VIL - STRASBOURG
Préfet à Intérieur. — Paris.
Strasbourg, le 8 août 1870, 41 h, matin.
Les Prussiens n'ont point passé le Rhin à Marckolsheim, près Schlestadt, comme le croyait le sous-préfet. Le blocus de Strasbourg paraît imminent. Toutes mesures sont prises pour mettre place en état de défense. Nous manquons de troupes pour le périmètre énorme des fortifications. Près de cinquante individus prussiens, espions, sont dans nos prisons.
Puis-je les évacuer sur l'intérieur?
Préfet Bas-Rhin à Impératrice régente.
Stratbourg, 9 août 1870, H b. 6m.«otr.
La situation de l'Alsace empire à chaque heure. Les protestants donnent la main aux Prussiens. La défense de Strasbourg est impossible avec quelques centaines d'hommes. J'ai fait le sacrifice de ma vie. Je supplie Votre Majesté
(1) u s'agit du directeur du télégraphe.
de nous envoyer des renforts qui rétabliraient la confiance et détruiraient les menées prussiennes.
Général commandant 6* division, à Guerre. — Paris.
Strasbourg, leH acût 1870, 8h. 55 m. «oir.
L'effectif de la garnison de Strasbourg se compose de 297 officiers des corps stationnés à Strasbourg; 123 officiers de la garde nationale mobile; 42 officiers isolés rentrés après la journée de Frœsdiwiller; 7,045 iiommes de troupes des corps stationnés à Strasbourg; 5,170 hommes de la garde nationale mobile; 1.598 hommes isolés rentrés après la bataille de Frœschwiller ; 730 chevaux des corps stationnés à Strasbourg; 408 chevaux rentrés avec les isolés. Je fais former des bataillons et des escadrons provisoires avec les isolés, dont un grand nombre sont entrés sans armes et sans équipement.
Préfet à Guerre, Intérieur. — Paris. — Général Douai commandai en chef Belfort, préfet. — Colmar.
Scblestadt, lelTaoùt 1870
Je reçois des renseignements certains que 100 hommes du génie coupent la canalisation deTIll, pour rejeter les eaux de l'Ill dans le Rhin et empêcher les eaux d'arriver autour de Strasbourg. Ces travaux se font à hauteur d'Erstein.
Sous-Préfet à Intérieur. — Paris.
Sclilcstadi, le 16août 1870, 9 h. IS m. matin.
Je reçois par voie secrète et sûre le télégramme suivant en chiffres, écrit par la main du préfet du Bas-Rhin :
« A Ministre intérieur. — Depuis jeudi soir nos communications télégraphi- « qucs et postales coupées de tous côtés. La défense de Strasbourg est bien K organisée; l'esprit de la troupe £t de la mobile est excellent; la (1).... est « divisée, néanmoins je ne cil^.is rien. Samedi soir deux canonnades ont eu « lieu de nos remparts contre des ennemis ; plusieurs tués ou blessés enne- « mis; personne atteint de notre côté. Hier reconnaissance vers banlieue; pas « de résistance sérieuse; ennemi attristé ; Te Deum solennel à la cathédrale « chanté par évêque et précédé de service funèbre pour soldats morts glo- « rieuseraent. Je ne quitte pas les remparts ; le canon continue à tonner. »
(1) Kot indécbiffrabU ; «aai deula population.
— 2G5 — Sous-Préfet à Guerre. — Paris.
Schlestadt, le 18 août 1870, 1 b.SS m.adlr.
Je reçois par un douanier dépêche cliiffrée du général Uhrich à votre adresse, donnée hier 8 heures soir à Strasbourg : « De nombreuses troupes passent « en vue de Strasbourg se dirigeant vers l'ouest et peut-être ensuite vers le « sud ; quelques obus nous ont été envoyés le 15 ; peu de dommages importe tants. «
* « Général Uhrich. »
Autour Schlestadt le corps cavalerie opère par Barr un mouvement sur les Vosges, et cherche à gagner val de Ville et route Steige. Je ne crois pas ces troupes en nombre très-considérable.
SouS'Prétet à Intérieur. — Paris. — A Commandant supérieur Beljort,
Schlestadt, le 2î août 1870, 12h.20m.soir.
Je suis informé que l'armée ennemie fait réquisitionner jusqu'à Barr toutes les pelles, pioches que l'on possède, et qu'elle a fait demander un certain nombre d'habitants par village jusqu'à Obernai pour aller faire tranchées de circonvallation autour Strasbourg. De notre côté reconnaissance ennemie arrivée jusqu'à Saint-Hippolyte. Baron de Cœhorn, ancien député, aurait été arrêté à Saint-Pierre.
Général Uhrich à Guerre. — Paris,
Schlestadt, le £-2 août 1870, 1 h. 35 m. soir.
L'ennemi me dit que l'armée impériale a été entièrement battue le 18 et m'offre de faire vérifiei* le fait par trois officiers qui recevraient un sauf-conduit; j'ai refusé, bien résolu à m'enterrer sous les ruines de la ville dont le commandement m'a été confié. J'ai une mauvaise garnison, mais beaucoup d'officiers énergiques Ce que des hommes de cœur peuvent faire, nous le ferons.
Guerre à Commandant supérieur. — Schlestadt.
Paris, le 22 août.
Faites passer au général Uhrich la dépêche chiffrée suivante, dès que vous le pourrez : « Le récit de l'ennemi est faux; le maréchal Bazaine a combattu ; « il a gardé ses positions, et les pertes des Prussiens sont telles, que le roi « les avoue dans le bulletin d'une prétendue victoire. Je vous remercie de « l'énergi* que vous imprimez autour de vous ; je n'attendais rien moins de
« votre patriotisme et de votre dévouement. Je compte sur vous, sur vos « troupes elsur ia population si patriotique de Strasbourg.»
Soîis-PréfetSûhîestadt à Ministres Intérieur, Guerre. — Paris.
Schlestadt, le 24aaùt 1S70, 3 h. S m. toir.
Récepfion oe matin de Strasbourg, Préfet, lettre personnelle dn 22 soir.
On attend bombardement sérieux très-prochain. Il m'écrit: « Nous sommes prêts et avons confiance en Dieu. » Ai fait (ftpêche chiûrée du ministre guerre et de vous; mais ligne ennemie est bien gardée.
Sous-Préfet à Guerre. ■ — Paris.
Scblestadtjle ÎjaofltiSTO, 6 h. 10 m. soir.
Dépêche télégraphique. Général Uhrich au "Miaistre de la guerre. — Paris.
« Bombardement sérieux commencé sur ville et citadelle; dégât considé- « rable, surtout à citadelle dont arsenal est brûlé; peu d'accidents dans gar- « nison, davantage pour habitants; esprit général satisfaisant; je quitte « citadelle : elle est bouleversée; grande partie des fusées brûlées dans « arsenal. »
SouS'Préfet à Intérieur. ■ — Paris.
Sctilestadt, le 25 août 1S70, 6 h. {{m. aoil.
