ACTE II, SCÈNE IV. i
élevé par votre bisaïeul : mon père fut tué fort jeune à la tête de son rëgiment. Si vous étiez moins raisonnable , je ne vous confierois pas Fhistoire de ma jeunesse; et la voici. Votre mère, fille d*un gentilhomme voisin, a ëtë ma seule passion. Dans Tâge où Ton ne choisit pas, j'ai eu le bonheur de bien choisir. Un jeune officier, venu en quartier d'hiver dans la province, trouva mauvais qu'un enfant de seize ans , c'étoit mon àçe , attirât les attentions d'un autre enfant : votre mère n'avoit pas douze ans. Il me traita avec hauteur, je ne le supportai pas, nous nous
battîmes.
M. VANDERK FILS.
Vous VOUS battîtes ?
Oui, mon fils.
M. VANDERK FILS.
Au pistolet?
M. VAÏiDERK.
Non, à l'épée. Je fus forcé de quitter la province : votre mère me jura une constance qu'elle a eue toute sa vie : je m'embarquai. Un bon Hol<r landais , propriétaire du bâtiment sur lequel j'étois, me prit en affection. Nous fûmes attaqués, et je lui fus utile. ( Cest là que j'ai connu Antoine.) Le bon Hollandais m'associa à son commerce^
i84 LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR.
il m'offrit sa nièce et sa fortune. Je loi dis mes engagements; il m'approuve, il part, il obtient le consentement des parents de votre mère ; il me Faméne avec sa nourrice : c'est cette bonne vieille qui est ici. Nous nous marions ; le bon Hollan* dais mourut dans mes bras; je pris, à sa prièrei et son nom et son commerce : le ciel a bëni ma fortune , je ne peux être plus heureux , je sois estimé : voici votre sœur bien établie ; votre beaU" frère remplit avec honneur une des premières places dans la robe. Pour vous, mon fils, vous serez âiçae de moi et de vos aïeux : j*ai déjà remis dans notre famille tous les biens que la nécessité de servir le prince avoit fait sortir des mains de vos ancêtres ; ils seront à vous ces biens ; et si vous pensez que j'aie fait par le commerce une tache à leur nom , c'est à vous de l'effacer ; mais dans un siècle aussi éclairé que celui-ci , ce qui peut procurer la noblesse n'est pas capable de l'ôter.
Ah! mon père, je ne le pense pas; mais le préjugé est malheureusement si fort...
M. VAHDBRK.
Un préjugé 1 Un tel préjugé n est rien aux yeux de la raison.