis 1856 420,000
Paiement d'une partie des dettes de la commune de Mourmelon. . . . 60,000
Paiement des dettes de la commune de Saint-Cloud . 400,000
Eglise de cette ville 400,000
Eglises de Plombières, de Biarritz, de Suippe, de Mourmelon, de Vadenay, de Cusset, de Conty, de Saint-Jean-de-Luz, de Solferino (Landes), de
Rueil, de St-Leu, de Fontainebleau, etc. .......... 2,200,300
A reporter. . . 21,920,000
Pieport. . . 21.920,000 Allocations pour maisons d'écoles dans beaucoup de d<^pnrfements . . . 1,-200,000
Allocations pour les chemins vicinaux des Basses-Pyrénées 200,000
Allocations pour travaux aux mairies de Compiègne et de Pierrefonds . . aO,000
Travaux d'utilité et d'erahellissement à Plombières et à Vichy .... 600,000
Restauration d» château de Pierrefonds . . . 3,500,000
Palais des Césars à Rome, fouilles 720,000
Cautionnements fournis îi divers ofilciers nommés percepteurs ou receveurs
particuliers 300,000
Musée de Saint-Germain 300,000
Allocations aux filleuls de l'Empereur, 60,000 fr. par an depuis 1856 . . 8i0,000
Inondations du Rhône et de la Loire 500,000
Secours pour incendies, grêles, etc., 200,000 fr. par an pendant 18 ans . 3,600,000 Indépendamment des 1,200,000 fr. par an inscrits au budget de la liste civile pour les dons et secours et des 400,000 fr. de pensions, l'Empereur donnait, sur sa cassette particulière, en pensions et secours, k d'anciens serviteurs, à d'anciens militaires et autres, 500,000 francs par an,
soit pour 18 ans 5,400,000
Encouragement» aux arts, auxsciences,à l'industrie. Travaux archéologiques dans plusieurs départements. Travaux de M. Foucault (astronomie), de M. Regnault (gaz), de M. Ste-Claire-l)eville (aluminium, pétrole); do M. Fromont (électricité). Expériences du chemin de fer du Raincy, do la Jonchère, du camp de Chàlons et autres inventions et expériences de machines à vapeur propres à la culture et k l'industrie. Expériences d'artillerie, atelier de Meudon, etc., 600,000 fr. par an pendant 18 ans 10,800,000 Dons diplomatiques, tabatières, décorations en diamants, bijoux pour artistes dramatiques, etc., 200,000 fr. parnn pendant 18 ans 3,000,000
Achat de pierres précieuses, ajoutées aux diamants de la couronne, environ 100,000
Achat d'anciennes armures pour le cabinet de Pierrefonds 300,000
Allocations à la Société du prince impérial pour prêts au travail depuis sa
création 250,000
Prix de courses. Allocations et concessions de médailles aux concours régionaux, aux comices agricoles, aux régates, aux sociétés d'horliculiuro,
de tirs, d'orphéons, etc., 60,000 fr. par an pendant 18 ans 1,080,000
Médailles de tarse, données à la bibliothèque impériale 50,000
Dons de niunilicence et prêts à diverses personnes. Entre autres: doux hôtels aux deux ministres MM. Rillault et Magne, hôtel à la princesse Baciocchi, hôtel au prince Murât, six maisons à Vichy, au docteur Conncau et à d'anciens serviteurs, complément de la dot de la princesse
Anna Murât 10,000,000
OEuvres de bienfaisance de l'Impératrice, 500,000 fr. par an pendant dix-huit ans 9,000,000
Total. . . Fr. 75,340,000 Telles sont, à ma connaissance, les sommes principales que l'Empereur a dépensées
tous les ans en dehors de son budget ordinaire. Je ne connais point d'autres placements
de fonds.
Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le tl'ésoriflr particulier <In rRmpereur, CU. TUÉLIN.
Lettre de M. F. Piétri à M. le directeur de /'Indépendance belge.
Wilhelmshœhe, 24 octobre 1870
Monsieur le RÉnACTEnn,
Parmi les pièces qu'on prétend avoir trouvées aux Tuileries, vous avez reproduit, d'après une pui)lication officielle, des notes d'où il résulterait que la maison Baring, de Londres, a fait, pour le compte de l'empereur Napoléon, le placement en Angleterre d'une somme de vingt-huit millions de francs. Voici en quels termes MM. Baring démentent cette allégation dans une lettre adressée au Times :
* A l'éditeur du Times.
> Monsieur,
» Pour répondre à diverses assertions publiées dans les journaux, se rapportant à des placements de valeurs faits poui- le compte de l'Empereur des Français par notre maison ou à des valeurs et des propriétés que nous aurions en nos mains pour lui, nous croyons juste de déclarer par la voie de votre journal qu'il aucune époque, nous n'avons fait de placements pour le compte de l'Empereur, et que nous n'avons aucune valeur qui lui appartienne.
» Nous vous serons obligés d'insérer cette lettre, et nous sommes
» Vos obéissants serviteurs, > Bauing Brothebs et C"=.
> 8, Bisbopspate st. wilhin,
t 22 octobre 1870. »
Une déclaration aussi nette et aussi précise de la part de gens honorables coupe court à toutes les calomnies. Elle indique en même temps quel degré de confiance doit cire accordé aux publications d'ennemis politiques qui ne reculent devant aucun moyen pour satisfaire leurs sentiments d'hostilité et pour égarer l'opinion publique.
Recevez, luonsieur le rédacteur, l'assurance de ma considération distinguée.
F. Piétri, Secrétaire particulier de l'empereur Napoléon.
Pour ne parler que de cette dernière lettre, sans contester la véracité de MM. Baring frères, on voudrait leurs déclarations plus nettes et plus précises. En parlant des placements impériaux, il ne s'agit pas seulement de ceux qui peuvent avoir été opérés pour le compte de l'ex-empereur, cette expression sous-entend les placements faits pour le compte de l'impératrice et du prince impérial, pour l'empereur et les siens, et par leurs ayant-cause.
Reste donc h savoir si MM. Baring n'ont fait aucun placement pour la famille impériale; et cela établi, il resterait à obtenir, des autres maisons de banque soupçonnées d'avoir facilité les épargnes impériales, des déclarations analogues.
En attendant, on ne croira pas qu'après dix-huit ans de gouvernement personnel, la fortune de i.ouis-Napoléon Bonaparte se trouve dans le même délabrement qu'à l'époque de sa première reiilrcc en France et de sa première candidature législative.
M. Théophile Silvesfre, ex-rédactour du Nain Jaune, du Figaro et du Dix-Décembre, critique d'art distingué d'ailleurs, a envoyé au cabinet de l'Empereur une volumineuse correspondance où il ne cesse d'exposer des plans très-singuliers et de réclamer des subventions et des pensions. Nous choisissons dans son dossier deux lettres asseï curieuses.
Paris, le S janvier 48C7.
Cher ami,
Vous m'apprenez, en deux mots qui me touchent, que l'Empereur a l'extrême bonté de me donner un viatique de mille francs par mois pour une année. L'Empereur m'a toujours aidé dans mes crises et au moment où je me suis trouvé le plus désarmé à son service. Je ne sais comment exprimer ma reconnaissance ; mais je crois avoir une bonne pensée en vous priant de remercier pour moi Sa Majesté, qui connaît votre cœur.
Le travail historique dont je vous ai parlé résume le dernier règne, expose la révolution de 1848 avec ses systèmes, ses sectes, ses meneurs, ses victimes, ses dupes, A l'afFoIlement des idées, au désespoir du paupérisme, à l'abaissement de la nation devant rélraniier et à la guerre civile succède le gouvernement de Sa Majesté, Père et Sauveur de la patrie. Ni optimiste, ni pessimiste en histoire, je suis convaincu que l'homme est éternellement semblable à lui-même, sous les formes variées du progrès ; qu'il y a toujours à craindre pour le lendemain les dangers de la veille ; que les peuples, la France surtout, commencent à manquer de mémoire, dès l'instant mênje où ils se voient sauvés. Enfin, sans évoquer des passions mortes ni réveiller des haines endormies, je mets en parallèle la prospérité, la stabilité présentes et l'anarchie rêvée par l'ignorance, l'ambition, la vanité, le ressentiment d'une minorité infime.
Au lieu de me borner à faire ressortir le caractère de Paris cl de quelques grandes villes, je donne aussi aux campagnes la part légitime qui leur est due. Les départements de la France, tout en restant plus que jamais attachés de cœur et d'esprit à la grande unité nationale, dont l'Empereur est l'auguste incarnation, ne sont plus, comme autrefois, disposés à subir d'autres gouvernements improvisés par des meneurs, et à recevoir par la poste des drapeaux blancs ou des drapeaux rouges. Paris, tête et cœur de l'Empire, n'est pas plus l'Empire tout entier que le seul cratère du Vésuve n'est le Vésuve même.
Le journalisme politique a perdu son crédit. Je vous l'ai dit souvent. Vous aurez vous-même reconnu cette vérité à la profusion, d'ailleurs plus ou moins insignifiante ou malsaine, des petits journaux littéraires. Des journaux politiques et non politiques, il en faut;ily ades oisifs et des maniaques. De temps en temps, j'en conviens aussi, l'opinion publique peut avoir besoin du mors ou de l'éperon. Mais les têtes sérieuses ne croient plus qu'aux livres bien faits. Si profonde et si juste que soit la pensée de l'écrivain, elle ne produit même pas d'effet si l'expression n'est incisive et pittoresque.