Je reçois de Strasbourg dépêche suivante du préfet à Ministre Intérieur : « Le 15 août, à onze heures soir, canonnade ennemie sur la ville. Plusieurs « maisons atteintes; 19, de 9 à minuit, nouvelle canonnade qui incendie sept a grandes maisons du faubourg National; le 20, à 7 heures du matin, canon- « nade recommence, tuant cinq enfants dans une maison; soir, le bombar- « dément régulier a commencé; il continue sans trêve; l'ennemi tire sur la « ville sans égard pour les habitants inoffensifs ; ceux-ci montrent un grand « patriotisme ; nous espérons secours gouvernemental, a
Guerre à Commandant de place. — Schlestadt.
Paris, leS6 aoAt 4870,3 b. BOm.Mtr.
Continuez à me donner des renseignements. Je n'ai aucun ordre à donner au général Uhrich; faites-lui parvenir, s'il se peut, ce qui suit: « Je compte « sur le patriotique service de la population de Strasbourg «t sur votre
« énergie ; vons savez que les Prussiens commencent toujours par tin bom* <i barderaent, espérant démoraliser la ville ; ce n'est qu'après cette tentative « qae commence un siège en règle, dont la place souffre uniquement. » Je reçois la seconde dépêche 'du général Uhrich; je vous envoie de BesançOQ quelque chose qui hri est 'destiné. Arrangez-vous entre vous.
Sous-Préfet Schlestadt à Guerre, IntJrieur. — Paris. — Général commandant Belfort.
Schlestadt, te 27 aoCU 4870, 4 b. 20 m. «.
Un homme sûr, porteur d'une dépêche chiffrée qui vient d'être adressée à Guerre, est porteur d'une autre dépêche écrite pour général Douay, Belfort. Elle porte ce qui suit : a Strasbourg est perdu si vous ne venez immédiatemeiii « à son secours; faire ce que vous pourrez. — Général Uhrich. » Le général Douay étant pas à Belfort, je crois devoir vous envoyer cette communication. Le porteur a ordre d'aller jusqu'à Belfort.
Général commandant à Guerre. — Paris.
Belfort, le 27 août 1S70, « b. VI m. soir.
Général Uhrich m'envoie ce malin un exprès parti de Strasbourg jeudi, pour demander des nouvelles et dire que la ville a souffert du bombardement. Les bâtiments de la citadelle, de l'arsenal, le moulin, la bibliothèque, le musée ont été incendiés; les bombes ont fait des dégâts dans toutes les rues. Garnison bien disposée; vivres, munitions ne manquent pas; remparts intacts. Il demande qu'on expédie de Besançon fusées à Schlestadt, où il tâchera de les faire prendre. J'ai télégraphié à Besançon.
Sous-Préfet à Guerre. — Paris.
Scbcicstadï, !e 27 août 1670, 3 b. 40 m. toii.
Je reçois du préfet du Bas-Bhin, par voie sûre, dépêche suivante ;
<r Général Uhrich à ministre de la guerre. Paris. — Dégâts énormes à 0 Strasbourg. Citadelle presque rasée. Situation des plus critiques. Besoin a secours prompts. Ferons tout le possible. On redoute l'affolement de la « population. »
Guerre à Commandant supérieur Belfort, à Commandant supérieur
Schlestadt.
Paris, le 9 août 1S70, 7 h. 2i> m. soir.
Faites passer au général Uhrich, le plus promptement possible, le télégramme
chiffré ci-après: « Tenez le plus longtemps possible;une bataille vers Metz est « imminente, et on a tout lieu d'espérer un heureux résultat. Comme dernière « ressource, la garnison doit exécuter un coup d'audace ; elle pourrait peut- « être pendant la nuit franchir le Rhin et se jeter dans le pays de Bade, où il <i ne se trouve que fort peu d'ennemis, et repasser le Rhin plus haut (1). >»
Soîis-?réfet à Guerre, lutcrieiir. — Paris. — Préfet Colmar.
Schlestadt, le 30 aoCit 1870, 7 h. matm.
Cette nuit rien aperçu du côté Strasbourg ; à peine quelques feux. On dit que évèque a demandé et obtenu suspension armes pour enterrer morts : cela sous toutes réserves.
Préfet à Guerre. — Paris.
Scblcstadt, le SO août 1870, 10 b. 51 m. raatiD.
Je reçois par voie liabituel'e et ordiiîairement sûre la dépêche suivante : la comparaison du fac-similé et de l'écriture et des chiffres avec dépêches antérieures paraît garantir authenticité; elle était sous enveloppe portant un mot écriture du préfet :
« Général Uhrich au Ministre de la guerre, Paris. — Bombardement con- « stant depuis G jours. Incendies et décombres. Dans Strasbourg, nombreuse « population sans domicile et sans vivres ; devient inquiétante. Cathédrale « très-endommagée. Citadelle entièrement brûlée; travaux d'approche com- « mencés. Le régiment formé avec les débris de Frœschwiller très-démora- « Usé. Situation très-grave. »
Général Uhrich à Guerre. — Paris.
Scblestadt, le !«• scpt;mbre ISTO, 10 h. 30 m. matin.
Continuation du bombardement nuit et jour. Incendie, démolitions. 40 à 50 soldats tués ou blessés chaque jour. Parmi les habitants, grande misère dans les basses classes. Santé publique commence à s'altérer. Nous tiendrons. — 30 août.
Guerre à Sous-Préfet. — Schlestadt.
Paris, le S septembre 1870, * h. 20 m, toit.
Tâchez de faire p::rvonir au général Uhrich, la dépêche suivante :
« Il est de la plus haute importance que Strasbourg tienne. Je compte sur
(1) Le Journal officiel du 5 octobre a iniéré la réponie du ginéral Uhiich ^ celte dépèche. Le générai tegardait, bien entendu, le conseil du Ministre de la guerre comme une extravagance.
» VOUS, sur les autorités civiles et population de Strasbourg. Défiez-vous de« » faux bruits qui pourraient vous venir de l'autre côté du Rhin. »
Maire à Guerre. — Parts.
S»inte-M«rie, le S septembre 1870, i h. 30 m. «cir.
Dans quelques jours, Strasbourg ne sera plus qu'un monceau de ruines. Schlestadt, qui vient d'être investi, subira sans doute le même sort. N'avonsnous donc personne pour venir au secours de notre malheureuse Alsace?
XCIY.
Rapports plébiscitaires.
Le MiBistre de la Justice nous a communiqué les rapports envoyés au garde des sceaux par tous les procureurs généraux de France à l'occasion du plébiscite. Ces documents étaient malheureusement trop volumineux pour trouver place en entier dans notre publication, nous avoûs dû nous borner à de courts extraits.
Riom, le S mai 4870.
Monsieur le Garde des sceaux,
Clermont-Ferrand. — Dans mon rapport d'hier, j'annonçais que l'on s'attendait à une manifestation républicaine dont le chant de la Marseillaise serait le signal au théâtre. Ces désordres n'ont pas eu lieu, et la soirée s'est passée très-tranquilleraent.
