XVII
A huit heures et demie, Napo fit son entrée dans les salons de la- sous-préfecture, au moment où le magistrat, seul encore avec sa femme, venait d’y arriver.
Notre héros prit place au milieu d’eux et reçut comme en famille une partie des invités. Mais l’infortuné était destiné à faire tomber des étonnements de Scylla dans ceux de Charybde. Si sa mise avait étonné mademoiselle Quellot, cette saute de vent stupéfia la population d’Avesnes, faite depuis longtemps à toutes ses excentricités. Celle de s’habiller comme tout le monde ne parut pas la moindre. Ce fut l’évènement de la soirée. On s’extasiait sur ses gants beurre frais, sur ses cheveux frisés qui, longs et plats, avaient pris, sous le fer, l’apparence d’une perruque à la Louis XIV et inondaient ses épaules.
Riez-en, cher lecteur, si bon vous semble ; mais Napo avait l’air fier, et son front dégagé, ses yeux en pleine lumière, animés par la situation, par un secret espoir que son sacrifice ne serait pas inutile auprès de certaine moqueuse , tout cela faisait de Napo un dion, mais un vrai lion à crinière.
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On sentait instinctivement qu’il était beau ainsi, et toutes les plaisanteries qu’on en fit ne furent pas sincères.
Quelle fille d’Ève ne serait pas curieuse ? En s’habillant, mademoiselle Quellot écarta sa jalousie pour savoir ce que faisait son voisin. EÛe aperçut l’illumination de Napo. Quand arriva le coiffeur elle lui demanda négligemment quels seraient ses danseurs. Il nomma bien vite notre héros, et dit qu’il sortait de chez lui.
Il ne fallait pas être bien observatrice pour s’étonner de cette particularité, chez un homme cité comme un paysan du Danube la veille encore. Alice avait remarqué la rougeur, suite de son sourire. Sa jeune tête travailla ; elle fit son petit roman qui par extraordinaire se trouva vrai. D’ailleurs la gloire attire contagieusement les femmes. C’est la lumière à laquelle se brûlent tous ces beaux papillons de l’amour.
Napo dans Avesnes passait pour illustre, puis il faisait contraste avec M. Saint-Hangest. Elle entrevit comme dans un nuage qu’il serait possible d’établir une sorte de bascule et d’é-
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veiller (c’était la moins criminelle de ses visions) au moyen de ce jeune homme, les feux trop couverts de cendre de M. Aristide. Tout ce petit plan construit en une minute fut d’un joli machiavélisme, et prouve une fois de plus combien chez ces belles jeunes filles, dont les épaules de velours ondulent au soleil des lustres, qui vous tendent avec le plus caressant sourire leur petite main gantée de blanc, combien il y a de la race féline. Vous la connaissez, cette race, qui s’étire avec de si voluptueuses façons, et cache, sous une patte soyeuse, toujours quelque griffe. Elle se coiffa donc de rubans mauve qui lui allaient à ravir, et se rendit au bal suivie de Nina.
Celle-ci n’avait aucune ambition, mais sa taille charmante, quoique petite, ses yeux noirs étincelants de malice et de gaîté, enfin ce rire qui s’échappait d’elle si joyeusement, attiraient bien aussi leur cercle de courtisans. Aussi, quand les deux jeunes filles, vêtues de robes pareilles, entrèrent à la remorque de madame Quellot, cette sorte de brouhaha flatteur qui accueille les préférées du monde se fit entendre.
Les quadrilles commencés s’interrompirent , un silence se fit pendant lequel elles passèrent sous les fourches caudines de l’examen. Les belles furent dépitées, les laides séchèrent d’en-
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vie, les hommes ne se sentirent pas d’aise ; car il faut dire qu’elles étaient charmantes. Alice fouilla le salon d’un regard rapide. Elle aperçut sur le premier plan Aristide demandant avec ce ton traînant qui lui était habituel des nouvelles de sa santé.
Sa santé ! Il en était vraiment bien question ! Elle resplendissait sous sa peau rose et ses yeux brillants. Aussi ne répondit-elle que par un bonsoir distrait, et continua sa revue. Ce fut alors qu’elle distingua Napo adossé à la cheminée qui contemplait la porte d’entrée. Au premier coup d’œil, elle comprit qu’elle avait deviné juste. Aussi détourna-t-elle promptement la tête. Un second examen, long et pénétrant, suivit ce premier par l’intermédiaire d’une glace. Elle vit Napo rougir et l’inquiétude s’étendre comme un voile sur ses traits. Elle eut pitié du pauvre garçon, revint franchement à lui, et le parcourut des pieds à la tête avec son œil calme et sans sourire. Dfe ce regard-là, Napo perdit la raison. Il avait donc réussi à éteindre cet autre regard moqueur et tant redouté, quoiqu’il eût essayé de se prouver le contraire.
Son amour propre était satisfait. Le malheureux ! Il ignorait encore que ce qu’ü nommait ainsi se représente en mythologie par un enfant ailé, avec un carquois et un arc. Tandis qu’il se
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complaisait dans son triomphe, le Dieu malin lui avait mis son bandeau, et Napo, aveuglé, criblé de flèches comme saint Sébastien, aimait mademoiselle Alice.
Bien plus, c’était un amour chaud et charmant, comme tous les amours qui s’ignorent eux-mêmes. Pendant ce temps, mademoiselle Quellot jouait de l'éventail en marquise, savourait les hommages et songeait, sans qu’il en parût rien, comme la joie peut faire pâtir un homme.
On joua une valse délicieuse de Strauss, et l’heureux Aristide l’obtint de sa fiancée. Il valsa en homme sûr qu’on le regarde, et certain qu’on l’applaudit ; sa danseuse était bonne et tout était pour le mieux.
Napo, lui, dans tout ce bal, ne voyait qu’ Alice, Alice, la tête renversée en arrière, respirant les voluptés que l’orchestre semait sur la salle. La valse finie, M. de Saint-Hangest, qui n’avait fait que quelques tours de plus sur lui-même, reconduisit sa danseuse ; Napo, lui, avait fait une révolution.
Il s’approcha, à son tour, de mademoiselle Quellot et lui demanda la faveur d’une valse, qui lui fut- accordée immédiatement. Devant cette audace, Madame Quellot faillit perdre contenance et gronda sa fille. Nina ne reconnut
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pas notre héros, et trouva qu’il ressemblait d’une manière frappante au véritable portrait de J. -G., tant il avait les cheveux longs et bien bouclés. Au moins détourna-t-elle l’orage, et madame Quellot trouva la comparaison sacrilège.
— A Barabbas, passe encore.
Alice, un peu vexée, répondit qu’on ne pouvait lui interdire un danseur sans les exclure tous, puisqu’ils étaient là au même titre.
Madame de Saint-Hangest l’approuva, et tout fut dit.
