‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 34 sur 130 · MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR

Cabinet du ministre.

Paris, le i juin 1868.

Mon cher ami,

Vous connaissez, au moins de réputation, Ganesco.

Il y a deux courants au Nain-Jaune. Ganesco, malgré son passé ou au moins sa réputation, m'a promis de devenir le bon et d'absorber l'autre.

Il m'apporte un article où il a si noblement parlé de notre Empereur que je tiens à vous l'envoyer. Vous connaissez si bien la corde sensible du journaliste que vous me pardonnerez cet envoi de nature à encourager ce pécheur, qui semble revenir.

Cet article, hier, a frappé beaucoup de monde.

Montrez-le au moins à Piétri, auquel j'avais expliqué, ainsi qu'à l'Emperour, les motifs qui m'avaient fait rendre la voie publique au journal.

II n'y a, bien entendu, que le passage relatif à l'Empereur que j'approuve dans l'article.

Excusez ma lettre, et tout à vous, de cœur.

Pinard.

Vous seriez bien aimable de m'envoyer un mot sur votre carte me disant si l'Empereur va bien, et si la souffrance d'hier a cessé.

Lettre à M. Conti, sénateur, chef du cabinet de l'Empereur.

(Personnelle.)

Paris, le ÔO janvier 1870.

Monsieur le Sénateur,

Je viens de me faire l'insigne honneur d'adresser quelques lettres à l'Empereur, en ]• joignant l'article ci-inclus.

Il entrera dans vos convenances, vos droits et devoirs, de placer sous lee yeux de Sa Jlajesté les paragraphes de mon travail que vous jugerez dignes de son aticnlion.

Je voudrais me tromper, oh ! oui je le voudrais ! mais je crains qu'avant peu, sur quelque terre d'exil, je n'aie la douleur de vous rappeler et l'article d'hier ^oir du Parlement et cette lettre...

Ce n'est pas le dépit de n'avoir pas ma part des places et des faveurs qui se distribuent, ce n'est même pas le chagrin de me voir privé de la moindre parcelle de cette justice qui est due à mes longues études politiques et à ma toute politique éducation.

Ce sont mes sentiments pour l'Empereur et ma reconnaissance plus grande que je ne devais le dire dans l'article la Chute de V Empire; ce sont ces sentiments qui m'ont mis la plume à la main.

Ne vous laissez pas dire. Monsieur le Sénateur, que ma ligne de conduite dans un journal que le public comble de ses faveurs embarrasse la marche du gouvernement. Personne, plus sincèrement et plus virilement que moi, ne soutient M. Emile OUivier et quelques-uns de ses collègues. Ce que j'embarrasse, ce que j'espère embarrasser de plus en plus, c'est la marche de la conspiration orléaniste.

Il est vrai que rarement je monte à la tribune dans une réunion publique (et j'y monte au moins trois fois par semaine) sans qu'un émissaire orléaniste ne soit là, flanqué de quelques irréconciliables, pour se rendre compte du mal que je pourrais faire, à la tribune du Corps légishilif, aux adversaires de l'Empire, pour se rendre compte aussi de la différence de mon talent de parole et de celui que le favori exclusif da Prince, M. Duvernols, prodigue à la tribune de la Chambre des représentants.

Il est vrai aussi que l'état-major orléaniste lit Le Parlement avec une attention qu'aux Tuileries on n'a pas le temps de lui accorder. Il est vrai, enfin, que le gouvernement impérial aide singulièrement les orléanistes à m'erapêcher de rendre quelques services à l'Empire.

Le ministre de l'intérieur, M. Chevandier de Valdrôme, m'a tout récemment exprimé de très-chauds remercîments à propos de l'attitude du Parlement en présence des événements qui ont suivi le malheur d'Auteuil. De leur côté, pendant une ou deux nuits, quelques troupes de naïfs émeutiers sont venus contempler les bureaux du Parlement.

J'ai attaché autant d'importance aux remercîments de M. Chevandier qu'à la démonstration des émeutiers. Ces derniers ne m'ont fait aucun bien, et tels (les collègues de M. Chevandier obtiennent déjà de lui de me faire du mal. C'est logique, c'est politique : je défends l'Empire contre Vorléanisme '. Entin ! Excusez, Monsieur le Sénateur, cette lettre trop longue et trop sincère; je jeTie me permettrai pas de vous importuner d'une seconde.

Je suis, avec le plus iîrofond respect, votre humble et dévoué serviteur,

Gregory Ganesco.

