SCÈNE XI
Les Mêmes, PATHE
VÉRILLAC
Entrez, Pathe, entrez. Je viens d'expliquer la situation à M. de Sandray. Il comprend que son véritable intérêt est de renoncer à épouser Berthe. Il va s'éloigner en emmenant sa sœur.
LE MARQUIS
Pas du tout! Pas du tout! Je ne renonce à rien et je reste ici. Parlez à ma sœur, si vous voulez. Parlez à Papillon, au fond, ça ne me regarde pas.
VÉRILLAC
Je viens de vous démontrer...
LE MARQUIS
Je ne suis pas convaincu. Puis vraiment, si elle l'aime.
.MADAME VKRILLAC
Votre sœur aime Papillon?
LE MARQUIS
Peut-être!
MADAME VÉRILLAC
Elle n'est pas Hère, la noble demoiselle.
LE MARQUIS
Elle Test autant que vous, puisque votre fille...
MADAME VÉRILLAC
Berthe épousera Papillon par devoir; votre sœur l'épouserait par intérêt.
LE MARQLIS
Cela se ressemble beaucoup.
VÉRILLAC
Nous allons entrer en guerre ouverte; je crois que c'est une grosse faute.
l'ATHE
Une faute énorme.
MADAME VÉRILLAC
Ce qui m'indigne, c'est l'hypocrisie qui est au fond de tout cela.
LE MARQUIS
L'hypocrisie?,..
MADAME VÉRILLAC
Oui. Votre sœur prétend qu'elle aime Papillon! Pourquoi colorer son acte de ce grand mot? Elle aime l'argent de Papillon.
LE MARQUIS
Comme vous.
MADAME VÉRILLAC
Ma fille ne descend pas jusqu'à aimer Papillon. C'est plus propre, marquis.
LE MARQUIS
Si l'on veut. Papillon est un mutle, je le sais aussi bien que vous.
Un goujat!
MADAME VÉRILLAC
Il est les deux et bien autre chose avec, mais il épousera ma fille, marquis.
LE MARQUIS
11 épousera ma sœur, madame la présidente.
l'A THE
Il n'épousera, hélas! ni l'une ni l'autre.
MADAME VÉRILLAC
Comment ?
PATEE est allé s' assurer que la porte était fermée.
Je dis il n'épousera ni l'une ni l'autre ! Vous vous disputez comme des enfants tageurs, et cela sans aucune utilité. La fortune de Papillon, et quelle fortune, mes amis! je viens de l'évaluer pour l'enregistrement, c'est fantastique! cette fortune ne sera ni à vous, marquis, ni à votre sœur; ni à vous, mon cher président, ni à vous, madame, ni à votre fille. Cette fortune sera à nous tous, ou elle restera à Papillon. Je dis à nous; j'en veux ma part. Vous avez besoin de moi, l'un et l'autre. Nous pouvons nous nuire. Entendons-nous, soyons unis, marchons ensemble et Papillon nous appartient.
MADAME VERILLAC
Pourquoi voulez-vous intervenir, quels sont vos droits?
PAXnE
Les mêmes exactement que les vôtres, chère madame, j'aime l'argent.
MADAME VERILLAC
Ohl
VERILLAC
Vous êtes cynique, monsieur Pathe.
PAÏHE
Sincère simplement... Ah! quelle sottise nous allions commettre! Le moment n'est plus aux discussions stériles, il faut se décider, il faut agir. Trêve aux querelles.
VERILLAC
Soit. Qu'y a-t-il à faire ? A de certaines minutes, l'énergie s'impose.
LE MARQUIS
Oui, agissons.
MADAME VERILLAC
Quel est votre plan ?
PATHE
Celui des sacrifices mutuels. Papillon épousera la marquise, elle lui plaît. Papillon dotera princièrement mademoiselle Berthe qui deviendra marquise de Sandray.
LE MARQUIS
J'accepte.
Oui, c'est bien.
VÉRILLAC, inquiet.
Et vous?
PATRE, délaché.
Je quitte le notariat. Papillon me loue ses terres pour cent mille francs par an.
VÉRILLAC
Elles en rapportent plus de deux cent mille.
PATEE
C'est pour cela que je les loue cent mille pendant trente ans.
MADAME VÉRILLAC
Nous ne pouvons pas accepter cette combinaison, monsieur Pathe, ma fille...
VÉRILLAC, vivement.
Chut ! le voici.
MADAME VÉRILLAC
Venez au billard, nous serons plus à l'aise pour discuter.
PATHE
Oui, oui. Il faut une décision. [Ils sortent, sauf le marquis que Papillon entrant, interpelle.)