Jamais on n’avait vu Napo danser. Le bruit courut comme une traînée de poudre ; on quitta les tables de jeu, on délaissa le billard, une galerie compacte se forma. Peu s’en fallut que des paris ne fussent engagés. Tout cela mit le comble à la mauvaise humeur de madame Quellot. Elle trouva qu’un Monsieur aussi curieux à voir compromettait horriblement sa fille. Elle plaça vis-à-vis de cette chose surprenante une chose qui n’y était pas, la malveillance.
— Si vous le pensez, lui dit Madame de Saint-Hangest, aumoins gardez-vous de le dire. Votre fille est trop charmante pour qu’on rie d’elle, et la mauvaise grâce de ce monsieur ne pourra que faire ressortir son mérite. Ce sont des incidents qui ne nuisent jamais à une petite personne adroite comme l’est votre Alice. Votre
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courroux mettra les mauvais plaisants du côté opposé où ils seraient.
Chez le sous-préfet d’âvesnes, on avait compté sans son hôte. Nul ne savait que Napo, qui ne dansait jamais en province, était à cette époque le coryphée de ces salons de Paris, où la danse est légère et le pied leste. Cellarius le déclarait son meilleur élève.
— Mais, me direz-vous, ce qui illustre à la chaumière fait mettre à la porte chez nos magistrats !
Oui : mais Napo avait bien oublié tout cela, et d’ailleurs il s’agissait d’une valse, et la valse est la même partout. En quelqu'endroit qu’on la trouve, c’est toujours la fille aînée de la mélodie, la danse voluptueuse qui endort l’âme et qui entraîne le corps.
Elle n’a rien de lascif, et pourtant le plaisir suit à la trace ses couples frissonnants. Tout est grâce dans ce balancement cadencé qui tourbillonne sous l’archet comme un oiseau dans la tempête, s’arrête subitement comme une barque bercée par les eaux dormantes, et devient tour à tour, au gré de la pensée sonore, frémissant ou calmé, passionné ou rêveur.
Toutefois ce ne fut pas sans une certaine hésitation qu’ Alice devant cette affluence de curieux offrit sa main à son valseur.
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Elle eût même peut-être hasardé quelques observations à Napo, si son amour-propre ne lui avaitsoufflé que ce serait donnerraisonàsamère. Elle partit donc, et comprit que ce qu’elle avait craint devoir être un échec et même, ce qui est pis un ridicule, serait, tout au contraire , un triomphe.
Napo valsait en artiste. Comme M. Aristide, il ne se bornait pas à suivre la mesure, ainsi que font la plupart des danseurs vulgaires, il suivait au vol avec une délicatesse d’oreille consommée l’idée musicale, se liait à elle, la suivait comme un de ces papillons aux mille couleurs. Alice se laissait emporter par lui avec une sorte de torpeur nerveuse. Elle était entrée dans le pays merveilleux du rêve, ses pieds effleuraient à peine le parquet. Mais, si fugitives que fussent ses impressions, son danseur les avait auparavant devinées , et la laissait , l’entraînait , la soulevait au gré des motifs admirables du Trovatore. Il la sentait palpiter contre sa poitrine, le parfum de ses cheveux le grisait : l’émotion et l’enivrement leur étaient communs.
Quand ils s’arrêtèrent, Alice était pâle, moins pâle encore que le jeune homme. Mais telle avait été l’étrangeté de leurs situations, que le souvenir devait en être ineffaçable.
Quand sa cousine se fut assise, Nina se pencha vers elle, et lui dit :
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— Ma chère, il n’y a ici que ce Monsieur qui soit musicien à ta manière, et qui danse mieux que nous.
Madame Quellot, que la gloire de sa fille avait beaucoup calmée contre ce monsieur, fit presque un sourire à Napo lorsqu’il la lui ramena. Mais si vous aviez regardé la baronne, vous eussiez vu ses lèvres plus pincées encore que d’habitude. Gela signifiait le travail de la pensée. Elle avait senti l’éveil d’une passion. Elle regretta d’avoir été si vite de l’avis d’Alice.
La galerie proclama notre réaliste un valseur sublime. M. de Saint Hangest se vit forcé par sa conscience, et plus encore par les questions ironiques de ceux qui l’entouraient, de laisser tomber dédaigneusement cette parole : a II ne valse pas trop mal. »
Napo sortit de la salle ; il avait besoin de respirer, car le bonheur oppressait sa poitrine. Il erra quelque temps, exposant son front ruisselant de sueur à l’air froid de la nuit, et marchant rapidement sous l’impulsion d’un torrent d’idées. Qui l’eut vu ainsi à pareille heure sous
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les massifs d’arbres de l’esplanade l’eût cru fou. Il ne voulait pas s’avouer qu’il était amoureux.
« Oh ! amoureux, moi ! se disait-il. En voici bien d’une autre ! Quoi ! parce que cette petite pimbêche aura ri d’un accoutrement qui peut paraître curieux, je l’avoue, à la gent gothique de ce pays, j’irai changer mes habitudes, abjurer mes vieilles idées, transformer mon costume incompris, danser même, danser en province, moi, Napoléon Guîgnet, et danser trois fois avant que l&coq ait chanté ! car, il n’y a pas à dire, j’ai fait trois invitations pour pouvoir faire danser sans trop d’esclandre cette péronnelle. C’est trop fort aussi.
» Ainsi en haine pour nos préjugés mesquins, pour notre civilisation bâtarde j’aurai vécu deux ans en oriental à Smyrne, professant sur la femme esclave toutes les . théories des Turcs, refusant même (et je m’en repens) d’acheter au rabais un sérail de toutes les couleurs, le tout pour devenir ici, amoureux, comme une de mes oies, de cette petite blonde. Amoureux I c’est-àdire sujet fidèle et soumis. Morbleu 1 cela ne sera pas ! Qu’elle garde son Aristide.
y> Qu’est-ce que cela me fait, à moi, au surplus, qu’elle soit jolie, qu’elle ait des cheveux cendrés à reflets capables de réjouir un faiseur de pas-
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tels, une petite bouche à croquer. Que m’importent ses yeux noirs ? c’est commun, des yeux noirs, tout le monde les a ainsi. Il est vrai que des yeux noirs et des cheveux blonds c’est plus rare, surtout avec cet’e mouche , que Dieu confonde, si noire, si délicate, et qui ressort sur le satin... Allons, c’est un panégyrique en règle maintenant I Je suis pris, je suis ensorcelé 1
» Eh bienl oui, je l’aime, après tout, je la veux et je l’aurai pour femme. On dira ce qu’on voudra, mais le père Clodomir sera grand père. »
Et là dessus le réaliste alla remplir ses engagements, prit son chapeau et son par-dessus comme s’il n’eut fait que cela de sa vie, et sortit du bal.
Au même moment Aristide de Saint-Hangest avait avec Nina la conversation suivante :
— Le crime dont je vous parle, Mademoiselle, a son exemple et son précédent dans le procès d’une association de malfaiteurs qui détroussaient ainsi les passants ; et, à Nîmes, on avait assassiné une jeune fille et sa mère au sortir d’un bal pour leur voler leurs parures.
— Est-ce que vous n’auriez pas quelque sujet moins effrayant que celui-là ?
— En vérité, vous êtes étrange, Mademoiselle; on ne peut vous dire que des frivolités. Est-ce
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ma faute si mon éducation sévère m’écarte de ces conversations inutiles ?
— Allons, voyons, continuez votre famille assassinée, dit Nina avec une résignation attendrissante... mais, avant, dites-moi ce que vous pensez de la manière de valser du peintre ?
— Tenez, je croisque ce monsieur vous à tourné la tête à toutes. On ne parle que de lui. Eh bien ! oui, Mademoiselle Nina, oui, il est admirable, et c’est le premier homme du monde pour la valse et la longueur des cheveux. Vous voilà bien heureuse assurément.
Je vous laisse à penser la gaîté de Nina devant ,ce dépit trop visible.
— Vous êtes un impertinent, lui dit-elle en riant aux éclats ; on voit bien que la palme vous échappe.
Alice avait donc atteint son but, Aristide était jaloux et Napo amoureux; mais la pauvrette n’avait pas songé à son propre cœur, où fleurissait maintenant, poussée en une nuit, une plante inconnue pour elle.
Vous savez laquelle, vous qui avez aimé.
Quand le bal fut fini et que Nina, après de longs babillages, se fut endormie, vous eussiez vu Alice se relever et s’asseoir auprès d’un feu presque éteint, àdemi-étendue dans son fauteuil, l’œil languissant et perdu, pareille dans ce demi-
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jour que donnait la veilleuse, à la statue de la Rêverie. Elle suivit ainsi, dans l’ombre, d’ardentes pensées et tout un vol de visions charmantes.
Napo, accoudé à sa fenêtre, suivait dans le ciel une étoile filante, l’image peut-être de sa liberté perdue.
Madame de Saint-Hangest prit, pour rentrer chez elle, le bras de son fils. Car, là, tout se passe comme dans le meilleur des mondes bourgeois possible. Quelque fortune qu’on puisse avoir, il ne faut pas songer à prendre épuipage, vous rompriez en visière avec tout le monde, et vous succomberiez sous le ridicule. Pourtant, il vous sera loisible d’y faire usage, dans les grands jours, de l’ancienne chaise. à porteurs. Cette épave des temps féodaux est encore entourée d’une manière de considération et a gardé comme un parfum d’aristocratie à Avesne.
Aristide fut bien étonné de voir, à deux heures du matin et par une piquante gelée, sa mère s’arrêter sous les arbres de l’esplanade, les mêmes qui venaient d’être témoins des dernières
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malédictions de Napo. Il attendit néanmoins, sans mot dire, et resta devant elle en point d’interrogation.
— Mon fils, lui dit la douairière, les circonstances sont graves, plus graves que vous ne le pensez. Je vous ai amené ici pour vous faire connaître sans retard vos fautes et vos dangers.
Mademoiselle Quellot ne vous aime pas. Tout le prouve en elle, depuis le son de sa voix dès qu’elle vous parle, jusqu’à son regard quand par hasard il vous suit.
Ici Aristide fit un brusque mouvement de surprise, et l’incrédulité se peignit sur ses traits.
— Non, continua la baronne, mademoiselle Quellot ne vous aime pas. Tout est indifférence, tout est même dédain chez elle ; soyez convaincu que pareille en cela à toutes les mères, je m’exagérerais le contraire si ce que j’avance n’était assez évident pour frapper les yeux d’observateurs moins intéressés.
— Mais, interrompit en souriant Aristide, qui n’était convaincu que d’une chose, c’est que sa mère se trompait étrangement, comment se fait-il que depuis six mois vous ne m’avez pas prévenu, et me dites-vous si tard une chose qui me paraît pourtant essentielle ?
— Pourquoi ? mon fils, c’est que les temps ne
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sont plus les mêmes. Ecoutez-moi une bonne fois, et sachez ma manière de voir.
Rien, chez un jeune homme, ne vaut le naturel. Bien que vous ayez des défauts, dont le capital est de vous chérir beaucoup trop, de n’admirer uniquement que vous-même, vous êtes naturel à vos heures, et sans vouloir ajouter aux panégyriques de votre amourpropre, je consens à vous dire que vous n’êtes ni plus mal tourné, ni plus stupide qu’un autre.
— Merci, ma bonne mère, de cette condescendance, dit Aristide très vexé.
— Non, continua la dame, je vous rends justice, etje vous dis précisément ce que je veux dire sans figure de réthorique. Quand vous daignez oublier les glaces qui reflètent autour de vous vos petites perfections, vous ôtes naturel et vous plaisez quelquefois.
— Vraiment I ma mère, quelquefois !
— Oui, reprit froidement la baronne, quelquefois ; mais si je vous avais dit, comme aujourd’hui: « Mon cher Aristide, mademoiselle Queilot se moque de vous et ne se soucie nullement de vous épouser, de deux choses l’une, ou vous m’eussiez crue sur parole, et alors votre dépit eût rompu ce mariage, cette opulente fortune vous eût échappé, ou vous m’eussiez prise
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pour une visionnaire ; et, ne me croyant pas, vous fussiez devenu plus maladroit et plus outrecuidant que vous ne l’êtes. A vous dire vrai, je pense que cela serait arrivé. Vous auriez fini par vous tuer à force de ridicule.
Aristide était stupéfait. Jamais sa mère ne s’était exprimé vis-à-vis de lui avec cette netteté dans l’appréciation, cette sécheresse dans le blâme. Aussi peu à peu le sourire s’était effacé de ses traits, et ce fut avec une sorte d’effroi qu’il répondit :
— Mais quelle raison avez- vous donc de me dire aujourd’hui ce que vous me taisiez hier ?
— La raison, c’est que jusqu’ici vous étiez le seul soleil sur l’horizon, jusqu’ici j’avais écarté toute comparaison qui vous eût nui. Vous étiez la seule réponse aux sentiments de cette jeune fille. Forcée de s’occcuper sans cesse de vous, elle vous eût tout au moins aimé de guerre lasse.
— Grand merci, ma mère.
— Oh ! cela est plus commun que vous ne pensez. Aujourd’hui malheureusement, mon fils, vous êtes deux à convoiter le gâteau royal.
— Ce n’est pas possible I s’écria Aristide complètement désarçonné par cette brusque nouvelle ! madame Quellot, au mépris de nos engagements, aurait permis...
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— Vous parlez comme d’habitude à la légère, mon fils. Non, madame Quellot n’a rien permis. Les conditions que désirent ces bonnes gens pour l’établissement de leur fille sont invariables, et l’homme dont je vous parle ne se trouve dans aucune d’elles. Vous, au contraire, vous répondez à toutes, grâce à moi ; à ce point môme que tout autre qui se fût présenté n’eût pu répondre à leurs vues comme vous-même, car il ne m’eût pas eue derrière lui.