Mon substitut me mande aussi que, bien que Clermont ne soit pas le centre de grandes industries, et que rien n'y fasse soupçonner la présence d'agents de l'Internationale, cependant, à raison des opinions avancées de quelques personnes, il s'est concerté avec M. le Directeur de la poste, qui doit trèssecrètement lui montrer toutes les lettres adressées de la Belgique ou de l'Angleterre. Si, parmi ces dépêches, il en est qui paraissent présenter un caractère politique, ce qu'il • sera facile de savoir par le nom du destinataire, M. le Procureur impérial procédera officiellement. « •••
Je suis, etc.
Le Procureur général.,
Ch. SOUEF.
Monsieur le Garde des Sceaux,
Tooloaie, le ti avril 187t.
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que les instructions qu'Ella a bien voulu me donner à l'occasion du prochain plébiscite ont reçu en ce moment 'eur entière exécution. J'ai appelé à Toulouse tous les chefs du ressort; je leur ai transmis les ordres que j'avais reçus et le discours par lequel Voire Excellence a clôturé la discussion au Sénat. Les ayant éclairés d'avance sur les inienlions du gouvernement, je n'ai eu que quelques points à préciser et des indications particulières à donner à quelques-uns d'entre eux. Dès ce soir ils vont se mettre en communications directes et suivies avec leurs juges de paix, plusieurs d'entre eux l'ont déjà fait; ils transmettront à ces magistrats les vues générales du gouvernement, les informeront qu'ils sont autorisés h prendre part aux travaux des conseils plébiscitaires, et ils ne négligcronr rien pour exciter leur zèle et l'élever à la hauteur des circonstances.
J'ai déjà constaté l'utilité de ces communications. Sur quelques points les juges de paix hésitaient; ils.craignaient de se compromettre vis-à-vis de l'op- |iosition et d'être abandonnés par le gouvernement. Sur d'autres points, ils avaient pris d'eux-mêmes une énepgique initiative ; mes substituts régulariseront leur action, les dirigeront par leurs conseils et les soutiendront par la fermeté de leur attitude.
Le Procureur général, Léo Dupré.
Monsieur le Garde des Sceaux,
Toalouse, 6 mti 4870.
Dans l'Ariége, le plébiscite est fortement attaqué à Pamiers et dans quelques cantons de cet arrondissement; il est en progrès dans les arrondissements de Foix et de Saint-Girons.
Les conservateurs de ce département se sont abandonnés eux-mêmes. II n'y A eu que neuf assis! ants à la réunion des conseils de département et d'arrondissement qui avaient été convoqués à Foix dimanche dernier. M. Gauban- Dumont, qui présidait la réunion, a vainement insisté pour qu'un appel énergique fût adressé aux électeurs par leurs mandataires : l'abstention a prévalu. Tout serait compromis dans ce pays si la magistrature et l'administration n'avaient pas imprimé au mouvement plébiscitaire une impulsion énergique. En me rendant compte des hésitations des conseillers généraux et d'arrondissement, mon substitut de Foix ajoute : Et ces gcns-là demandent la, décenlralisalion; ils se laisseraient égorger comme des moulons.
Haute-Garonne. — On me signale de divers côtés la remarquable inertie des fonctionnaires et la neutralité trop apparente de quelques magistrats. Le vole sera bon partout ailleurs qu'en ville et, à Toulouse même, on peut
supposer que bien des gens qui refusent leur adhésion au plébiscite ne lui refuseront pas leur vote. Toutes les oppositions sont en force et de mode à Toulouse ; on n'ose pas les heurter de front, ou s'y mêle même par tempérament ; mais, parmi ces frondeurs, il en est plus d'un qui fera à la peur la concession d'un vote silencieux. . . .
Le Procureur général, Léo DupRÉ.
Monsieur le Garde des sceaux:,
Agen, le 21 avril {870.
Plusieurs de MX!, les députés du ressort se sont rendus dans leurs circonscriptions. La présence et les démarches de ceux qui ont été le plus vivement combattus aux dernières élections pourraient avoir l'inconvénient de ranimer des rivalités ou des antipathies, et d^ produire des résultats contraires à leur but de servir la cause de l'Empereur. Telle est l'impression produite, me disait le procureur impérial de Mirande, par l'arrivée de M. Granier de Cassagnac. Heureusement que la population de cet arrondissement est trop sage, trop éclairée et tr^p conservatrice pour confondre la cause du gouvernement de l'Empereur avec celle de l'ancien candidat officiel, si vivement repoussé par l'opinion publique. . . .
Le tiocu. r.ir yé.iéral.
De Vaulx.
AgeD, ie S mai 1870.
Monsieur le Garde des sceaux.
Il est de mon devoir de signaler à Votre Excellence un article de L'Indépendant du Lot, publié à la troisième page, et intitulé : Un Coup de théâtre.
L'auteur de cet article insinue que le complot contre la vie de l'Empereur n'est qu'oeuvre de police et manœuvre électorale.
Conformément aux instructions de Votre Excellence, je n'aurais pas hésitéà poursuivre cet article pour fausse nouvelle, si je n'avais acquis la certitude que des poursuites produiraient, dans celte circonstance, W ITet le plus déplorable.
L'article incriminé est resté sans effet; les poursuites, au contraire, lui donneraient un retentissement fâcheux; elles ne produiraient que du mal.
Tel est aussi l'avis du procureur impérial : « Il y aurait une condamnation, « m'écrit-il; mais je n'hésite pas à déclarer que l'effet des poursuites serait « détestable et le résultat des plus fâcheux. » Hier au soir, mon substitut m'avait indiqué le même avis par le télégraphe. Il exprime ainsi le sentiment des personnes les mieux en position de bien juger la question.
Il est regrettable qu'un journal qui passe pour recevoir des inspirations de M. Calmon, et qui, depuis le 2 janvier, appuyait la politique du gouvernement, se laisse entraîner par la passion à une semblable polémique. De sages
conseils pourraient sans doute le ramener dans une voie plus juste et plus patriotique.
Quoi qu'il en soit, j'ai pensé que, dans celte circonstance, il était plus sage et plus prudent de s'abstenir de poursuivre.
Je suis avec respect. Monsieur le Garde des sceaux, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur.
Le Procureur général,
P. DE VaULX.
Pao, le S8 avril 1870.
Monsieur le Garde des sceaux,
Le 26 courant, j'ai eu l'honneur d'adresser 5 la chancellerie un exposé sommaire de la situation. Votre Excellence désire savoir si les instructions qu'Elie m'a données ont été bien comprises et scrupuleusement suivies. Je vais donc lui rendre un compte plus précis et plus détaillé de ce qui a été fait dans le ressort de Pau.
1» J'ai vu tous mes substituts, et, après leur avoir transmis les instructions de la chancellerie, je leur ai demandé en votre nom le concours le plus dévoué, l'activité la plus grande.
