SOLIMAN, ROXELANE
solimah.
Prenez place» madame; il fiant que dans ce jour Votre ame à met regards se montre sans détour: Le prince dans cef lieux vient enfin de se rendre.
roxelane.
Les jcria db ses soldats viennent de me l'apprendre.
SOLIMAN
J'entrevois par ce mot vos secrets sentiments ;
Vous jugeiea des miens : daignez , quelques moments ,
Vous imposer la loi de m'entendre en silence.
Mon fils a mérité ma juste défiance.
Et son retour , d'ailleurs foit pour me désarmer.
Avec quelque raison peut eneor m'alarmer.
Sans doute je suis loin de lui chercher des crimes;
Mais il faut édaiicîr des soupçons légitimes.
Vos yeux , si dn visir j'explique les discours ,
Ont fiirpria det secrets d'oà dépendent mes jours.
Je n'examine point d, pour mieux me confondre ,
De concert avec lui... vous pourrez me répondre.
Hélas! il est affreux de souptsoianevXaiQx
Mo8 MUSTAPHA ET ZÉANGIR.
Des cœnn qpe l'on chérit et qu'on croyoit à soL Mais au bord du tombeau telle est ma destmée. Par d'autres intérêts maintenant gouvernée.
Aux soins de l'avenir vous croyez vont devoir. Je conçois vos raisons, vos craintes , votre espoir; Et, malgré mes vieux ans , ma tendresse constante A vos destins futurs n'est point indifférente. Mais vous n'espérez point que pour votre repos Je répande le sang d'un fils et d'un héros.
Son juge, en ce moment, se souvient qu'il est pèie. Je ne veux écouter ni soupçons ni colère.
Ce sérail qui jadis, sous de cruels sultans, Graignoit de leurs fureurs les caprices sanglants, A connu, dans le cours d'un régne plus propice. Quelquefois ma clémence et toujours ma justice. Juste envers mes sujets, juste envers mes enfants, Un jour ne perdra point Thonneur de quarante ans. Après nu tel aveu , parlez , je vous écoute.
Mais que la vérité s'offre sans aucun doute : Je dois, s'il faut porter un jugement cruel , En répondre à l'état, à l'avenir, au ciel.
Seigneur, d'étonuement je demeure frappée.
De vous, de votre fils en secret occupée.
J'ai dû, sans m'expliquer sur ce grand intérêt. Muette , avec l'empire attendre son arrêt.
Mais puisque le premier vous quittez la contrainte D'uu silence affecté, trop semblable à la feinte, 1)e mon ame à vos yeux j'ouvrirai les replis. Je déteste le prince et ) adote Tftoiv^&\
AGTS III, SCÈNE I. 109
Ainsi que vous, da moiiu, je parle avec franchise ;
Et, loin qn'avec effort ma haine se déguise ,
J'ose entreprendre ici de la justifier.
Vous invitant vous-même à vous en défier.
Je ne voos cache point (qu'est- il besoin de feindre?)
Que prompte en ce péril à tout voir, à tout craindre.
J'ai d'un visir fidèle emprunté les avis.
Et moinnéme éclairé les pas de votre fils :
Tout fondoit mes soupçons, un père les partage.
Eh 1 qui donc en effet pourroit voir sans ombrage
Un jeune ambitieux qui , d'oi^eil enivré ,
Des oœnrs qu'il a séduits disposant à ton gré ,
A vous intimider semble mettre sa gloire.
Et croit tenir ce droit des mains de la victoire?
Qui, mandé par son maître , a jusques à ce jour
Fait douter de sa foi, douter de son retour;
Et du grand Soliman a réduit la puissance
A craindre, je l'ai vu, sa désobéissance ;
Qui, j'ose l'attester, et mes garants sont prêts.
Achète ici des yeui ouverts sur vos secrets.
Parle, agit en sultan; et, si l'on veut l'entendre.
Et la guerre et la paix de lui seul vont dépendre ?
Oui , seigneur, oui, vous dis-je, et peut-être aujourd'hui
Vous en aurex la preuve et la tiendrez de lui.
SOLIMAN
Ciel !
■ OXBLAIIE.
D'un fils y d'un anjet est-ce donc la conduite? Et depuis quand, seigneur, n'en craint-on plus la suite? Est-ce dans ce séjonr?... Vaincmeut ,«iu^N«ï»Vc»\s ,
\Vi
iio MUSTAPHA ET ZÉANGIR.
lia «lëmence en ces lieux fit entendre sa voix , Une autre voix peut-être y parle plus haut qu'elle : lia voix de ces sultans qu'une main criminelle , Sanglants, a renversés aux genoux de leurs fils; ÏA voix des fils encor, qui près du trône assis. N'ont point devant ce trône assez courbé la tête. Il le sait : d'où vient donc que nul frein ne l'aTrête? Sans doute mieux qu'un autre il connott son poavoi De l'empire , en effet , il est f unique espoir. Rh ! qui d'un peuple ingrat n'a vu cent fois Fivrene Oser à vos vieux ans égaler sa jeunesse, Kt d'un héros, l'honneur des sultans , des guerriers l>evant un fier soldat abaisser les lauriers? Qui peut vous rassurer contre tant d'insolence? Kst-ce un camp qui frémit aux portes de Bysance? Un peuple de mutins , esclaves factieux , De leur maître indigné tyrans capricieux? • Ah ! seigneur, est-ce ainsi , je vous cite à voos-méiiK Que rassurant Sélim , dans un péril extrême.
Vous vîntes dans ses mains ici vous déposer.
Quand ces mêmes soldats, ardents à tout oser, Pour vous, malgré vous seul , ]>leins d'un zélé unani Rebelles, prononçoient votre nom dans leur crime? Ou vous vit accourir seul , désarmé , soumis , Plein d'un noble courroux contre ses ennemis , Kl tombant à ses pieds , otage volontaire , Échapjior au malheur de détrôner un père.
Tel étoit le devoir d'un fils plus soui)çonné, £l votre exemple au moins Ta déjà condamné: