‹ Par dessus le mur nouvelleChapitre 5 sur 9 · I.A MARE AUX OIES · texte numérisé non relu

I.A MARE AUX OIES

de ne pas reculer d’uue semelle, était un peu pâle.

— Veuillez ôter votre habit, Monsieur, lui dirent les témoins.

Dès qu’il fut en manches de chemise, on tira 'es épées au sort, et on lui mit en m|jn une épée de combat, à lame longue et pliante comme un jonc, à coquille percée à jour pour arrêter la pointe ennemie et garantir le bras et le poignet

On choisit un joli endroit tapissé de fougères et de violettes.

— En garde. Monsieur, dit le plus. ancien officier.

Aristide contempla un instant avec regret la voûte du ciel resplendissante, puis, prenant une résolution énergique et se fiant à sa science, il engagea le fer.

Au premier essai de dégagement qu’il fit, Napo le laissa aller et para avec la même vitesse tranquille, que dans une salle d’armes. Cela fit réfléchir Aristide, qui pensa que les rapins ont quelquefois du bon, surtout l’épée à la main.

— 11 essaya ensuite deux ou trois coupés, Napo parait toujours.

— Mais allez donc, Monsieur! cria le jeune homme, qui suait à grosses gouttes.

— Qu’à cela’ ne tienne, dit Napo.

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Et, joignant l’acte à la parole, il lia avec une vitesse prestigieuse l’épée au demi-cercle, et, baissant la main, envoya l’arme d’Aristide de l’autre côté de la rivière.

— Voilà, Monsieur, dit-il.

Puis lui prenant la main :

— ^ous voyez, lui dit-il gravement, qu’il y a ceitaines plaisanteries dangereuses et des menaces qu'il ne faut pas faire à la légère. Ces Messieurs et moi nous tiendrons cette affaire secrète. Il vous sera loisible d’en faire autant. Dieu vous garde ! Monsieur.

Il salua et repartit pour Avesues avec les témoins de ce duel imprévu. Il ignorait que quelqu’un d’invisible avait assisté à toute cette scène. C’était madame de Saiut-Hangest. Se doutant de quelque projet caché, elle avait suivi les jeunes gens. Mère aimante et femme avant tout soigneuse de l’honneur de son üls, elle avait voulu que les choses eussent leur cours sans qu’elle intervint.

C’est ainsi que, soutenue par sa force de volonté, elle avait passé par des émotions effrayantes;, mais lorsque Aristide, triste et honteux, revint vers le château, elle se jeta à son cou et s’évanouit.

Cela prouve qu’une femme astucieuse peut avoir son bon côté.

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En ouvrant sa boîte de couleurs, Napo y trouva un bouquet de pensées, qu’il mit sous son oreiller.

Quand il s’agit de choisir l’endroit où l’on prendrait les bains de mer, ce fut une question grosse d’incertitudes. Les grandes villes de la côte étaient inabordables, disait madame Quellot. Elle revenait sans cesse sur le luxe des toilettes et le prix exhorbitant des loyers. C’était une ruine. Bref, poussée par Alice, qui ne se souciait nullement de partir, elle annonça qu’il ne fallait pas songer à s’y rendre dans des conditions aussi coûteuses. Ce fut alors qu’en désespoir de cause, la baronne arbora le petit village de Berck-les-Bains, à trois lieues de Montreuil-sur- Mer.

Là, dit-elle, on vit pour rien, j’ai loué cent écus pendant la saison une espèce de petit chàlet où nous tiendrons tous parfaitement à l’aise sans que nul vienne nous déranger. Bienquales baigneurs- y abondent, il règne à Berk la plus complète liberté d’allures ; pour ce qui est de la toilette, il est parfaitement inutile de songer à emporter des robes.

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— Mais alors, Madame !...

— Il vous suffira d’avoir des blouses de toile.

— Mais c’est parfait cela, dit M. Qiiellot.

— Oh! ma tante, je voudrais bien vous voir dans ce costume là.

— Je ne vois pas, ma nièce, ce que j’aurais de ridicule ; d’ailleurs la toile est une étoffe propre et saine. Et tenez, j’ajoute que ce que dit la baronne me décide et m’enchante.

Nous irons donc à Berck.

— Y danse-t-011, Madame? demanda Nina.

— Tous les soirs, ma mignonne; il y a dans l’établissement un salon destiné à cet usage.

— Alors partons tout de suite.

Et voilà comment la chose fut conclue, parce qu’il y avait à Berck le moyen de porter des blouses de toiles.

Le soir même, Napo reçut un petit billet sur lequel était écrit : « Berck. i>

Il baisa ce papier et se frappa le front à l’endroit où Gall place l’organe de la mémoire.

Cela n’eût aucun résultat. Il feuilleta le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie, et ne trouva rien. Cela devenait inquiétant. Alors Napo alla faire une visite au sous-prefet, qui reçut à merveille ce lauréat du gouvernement. Le lauréat causa de chose et d’autre, et amena habilement la conversation sur le cadastre. Il s’était'

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rappelé avoir vu à la sous-préfecture une réduction de la carte 'de l’état-major comprenant le Nord et le Pas-de-Calais. Naturellement le magistrat, à propos de cadastre, venta comme il le mérite ce beau travail. Napo prétendit qu’il n’avait pas le sens commun.

Le sous-préfet se fâcha, et entraîna bon gré mal gré le peintre dans son cabinet, où se trouvait la fameuse carte.

Les preuves à l’appui, il lui montra que c’était superbe. Pendant ce temps-là, l’autre se promenait sournoisement le long des côtes, et prenait des bains de mer en imagination. A deux centimètres de l’embouchure de l’Authie, Napo trouva son Berck entre deux hachures qui représentaient les Dunes. Le sous-préfet parlait avec un feu et un entrain digne des comices agricoles de l’arrondissement.

— Eh bien! lui dit-il, vous ai-je convaincu?

— Parfaitement, Monsieur, je suis maintenant tout-à-fait d’avis que la plus noble institution ' est sans contredit l’état-major.

— Au moins, Monsieur, dit le sous-préfet, il y a plaisir car vous êtes de bonne foi.

— Monsieur, dit Napo, j’ai l’honneur de vous remercier, puis il s’en alla.

— Mon père, dit-il à Clodomir, n’es-tu pas un peu souffrant?

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— Moi ! pas du tout, dit celui-ci, il y a longtemps que je ne me suis si bien porté.

— Ce n’est pourtant pas ce que ta figure annonce ; tu maigris, tu pâlis, tu manges à peine.

— Mais, j’ai déjeûné ce matin de trois côtelettes et d’une chaudière de chocolat.

— Mon père, il ne faut pas se fier à ces appétits factices qui sont toujours de fâcheux pronostics. Je parierais que tu ne dîneras point ce soir, car tu sais que toute action a sa réaction.

— Voyons, est-ce que vraiment j’aurais l’air malade, dit Clodomir qui s’effrayait déjà et se tâtait l’estomac.

— C’est-à-dire que j’en suis effrayé, tu changes à vue d'œil.

— Mais tu me fais peur, sais-tu bien, Napo ?

et si vraiment je ne dîne pas ce soir, je saurai à qui m’en prendre. Je me soigne pourtant de mon mieux.

— Oui, mais tu ne bouges pas; les ressorts s’usent et la vie diminue en toi. Tu as besoin d’air, de mouvement, de voyages.

— De voyages !

— Oui. Tiens, si tu veux, je vais t’emmener avec moi aux bains de mer; le vent y est vif, la vague vous secoue ; tu rajeuniras et tu épouseras au retour, l’autre petite cousine, mademoiselle Nina.

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— Ma foi, tu me tentes, mon garçon.

— Alors partons.

— Mais où irons-nous? que dis-tu de Boulogne, Napo ?

— Boulogne ! fi donc! tout le monde y court

— Alors Dunkerque?

— Dunkerque! personne n’y va.

— Mais où alors ?

— Écoute, j’ai découvert un endroit excellent où nous serons comme des coqs en pAte.

. — Où cela ?

— A Berck.

— Je ne connais pas.

* — Gomment tu ne connais pas Berk I Ah mon pauvre père! on voit bien que tu te ‘rouilles. Berck, le ren*dez-vous de la bonne société! ne pas connaître Berck !

— Au fait, ditClodomir tout honteux, je crois me rappeler.

— Alors, c’est entendu, mon père, nous y allons.

— Va pour Berck.

Les malles s’emplirent. On les hissa un beau matin sur la diligence et fouette cocher,- -on arriva sur la plage où devait se dénouer cette véridique histoire.

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Berck, à trois iieues de Montreuil-sur-Mer, est un grand liourg peuplé de marins, dont on ne saurait trop vanter l’intrépide courage et l’habileté .dans la pêche. L’enfant y marche à peine que déjà il est fait au dur roulis de ces barques non pontées qui courent hardiment sur la vague, et reviennent lourdes de congres et d’anguilles de mer. C’est une sobre et rude population ; les femmes halées, mais belles, les jambes nues et enfoncées jusqu’à la cheville dans le sable, travaillent toute la journée. Aussi, tout reluit chez elle d’une merveilleuse propreté. Les hommes partent avec le soleil et reviennent le soir chargés de leurs filets de pêche.

L’hospitalité qu’on y reçoit est grave et polie. Ils n’ont rien des mœurs de nos villages, et tiennent tout-à-fait de l’antique. Habitués à vivre au sein du péril, le caractère de ces gens-là se trempe à ce redoutable creuset. Les flots si dangereux de ces parages ont beau recouvrir leurs pères, les enfants courent yers l’Océan et les mères les y laissent aller. Il y a dans cette abnégation une sorte de grandeur, et, parmi tous les courages, ce n’est pas un des moindres que de

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braver chaque jour une mort sans gloire pour soutenir une vie sans plaisirs.

La mer qui baignait autrefois le pied de ces chaumières s’est aujourd’hui retirée.

Les dunes ont fondu avec le femps et d’autres se sont formées comme ceinture de l’Océan à une demi-lieue de là. On ne peut le voir; mais on entend du village le bruit incessant, le bruit éternel de ses flots qui se déroulent sur la plage.

En avant de ce bourg et éloigné de la mer d’environ deux portées de fusil se montre une hôtellerie de modeste apparence, mais où'l’on vit fort bien. En face se trouve pendant la saison l’établissement des bains, sorte de bâtiment en bois qui, se démonte en automne et se reconstruit au printemps. Il y a là une soixantaine de • chambres assez gaies si vous êtes joyeux, assez confortables si vous n’êtes pas difficile. Tout autour et au hasard se groupe la ville des bains, c’est-à-dire les baraques particulières ’bue les baigneurs apportent et qu’ils emportent avec eux.

Oh! la curieuse vie que celle-là! Point de chaussures, le sable ne les autorise pas ; point de robes, le soleil les déteint ; l’écume de l’eau les jaunit en deux heures : partant pas de cerceaux. Point de chez soi, c’est une ruche où cha-

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cun habite chez les autres. Du bruit, des chants et des rires, voilà ce qu’on y entend du matin au soir, et souvent du soir au matin. J’allais oublier l’orchestre , et ce n’est pas le moins curieux que cet orchestre adoré des jeunes filles, respecté des jeunes gens, protégé par les mères de famille. L’orchestre se compose de deux fifres et d’un tambour. Pourtant il paraît qu’on y a importé une chose bien curieuse et qui doit étonner ces déserts, je veux parler d’un. piano. Mais je n’en veux pas jurer.

C’est sur ce théâtre que viennent débarquer Nâpo le réaliste et son père Clodomir à l’hôtellerie du père Longavoine. C’est le nom de l’auberge, et, si bien son nom, que l’enseigne est tout bonnement le portrait en pied du propriétaire. Le cher homme y fume sa pipe d’un air tout-à-fait jovial.

Dès son installation à Berck, Napo fut un f^homme bien heureux. À l’aurore il était sur pied, courant à celui-ci et l’aidant de sa main vigoureuse à remettre sa barque à flot, tirant avec celui-là ses filets séchés par le soleil.

— C’est un fameux gars, disaient les gens de Berck.

— Et quand, poussant des han! sonores de toute la force de ses poumons, il tendait la voile contre le vent.

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— C’est un fin matelot, disaient les marins.

Aussi avait-il parmi eux beaucoup de sympathies. Napo leur allait. C’était à qui l’emmènerait dans les pèches côtières.

Il emportait son fusil et revenait avec une . cargaison d’hirondelles de mer et de courlis qu’il s’obstinait à faire manger au pauvre Clodomir. Au bout de huit jours, tout le monde connaissait Napo.

S’agissait-il d’une partie à organiser, les -dames couraient à lui. C’était l’homme aux expédients. Il disparaissait et on le voyait revenir transformé en ânier et chassant devant lui une demi-douzaine d’aliborons plus habitués à porter des choux, il est vrai, que des demoiselles ; mais, vous le savez, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Aussi les coursiers étaient-ils accueillis par des hourrahs.

Ajoutez que si, parmi ces ânes, il s’en trouvait 9 quelqu’un de rétif, Napo l’enfourchait luimême, et, fallût-il des prodiges équestres, parvenait à le dompter. C’était une chose plaisante, je vous assure.

Enfin, grâce à lui, on mangeait à table d’hôte du lapin de garenne et des bécassines. Bref on ne jurait que par lui, et Clodomir ne se sentait pas de joie.

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On vit enfin arriver à Berck toute la colonie d’Hilaret. One petite ferme voisine de la côte avait été louée par la baronne. Alice, le jour de leur arrivée, se promenant avec sa mère sur la * plage, aperçut notre réaliste qui, accoudé à la fenêtre, la dévorait des yeux.

Elle rougit beaucoup. Madame Quellot, qui avait la vue basse, ne vit rien de tout cela.

Le lendemain Madame de Saint-Hangest, qui se croyait bien débarrassée du peintre, prenait consciencieusement son bain avec cette jouissance que donne la tiède caresse de la vague quand un bateau pêcheur passa à côté d’elle, et son saisissement fut profond quand elle reconnut à bord Napo qui la saluait. Je vous laisse à penser si son plaisir fut empoisonné. Comment avait-il été prévenu de leur séjour à Berck, car cette rencontre ne pouvait être un hasard !

Par Alice, sans doute. Mais alors elle l’aimait donc bien ?

La baronne, qui savait sa petite Alice sur le bout du doigt, connaissait la force de volonté de cette jeune fille. Elle jugea que la situation devenait critique. Elle résolut d’employer les grands moyens et de prévenir Madame Queilot.

Dans le salon de l’établissement, elle trouva

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celle-ci en grande conversation avec des baigneuses. Du plus loin que Madame Quellot l’aperçut :

' — Arrivez donc ! lui cria-t-elle. Je vous donne en mille à deviner qui nous retrouvons ici?

M. Napoléon Guignet ! ma chère.

— Ah! répondit froidement la baronne.

Mais le soir elle prit à part la vieille dame et lui dit :

— Il est temps enfin, ma bonne amie, que je vous prévienne d’un grand danger. Savez-vous pourquoi M. Napoléon Guignet est ici ?

— Mais, dit Madame Quellot, par la même raison qui fait que nous y sommes.

— Nullement ; il est venu pour faire sa cour à votre Alice, qu’il espère épouser.

— Eh bien ! ma chère dame, répondit tran quillement Madame Quellot, il fera ce qu’ont fait tous les autres, il se retirera quand il s’apercevra que c’est peine perdue.

— J’ignore, Madame, si sa cause est aussi désespérée que vous le dites ; mais il a pour lui un bon avocat.

— Quel avocat?

— Votre fille. Sachez qu’ Alice aime ce jeune homme et le désire pour mari.

— Perdez- vous la raison, baronne? Où prenez-vous donc ce que vous dites ? ,

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. — Je le prends dans les faits. Et je vais vous prouver par vous-même que j’ai raison. Alice ne vous a-t-elle jamais demandé de reculer son mariage ?

— A vous dire vrai, si ; mais je l’ai, je vous jure, bien rabrouée.

— Et d’un. — Ne vous a-t-elle pas dit qu’elle était bien jeune, qu’elle n'avait pas un amour brillant pour mon fils ?

— Elle me l’a dit aussi. Mais je lui ai expliqué que l’amour était la moins essentielle des conditions.

— Et de deux. — Peu importe ce que vous lui avez répondu, ce n’est pas de vous que je doute. Eh bien 1 tout cela vient, chère Madame Quellot, de ce qu’elle aime quelqu’un ; de ce qu’elle adore ce peintre, et je vous parie qu’elle l’avouera si vous lui posez nettement la question.

— Voilà, dit Madame Quellot, qui serait particulier.

— Mieux que tout cela, chère dame, elle seule apului faire dire où nous allions pour qu’il vînt nous y joindre.

Pour le coup, Madame Quellot se leva. Elle était en colère, vous savez de ces colères froides et dangereuses, .particulières à certains dévots. Elle appela Alice, et lui dit sèchemeni devant la baronne :

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— Est-il vrai que vous ayez prévenu M. Guignet de l’endroit où nous venions prendre les bains ?

Alice devint très-pâle et ne répondit point.

— Répondez, Mademoiselle, lui dit sa mère, ayez au moins la franchise d’avouer vos fautes.

— Eh bien ! oui, ma mère, dit Alice, dont les larmes jaillirent et qui ne voulait pas s’humilier devant Madame de Saint-Hangest.

— Et, puis-je savoir pourquoi, ma fille?

— Parce que j’ai dit à ce j eu ne homme que je l’aimais.

— Vous êtes une malheureuse, dit Madame Quellot, vous allez rentrer à la ferme et vous n’en sortirez qu’à notre départ. Il ne peut s’effectuer de suite sans attirer des conjectures et des propos que je veux encore vous éviter, bien que votre conduite vous ait jetée en dehors de tous ces ménagements.

— Ma mère, je vous supplie au moins de m’entendre!...

* — Je croyais, Mademoiselle, vous avoir appris mes intentions formelles à l’égard de votre mariage ; n’y revenons pas, je vous prie. (Puis se tournant vers la baronne) : Vous avez ma parole, Madame, soyez assez bonne pour la garder et vous soucier aussi peu que moi de ces refus

.le

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d’uae enfant rebelle dont nous vaincrons, je vous le jure, le caractère et les caprices.

