SCÈNE IV
BETTI, BELTON.
^ BETTI.
Ah ! je te trouve enfin. L'on m'assiège sans cesse.
D'où vient q[a'autoaT de moi le monde ainsi s'empresse?
On me fait à-la-fois cinq ou six questions.
J'écoute de mon mieux; à toutes je réponds :
On rit avec excès. Que faut-il que j'en croie ,
Belton? Le rire ici marque toujours la joie?...
BELTON.
Tu leur as fait plaisir...
BETTI.
Oh bien ! si c'est ainsi, Tant mieux : mais toi , d'oii vient ne ris-tu pas aussi? On te croiroit fâché.
BELTON.
J'ai bien raison de l'être.
BETTI.
Quelle raison, dis-moi? Ne puis-je la connoître? Tu parois inquiet. . .
BELTON.
Je le suis... Non pour moi.
Pour qui donc, mon ami?
BELTON.
Le dirai-je? Pour toi.
Je crains que àans ces lieux ton sort ne soit à plaindre.
' SCÈNE IV. i5
BETTI.
Tu m'aimes , il suffit : que pui»-je avoir à craindre?
BELTON.
Non , il ne suffit pas. Il faut pour être heureux. Quelque chose de plus...
BETTI.
Que iaut-il en ces lieux?
BELTON.
La richesse.
BETTI.
A parler tu m'instruisis sans cesse :
Mais ni ne m'as pas dit ce qu'étoit la richesse.
BELTON.
£h! peutron se passer...
BETTI.
Tu parles de l'amour.
On ne s'aime donc pas dans ce triste séjour.
On s'aime : mais souvent l'amour laisse connoitre Des besoins plus pressants...
BETTI.
Eh ! quels peuvent-ils être?
BELTON.
L'amour sans d'autres biens...
BETTI.
L'amour sans la gaieté Ne peut guère suffire à la félicité :
Biais dans votre pays, ainsi que dans le nôtre , Ne pent-on à-4a-fois conserver Tun et l'autre?
i6 LA JEUNE INDIïf^NE.
BELTON.
U faut , pmw bien jouir de l'un et l'autre don » Être riche...
. BETTI.
Eh ! dis-moi : sois-je riche, Belton?
BELTOK^
Toi? Noa ; tu n a$ pas d'or.
' BBTTI.
Quoi! ce métal «térile Que j'ai vu!...
BELTOM.
Justement.
u te fut inutile :
Tu ne t'en servis pas pendant plus de quatre ans. Mais dans ce pays-^ci tu oonnois bien des gens; Ils t'en donneront tous, s'il t'est si nécessaire : Us ne voudront jamais laisser souffrir leur frère.
BELTON.
Écoute-moi, Betti : tu n'es plus dans tes bois. Les hommes en ces lieux sont soumis à des lois. I^ besoin leç rapproche et les unit ensemble. Ces mortels opposés, que l'intérêt rassemble, Voudroient ne voir admis dans la société^* Que ceux dont les travaux en ont bien mérité.
BETTI.
Mais... cela me paroit tout-àf-fait raisonnable.
BBLTON, à part.
Chaque instant à mes yeux la rend plus estimable.