2» Les procureurs impériaux ont vu tous les juges de paix, les suppléants, les notaires et tous les officiers ministériels dont ils pouvaient espérer le concours, et les ont priés instamment de former des comités sur tous les points où cela serait possible ou utile.
3° Pendant la période plébiscitaire, les juges de paix doivent visiter deux fois toutes les communes de leur canton, et porter plus spécialement leurs efforts sur les points où des maires peu intelligents n'auraient point sur leurs administrés l'influence désirable. Ils doivent se mettre en rapport avec les principaux propriétaires, expliquer à tous le sens et l'importance du vote, solliciter le concours de tous les bons citoyens pour diminuer le nombre des abstentions. Ils doivent enfin indiquer aux procureurs impériaux les communes où il pourrait, à raison des distances, être utile de former plusieurs sections.
A° Chaque trois jours, et plus souvent, si c'est utile, les juges de paix transmettront aux procureurs impériaux un rapport détaillé sur ce qu'ils auront vu et sur ce qu'ils auront fait dans chaque commune. ?•••••.•.••.,••••••»
Je suis avec respect, etc.
Le Procureur général, Fadre.
Pau, le i 7 mailSTO,
Monsieur le Garde des sceaux,
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que j'avais ordonné des poursuites contre le Journal de Lourdes, qui avait publié sans timbre ni caution-
nement des articles politiques ; j'avais pris cette détermination après avoir vu les contraventions de celte nature relevées par le journal Le Béarnais, organe de M. Gustave Fould, qui annonçait en même temps que ce dernier se proposait, après l'ouverture des Chambres, d'interpeller le ministère à ce sujet.
Le gérant du Journal de Lourdes, appelé devant le juge d'instruction, a produit, pour sa justification, une lettre de M. le sous-préfet d'Argelès l'invitant à publier en tête de son plus prochain numéro, avec les proclamations qui ont précédé le plébiscite, le rapport que Votre Excellence a adressé à Sa Majesté sur le complot, ainsi que les pièces qui l'accompagnaient. Le gérant se serait alors cru autorisé, pendant la période plébiscitaire, à traiter de son chef les questions politiques qui s'y rattachaient et à développer ainsi les insertions officielles qu'il avait faites.
Dans ces circonstances, avant de faire prendre à mon substitut de Lourdes ses réquisitions délinitives, j'ai cru devoir consulter Votre Excellence sur la
suite qu'il convient de donner à cette affaire
Le procureur général, Fadre.
Note très-confidentielle au sujet de ce qui se passe dans l'arrondissement
de Vendôme (1).
Les maires, sans instructions de l'autorité administrative et non convoqués par elle, n'ont conféré encore qu'avec les juges de paix. Us ne comprennent pas la situation qui leur est faite. Ils se montreraient très-perplexes et hésitants.
Nancy, le 1" mai IS'O.
Monsieur le Garde des sceaux,
Les juges de paix ont à combattre des difficultés de plus d'un
genre.
La première, c'est que les cultivateurs sont en ce moment très-occupés de leurs travaux agricoles. Ils passent la journée dans leurs champs, cherchant à réparer par leur activité le temps que la persistance du froid leur a fait perdre. On a grand'peine à les joindre, et, quand ils rentrent chez eux le soir, ils sont fort peu disposés à s'occuper de politique. La question du plébiscite ne naitra réellement pour eux qu'aujourd'hui, grâce au repos du dimanche, qui leur aura permis de s'entendre.
En second lieu, il ne faut pas se dissimuler que le plébiscite est froidement accueilli.
Dans la classe moyenne, il rencontre de nombreuses objections inspirées, soitpar l'esprit de parti, soit par les mécontentements individuels. Ces critiques,
('.) Gi'ttonote était annexée h un rapport adressé h M. Emile Ollivier en daU du 28 avril 1876, par le procureur général d'Orléans, M. Tenaille d'Lglais.
empruntées aux journaux, portent généralement sur l'inutilité ou le défaut (l'opportunité du plébiscite, sur le maintien de l'article 15 et le caractère autoritaire du droit réservé à l'Empereur, etc. Je crois inutile de répéter ces griefs, qui sont aujourd'hui imprimés et répétés partout.
Dans la classe inférieure et spécialement dans la campagne, le plébiscite se heurte à l'ignorance du plus grand nombre. A la différence des luttes électorales qui soulèvent des questions de personnes, où les plus indifférents prennent parti, le plébiscite n'est pour les cultivateurs qu'une abstraction, dont le sens échappe à leur intelligence et dont on parvient difficilement à leur faire saisir l'imporlance. Cependant ils se montrent attentifs et dévoués dès quon leur explique l'effet que doit avoir le vote pour la stabilité de l'Empire et le maintien de la tranquillité publique. . .
Le Procureur général ^
ÎZOARjP.
Lettres de Joséphine Bonaparte au citoyen Botot, secrétaire de Barras (1).
Bonaparte est arrivé cette nuit ; je vous prie, mon cher Boto*, de témoigner mes regrets à Barras de ne pouvoir pas aller dîner chez lui (2); dites-lui de ne point m'oublier. Vous connaissez mieux que personne, mon cher Botot, ma position.
Adieu. Amitié sincère.
LaPAGERIE BONAPAIITE.
Au ciioycn Botot, secrétaire du directeur Barras, aa Luxembourg.
(1^ Ces deux lettres ont été, au mois d'avril dernier, envoyées h l'Empereur par le fill même de M. Eotol, ainsi que le prouve la lettre suivante, qu'il a adressée b M. Conti :
c Monsieur le Sénateur,
< Conformément il votre lettre du 13 avril courant, J'ai l'honneur de mettre sous ce pli, k \otre adresse, « neuf pièces, au nombre desquelles se trouvent les lettres de la main de S. M. riinpératriee Joséphine i « M. Colot, mon père.
« Permettez-moi, Monsieur le Sénateur, de saisir avec empressement cette occasion pour voua remercier, « du fond de mon cœur, de toute votre bienveillance.
« Veuillez agréer, Monsieur le Sénateur, l'assurance de ma profonde reconnaiasance, avec rbummagc dci a sentiments les plus respectueux de votre ti'èj-humblc et très-dévoué.
c BoTOT.
t Hue de Lille, 9.
« Paris, 20 avril 1870. »
[i] Il s'a|:il prnhnblemeut de l'arrirréa soudaine il l'an: de Boiiaportr, revenant de la u)Dii>:igni d'Italia, lek décembre 179J.
Ce iZ floréal an vi (42 mai 4798).
J'ai «-crit avant-hier, citoyen, au directeur Barras pour lui demander une lettre de recommandation auprès du ministre de la marine (1) pour mon mari. Il l'attend avec impatience pour se présenter chez lui. Je vous prie en grâce de me rendre le service de lui en parler. Ma nièce m'a chargée de remplir une dette sacrée : il lui en a bien coûté de partir sans l'avoir acquittée. Je ne désire que d'avoir la facilité de remplir ses intentions. Une lettre du directeur qui dise simplement qu'il prend intérêt à nous est tout ce qu'il nous faut.
Salut cl meilleure santé.
Lapagerie Beauharnais.
Kao Saiiit-UoDOrc, vis-à-vis la caserne des greaadier6 de là Couveation.
Au citoyen Botot, au Dir«ctoîre, h Paris.
XCYl.
Prêt de cinq cent mille francs fait par le maréchal Narvaez à. Louis-Napoléon, président de la République.
ÊIysée-NatioiiaI,!e26avril 18S1 (i).
Je reconnais avoir reçu aujourd'hui de M. le maréchal duc de Valence la somme de cinq cent mille francs, que je lui rembourserai avec intérêts de cinq pour cent l'an, payables par semestre, dans un délai de cinq ans, et par cinquième d'année en année, si je n'ai pu la lui rembourser plus tôt.
Louis-Napoléon Bonaparte.
Paris, le 2 juin 18j2.-
J'ai reçu de M. Bure, intendant général de la maison du Prince Président de la République, la somme de cinq cent mille francs en un mandat de virement sur la Banque, de fr. 300,000, et deux bons sur sa caisse defr. 100,000 chacun, payables, l'un au i" juillet prochain, l'autre au 1'' août suivant; ladite somme de 500,000 francs destinée à M. le maréchal de Valence, dont
(t) Biuix, qui occupait le ministère depdis le 28 avril. L'impatience de Bonaparte était concevable, car il allait partir pour Toulon oii il devait prendre le commandement de l'expédition d'Egypte, qui mit il la «oile le 19 mai.
(2) Trois mois auparavant, le marécbal Narvaez était encore chef du ministère espagnol, qu'il dirigeait dering le 21 octobro 184U. — La somuie, comme ou le voit, lui fut rombouraée six mois apicc le coup d'étui.
il recevra très-prochainomcnl la quittance en échange du présent reçu.
J. DE GniMOLDI.
Notes sur les préfets de la République (i)^
Préfets à révoquer.
(Un oslérlsqne indique les révocations urgentes et iiiili.'pi-nsaljlfj t faire.
Dépercy (Vosjres). — Ancien commissai"o du Gouvernement provisoire, ancien cavaignaquiste des plus prononcés, aujourd'hui ultra-napoléonien. Il n'a dans son déparlement ni force, ni considération, ni influence. La nature de son esprit et de sa personne, très-vulgaire, explique celte situation, que complique encore un intérieur déplorable» M., Dépercy a épousé sa domestique, et c'est là pour un préfet un embarras capital. Il serait cependant injuste de ne pas tenir compte à M. Dépercy des efforts qu'il a farts depuis le 10 décembre et de la franchise avec laqu ;lle il a rompu avec ses anciens amis, qu'il n'a pas hésité à combattre à outrance; mais c'est dans un tout autre poste que celui de préfet qu'il y a li d'utiliser son intelligence et son activité.
* Jaubert (Landes). — Administrateur inc pable, manquant de tact, d'habileté, de jugement et de sens politique, a contre lui l'anlipathie de tout son déparieiiient; son caractère cassant et trac:issier, loin de railleries hommes dissidents, divise les populations et crée au pouvoir des ennemis dans les lieux où il n'y en a réellement pas. Sa sit ation est devenue impossible dans les Landes. C'est, du reste, un homme tr p âgé pour qu'on puisse attendre de lui des services, et qu'il importe, à tous égards, de mettre à ta retraite.
* Fournier (Basses-Pyrénées). — Caractère grossier, manières cassantes qui ont éloigné de lui tous les fonctionnaires et les hoi mes du monde. Son dévouement est problématique : il a su se faire ménager de Ledru-Rollin. Intelligence et capacité des plus médiocres, sens politique nul, crainte continuelle de se compromettre. Sa situation dans son département es mauvaise, et il y a tout lieu de penser qu'elle ne serait pas meilleure dans une autre préfecture. Il n'y a aucun service réel à attendre de lui.
* Berger (Indre). — Dévoué, mais incapable; sans intelligence, sans expérience administrative. I! n'a su gagner ni la confiance ni la sympathie de ses administî'és. 11 n'a point d'entourage. Caractère violent, manières cassantes,
(l) <'e5 notes, dont nous ne coniinissons point l'auteur, ont été rédigées entre le mois de juillet »l U mois (l'oifobre 18ÏÏ2, ainsi que le prouvent certaines particularités qui y sont mentionnées. La pièce peni «Q tète : Minislért de la jwUce giinéraU,
manque de tact et aliénant au Gouvernement, par sa maladresse et son ini\apacité, les hommes qui ne demanderaient pas mieux que de se rallier. Il n'a, à aucun point de vue, l'étoffe d'un préfet.
D'Ornano (Yonne). — Dévoué, formes douces et bienveillantes, accès facile. On dit de lui que c'est un bon garçon, mais ne se doutant pas de ce que c'est que l'administration ; manquant de tact, d'expérience, et ne paraissant pas susceptible d'en acquérir. Il n'a dans son déparlement aucune consistance ; il y a même une situation déplorable, et tout en lui est de nature à faire penser qu'il ne réussirait pas mieux dans un autre déparlement. C'est un homme apte à tout autre chose qu'à l'administration.
Préfets à changer.
(Un astérisque indique les changements urgents et indispensaUes & faite.)
* De Saulxure (Ardèche). — Nature médiocre et vulgaire ; s'est créé, par ses maladresses et ses manques de tact, une situation qu'il y a pour le Gouvernement inconvénient à pi'olonger dans l'Ardèche.
* Didier (Ariége). — Ne manque pas d'intelligence, mais bien d'expérience administrative. Ses habitudes sont trop peu laborieuses. Aussi la direction administrative de l'Ariége incombe-t-elle en grande partie au secrétaire général, des sentiments duquel je ne serais pas disposé à faire l'éloge. M. Didier a les plus regrettables embarras de fortune; depuis qu'il est dans l'administration, ses appointements ont été souvent saisis. Ces fâcheux incidents ont entamé sa situation et lui ont enlevé le prestige qui doit entourer un administrateur. Je ne crois pas qu'il ait réussi dans l'Ariége, où il est fort isolé et où la prolongation de sa présence pourrait créer au Gouvernement des embarras sérieux. En envoyant M. Didier dans un autre département, il serait très-important d'exiger de lui qu'il réglût ses affaires de fortune, ou qu'il se mît du moins à l'abri des poursuites de ses créanciers.
* Petit de Bantel (Aube). — Intelligent, administrateur expérimenté, d'un accès facile et ayant les meilleures intentions. A fait néanmoins, et dans ces derniers temps notamment, complètement fausse route dans son département, et s'y est créé une situation qu'il n'est ni de l'intérêt du Gouvernement ni du sien de continuer. Il peut rendre de très-bons services dans une préfecture importante.
De Suleau (Bouches-du-Rhône). — Intelligence supérieure ; loyales intentions de dévouement; intelligence et expérience administratives supérieures ; situation très-compromise par ses embarras matériels, et servant, par ses affinités légitimistes, de point d'appui à ce parti. M. de Suleau serait un excellent conseiller d'État.
Rivière (Charente). — Dévouement équivoque, administrateur intelligent et laborieux. Mauvaise situation dans son département.
Briant (Charente-Inférieure). — Dévouement sincère, mais préfet de la vieille é<iole ; intelligent, mais sans grande capacité administrative. Il manque d'habileté, laisse prendre trop d'empire dans son administration à son con-
spil {Je préfccUir*», qui en abuse et compromet la siliiation du préfet. L'inlliience qu'il :i laissé prendre sur lui par des coleriês peu sympathiques au rriuoe font vivement désirer, dant l'intérêt du Gouvernement, qu'il soit tmoyé dans une autre préfecture.
De Calvimont (Dordogne). — Situation Ircs-diverscment appréciée; dévouement mis en doute et que je serais disposé à croire sincère aujourd'hui. Ne manquant pas d'intelligence ni de valeur administrative. Il a le grand tort pour le département d'être du pays; a contre lui des animosités violentes, les unes fondées, les autres injustes; il a certainement dea fautes à se reprocher, mais pas assez graves cependant pour lui valoir une disgrâce. Le parti le plus indiqué est celui d'un changement, sans préjudice pour ses intérêts.
De Lapeyroiise (Doubs). — Dévouement absolu, mais qui n'est servi ni par rintclligencs, ni par le tact, ni par rex|)érience des hommes et des choses. C'est malheureusement cette dernière opinion qu'on a de lui dans son département, où il n'a par conséquent ni prestige ni autorité.
M'* de Sainte-Croix (Eure). — Dévoué: son altitude, au 2 décembre, a été énergique et résolue, comme l'est son caractère lui-même ; mais il a le défaut de cette qualité: il apporte quelquefois de la violence dans son administralion. Les gens de désordre le craignent, les gens d'oidre ont confiance on lui, mais il n'a pas les synii)athi('s. Intelligent et capable, il n'a pas su prendre cependant une bonne sllu^ition dans son département, où ses habitudes tranchantes ont excité un mécontentement général, et éloigné de lui des hommes dont il aurait pu tirer parti.
Chambaron (Loir-et-Cher). — Nature vulgaire, ne manquant pas ceitendant d'une certaine intelligence et faisant de consciencieux clforts pour répondre à la confiance du Gouvernement. Il pèche par manque de tact, d'expérience, d'élévation dans l'esprit, et par une roideur qui lui a créé dans son département des antipathies assez nombreuses. M. Chambaron n'était pas fait pour être préfet.
* De Sivry (Meurthe). — Dévouement complet, intentions pleines de droiture et de loyauté ; certaine valeur administrative, mais nature trop ardente, péchant par excès de zèle, voyant partout des ennemis du Gouvernement, et s'étant créé dans son déparlement une situation si fausse, qu'il est grande -
I ment de l'intérêt du Gouvernement et du sien de l'y soustraire. M. de Sivry
' peut rendre des services dans un département calme ; il paraîtrait sévère
pour lui d'en arriver à une révocation, qui aurait d'ailleurs dus le département
le fikheux effet de donner satisfaction pleine et entière aux ennemis du
Gouvernement.
j Malher (Moselle). — Dévoué, mais timide ; peu intelligent, peu capable, se
f perdant dans les détails de l'administration, el laissant de côté les questions
politiques. Très-parcimonieux et ne représentant pas l'autorité d'une manière
suffisante, à aucun point de vue, dans un département aussi important que
celui de la Moselle.
* Petit de la Fosse (Nièvre).— Nature assez vulgaire: se conduit comme un homme dévoué; ne manque pas de mérite administratif. Ses habitudes sont K
un peu p.ircijiioniouses ; il esl usé dans son département, il le reconnaît luimême, et il serait à désirer qu'il pùl être appelé à une autre préfecture, dans laquelle je le crois très-apte à rendre de bons services au Gouvernement. M désire être placé dans les environs de Paris, et il n'y a rien que de très-légitime dans sa prétention, qu'il serait à désirer qu'on pût satisfaire.
* De Crèvecœur (Puy-de-Dôme). — Il est de l'ancienne école préfectorale ; il a de l'expérience administrative, un bonne valeur d'intelligence. Je le crois orléaniste au fond, mais assez fraiiciiement rallié aux Prince. Il a agi sans hésitation et avec résolution au 2 décembre. Ce serait lui rendre service que de l'envoyer dans un autre déparlement, où il pourrait prendre une attitude plus napoléonienne que celle qu'il a dans le, Puy-de-Dôme, où il sert involontairement de point d'appui aux partis monarctiiques.
West (Bas-Rhin). — Capable, iniellit;ent;je ne répondrais pas de son dévouement. Énergique : a fait preuve de courage lors des inondations du Rhin. Caractère roide, inquiet etalticr, et qui le rend antipathique. D'une parcimonie exagérée. Atteint d'une maladie du laiynx qui ne lui permet pas toujours de vaquer aux exigences du service. Plus préoccupé de sa situation personnelle que des intérêts du Gouvernement, il n'a eu en vue, dans les dernières élections départementales, que de faire entrer au conseil général des hommes qui lui fussent personnellement dévoués. La maïuaisc influence du sieur Hudcz, exijotaire, rédacteur de L'Alsacien, homme peu honorable, a pesé en cette circonstance sur les déterminations du préfet, dont la situation est aujourd'hui fort diffii'ile. En somme, situation mauvaise dans son département, où le Gouvernement aurait tout à gagner à placer un autre administrateur.
* De Magnitot (Seine-et-Marne). — Intelligent et ayant une certaine expérience administrative. La roideur de ses manières et l'isolement dans lequel il s'est placé lui ont créé des antipathies nombreuses. Il a manqué de tact en beaucoup de circonstances ; n'a pas su comprendre l'esprit de son département et s'y est fait une situation qui, si elle se prolongeait, serait de nature à créer au Gouvernement des ennemis. M. de Sîagnitotest cependant un homme dont on peut utiliser la valeur dans un autre département.
B"" Jeannin (Vienne). — Nature ordinaire, manquant de netteté dans son administration comme dans sa politique, malgré son dévouement, que je crois îincère: luanque de tact et d'alïabilité, et s'est créé par ce double défaut des antipathies nombreuses. Sa vie privée, qui laisse beaucoup à désirer comme moralité, est dans son département l'objet d'une appréciation sévère. La position de M. Jeannin est mauvaise dans la Vienne; il y a tout intérêt, pour lui et le Gouvernement, à l'envoyer dans un autre département.