— Alice s’en alla donc et s’enferma, triste à mourir, dans sa ckarabrette. En vain Nina fitelle tous ses efforts pour la distraire de son chagrin. Muette et abattue, les yeux fixes, n’ayant plus d’espoir, Alice ne lui répondait pas. Quand on l’appela pour le dîner commun elle refusa de sortir de chez elle. Les mets qu’on lui envoya restèrent intacts. Elle garda cette immobilité jusqu’à ce que Madame de Saint- Hangest vint s’asseoir auprès d’elle et lui prit la main.

— Mon enfant, lui dit-elle, vous nous faites beaucoup de chagrin et vous vous nuisez à vousmême. A Dieu ne plaise que je veuille vous imposer mou fils. Calmez-vous donc, je vous en supplie eu amie, en seconde mère. Nous attendrons si vous voulez. J’ai si bien prié votre mère qu’elle consent à oublier votre petite inconséquence. Mais, ajouta-t-elle, en essuyant ellemême les larmes silencieuses qui coulaient sur les joues delà jeune fille, ne pleurez plus!

— Madame, répondit-elle, ma mère m’a ordonné de rester ici. J’y demeurerai donc seule et malheureuse, et ne quitterai cette chambre que le jour où on aura rompu ce fatal mariage.

— Eh bien ! mon enfant, nous le remettrons.

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Rassurez-vous, et reprenez votre existence au milieu de nous.

— Madame, j’ai dit rompre et non pas remettre. Le jour où M. Guignet, qui est mon fiancé de cœur, que j’ai promis d’épouser, qui est un honnête homme, sera admis ici, alors je retournerai au milieu de ma famille. Mais si c’est pour me retrouver en face de votre fils à qui j’accorde toutes les qualités qu’il possède en lui refusant mon amour, je ne bougerai pas d’ici. Ma volonté ferme et décidée est celle-ci : je ne signerai pas, je vous le jure, et, tout aussi bien que ma foi promise, je tiendrai mon serment.

A ceci il n’y avait rien à répondre.

— J’ai le regret alors, dit la baronne, d’avoir s amené jusqu’ici cette triste affaire, et j’ai la joie de rompre cette union avec une personne qui me donne à croire aujourd’hui qu’elle eût compromis ma famille.

Elle se leva et ferma violemment la porte.

Alors arriva Madame Quellot.

— Alice, lui dit-elle sans préambule, vous épouserez M. 1 de Saint-Hangest où vous n’aurez de moi ni dot, ni affection. Je sais bien que nous ne pouvons vous empêcher de vous compromettre. Vous épouserez donc s’il vous plaît, ce jeune peintre; mais vous ne rentrerez plus chez votre père. Vous aurez brisé le cœur de vos parents,

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vous aurez, ingrate, fait pleurer votre mère ; vous aurez empoisonné notre vieillesse ; nous demeurerons seuls, Alice, et nous aurons le chagrin de voir que vous aurez préféré, à nous qui avons pris soin de votre enfance, à qui vous devez la vie, un étranger, uif homme de désordre et de mauvais lieux. »

Elle avait, en parlant ainsi, des larmes dans la voix, et son émotion n’était pas jouée. Combien y a-t-il, hélas ! de mères ambitieuses qui finissent par confondre le bonheur de leur enfant avec ce qui comblerait leurs propres désirs !

Alice, en voyant pleurer sa mère, se jeta h son cou, et, la tête cachée dans sa poitrine, se mit h sanglotter amèrement.

— Voyons, Alice, lui dit celle-ci plus doucement, voyons, jna fille, reviens à des sentiments , meilleurs ; oublions, moi, ton imprudence, et toi ce fatal caprice !

— Oh! maman, s’écria la pauvre enfant, tu veux donc me faire mourir! Puisque tu le veux, je renonce à lui, mais à la condition de renoncer à tous deux ; car j’en suis venue à prendre l’autre en horreur. Laisse moi retourner au Sacré-Cœur, maman, je t’en supplie !

1.11e se jeta aux genoux de sa mère et lés embrassa. Madame Quellot, immobile et froide, la regardait sévèrement. Alors, comme cela arrive

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fréquemment chez les femmes nerveuses, son émotion grandit, ses pleurs s’arrêtèrent et la fièvre la prit.

Un tremblement général s’empara d’elle, elle resta étendue sur le parquet, dans un état effrayant. À cette vue, la nature chez sa mère, reprit le dessus.