— Vous voyez que ne pas douter de soi est héréditaire dans notre famille.
— Nod, non, mon fils ; madame Quellot n’a autorisé personne, et c’est là le terrible. Mais il s’agit pour Alice d’un rival qui l’aime, pesez ce mot, et dont l’amour comme la singularité l’attireront. Je crois pourtant, quoi qu’on m.’ait dit, que c’est un esprit délicat et sensible que cet homme, un peu étrange peut-être, mais...
— Son nom, ma mère ; son nom ! Quel est ce phénomène séduisant ? Avouez que vous voulez rire à mes dépens.
— A Dieu ne plaise. J’ai vu le regard que ce jeune homme a jeté sur elle, son émotion, et j’ai senti plutôt que compris chez Alice une vive sympathie.
— Il lui avait donc parlé ?
— Il a valsé avec elle.
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— Allons ! c’était écrit, dit Aristide avec un soupir de soulagement. Cette valse me poursuivra comme un mauvais lutin jusqu’à la fin de la nuit. Quoi ! vous aussi, vous servez de cariatide au piédestal de ce héros ! Vous, une femme sérieuse ! Encore allez-vous plus loin que les autres, et me déclarez-vous tout uniment un sot et un fat pour comparer ce peintre au soleil ! Et Anstide partit d’un inextinguible éclat de rire.
Quoi! reprit-il, au milieu de sa gaité, ce Monsieur qui s’habille en manière de jeune France, qui était ce soir frisé comme un king’s-Charles;ce Monsieur, qui nous a tant fait rire, Alice, Nina et moi, il y a trois jours à peine, serait cet épouvantail et ce mangeur de cœurs !
Voilà une bonne joie qui compense ma mauvaise humeur ; je vous assure, ma mère, que vous me rendez bien heureux !» — Et de rire.
— Qu’est-ce que cette rencontre dont vous me parlez ? demanda gravement madame de Saint- Hangest.
Aristide raconta ce que nous savons et décrivit avec un feu d’artiüce de plaisanteries le costume de Napo.
— C’est plus dangereux encore que je ne pensais, dit-elle, car il était fort 'bien vêtu ce soir et n’avait point de mise tranchante. Il se sera
senti ridicule vis-à-vis d’elle, et déjà il a abdiqué ce stoïcisme qui consiste à heurter le qu’eu dira-t-on. Vous voyez que c’est sérieux et que ce goût pour Alice remonte à plusieurs jours.
— Comment, ma mère, vous persistez ?
— Éceutez-moi. Si vous étiez moins jeune, vous sauriez combien l’imprévu nous attire, nous ajitres femmes, et comme le ciel a voué le plus clair de nous-même au dieu caprice, à la déesse fantaisie. Personne n’est là pour répéter mes paroles. Retenez cette comparaison risquée, mais vraie : y a-t-il à côté d’une route frayée, large et commode, un chemin montant, sablonneux, malaisé, mais inconnu, les chèvres y entrent, les femmes s’y précipitent.
L’imprévu, le fruit qu’on défend, c’est ce Monsieur. Alice est un bel oiseau emprisonné, qui se sent avec des ailes un besoin de liberté. Elle comprend d’instinct qu’il y a d’autres hommes plus intéressants, pour elle que vousmême. Sa curiosité se portera, s’est portée sur ce peintre. Elle tournera autour de lui. Elle le sondera et ira par le chemin dont je vous parlais, d’inductions en inductions, de découvertes en découvertes, augurant avec un rien d'une grande qualité morale, et rencontrant à chaque pas cette jolie chose que vous savez si. mal, l’a-
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mour. Et celui qu’elle rencontrera, ne vous y trompez pas ! sera contagieux, parce qu’il sera vrai. Et n’allez pas croire que tout cela soit difficile et nécessite bien des entrevues ! Ce jeune homme est son voisin ; un rideau est vite soulevé, une parole vite entendue, un regard bientôt échangé, lorsque l’on n’est qu’à quelques pieds l’un de l’autre.
Ajoutez qu’il est ce qu’on nomme un artiste.
Vous rendez-vous bien compte de ce que c’est qu’un artiste ? C’est ce dieu de tout-à-l’heure personnifié, c’est le caprice, c’est une sorte d’insaisissable Protée dont on ne peut définir le caractère propre ni prévoir la conduite, parce qu’il diffère le lendemain de ce qu’il était la veille.
Enfin on ne peut prévenir la famille, car une fois la jeune fille entravée, elle préférera de suite celui qu’on lui défendra.
Il faut donc savoir, puis il faudra savoir agir. En attendant, soyez prudent, soyez aimable plus que jamais.
Là-dessus la mère et le fils rentrèrent, médiocrement satisfaits de ce fameux bal, qui avait tenu trop ou trop peu ce qu’il avait promis.
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. Oh 1 les charmants jours que ceux qui suivirent cette soirée ! jours de soleil et jours de joie !
Avril était arrivé. Vous savez comme la sève du renouveau nous pénètre et nous vivifie, et comme les rayons du soleil sont encore de gais amis, de retour après une longue absence.
Tout les recherche, l’hiver seul s’enfuit de toute la vitesse de ses patins, laissant les hirondelles maîtresses de l’éther, et les violettes écloses au plus profond de la mousse...
Jam satis terris nivis , dit Horace. Assez de neiges ; que la terre s’épanouisse et que l’homme respire.
Ce beau printemps était au fond du cœur de Napo, tout aussi éclatant, tout aussi splendide. Napo riait toute la journée, faisant concurrence à Nina.
Clodomir, tout en cherchant le mot de l’énigme, profitait de la fête de l’âme de son fils. Il ignorait bien, le cher homme, que toute cette joie venait de ce qu’il passait toutes ses journées avec sa petite femme. C’est ainsi qu’il appelait
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depuis ses grades résolutions mademoiselle Quellot.
Rien n’était plus innocent, au moins, et les anges eux-mêmes eussent été jaloux de cet amour ultra- platonique.
Napo leur ressemblait par un côté dans leurs affections humaines. Il aimait en restant invisible. Il avait installé son atelier dans une partie demeurée vide de la serre et qui donnait en plein sur le jardin des Quellot.
— D’habitude les jeunes filles et la mère venaient y travailler pendant les heures chaudes de la journée Alors les voix montaient jusqu’au peintre qui se laissait aller à écouter, à regarder, à être heureux de toute son âme. Cela en fumant sa longue pipe culottée, seule confidente de son secret. Il se cachait comme un criminel : tout au plus entre les rameaux d’une vigne qui tapissait le vitrage aurait-on parfois entrevu une ombre qu’un regard curieux faisait évanouir. Voilà ce que Napo, dans son fort intérieur, appelait vivre avec sa petite femme, et voilà l’homme qu’avait calomnié madame Quellot.