Haussmann (Gironde). — M. Ilaussmann est un administrateur intelligent et capable, et d'un dévouement loyal au Chef de l'État; mais la rudesse de ses formes le rend peu sympathique. Il a été successivement, dans le même département de la Gironde, conseiller de préfecture, sous-préfet ei préfet : c'est évidemment un inconvénient. Il s'est marié dans le pays ; quelques difficultés lui viennent encore de là : il a eu, dans le département, des affaires d'argent très-fàcheuses, qui ont atteint sa considération. M. Haussmann est
l'homme de M. Lagrange, qui est on ne peut plus impopulaire dans la Gironde. Le préfet participe de cette même impopularité ; il ne fait point d'amis au Prince, et est au contraire un obstacle pour bien des gens qui veulent s'allier au Gouvernement. C'est, en somme, une situation mauvaise, je n'hésite pas à l'affirmer, quoique je sache l'opinion contraire soutenue avec vivacité. Je ne doute pas que tôt ou tard on ne reconnaisse la nécessité de donner à M. Haussmann la direction d'un autre département. Si M. de Suleau quittait Marseille, M. Haussmann serait un successeur bien choisi, et on le remplacerait trèsavantageusement à Bordeaux par un homme aimé, M. Dubessey, par exemple.
Vrêfets dont la situation ne paraît comporter encore aujourd'hui ni changement ni révocation, mais que l'une ou l'autre de ces deux nécessités ne tardera pas à atteindre.
Rogniat (Ain). ■— Péchant par inexpérience et ne rachetant pas ce défaut par son intelligence. Préfet très-médiocre.
De Beaumont-Wassy (Aisne). — Très-dévoué et intelligent. A fait dans son département des fautes d'inexpérience qui ont un peu entamé sa situation, et qui pourront plus lard l'y compromettre gravement. Je ne doute pas qu'il réussisse dans un autre département.
Michel (Corrèze). — Très-dévoué, mais manquant totalement de tenue et de consistance; n'étant pas pris au sérieux dans son département où on tolère ses défauts en raison de ses bonnes intentions; il n'en serait probablement pas de même dans un département autre que celui de la Corrèze, oii les habitants ne sont pas, en général, très-gâtés en fait de préfets.
Rivaud (Côtes-du-Nord). — Nature essentiellement médiocre; nouvellement arrivé dans son département. Il paraît difficile qu'il réussisse là plus qu'ailleurs.
Dulimbert (Gard). — Intelligent, assez dévoué; froid et énergique ; nature très-bonne dans son ensemble, mais trop peu laborieux, et commençant à subir dans son administration cette déplorable influence sous laquelle succombent presque tous les préfets du Gard, l'influence légitimiste. Il a fait dans le Gard de très-bonnes choses en regard de mauvaises.
Chapuys-Montlaville (Haute-Garonne). — Très-dévoué, très-intelligent, mais trop ardent, et souvent compromettant (surtout dans ces dernières circonstances) par excès de zèle; nature malheureusement trop excentrique.
Durand-Saint- Âmand (Hérault). — Dévoué, administrateur intelligent. Sa situation politique a des difficultés qui tiennent à des revirements qu'il a apportés dans son mode d'administration. Il manque de la distinction personnelle et de l'habitude du monde, qui seraient nécessaires dans une ville comme Montpellier.
Bérard (Isère). — Intelligent, mais trop faiseur. Caractère difficile, cfui lui a dé}à créé dans son département des difficultés qui ne feront que s'aggraver.
Ponsard (Loire). — N'ayant ni qualités brillantes ni défauts saillants. A
fait récemment dans son déparlement des fautes qui prouvent un manque de tact politique qui compromet sa situation dans la Loire.
Vicomte de Cliarnailles (iMayenne). — Ne manque pas d'intelligence, mais d'un esprit étroit, inquiet et irrésolu. D'une nature maladive. Se crée partout, par maladresse, des difScultés qui rendent son administration pénible.
Boulage (Morbihan). — Je ne garantirais pas son dévouement, quoiqu'il n'y ait pas de raisons sérieuses de le mettre en doute. Il a de l'expérience administrative et une certaine intelligence qui se cache sous un extérieur épais.
Massy (Hautes-Pyrénées). — Nature ordinaire, esprit sans portée ; préoccupé avant tout, dans son administration, de sa situation personnelle. Situation médiocre à tous égards.
Bret (Rhône). — Très-dévoué, assez intelligent, assez bon administrateur, mais nature molle, esprit un peu léger, fait pour être bureaucrate, n'ayant aucune des qualités nécessaires à un homme politique et à un préfet de Lyon. Cette opinion, que je crois parfaitement exacte, se répand déjà sur son compte dans son département, et y entame fâcheusement sa position.
Dieu (Haute-Saône). — Intelligent, cherchant par excès de zèle à effacer un passé assez compromettant ; manquant de tact, d'expérience des hommes et, je le crains, de sens politique; pèche, au premier chef, par l'absence d'éducation première.
De Romand (Saône-et-Loire). — ïrès-dévoué, très-zélé, mais peu intelligent et très-peu administrateur.
Préfets qui peuvent être, quant à présent, maintenus à leur poste, sauf avancement pour quelques-uns.
O* Guyot (Allier). — Nature médiocre, bonnes intentions. Dévouement complet, expérience et capacité administratives. A réussi dans son département.
De Bouville (Basses-Alpes). — Intelligent et dévoué, mais trop d'ardeur ; manque encore d'expérience et de tenue, et pèche par excès de zèle.
Launay le Prévost (Hautes-Alpes). — Nouvellement nommé, très-jeune, aianquant encore d'expérience, mais ayant de l'intelligence et pouvant sô former.
Foy (Ardennes). — Dévouement absolu, caractère loyal et franc, sens droit. Actif et laborieux ; connaît à fond son département, dont il est aimé ei estimé.
Dugué (Aude). — Très-sincèrement dévoué, quoi qu'on en eût dit. Préfet de l'ancienne école ; bon administrateur, esprit conciliant et cependant énergique. Il a su conquérir une situation d'estime et de considération. Son attitude au 2 décembre a été des plus nettes.
Rampand (Aveyron). — Assez intelligent, assez bon administrateur. Bien posé dans son département.
Pierre Leroy (Calvados). — Ancien secrétaire général de l'intérieur ; très-
faiseur ; pèche par cxcrs de zèle, n'a pas su preiuli-e une Irès-bonne position dans son (léparfeiuont.
Dûurlon de Rouvre (Cantal). — Très-dévoué, administrateur intelligent et expérinn-nté; a rendu, aux événements de décembre, des services réels dans le Cantal.
Pastoureau (Cher). — Très-dévoué, très-intelligent; un peu roide dans sa personne et son administration. Nouveau venu dans son département.
Thuillier (Corse). — Très-inlelli^eiit, bon administrateur. Homme d'avenir.
De Bry (Cùte-d'Or). — Bon administrateur, nature maladive. Sa parenté avec lin convenlionnel régicide éloigne de ses salons la société de Dijon.
Ladreyt de la Charrière (Creuse). — Bonne situation à tous égards dans son département.
Ferlay (Drôme). — Nature alsêz ordinaire, mais sachant se faire aimer de ses administrés. Il a rendu de véritables services dans la Drôme.
De Grouchy (Eure-et-Loir). — Nature froide et réservée, et qui le fait passer à tort comme manquant de bienveillance. Dévouement loyal.
Richard (Finistère). — Très-dévoué et très-zélé; manquant (je tenue et- de distinction, rendant cependant des services dans son déparlement.