Il est de notoriété que je suis une des trois ou quatre plumes qui ont
résisté au relâchement universel des lettres. La pauvreté tt aussi la fierté de mon tempérament expliqueront suffisamment à votre juste impatience mes longs chômages. Vous savez combien le silence pèse à ma gratitude et compromet ma vocation.
M. Mocquard avait compris que j'étais fait pour être l'historiographe particulier d'un souverain, comme il y en eut sous la vieille monarchie. Je lui rappelais quelquefois Fiévée. Pour être sincère jusqu'au bout, suivant ma malheureuse nature, n'est-il pas triste de voir encore l'histoire d'un grand règne écrite un peu chaque jour par des envieux et des impuissants? Voyezvous d'ici l'embarras des historiens futurs au milieu des vaines récriminations éparpillées dans les recueils ou tombées de cette tribune qui corrompt notre langue en bafouant la vérité ?
Je vous en prie, cher Piétri, osez dire à l'Empereur à quel point j'ai le désir de répondre au plus tôt à ses bontés par mes services. Loyal et dévoué, j'ai besoin, non-seulement d'être aidé, mais encore et surtout d'inspirer de la confiance. Pour bien écrire l'histoire, il faut d'abord être bien renseigné.
J'ai étudié mon sujet d'après nature. Je l'ai vécu. Mais je n'en sais pas encore, à beaucoup près, tout ce que j'en voudrais savoir. Il y a dans les cartons de telle administration, de tel ministère, des documents qui, pris avec la prudence etla discrétion convenables, donneraient à mon œuvre beaucoup de lumière et d'autorité.
Quelle est notre idée fixe à vous, à moi, à nos amis, à tout le monde? La durée la plus longue possible de la vie, du règne de l'Empereur, et le glorieux avenir du Prince impérial.
A moi, que me faut-il ? Une plume et le pain quotidien du Pater. Rien de plus. Je vous ai parlé en ami, en cœur reconnaissant. Vous m'avez compris. Merci.
Signé : Théophile Silvestre,
35, rue Beuret, Vaugirard-Paris.
A l'Empereur.
Paris, le 10 décembre 18C9.
Sire,
Par ces derniers temps d'agitation et de logomachie, il n'était pas facile aux écrivains les plus dévoués à l'Empire, quel que soit d'ailleurs leur talent, de remonter le courant des opinions hosti'es. C'est là sans doute une des causes de l'insuccès du journal hebdomadaire le Dij:-Déccmbre.
Personnellement invité à collaborer à cette publication, je lui ai donné bon nombre d'articles politiques, notamment les suivants signés de mon nom, sauf les deux premiers de la série :
Les convulsionnaires politiques. — Les idées de Daudin. — Les conférences de MM. Jules Simon, Saint-Marc Girardin, Pelletan, etc., au théâtre du Prince Impérial. — Les revenants. — M. Jules Simon chez les communistes. — Les manœuvres des pai'tis et les intrigues électorales de 1852 à 18G9. — Les pamphlétaires réfugiés. — La mort de Baudin {seule relation vraie). — M. Emile
OUivicr. — M. Ernest Renan. — L'Empereur et le récent discours de la couronne.
La suppression du Dix-Décembre m'enlève ma derniers occupalion, ma dernière, ressource au service de l'Empereur.
Sire, je dois rappeler ici avec la plus vive gralilude (ine je suis le débiteur en retard, et en quelque point répréhensible, de Votre Majesté. De sérieux engagements, pris par moi envers Elle, ne sont pas encore remplis. Ma loyauté reste l'otage d'une si .haute confiance. De bienveillants amis ajouteront à la trop faible expression de ma pensée la délicatesse et Télévation de leurs sentiments personnels.
Il y a deux ans et quelques tnois, Votre Majesté vint à mon aide, prenant en considération mon talent, mon zèle et ma ruine complète au Nain-Jaune, où j'avais fait d'abord le sacrifice volontaire de ma position d'inspecteur général, puis une perte sècbe de 80,000 francs en six mois, au service exclusif des intérêts de l'Empereur et au milieu des animosités violentes.
Votre Majesté avait daigné approuver ensuite mon plan entièrement neuf d'une Histoire des idées, des caractères, des faits et gesies de la seconde Mpubtique, suivie du second Empire, pour le salut de notre pays. C'était une dissection sur le vif des hommes et des choses, des partis et des sectes; le mémento de nos caprices, de nos erreurs, de nos déchirements, de nos expiations périodiques. On attendait de ce travail un salutaire effet au moment des dernières élections générales. Mais il est resté sur le chantier, infiniment moins par ma faute que par celle des circonstances.
Premièrement, je n'avais demandé, avec une discrétion timide, que deux ans pour l'œuvre. On me pressait d'aller vite et bien, sans pouvoir apprécier au plus juste, comme j'ai pu moi-même le faire de jour en jour, les complications et les subtilités de la tâche. Quel chaos d'opinions et de doctrines ! Quel amas de dossiers publics et secrets : Que de révélations orales et manuscrites, confiées à ma mémoire et à mon discernement ! J'avais à questionner les personnalités marquantes, souvent à les contrôler par des témoignages obscurs, mais vcridiques.
Il me fallait sonder tour à tour des caractères ombrageux, hardis, logiques, contradictoires, pour tirer de l'ensemble de mes recherches la confession authentique d'une époque si troublée dans sa pensée, si discordante dans ses œuvres.
Secondement, il me fallait avoir accès dans les greffes des tribunaux, dans les archives des ministères ; pouvoir consulter au fur et à mesure, dans mon cabinet et non dans une salle publique, par prudence et par économie de temps, journaux, brochures, pamphlets, placards, caricatures et chansons de la Bibliothèque impériale. Au lieu d'une faveur toute personnelle, justifiée d'avance par mes aptitudes spéciales et ma notoriété, je n'ai trouvé là que formalités restrictives, réglementaires pour le public, mais paralysantes pour moi.
Pour accomplir mon œuvre en toute sécurité sans grever la générosité personnelle de l'Empereur, j'avais demandé à Votre Majesté la succession de
riiistoriographe de la ville de Paris, qui venait de mourir, el que l'on n'a pas sans doute encore remiilacé, ou bien la direction du Musée des anliquilés de l'hôtel Carnavalet.
Sans rien décide» alois à ce sujet, l'Empereur eut la bonté de m'allouer mille francs par mois sur sa cassette particulière, subside épuisé le 1" juin dernier.
Précédemment, à la vérité, j'étais à tout instant vivement incité par les amis les plus zélés de l'Empereur k finir promptement mon œuvre avant les élections générales. Je croyais moi-même y réussir. Mais, entravé de tant de manières et dégoûté, sinon découragé, je ne pouvais absolument me résigner à avilir le sentiment de l'art en bâclant une publication cursive cl banale, quand je devais un livre arrêté, prolbnd, solide, et d'une utilité vraiment nationale.
Sire,
Voilà comment, dans toute la force en', l'âge, du talent el de la bonne volonté, je reste, avec mon travail interrompu, sans position, sans la moindre foitune. Qui pis est, je semblerai avoir abusé indignement de l'extrême bonté de l'Empereur.
Une situation si fausse inquiète beaucoup ma conscience, celle de mes amis, pèse trop à ma fierté et conqjromet gravement mon avenir. J'ai le ferme espoir que Votre Majesté me donnera au plus tôt les moyens d'en sortir résolument et noblement.
Daignez agréer, Sire, l'hommage du plus profond resjject avec lequel j'ai riionneur d'être, de Votre Majesté, le trôs-humblc, très-obéissant et trèsfidèle sujet.
Signé : Théoi-hile Silvestre,
çQ, quui du Louvre.
Marie Cappelle (Mn»e Lafarge).
Lellrc de reraercîmcnt au Prince-Président, qui lui a rendu la liberté.
Monseigneur,
Je me mourais; vous l'avez su, et je vous dois la vie. Je pleure de reconnaissance à vos pieds.
Quels mots. Prince, seraient assez éloquents pour traduire dignement mon action de grâces !
Vous devoir la liberté, c'est vous devoir l'honneur. Vous protégez et vous donnez en roi... Ma vie tout entière sera l'écho passionné de ma reconnais-
sance... Mais, pour oser vous dire, Monseigneur, combien je vous vénère et conibien je vous aime, iejète ma plume, et j'emprunte le cœur de la France. J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monseigneur, votre trèshumble et très-obéissante ressuscitée.
Marie Gappelle.
Montpellier, le ii juin 18S3.
XLin.
Rapports des Tuileries avec la presse.
Certains journaux ont entretenu de nombreuses relations avec le cabinet et aussi avec la cassette de l'ex-empereur. Les preuves surabondent. Nous ne ferons que des choix très-sobres dans la masse des documents de ce genre.
Voici, par exemple, une lettre de M. Pinard, alors ministre de l'intérieur, recommandant M. Grégory Ganesco à M. Conli. Viennent ensuite deux lettres de M. Ganesco, se recommandant lui-même.