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Un matin mademoiselle Alice vit à terre une magnifique fleur écarlate. Elle passa outre, mais Nina la ramassa, chercha naïvement au milieu des plantes celle qui l’avait produite, et, ne la trouvant pas, s’écria après un examen plus attentif :
— Mais c’est un camélia, vois donc, Alice I
Alice, qui se doutait peut-être que cette
scène avait un témoin secret, était occupée à rougir horriblement et à ne pas le faire voir. Elle ne répondit point. Alors Nina, avec une impatience d’enfant, lui approcha la fleur du visage et lui dit :
— Mais réponds donc ! Qu’as-tu à bouder ?
Alors seulement elle vit les joues cramoisies
de sa cousine. Elle recula de deux pas en s’écriant :
— Eh bien ! pourquoi donc rougis-tu ?
— Mais je ne crois pas rougir, dit Alice.
— Mais si, je te dis que tu rougis, et cela n’est pas sans cause. Est-ce pour ma fleur ? Je parie que tu es jalouse de me l’avoir vu ramasser.
Et la charmante enfant, croyant avoir deviné
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et joignant l’acte à la pensée, décora la ceinture de sa cousine du beau camélia; ce qui augmenta encore l’embarras d’Alice.
Le jeter, c’était faire voir à un audacieux qu’on avait deviné l’origine du présent ; le garder c’était laisser croire qu’on était sensible à ce qu’elle nommait une impertinence. C’était perplexe.
— Garde-la, dit-elle à Nina.
— Non pas, dit celle-ci.
— Je t’en prie.
— Non.
— Je t’en supplie, ma petite sœur.
— Mais alors me diras-tu pourquoi tu rougis?
— Pourquoi ?
— Oui.
— Parce que je sais d’où cela vient.
— Mais, au fait, dit Nina qui réfléchissait pour la première fois, moi je ne le sais pas.
— Cela vient de la serre de M. Guignet.
— Ah ! ah !
— C’est le peintre qui l’aura jetée.
— Tiens, tiens, tiens, fit Nina, la regardant 1 en face et se mettant à rire.
— C’est-à-dire, corrigea Alice, je le pense.
— Oh ! alors, moi j’en suis sûre. — Oh ! Nicette quel bonheur ! (Nicette était le diminutif d’Alice, le nom caressant). Quel bonheur, nous
avons un amoureux ! un vrai ! un amoureux qui jette des fleurs, qui écrit des billets doux, qui n’a pas de cravate blanche, un amoureux qui fait des déclarations ! oh I Nicette !
Ceci était dit à demi-voix ; mais nous savons à quoi nous en tenir sur le mezzo-voce de Nina. — On peut aisément imaginer la terreur d’Alice qui savait fort bien ce qu’étaient les ombres dans la vigne. Mais elle comprit que la situation était grave. Elle prit toute pâle la main de Nina, et lui dit très-bas, en jetant en haut un coup d’œil rempli d’énergiques protestations.
— Tais-toi, Nina ; il entend ce que tu dis.
Ce fut le tour de Nina de passer par toutes les couleurs du prisme.
A tout prendre, avec le respectueux Napo qui avait fort bien compris le regard de sa petite femme, la position était sauvée. Mais, au moins, un grand pas était .fait. Alice savait où était Napo, et bien qu’elle ne l’eût jamais manifesté, elle savait à n’en pas douter combien il s’occupait d’elle, et connaissait son observatoire.
Peu s’en fallut que dans son candide saisissement le peintre ne quittât la place. 11 resta cependant pour voir Alice jeter à terre cette fleur fatale, et les deux jeunes filles s’éloigner sans se presser et sans tourner la tête. Napo resta seul dans sa vigne. Le soir de ce jour il
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n’y avait plus dans les allées de M. Quellot de camélia rouge, et dans tout Avesnes vous n’en eussiez trouvé qu’un s’épanouissant dans l’eau sur une cheminée de chez M. Clodomir Guignet.
Un jour, madame de Saint-Hangest arriva de meilleure heure, et prit place au cercle du jardin.
Aristide était à l’audience. Elle dit sans affectation à madame Quellot :
— Voici M. Clodomir qui émonde ses rosiers.
Quelle bonne physionomie de vieillard ! Ce doit être un brave homme. Au fait, pourquoi ne le voyez- vous pas ?
Madame Quellot,. stupéfaite, resta un moment sans répondre. Alice cassa son aiguille et Nina son fil. Madame de Saint-Hangest continua à promener son tranquille regard sur les assistants et attendit.
— Pourquoi nous ne le voyons pas! s’écria enfin madame Quellot, mais parce que ses opinions sont opposées aux nôtres, parce que cet ancien viveur tient pour préjugés ce que nous respectons. En affichant un luxe insolent, il se croit le
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droit de ridiculiser notre manière d’être. Au moins notre fille possède une grosse dot, tandis que, grâce à son incurie et à ses folies, son fils n’a ni état, ni principes, ni fortune.
— Mais je trouve que vous vous trompez étrangement, ma chère dame, dit la baronne, vous m’aviez fait un monstre de ce jeune homme à qui j’ai trouvé des manières de bonne compagnie, et plutôt de [a timidité vis-à-vis du monde que de l’effronterie. Vous blâmez M. Clodomir de n’avoir pas vos idées, ni vos goûts. Mon avis est qu’il faut laisser à chacun sa liberté d’agir. Permettez-moi de vous dire qu’il y a là un peu de prévention.
— Mais il s’est moqué de nous 1 exclama madame Quellot.
— Bahl voilà, en vérité, de bien affreuses médisances 1 Vous le méconnaissez, peut-être ?
— Quoi, vous voudriez le voir admis chez nous ?
— Je ne dis pas cela. Je ne veux rien, je vous empêche d’être injuste, voilà tout.
— Mais, Madame, nous avons des jeunes filles ; et si le jeune homme accompagnait son père!..
— N’en parlons plus. Au reste, je ne sais pourquoi je me fais ainsi l’avocate de gens que je ne connais pas. ,
LA MARE AUX OIES. 75
— C’est que vous sembliez y mettre une chaleur ! On eût dit un reproche caché.
— Moil je n’ai rien reproché, à Dieu ne plaise, J’ai dit seulement que ce jeune homme avait moins mauvais ton que vous ne me l’aviez dit. J’ai peut-être ajouté qu’il avait un état lucratif et amusant, qu’il embaumait la verveine au lieu de sentir le tabac, mais je n’ai rien insinué de plus.
Alice leva sur madame de Saint-Hangest de beaux yeux doux et caressants. C’était rare, mais la baronne, quiregardait Nina, ne dut point s’en apercevoir.
— Je viens vous prendre pour une promenade dit tout à coup la dame.
Les jeunes filles acceptèrent avec empressement.