^ 98 — SlRE,

Je n'ai pas à craindre de troubler Votre Majesté dans ses impressions électorales.

Alors même que les résultats du scrutin n'eussent pas été satisfaisants, je sais que rien n'ébranlerait ce calme superbe où reposent la force et la sagesse de l'Empereur.

Permettez-moi donc, Sire, de vous donner, non au point de vue de mon humble personnalité, dont je n'aurai garde d'entretenir Votre Majesté, mais au point de vue politique, quelques explications sur ma candidature législative.

Du jour où, contrairement à mes attentes, le gouvernement présentait un candidat dans la troisième circonscription de Seine-et-Oise, j'ai compris qu'il fallait, ou retirer ma candidature, ou me résigner au rôle d'agent électoral.

Retirer ma candidature, c'eût été laisser le champ libre à MM. Portails et Say, qui épuisaient dans chaque commune le vocabulaire accusateur du libéralisme orléaniste, et à M. Peigné-Crémieux, qui prêchait des lieux communs révolutionnaires sous l'égide de Danton.

C'eût été encore infliger aux populations le spectacle d'une opposition haineuse accablant le présent et n'ayant personne en face d'elle pour lui rappeler le passé.

Me résigner au rôle d'agent électoral, c'était enterrer ma candidature, mais c'était faire vivre la candidature officielle; faire vivre cette dernière par l'impression que cent trente discours improvisés pendant dix-sept jours devaient laisser dans l'esprit des populations, par la vibration patriotique que l'âme populaire, si intimement attachée aux Napoléons, a ressentie devant un jeune homme qui, quoique en butte aux tracasseries des agents de l'administration, ne cédait pas un pouce de terrain aux partisans des dynasties déchues.

C'est ainsi que j'ai fortilié. Sire, les amis du gouvernement dans leur habitude à suivre le gouvernement dans ses choix, et que je me suis attiré toutes les haines des ennemis de l'Empire, en même temps que je m'exposais à toutes leurs manœuvres.

■l'étais devenu l'ennemi commun!

Vos ennemis, Sire, estimaient la veille même du scrutin que l'honorable M. Rendu n'aurait pas plus de 4,000 voix et que j'en aurais 10,000.

J'étais peut-être seul dans la circonscription de Pontoise à ne pas partager cette croyance.

Mais aujourd'hui je ne serai pas seul à penser que mon concours, le sacrifice de moi-même ont été utiles à la cause du pays et de l'Empereur.

Sire, toute une génération arrivée en silence s'éprend subitement de passion pour le tumulte. Pour une pareille situation, situation nouvelle, à larges et multiples proportions, Votre Majesté appréciera si ma plume et ma parole, mon dévouement et mon expérience des choses de la politique peuvent être de quelque utiiito.

•Je suis aux ordres de l'Empereur.

Je suis toujours. Sire, de Votre Majesté, l'humble, obéissant, dévoué et fidèle serviteur et sujet. Gregory Ganesco.

LE PEUFLR, Journal politique quotidien.

4fi, rue da Croissant, COMPTES DES DÉPENSES FAITES POCR L'ÉLECTION DE M. TERME.

A Vallée pour impressions 5,700 00

4,000 D»« du journal Paris , 600 00

6,000 no» du journal L'£poç?/e 1,800 00

20,000 nos du journal Le Pe«p/e 400 00

Affichage Bernard 1,300 00

— Lecrosnier . . n . „ . 800 00

— Albert 1,000 00

Dépenses faites, SOO 00

— MM. Rolland 20 00

— Bourcier . . , . 58 00

— Berthier 250 00

— Bertrix 153 00

— Puech 200 00

— Thienlot 204 00

— Favi'e 130 00

— Louis 15 00

Bauny 114 50

A Bourdon Floquet, bandes et distributions 243 23

Service fourni par les porteurs du Pe«p/c et autres 1,254 00

Total 14,721 75

Reçu les quatorze mille sept cent vingt et ud francs 75 ci-dessus.

Paris, 1« i juin 1869.

G. lïORAKGIS.

Monsieur Bertrix, qui figure pour 133 fr. sur ce rompte de dépenses, a écrit à la commission qu'à l'époque dont il s'agit, il était attaché a la comptabilité du journal Le Peuple^ et que ces 135 fr. lui ont été alloués pour frais de voitures et autres dépenses imposées par son administration, et non pour avoir rendu à M. Terme des services électoraux.