Elle releva la jeune fille, la déshabilla ellemême, la coucha au milieu des plus terribles angoisses. Elle lui prenait les mains, l’appelait des noms les plus tendres, la conjurant de revenir à elle, et s’arrachant les cheveux de désespoir. Mais la commotion chez Alice avait été si forte, que le délire s’en mêla. Elle ne reconnut plus que Nina, accourue au bruit, et qui pleurait auprès d’elle.

— Emmène-moi, disait Alice, les yeux hagards et démesurément ouverts, emmène-moi, je t’en supplie. Des voici tous réunis dans la chambre rouge, ils veulent que je signe ou que je meure. Non, je ne signerai pas. Oh! vois-tu le fou d’Hilaret ? Il vient, vois-tu ces flammes autour de nous? Sauve-toi, Nina, je ne peux pas m’en aller.

Et elle se tordait dans des convulsions déchirantes.

— Mon Dieu ! s’écria madame Quellot, elle est folle ! Oh ! je suis une mère maudite, et vous me punirez I

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A ces agitations violentes, succédait la prostration. Le visage de la malade s’éclairait. Le voilà, il est assis là-bas dans la prairie. Il ne nous voit pas. Cachons-nous bien, Nina. 0 mon Dieu! il s’en va maintenant, il s’en va sans nous parler, Monsieur, écoutez-moi, je vous en supplie. Je vous aime bien, Monsieur, et ma mère m’a chassée pour cela. Ayez pitié de moi ! 0 mon Dieu ! chassée, reprenait-elle, insultée parce que je l’aime! Y a-t-il au monde une mère qui sacrifie ainsi son enfant !

Pendant ce temps, cette mère la regardait avec des yeux éperdus, et serrait dans les siennes cette pauvre petite main sèche et brûlante, sur laquelle tombait goutte à goutte, et sans qu’elle en eût conscience, des larmes plus brûlantes encore. La lueur vacillante d’une bougie éclairait cette triste scène, nul ne songeait à la nuit, à l’orage, à la mer, et pourtant ces trois choses réunies allaient jouer dans ce drame intime un rôle solennel.

Tout le jour une chaleur étouffante et lourde comme un manteau de plomb avait embrasé l’atmosphère. De grosses vagues sombres et huileuses

s’étendaient sur cette plage unie et tellement plate qu’à a marée basse on va jusqu’à plus d’un kilomètre de la côte à pied sec. Madame de Saint-Hangest, furieuse, était partie pour Montreuil après sa conversation avec Alice.

Elle n’avait pu emmener son fils qui dès le matin était en mer sur un bateau pécheur.

Vers sept heures du soir, d’énormes nuages, noirs comme de l’encre, déchirés par les éclairs et poussés par un violent vent d’ouest s’étendirent dans le ciel. Il fit nuit presque instantanément, car on ne peut nommer jour ce crépuscule blafard qui remplaça le soleil jusqu’au moment où l’obscurité devint complète.

La mer, jusqu’alors paisible; commença à sfi couvrir de petites vagues pressées et coupées à pic ; elle devint moutonneuse de bientôt enfin, lèvent qui avait chassé les vapeurs et amené l’ouragan, se déchaîna dans toute son horrible splendeur. Les vagues immenses de l’Océan, poussées dans le détroit resserré du Pas-de- Calais, gagnèrent enhautqur ce qu’elles perdaient en étendue et devinrent gigantesques.

La marée montait et avec elle arrivaient à la côte d’énormes masses d’eau. Le phare de Berck s’éclaira, et tout aussitôt ce qu’il y avait là de baigneurs hardis et curieux y coururent pour jouir du spectacle de la colère des flots.

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Ce fut alors que circula cette lugubre nouvelle : « Tl y a encore une barque en mer ! » A l’instant ce fut dans tout le village le même mouvement que dans nos villes lorsqu’il se manifeste un incendie ; on court aux pompes, on courut aux bateaux.

Ces femmes pâles et le désespoir dans le cœur, ces enfants qui s’attachent à leur père avec des cris, ces hommes énergiques qui déroulent des cordes, qui établissent des bouées, ces appels, ces encouragements, ces prières, tout cela entraîne et émeut les plus indifférents.

Enfin, pour compléter ce spectacle, on illumine de cent cierges la chapelle de Notre-Damedes-Dunes. On la nomme ainsi parce qu’elle est construite au milieu des sables, sur une dune élevée. Les fenêtres resplendissent, la nef s’emplit de femmes en larmes, un prêtre entonne Y Ave ma ris sic lia.

Touchant symbole ! pieuse croyance, qui ranime la confiance du matelot, excite son courage, lui rend ses forces et console son trépas. On la voit de loin sur la mer cette resplendissante chapelle, voisine du phare, ce secours des hommes à côté du secours de Dieu. Tous deux indiquent le port, et le matelot qui se sauve comme celui qui périt y trouvent l’espérance et la joie.

Une barque à la mer ! C’était une famille en

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deuil, c’était une ruine ! et dans tous les cas c’étaient des frères en péril. Aussi la plage fut-elle en un instant couverte de fanaux.

Malgré Clodomir, Napo avait couru se joindre aux marins. A chaque éclair, tous les regards" interrogeaient anxieusement les flots. Où étaitelle ? aurait-elle donc déjà sombré ? L’épouvante et l’incertitude régnaient sur cette foule et parmi les baigneurs groupés sur les dunes.

Enfin, après une mortelle heure, au milieu du fracas et des flots, au milieu du sifflement du vent, un bruit etmat lointain se fit entendre, une étincelle l’avait précédé dans la nuit.

— C’est un coup de fusil, s’écria-t-on, ils reviennent ! Ils appellent du secours.

Par intervalles les coups de fusil arrivaient plus distincts, apportés par les rafales. Enfin un éclair montra de loin la barque immobile et engravée dans le sable de la côte. Les malheureux qui la montaient, parmi lesquels à ses habits blancs on reconnaissait le jeune baron, tendaient vers la plage leurs mains suppliantes et s’épuisaient en appels.

— Il faut les tirer delà, s’écria Napo ; qui vient en mer, mes braves ? »

— Mais, Monsieur, dit un vieux marin, voyez comme les vagues déferlent, la marée n’est pas encore montée; il y a trois cents mètres d’ici à

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ces pauvres gens: Les lames peuvent, il est vrai, soulever nos barques, mais il leur adviendra ce qui arrive là-bas : elles toucheront avec le ressac.

— Il n’y a donc pas un batelet et deux hommes de bonne volonté ?

— En voilà un, Monsieur, dirent deux jeunes marins, ei nous allons tenter d’y aller ; mais il ne faut pas vous exposer.

— Je ne veux pas, dit-il, que deux braves cœurs comme vous fassent rougir mon courage ; j’irai aussi.

— En route donc ! dirent simplement ces deux hommes qui trouvaient naturel cet héroïsme. ,

Heureusement la marée montait rapidement et le retour des vogues entraînait la coquille de noix de ces hardis sauveurs vers la barque naufragée. Ils voyaient distinctement, quand la foudre éclairait la nuit, les malheureu:; qui s’attachaient de toute leute force aux bordages pour n’être pas entraînés par les flots qui les couvraient et les abandonnaient tour à tour. On entendait les planches se disjoindre de minute en minute sous le choc répété des lames.

Mais il s’agissait de parvenir jusqu’à eux. On arrivait bien à leur hauteur, mais il était presque impossible de les aborder. Enfin on leur jeta

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une bouée qui par un bonheur providentiel passa assez près d'eux pour qu’ils pussent la saisir. Après des efforts inouïs, au milieu de l’effroyable péril, d’être à chaque instant chaviré par une vague, le léger batelet parviut au rivage et put amarrer l’extrémité de la corde qui tenait à la bouée. Alors commença le sauvetage des marins qui, bien qu’épuisés de fatigue, purent encore, en se glissant le long de cette corde, arriver à terre épuisés.

Mais ils durent laisser à bord le malheureux Aristide, à demi évanoui, aveuglé par l’écume salée de la mer, incapable de mouvoir ses membres endoloris. ✓

Napo fut sublime, il se dévoua une seconde fois et se jeta à la mer, tenant d’une main la corde secourable et nageant de l’autre, il alla chercher le jeune homme, attacha le corps inerte autour de lui et le ramena aux applaudissements de tous ceux qui, sous les lueurs du ciel en feu, assistèrent à cette scène.

On les transporta tous les deux, car le pauvre Napo était à bout de forces, dans une chambre bien chauffée où les frictions et le punch les remirent sur pied. Le peintre revenu à lui, s’échappa et courut sur la plage.

L’orage continuait, et, sous son impulsion toute puissante, la mer, .chassée en dehors de ses h-

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mites ordinaires, entra dans l’établissement par les portes et les fenêtres du rez-de-chaussée. Tout le monde s’était sauvé, laissant la place aux vagues furieuses.

Sur toute cette loiigue plage, uue seule lu-* mière brillait dans le lointain à une habitation proche du rivage.

— Quelle est donc cette lumière ? demanda Napo, qui l’aperçut le premier.

— C’est quelque lampe oubliée dans la ferme de la Garenne par les dames qui l’habitent depuis hier, lui répondiGon, et bien leur a pris de se sauver, car la mer va bien au-delà do cette maison.

Dans peu d’instants vous la verrez s’abîmer sous le choc des vagues.