Il faisait un temps admirable ; on suivit le bord de l’eau par des sentiers qui couraient à travers la prairie. Les herbes déjà hautes et vertes étaient semées de grandes pâquerettes et de jacinthes. D’espace en espace des touffes de myosotis des prés invitaient à se baisser ; les papillons et les mouches dorées volaient dans les fayons du soleil. Nina, chargée de bouquets énormes et fatiguée par deux heures de promenade, fermait la marche avec la baronne.
— Voulez-vous me donner le bras, Nina? je suis lasse, dit celle-ci.
LA MARE AUX OIES
— Oh ! bien volontiers, Madame, réponditelle.
— Savez- vous, mon enfant, que vous devenez chaquejour plus charmante, et que. voici le temps, comme pour Alice, de vous choisir un mari?
— Ohl Madame, rien ne presse je vous assure.
D’ailleurs je ne suis pas riche comme elle, et le choix parmi ceux qui ne se présentent pas n’est guère embarrassant.
— Si fait, Mademoiselle, croyez-en une vieille femme qui n’est point aveugle. Il y a par le monde des jeunes gens qui pensent comme je vous dis.
— Qui donc, Madame ? Lesquels ?
— Fi ! la sournoise qui ne sait peut-être pas ceux qui lui font la cour.
— On me fait la cour, à moi?
— Assidûment.
— Oh ! Madame, ceci est bien fort ! mais comment alors ? car je n’en sais rien, je vous le jure.
— Et ce peintre qui ne vous a pas quittée des yeux pendant le bal, ce peintre qui est votre, voisin et qu’à chaque instant vous devez voir. Cela s’appelle un amoureux, Nina. Voyons, soyez franche avec votre vieille amie, avouez que vous avez remarqué tout ce petit manège.
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— - Oh ! par exemple, Madame, je n’ai rien de pareil à avouer.
— Eh bien ! vous avez réellement tort, car si cela vous eût convenu, jé vous aurais aidée de tout mon pouvoir. Je conçois si bien qu’il soit triste pour vous d'assister au bonheur d’Alice ! Etre demoiselle d’honneur ne sera à cette jalousie bien naturelle qu’un mince dédommagement. Savez-vous aussi que M. Napoléon Guignet aura un jour plus de dix mille livres de rente!
Savez-vous qu’il a un talent d’avenir.
— Mais, madame, est-ce donc moi qu’il aime?
— Comment, ma fille, qui pensez-vous donc ?
Toute la ville sait bien qu’Àlice est fiancée, et ce jeune homme ne l’ignore pas plus que les autres. D’ailleurs il s’est informé de vous.
— Dites- vous vrai? s’écria Nina presque persuadée.
— Je vais essayer de vous le persuader à vousmême. Voyons, n’a-t-il jamais tenté de se rapprocher de vous ?
— Jamais.
— N’appar&ît-il pas à sa fenêtre dès qu’il vous voit descendre au jardin ?
— Jamais, madame.
Décidément, pensa la baronne, je n’ai pas la main heureuse.
l,A MARE AUX OIES.
— Me serais-je donc trompée, dit-elle tout haut.
Ainsi il pousse la discrétion jusqu’à ne pas
donner signe de vie ? — Brave garçon 1 vous voyez comme on écrit l’histoire ! Après tout, peut-être n’a-t-il pas les projets qu’on lui prête.
— On lui prête des projets ?
— Celui de faire la cour à une des demoiselles Quellot. Comme ce n’est pas Alice, ce doit être vous.
— Mais, au fait, pourquoi pas ? se dit Nina à demi-convaincue. Puis elle continua tout haut, suivant le lil de sa pensée : c’était donc à mon adresse cette fleur de l’autre jour ?
— Une fleur ! voyez- vous ! dit la baronne transportée.
— Oui, Madame, un beau camélia rouge que j’ai trouvé dans une allée.
— J’en étais sûre ! et vous l’avez ramassé ?
— Non, Alice l’a rejeté.
— Elle a bien fait, il ne faut pas vous compromettre, mon enfant, il faut attendre qu’il essaie une démarche en règle. Mais, d’abord, vous plaît-il?
— A vrai dire, Madame, je ne l’ai pas bien regardé, au moins à ce point de vue là, ajoutat elle en riant. Il ne me semble pas non plus mériter l’opinion sévère de ma tante.
LA mare aux oies.
— Vous m’avez entendu à ce sujet. Ce sera pour vous uu excellent parti que vous auriez tort de repousser. Laissez-le faire s’il continue d’agir avec réserve. Taisez tout cela à votre cousine, et faites-moi part de ce qui arrivera.
— Oui, Madame.
A ce moment on rejoignit les dames Quellot.
On allait atteindre la ville, quand on rencontra maître Aristide venant au-devant des dames.
Il était vêtu de coutil blanc, avait uu délicieux panama et une cravate de soie grise. — Vous voyez que les changements à vue marchaient aussi vite que dam Pied de mouton.
Alice, la jolie machiniste, souriait en laissant voir ses petites dents de perles. Mais ce sourire était distrait et courait, je. vous assure, après cet autre personnage séduit et transformé, qui, pareil au cerf du bon Lafontaine, était pris dans une vigne et ne pouvait s’en dépêtrer.
Nina, elle, s'était écriée :
— Ah! Monsieur le baron, que vous êtes gentil !
Le premier résultat obtenu par la mère de M. le baron était d’avoir ramené à Napo, qui n’en demandait pas tant, deux amoureuses au lieu d’une, sous l’escorte de M. Aristide, qui n’en avait plus du tout.
LA MARK AUX OIES
Ne croyez pas que ce fût la seule faveur dont madame de Saint-Hangest par une politique ténébreuse combla Napo.
Lelendemaiu, notre brave réaliste fumait dans son atelier, comme un de ces Suisses qui ont la réputation de si bien fumer. Nina, soucieuse depuis la fameuse conversation, levait dé temps à autre vers l’observatoire un regard inquiet. Non qu’elle fût coquette ; mais le germe hardiment jeté par la baronne avait poussé. La gaîté s’était enfuie à tire d’ailes devant la pensée grave qu’elle allait voir aussi son fiancé, son amoureux, comme elle disait.
La nécessité de conserver pour elle un secret, cette chose qui s’échappe si vite des jeunes filles, l’ennui de ne rien voir venir, la crainte d’être déçue, avaient bien changé son charmant caractère.
Quand ces sortes d’idées s’attachent à l’esprit oisif d’une enfant comme Nina, pareille à des plantes parasites, elles étendent au loin leurs racines et envahissent l’âme.
— Eh bien ! lui dit à part madame de Saint-
LA MARE AUX OIES. 81
Hangest, une semaine après la promenade dont nous avons parlé, qu’y a-t-il de nouveau ?
— Mais rien, Madame, dit-elle avec un dépit qui, malgré elle, la fit rougir.
— Ainsi il n’a rien dit, ni rien fait ?
— Non, Madame, je ne l’ai pas même vu, et je crois qu’il se sera moqué de moi. C’est une grande méchanceté de me compromettre ainsi. Le silence était si facile ! — Ici de grosses larmes lui vinrent aux yeux. — Aussi, ajouta-t-elle, croyez, Madame, quej’en parlerai à ma tante.
— Gardez- vous- en bien, mon enfant ! s’écria la baronne qui avait ses raisons pour, craindre les explications. Je verrai ce jeune homme demain ; j’ai un moyen pour cela, et je saurai la vérité, -je saurai lui faire les reproches qu’il aura mérités. Pas de scandale, croyez-moi, c’est une pierre qui retombe trop souvent sur celui qui la lance.
Et le lendemain, au moment oii Napo fumait, où Nina soupirait, parut dans l’atelier Clodomir, s’effaçant avec la même galanterie qu’en 1 825 pour laisser passer devant lui la baronne de Saint-Hangest en robe de soie traînante, fort bien gantée et fardée d’un sourire aussi jeune que la révérence de Clodomir. Cela fit que Napo, troublé dans sa contemplation, se leva précipitamment et resta stupéfait de tant d’honneur.
LA MARE AUX OIES
Il connaissait de longue date la dame, puisqu’elle faisait partie intégrante de la petite société dont il était membre caché. Il se troubla donc beaucoup, comme tout coupable qu’on prend la main dans le sac. Pourtant il se remit tant bien que mal, dissimula honnêtement sa pipe, et, en garçon d’esprit, se mit immédiatement à la hauteur de ses fonctions de maître de maison, quelque étrangères qu’elles lui fussent.
La baronne, plus que jamais souriante, jeta négligemment par le vitrage un coup d’œil qui perça la vigne d’outre en outre, et avec elle le mystère de Napo, puis elle dit :
— Vous devez vous étonner de ma visite, Mon-
sieur, mais une femme de mon âge n’a plus heureusement à reculer devant les moyens et les jeunes gens. J’avais une prièce à vousadresser.
— Croyez, Madame, que si je pouvais vous être utile ou seulement agréable, je serais bien heureux, dit Napo plus que jamais intrigué.'
Et il offrit à la baronne le siège rustique qu’il occupait tout à l’heure. Elle accepta; les deux Guignet restèrent debout devant cette grande dame, qui n’était alors sous l’abri de son mas- 'que qu’une grande comédienne.
— Comme tous vos concitoyens, Monsieur, continua-t-elle, je connais votre remarquable ta-
LA MARK AUX OIES
lent, et votre arrivée a été une bonne fortune pour moi. J’ai pensé que vous ne refuseriez pas de me faire mon portrait, le portraitd’une vieille femme bien peu digne sans doute de votre pinceau. Ah ! si c’eût été il y a trente ans, je ne dis pas ; mais vous serez forcé de prendre ce qu’il en reste.
— Ah ! Madame ! dit Napo -Avec sa brusque franchise, on ne peut assurément garder ses quinze ans fleuris ; mais, bien que vous soyez vieille, les années, qui ont pris votre jeunesse et flétri votre visage, vous ont donné l’expression fine et grave à la fois, et le sourire qui cache la pensée... C’est encore un genre de beauté que nous aimons, Madame, nous- autres réalistes qui voyons le beau dans un côté de toutes choses.
La première partie de ce petit discours qui eût été agréable aune nature moins artificieuse que Madame de Saint-Hangest, lui fit faire une grimace intérieurement. La seconde, bien inattendue, la chatouilla profondément. Elle crut notre héros habile quant il n’était que vrai.
Les géns à double face sont ainsi faits que, vis-à-vis des autres, ile entendent toujours, non ce qu’on leur dit, mais ce qu’on veut leur dire. Trop gratter cuit, dit un vieux proverbe populaire, trop finasser nuit.
LA MARE AUX OIES
— Quel danger j’évite I se ditceJanus femelle Ainsi, continua-t-elle, vous consentez ?
— De tout cœur, Madame ; d’ailleurs n’est-ce pas mon métier?
— Gela doit vous paraître étrange, M. Clodomir, dit-elle en se tournant vers celui-ci, de voir une vieille femme comme moi se faire peindre ; mais, que voulez-vous, cà notre Age, les affections se concentre sur nos enfants. Je suis un peu jalouse, je l’avoue, qu’au milieu des entraînements de sa vie, Aristide ne m’oublie pas.
Grâce à votre fils, et c’est faire en deux mots le plus bel éloge de la peinture, sa vieille mère ne mourra pas tout entière.
— Ceci était trop dans les idées sentimentales du bon Clodomir, pour que ce charlatanisme ne l’émût pas.
— Et comment donc ! Madame, s’écria- t-il, une bonne mère comme vous pourrait-elle périr dans le cœur de son fils ? Ceux qui vous ont connue, les indifférents vous retrouveront assurément sur cette toile ; mais s’il existe un homme au monde qui n’en doit point avoir besoin, c’est votre fils. J’en juge au moins par mon Napo, qui, j’en suis certain, se souviendra de son père sans avoir besoin de son portrait.
— Toi ! s’écria Napo qui sentait les idées noires de Clodomir derrière cette sortie touchante,
LA MARE AUX OIES
tu vivras plus longtemps que moi. Pour vous, Madame, vous avez ma parole. Quant aux conditions:
— Les miennes, interrompit la baronne, sont d’avance les vôtres, quelles qu’elles puissent être.
— La première, Madame, je me la fais à moimême, c’est de vous peindre assez ressemblante pour que vos descendants ne perdent au moins que l’âme d’une si bonne mère.
Ceci avait été dit en toute bonhomie ; mais la baronne crut y distinguer une intention ironique.
— Où prendrons-nous séance ? dit Napo.
— Mais ici, dit la baronne, qui croyait désormais savoir son homme et, s’imaginant le gêner beaucoup, avoir usé d’une haute politique.
Encore une erreur, car Napo n’était point habile et n’était point hardi.
Il avait tout bonnement craint d’ abandonner chaque jour, pendant de longues heures, son innocent observatoire, et la blonde Alice sa petite femme. La baronne, cette dame habile, ce parangon des intrigantes, en adoptant la serre pour lieu des séances, avait levé la difficulté. Tout allait donc bien pour cet optimiste qui n’avait rien à cacher que lui-même, et se souciait aussi parfaitement q>eu de madame de Saint-Hangest
86 • LA MARE AUX OIES
posant dans un fauteuil que du baron croisé dont elle se disait descendre.
Ils arrètèrentensembleque l’on commencerait le lendemain. Enfin la dame fit à notre réaliste un salut d’adieu. Elle remplit ce salut-là d’ironie, elle le releva d’une pointe de triomphe et partit sûre d’avoir trouvé un adversaire terrible et digne en tous points de jouer son jeu. Elle laissa Napo coiffé de sa jolie petite haine et courbé en deux.
Clodomir la reconduisit jusqu’à la porte de la maison. — Pendant trois jours Avesnes tout entier s’occupa de cette visite, et entassa un Pélion de conjectures sur un Ossa de commentaires.