Féari (Gers). — Dévouement sincère; administrateur intelligent et actif; pèche par excès d'ardeur et par trop de soin de sa personnalité.
Combes-Sieyès (llle-et-Vilaine). ~ Tros-dévoué, ne manquant pas d'expérience administrative, mais trop de roideur dans ses formes et dans son adniinistration. Son alliance avec la famille d'un conventionnel régicide éloigne de ses salons la société de Rennes.
Brun (Indre-et-Loire). — Nature réservée et timide, liabiîudes parcimonieuses; dévouement contesté et dont il a cependant fait preuve aux événements de décembre.
De Chambrun (Jura). — Très-dévoué et intelligent ; péchant par excès de zèle, par manque d'expérience; faisant souvent de l'autorilé pour le plaisir d'en faire.
De Vougy (Haute-Loire). — Nouvellement arrivé dans son département; bonnes intentions, dévouement sincère; péchant plutôt par manque d'expérience que d'intelligence.
Dubessey (Loiret). — Dévoué, actif, énergique, intelligent ; prompt à saisir le bon côté des idées nouvelles; insinuant et persuasif, il fait et fait faire de bonnes choses; bon administrateur, homme pratique, ses Juniières conquièrent la conliance et sa loyauté les sympathies. C'est à coup stîr un des préfets les plus distingués de l'administration, et aux mains duquel on pourrait conlieravec sécurité une préfecture plus importante.
De Menique (Loire-Inférieure). — Dévoué, très-intelligent et ayant une longue expérience administrative; trop faiseur, cherchant trop à se mettre en évideace, et laissant trop voir son contentement de lui-même.
Gavini (Lot). — Nouvellemeni nommé : n'ayant pas l'encolure d'un préfet.
Ducos (Lot-et-Garonne). — Nouvellement nommé.
Belurgey de Grandville (Lozère), — Nouvellement nommé : parait très-
dévoué au Piinco et a fait bien apprécier jusqu'à ce jour les actes de son administration.
Vallon (Maine-et-Loire). — Intelligc>nt et bon administrateur. Nature un peu molle. Je ne vois pas de raisons sérieuses de suspecter son dévouement, que je ne garantis pas cependant d'une manière absolue.
Paulze d'ivoy (Manche). — Nature distinguée, bon administrateur : je crois que c'est ù tort que son dévouement a été mis en doute.
Bosselli (Marne). — Intelligent, bon administrateur; antécédents orléanistes, mais semblant cependant sincèrement rallié ù la politique du Prince- Président.
De Froidefond (Haute-Marne). — Très-dévoué; nature très-ordinaire et très-médiocre à tous égards; ayant néanmoins réussi à se faire une bonne situation dans la Ilaute-.Marne, où on tient à le conserver.
Lenglé (Meuse). — Très-dévoué, animé des meilleures intentions, ne manque pas d'une certaine action politique ; mais d'un caractère violent et léger, manquant souvent de tact et d'iiabileté.
Besson (Nord).— Intelligent et bon administrateur, nature fausse et dévouement très-contestable, malgré ses protestations ; acquis néanmoins à un gouvernement quand il croit à sa force.
Randoin (Oise). — Très-dévoué, bon administrateur, quoique d'une nature très-ordinaire ; malheureusement, d'un physique très-vulgaire.
D°° Clément (Orne). — Très-dévoué, très-inexpérimenté ; homme de ressource dans un poste et dans un moment de péril.
C* du Hamel (Pas-de-Calais). — Très-dévoué, excellentes intentions, ne manquant pas d'une certaine intelligence et d'une certaine expérience administrative ; un peu brouillon et trop ardent.
Soubeyran (Pyrénées-Orientales). — Abord agréable, administration molle et dont il laisse une trop grande part à son secrétaire général. Sa capacité a été très-contestée à l'occasion de la session du conseil général, où il a été d'une extrême faiblesse.
Durkheim de Montmarlin (Ilaut-Rhin). — Dévoué, énergique ; se fait aimer et estimer dans son département ; on lui reproche cependant une capacité administrative médiocre et un excès de satisî'action de lui-même.
Pron (Sarthe). — Nouvellement nommé : paraît intelligent; a des antécédents orléanistes, parait néanmoins rallié au Gouvernement.
Ernest Leroy (Seine-Inférieure). — Nature distinguée et séduisante, esprit fin, capacités administratives supérieures ; ayant à peu près a^ec tous les partis de bonnes relations.
De Saint-Marsault (Seine-et-Oise). — Dévoué, bon administrateur par son intelligence et son inexpérience ; s'est créé quelques embarras par des habitudes parcimonieuses, par un excès de sévérité vis-à-vis des employés de son administration; n'en est pas moins un homme auquel on pourrait sans hésitation confier un poste politique plus important que celui de Versailles.
Bourdon (Deux-Sèvres). — Homme médiocre, subissant l'innueiice de l'âge ; peu d'activité, pas d'initiative.
De Tanlay (Somme). — Dévoué ; supplée ù ce qui lui manque de hautes capacités adminislralives par son activité, son zèle et beaucoup de bon vouloir. Manque d'initiative, mais est capable de suivre fidèlement de bonnes inspirations. Belle fortune, dont il fait un usage honorable et profitable au Gouvernement.
Taillefer (Tarn).— Dévoué et administrateur expérimenté ; trop roide dans ses manières. On l'estime dans son département ; on reconnaît sa justice, son impartialité et ses bonnes intentions.
Du Fay Launaguet (Tarn-et-Garonne). — Très-dévoué, animé des meilleures intentions, mais faisant lui-même l'aveu de son inexpérience administrative, qui est complète. Deux mots peuvent peindre l'homme : c'est un bon vivant.
De Preyssac (Var). — Intelligent, capable, a su prendre une bonne position dans son département. Calme, froid, ne reculant pas devant les résolulions énergiques. A été accusé d'avoir agi avec mollesse au 2 décembre dans Lot-et-Garonne ; rien n'est moins certain que cette assertion ; il serait plus vrai de dire qu'il n'a pas été secondé.
Costa (Vaucluse). — Homme d'une capacité ordinaire, mais d'une extrême énergie, d'un sens politique droit et d'un dévouement absolu ; appelé à rendre au Gouvernement les services les plus réels dans le département de Vaucluse, où il a pris l'attitude politique à l'aide de laquelle on peut créer dans les départements du Midi un parti napoléonien.
Boby de la Chapelle (Vendée). — Dévoué et ne manquant pas de mérite administratif. Assez bonne situation.
Migneret (Haute-Vienne). — • Administrateur très-dévoué, intelligent, actif et laborieux. Esprit d'initiative, ayant fait preuve d'une grande énergie lors des événements de décembre; s'il était un reproche à lui faire, ce serait celui d'exagérer cette même énergie, et d'apporter un peu de dureté dans son administration.
xcvin.
Lettres de M. de Bouyn, capitaine de gendarmerie, au siyet iordres illégaux qui lui avaient été envoyés.
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