Miss Hovrard.

Miss Howard avait engagé sa fortune pour la réussite du coup d'État ; elle avait payé plusieurs fois les dettes du Priuce Louis-Kapoléon. En 1851, celui-ci avait des billets protestés chez Montant, changeur au Palais-Royal. Le 25 mars 1855, il remettait à miss Howard un premier à-compte de 1 million.

Lettre de M™« de Beauregard (miss Howard) donnant quittance de i million, en date du 25 mars 1853. CeKe lettre est en anglais; en voici la traduction française

Je reconnais, par la présente, avoir reçu de S. M. l'Erapereur Kapoîéûn III

la somme de 1 million de fniics en plein acquit et décharge comf^lètede tous mes droits et intérêts dans le domaine de Civila-Nova, dans la Marche d*Ancône (États du Pape).

E. H. DE Beadregard.

raris, f3 ni:irs 18S3.

Lettre k M. Mocquard. — Quittance d'une somme de 50,000 francs en date du 31 janvier 1854^. (Avec note de M. Ililocquard constatant que trois premiers payements de pareille somme ont été faits par M. Giles.)

Mon cher Mocquard,

Je reconnais avoir reçu jusqu'au !«' janvier 1854 la somme de cinquante mille francs que je vous ai chargé de touchée chaque mois.

E. U. DE Beauuegard.

Paris, SI janvier 1854.

Nota. — Le payement des 50,000 francs a commencé au !«■• juin 18o5. Les trois premiers ont été faits par M. Giles. (1)

Note des sommes payées par l'Empereur à miss Howard depuis le 24 mars 1855, jusqu'au 1er janvier 18oo.

Le total monte à 5,449,000 francs.

!«' janvier 1855. Payement des 58,000 francs. Donc le mois de novembre n'est pas compris.

.l'avais promis 5 millions plus les frais d'arrangement de Deauregard (2), que j'évaluais tout au plus à 500,000 francs. J'ai donné 1,000,000 le 24 mars 1855, suivant reçu.

— 1,500,000 le 31 janvier 1854.

— . 1,414,000 en rentes sur l'État.

— 585,000 en payements à 58,000 francs par mois à partir du

1" janvier 1855.

— 950,000 en payements de 60,000 francs, à partir du 1«- janvier

1853 jusqu'au 1« janvier 1855.

Autre lettre de miss Howard, pour se plaindre que les engagements pris envers elle n'ont pas encore été tenus. Cette lettre est du 24 juillet 1855.

Chiteau de Keauregard, U janvier 18Û5.

Mon très cher ami.

Nous sonynes aujourd'hui le 24 janvier, et je vois avec peine que les engagements pris envers moi ne sont pas accomplis [quand j'ai doute, j'ai blesse, il ne pas plus se douter]; en fait, j'ai cru et je crois encore que c'est une erreur, pourquoi me faire souffrir"? Si les choses doivent en être ainsi, j'aurais

11) Ce noto n'est pas de la main de niii>s Uowir4< (•) ^>rc puenthèseï rayé ; lltwari.

mieux fait de garder le.i six millions, au lieu de trois millions cinq cent mille francs qui devaient sur ma demande être payés au bout de l'année 1853, et c'était pour cela que j'ai prié l'Empereur de déchirer la première somme {deux millions cinq cent mille francs). Le cœur me saigne d'écrire ceci, et si mon contrat de mariage n'était pas fait comme il est, et si je n'avais pas un enfant, je ne ferais cette démarche, qui est devenue un devoir. Je compte sur vous pour faire fin à tant de souffrance. Le cœur de l'Empereur est trop bon pour laisser une femme, qu'il a aimé {sic) tendrement, dans une fausse position, et il ne voudrait pas être lui-même, — vous savez ma position, vous êtes mon tuteur, et c'est à double titre que je m'adresse à vous. Je me suis trompé (sic) l'autre jour en écrivant à Sa Majesté ; par une de ses lettres date mai, il dit : « Je donnerai à Giles demain papier pour les trois millions cinq cent mille francs. » Alors il né (sic) rien à faire que de calculer de 50,000 depuis le I*' juin 1853 la rente, et 50,000 depuis janvier jusqu'à octobre. Je prie Dieu qu'il n'en soit pas plus question d'argent entre moi et lui que à toute un autre sentiment dans mon cœiir. Je vous embrasse tendrement et vous aime de même.

Votre affectionnée,

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