Notre lecteur a sans doute déjà deviné le but de la douairière. C’est de savoir par Nina toute la petite intrigue qu’elle soupçonne, et d’engager Napoléon Guignet dans une séduction imaginaire. Elle persuadera peu à peu que le fils de Clodomir aime la pauvre Nina. — On mettra celui-ci en mesure de se prononcer au sujet de sa victime. Il refusera naturellement, et voilà les chiens lâchés, voilà le haro général.
LA MARE AUX OIES
— C’est, se promet-elle de dire, un Don Juan qui n’a ni foi, ni roi, ni loi, ni Dieu. — H est perdu dès lors dans l’esprit d’Alice par la jalouT sie et le dépit, dans l’opinion du monde par le scandale. Le pauvre Napo se trouve comme une mouche au milieu d’une toile d’araignée, tissée avec art. Ses ailes sont prises, et à chaque mouvement qu’il fera, il s’empêtrera davantage dans ces filets.
Pour le moment, la dame, en allant chez ce peintre, a voulu s’assurer par elle-même de la position et des moyens de l’ennemi.
Elle a fait en termes militaires ce qu’on appelle une reconnaissance offensive. Elle se ménage ainsi le droit de dire : « J’ai vu » ce qui est un avantage stratégique important.
Malgré son nom qui fut le palladium de la victoire, l'infortuné Napo n’était que trop exposé à une défaite ; mais il lui restait un allié, la Fortune, et, grâce peut-être à ce -même nom, la coquette ne lui fit pas défaut.
Nous ne suivrons pas ces premières et fastidieuses séances pendant lesquelles le peintre drapa son ennemie, et la plaça lui-même dans
LA MARS AUX OIES
un fauteuil. Il fit un fond pour son tableau de toutes les belles plantes exotiques que contenait la serre, mit la dame au centre d’un fouillis de verdures tropicales, l’entoura de parfums et de fleurs indiennes. Enfin il réchauffa ce serpent de tout le feu de sa verve, et le désennuya tant qu’il put. A ce point que si la baronne n’avait vu en lui un adversaire dangereux, elle se fût considérablement amusée de ses saillies, de ses mots pharamineux et de cette revue pittoresque qu’il fit de tout Avesnes.
Une après-midi, M. Aristide, qui ne passait guère que ses soirées chez Madame Quellot, arriva vers deux heures, au moment où les dames se trouvaient dans le jardin. En le voyantentrer, Napo fit, à l’abri de son tableau, une grimace significative.
— Mais nous ne voyons plus Madame votre mère ? dit Madame Quellot.
— Chut! c’est un secret d’État. Elle fait faire son portrait.
— Son portrait ! s’écria-t-on en chœur.
— Et par qui ? ajouta Alice.
— Par M. Napoléon Guignet, répondit Aristide, l’ami de Mademoiselle Nina.
Aristide avait, à force de réflexions, étouffé le germe de prudence que sa mère avait jeté en lui et ne croyait pas du tout qu’il fût possible de
LA MARE AUX OIES
mettre en parallèle Napo, cette manière d’homme carré par la base, avec un jeune avocat, gracieux, élégant, joli comme tout et perfectionné autant que peut l’être un homme qui pourrait presque demander un brevet de gentillesse.
Pour rien au monde il n’eût voulu paraître jaloux. Il eût même, au besoin, par vanité, fait l’éloge de son rival.
A cette nouvelle inattendue, Nina fut enchantée, Alice leva ses grands yeux interrogateurs et sentit d’instinct quelque ruse de guerre. Madame Quellot, mécontente, hocha la tête.
— Oui, Madame, continua Aristide, j’ai fait ce que j’ai pu pour la dissuader, mais je n’ai„ point réussi ; elle prend séance.
— Où cela ? dit Alice vivement.
— Mais là, fit le jeune homme en levant le doigt vers la serre.
Alice pâlit de colère. Elle avait compris qu’elle était espionnée. Cette tyrannie de la part d’une femme qui n’avait aucun droit sur elle, et qui s’arrogeait journellement celui de lui imposer son fils parut exorbitante à la jeune fille. Aristide lui fut plus désagréable que jamais, et Napo, qui depuis l’aventure du camélia était resté sur le même échelon tant la balle avait été effarouchée, Napo remonta de tout ce que descendit le jeune baron.
LA MARE AUX OIES
Elle prit une résolution subite, *et avec son sourire le plus câlin :
— 0 maman, dit-elle, quelle bonne idée me ^ vient ! Allons tous ensemble assister à cette séance : je serai si heureuse de voir peindre ! et on dit la serrede notre voisin si jolie î... Madame de Saint-Hangest sera bien contente.
— Oui, fît Nina radieuse, oui, ma tante, je vous en prie ; elle est charmante, ton idée, Nicette ; je vous en fais juge, Monsieur l’avocat ?
M. l’avocat se moucha bruyamment et reproduisit exactement la même grimace que Napo.
Il se mordit les lèvres jusqu’au sang, et, devant ce résultat imprévu de son indiscrétion, craignit un terrible orage maternel.
Madame Quellot refusa net. Elle avait à cœur les plaisanteries du peintre. Pourtant ce que femme veut, Dieu le veut ; à force de prières, à force de lui répéter les argumens de la baronne, la bonne dame se laissa gagner.
D’ailleurs, à vrai dire, elle ne voulait à aucun prix déplaire à son amie. Elle cnit lui donner une preuve de condescendance en revenant ainsi sur ses opinions, et en accompagnant jusque dans l’antre de Napo, Madame de Saint-Hangest.
On mit les chapeaux à la hâte, le silence se • rétablit dans le jardin des Quellot, le pauvre
LA MABE AUX OIES
Napo poussa un soupir de regret en voyant sa petite femme s’éloigner. La baronne eut un sourire diabolique.
Mais voici bien une autre affaire. Sylvestre entre chargée de sièges, Glodomir reparaît la bouche en cœur, et introduit à la file dans l’atelier, d’abord la respectable Madame Quellot, toute de noir habillée ; puis, comme contraste, la sémil- / lante Nina, nageant dans le rose et dans la joie, mais confuse pourtant à cette heure, et qui voudrait être Sutre part.
Enfin, marchant la dernière, les sourcils froncés, l’œil impérieux , Alice qui choisit pour répondre à je ne sais quelle série de questions de M. Aristide, le moment où elle entre :
— Tenez, mon cher Monsieur, je ne puis vous dire qu’une chose : c’est que vous m’impatientez.
Il faudrait le pinceau de quelque autre réaliste ou la plume de Champfleury pour rendre ce tableau avec toutes ses expressions.
Napo perd la tête et prononce des paroles intelligibles. La baronne passe en un instant du grave au doux, du plaisant au sévère, et s’arrête un moment sur le sévère, afin d’adresser à son fils un terrible geste d’impatience. Glodomir offre des chaises, Nina contemple ses pieds, Alice regarde la baronne, Celle-ci a déjà repris