Napo trembla de la tête aux pieds.

— Êtes-vous bien sûr, demanda-t-il d’une

voix à peine intelligible, que ces dames aient fui?

— Je ne suis sûr de rien; mais qui, diable 1 par cette nuit terrible, n’a pas fui !

L'interlocuteur de Napo se tut et le quitta ; mais le peintre resta les yeux fixés sur cette fenêtre éclairée à laquelle apparut tout à coup la tête de Niua, interrogeant l’orage et l’obscurité avec un curiosité inquiète. Une bou.iee de vent lui jeta à la figure \me gerbe d’écume, un éclair

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lui montra la houle qui entourait leur asile de toutes parts et montant vers elle, n’était qu’à quelques pieds. Elle poussa un cri terrible.

A' ce cri apparut une autre figure de jeune fille, pâle et les cheveux flottants sur les épaules ; c’était Alice.

Napo avait disparu. La ferme s’élevait à quelques pieds des dunes. Celles-ci ne présentaient à cette heure qu’une série de monticules, dont les sommets seuls dépassaient l’eau. *

Moitié marchant, moitié nageant, le peintre arriva jusqu’au plus rapproché.

Devant lui c’était maintenant la pleine mer, et à vingt brasses environ la fenêtre d’où Nina appelait au secours. Dans la chambre, Alice, encore sous l’impression de la fièvre, cherchait avec cet instinct de conservation qui ne nous abandonne pas, à unir ses idées. Madame Quellot brisée par tant d’émotions, était anéantie dans un fauteuil. L’eau montait avec rapidité. La maison chancelait sur sa base avec des craquements sinistres.

Le malheureux jeune homme* se jeta à corps perdu dans les flots. Précipité par le courant contre la ferme, il s’accrocha solidement à elle, enfonça la fenêtre et sauta dans la chambre.

Nina se crut sauvée et remercia Dieu.

Alice le reconnut comme à travers un voile, et

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cette vue de l’homme qu’elle aimait lui rendit comme une lueur de raison.

— Est-ce bien vous ? lui dit-elle.

— Oui, Alice, moi qui viens vous tirer de cet horrible danger.

— Oh oui ! murmura-t-elle en se voilant la figure.de ses deux mains, je me souviens que m’a chassée et l’autre est là qui m’attend. Suis-je bien belle pour la noce ? voyez ma robe blanche, ma couronne d’oranger, oh ! sauvez-moi, Monsieur, emmenez-moi, je n’ai plus de maison, je n’ai plus de famille, plus personne que vous.

Napo regardait cette scène avec stupeur; il crut que la frayeur l’avait rendue folle. Il fut bien tôt détrompé. Madame Quellot s’avança vers lui.

— Tenez, lui dit-elle, prenez ma pauvre enfant, c’est votre femme, je vous la donne. Au ' nom de votre mère sauvez-la ! si c’est possible.

— Mais elle est folle ! Madame.

— Elle est folle parce que j’ai voulu la forcer à ce maudit marige, et qu’elle vous aimait plus que tout au monde ; le bonheur lui rendra la raison, mais sauvez-la !

Napo s’approcha de la fenêtre.

— C’est impossible, dit-il, à moins du secours de Dieu.

En effet, l’eau courait autour de la maison avec des remous et un bruit affreux^

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— Je crains bien, Madame, qu’il ne nous faille périr ici tous ensemble.

— Qui parle de mourir ? dit Alice, je suis trop jeune pour mourir, et j’entends ma noce qu’on sonne.

— O mon bon ange ! dit le jeune homme en se jetant à genoux et lui parlant d’une voix frémissante où la douleur et l’amour confondaient leurs notes voilées, reviens à toi ; vois, c’est le péril, dit-il en lui montrant la fenêtre illuminée par la foudre et l’océan couvert de montagnes d’eau. Vois, c’est ton amant, c’est ton mari, re- • viens à toi. S’il nous faut finir ici, mourons au

moins les mains dans les mains, les yeux dans les yeux ; dépouille cette folie quit’empêche d’être heureuse et te cache notre espoir réalisé, tes chagrins enfuis. »

• Etait-ce l’effet de cette voix aimée ou la fièvre qui tombait dans ses veines fatiguées, à mesure qu’il parlait la figure de la jeune fille prenait une expression étonnée et rêveuse. "

L’entendement arrivait peu à peu.

— Oh ! mon Dieu ! dit-elle à Nina, qu’ai-je donc rêvé ?

Puis, voyant sa mère et Napo qmi la regardaient, inquiets et pèles :

— Ma mère, et vous, Monsieur... Mais qu’y a-t-il donc ?

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