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La répulsion éprouvée par les égyptologues à l'endroit du démotique est un sentiment, sinon général, du moins très répandu. Extrême difficulté de la lecture, incertitude et incohérence des résultats obtenus par les déchiffreurs, aridité et manque d’attrait des textes eux-mêmes, tels sont les thèmes sur lesquels s’est bâtie une légende qui fournit une résistance déconcertante. Et pourtant de rudes assauts ont été menés contre ces préjugés par les savants faisant le plus autorité. BRUGSCH, dès 1863, dans la préface de son édition du bilingue RHIND, soutenait avec âpreté contre S. BIRCH que, dans l’aide mutuelle que se pouvaient prêter les déchiffreurs des versions hiératique et démotique, le démotisant donnait plus qu'il ne recevait. (1) Vingt ans après, dans un long article intitulé Æine demotische Ehrenrettung (À. Z., XXII, p. 11 sqq), et adressé, cette fois, à son compatriote AD. ERMAN, BRUGSCH reprenait la même thèse avec plus de véhémence et de force persuasive. (2) Il est encore revenu incidemment sur cette question, qui lui était chère, dans son Thesaurus (p. 1040), dans son Aegyptologie (p. 121 sqq), et ailleurs. De même, REVILLOUT ouvre l’intro-
(1) Cf, tout récemment, W. Srrecgcsere (À. Z., LVI, p. 3) : « Es zeigt sich hier einmal klar, welche wichtige Rolle das Demotische auch für das Verständnis der hieratischen und hieroglyphischen Texte der Spätzeit zu spielen berufen. ist. »
(2) Voir la contre-critique de Max Mürcer, O0. L. Z., II, p. 331 sqq.
duction de sa Chrestomathie démotique par un paragraphe sur l’« Utilité des études démotiques ». Pour MASPERO, sa puissance de synthèse l'avait fait voir juste quand, dès 1869, il écrivait, À propos des textes démotiques : « La langue dans laquelle ils ont été rédigés mérite un examen approfondi. Intermédiaire entre le copte et l’égyptien classique, elle nous met sous les yeux tous les changements que le cours des siècles avait apportés dans la langue antique des Pharaons.» Et :l s’est montré logique avec lui-même en donnant, dès l’année suivante, à la Bibliothèque de l'École des Hautes-Études (fasc. 6), un traité « Des formes de la conjugaison en égyptien antique, en démotique et en copte», livre assurément vieilli, mais dont le titre comporte, à lui seul, une leçon qui n’a pas été assez entendue. On est surpris de voir, trente ans après, un ouvrage considérable, exhaustif même, comme le Verbum de K. SETHE, mettre à l'écart, sans justification et comme si c'était là une chose allant de soi, presque un millénaire du développement linguistique intermédiaire. Quels que soient le mérite et l'utilité imcontestables de ce vaste travail, il demeurera, à cet égard, une monstruosité, une sorte de mutilé volontaire. SETHE n'avait fait qu'obérr, comme tant d’autres, au préjugé courant. Depuis quelques années, il à élargi son point de vue et, devenu un adepte du démotique, il s’y est montré, sans tarder, l’égal des plus experts. Son exemple à la valeur d’une conversion et il faut espérer qu'il sera suivi. (1)
Dans un article de Scientia (décembre 1920, p. 456), j'attirais de nouveau l’attention sur l'importance du démotique comme trait d'union linguistique et scriptural entre égyptien hiéroglyphique et égyptien alphabétique. Veut-on, de cela, des témoignages d'autant plus probants qu'ils sont exprimés incidemment et en dehors de toute apologie du démotique ? En 1884, J. KRALL (Recueil, V, p. 84) disait du papyrus démotique N° 31 de Vienne, connu sous le nom de «Poëme satirique», «dal er nahezu einen koptischen Text in demotischem Gewande darstellt». Et, tout dernièrement, W. SPIEGELBERG (A Z., UNI, p. 5, n..5), faisait allusion au démotique, «das freilich dem Neuägyptischen so nahe steht, daf man es als ein jüngeres Neuägyptisch bezeichnen kann». Rien, mieux que ce rapprochement, ne peut montrer comment le démotique occupe le juste milieu entre la «xoty ramesside » et l'égyptien d’époque chrétienne. Bien que l’évolution entre ces deux termes nous apparaisse parfois comme assez peu accentuée, bien que leur comparaison directe soit souvent possible et fructueuse, néanmoins les intermédiaires démotiques affirment tous les jours leur utilité pour l’élucidation d’une foule de problèmes qui, sans eux, demeureraient obscurs.
Quant au système d'écriture, il y a, si l’on veut, quelque chose de rebutant dans son incohérence, sa constitution visiblement toute de hasard, ce manque de plan d'ensemble qui dénote, chez ceux qui l’ont adopté et conservé mille ans, d'assez médiocres facultés d’analyse. Pourtant, ils s’en sont contentés. Il a suffi à leurs besoins longtemps après qu'ils eurent rencontré la perfection même en la matière sous la forme de l'alphabet grec. Et puis, c’est une écriture populaire; nous en possédons, en définitive, la clef, et les difficultés sont
(1) En 1910, W. Max Mürrer (0. Z. Z., XIII, col. 213) blâmait, lui aussi, la carence d’un grand nombre d’égyptologues. Il est peu probable que sa remarque ait beaucoup contribué à vaincre les répugnances, car, l'instant d'avant, il qualifiait le démotique de système de sténographie tellement compliqué qu'on a peine à imaginer comment il a pu devenir une écriture populaire. Cf. encore ©. L. Z., IX, col. 100, où Max MëLcer ne se montre pas meilleur
avocat dans Ja même cause.