‹ Par la lutte et par l'amour [microforme]Chapitre 2 sur 4 · ER PR · texte numérisé non relu

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partant si tentantes. Et puis, la camaraderie joyeuse, la cohabitation ou le voisinage en pleine liberté, les excursions, que sais-je encore, tout cela sème sur leurs pas des occasions faciles et parfois quasi irrésistibles pour des jeunes gens toujours portés aux bravades; les plus sobres ont peine à s'en défendre. Henri, avec son bon naturel, s'était laissé circonvenir, il avait bu d’abord pour rire, pour faire plaisir aux amis; puis il avait pris goût à la liqueur de perdition jusqu’à devenir un buveur, un ivrogne.

L'abbé Berthau avait été quelque temps sans soupçonner le malheur. Henri lui adressait bien des demandes d'argent de plus en plus fréquentes, maïs il savait les

Ce fut par hasard que le prêtre découvrit la vérité, dans toute son étendue.

Henri habitait une chambre au second étage dans une pension d'étudiants de la rue Hébert, tout près de l’Université. Le calme et la solitude de cette vieille rue du vieux Québec, la proximité de la bibliothèque universitaire, en font un endroit des plus favorables à l'étude,

Le curé rendait parfois visite à son jeune ami. Une fois qu’il était monté sans être annoncé, comme il débouchait devant la porte du jeune homme, un spectacle dont il fut témoin l’arrêta ne. sur le seuil. Debout au milieu de la chambre, le dos tourné au visiteur, l'étudiant buvait à longs tr its à même un flacon de gin..…….

Une foule de menus faits auxquels l’abbé n’avait pas jusque là fait attention, prirent soudain cohésion dans son

esprit autour de ce fait brutal, La conclusion s’imposait : Vermette était un ivrogne.

Mille sentiments se disputèrent le cœur du pauvre homiae. Stupéfaction..... douleur... indignation -.... Colère. Tout cela en moins de temps qu’il n’en faut pour l'écrire.

S'avançant sur la pointe des pieds vers le buveur, du revers de la main il envoya le flacon se briser sur le plancher; le jeune homme, d’un bond s'était retourné, furieux, le poing levé,

Son bienfaiteur était devant lui, les bras croisés sur la poitrine... ...

—Frappe donc, misérable! TE

—Abh! si ce n’était vous!...…

Ce mouvement de menace était celui de la passion avide et déçue, ce cri celui de l’orgueil blessé... .

—Qu'importe! F rappe, misérablel...... répéta le prêtre.

Cette invitation froide ramena le pauvre garçon au sentiment de la situation... il balbutia quelques mots d’excuse......

Le prêtre l’arrêta net :

—Tout est fini entre nous; j’ai payé ta dernière boutelles...

Et sur ces mots qui plaçaient le malheureux devant sa carrière brisée le curé s'était retiré.

Il voulait avant tout se donner le temps d’aviser,: Il savait bien qu’Henri ne tarderait Pas à venir à Jui avec

des promesses, et il voulait considérer comment il convenait de le recevoir.

Sa douleur en attendant était immense ; la cruauté de cette déception prévalait en lui sur tout autre sentiment, Son Henri un ivrognel C’est donc là qu’avaient abouti

I1 les connaissait si bien les ivrognes.... Il en avait tant croisés dans sa vie de prêtre! Et combien peu avaient pu être corrigés! Y avait-il chance qu’Hen:i fût de ce petit nombre ?

Il le tenait bien par la bourse. Il pouvait couper les vivres à l'étudiant, arrêter ses études à son gré. Cette épée de Damoclès suspendue sur la tête d'Henri serait bien de nature à l’assagir, et il comptait bien employer ce moyen. Mais avec raison il ne le tenait pas comme infaillible. Bon tout au plus à réprimer momentanément dans le jeune homme la dégradante passion, il perdrait son efficacité, passé le temps du stage universitaire! Et alors? Henri ne se laisse: ait-il pas aller à son penchant si d’autres moyens, d'ordre moral, ne l’avaient d'ici là converti à la sobriété ?.....

Le curé examina donc longuement quels gages d’une sincère et durable conversion présentait le caractère d'Henri Vermette, Les ressources de son tempérament étaient-elles assez grandes pour qu’en les exploitant habilement et avec persévérance on pôût espérer un résultat consolant ?

Henri était doué d’une nature généreuse, d’un cœur bon, de vifs sentiments d’affection à l'égard de sor. pro-

En

tecteur. C'était tout un clavier à toucher. Ensuite, it avait un grand fonds d'esprit religieux. Il se soumettrait sans doute volontiers au régime austère et fécond de la ccufession et de la communion fréquentes. Avec sa piété native, avec la robuste énergie de ses convictions retrempée à brefs intervalles dans la surnaturelle efficacité

des sacrements, Henri trouverait dans cette cure la guérison et le salut,

Plus tard l’abbé userait de ses relations pour unir la destinée du jeune homme à celle d’une femme qui saurait Continuer et assurer à jamais cette œuvre de rédemption. Le curé était certain qu’une femme d'énergie, bien épri-

se de sa mission, aurait tout pouvoir sur cet homme au cœur généreux mais faible,

Et d'ici là il aurait l'œil ouvert et suivrait de près le pauvre ivrogne,

Après avoir ainsi compté ses chances de réussite et tracé son plan d’action, l’abbé Berthau résolut de se dévouer plus que jamais à l'étudiant. Et lorsque, deux jours plus tard, celui-ci vint se jeter aux pieds de som protecteur pour lui demander pardon, ..... reconnaître avec humilité qu’il buvait....... bref, pleurer, se repentir et promettre que jamais, au grand jamais! il ne toucherait à un verre de la boisson maudite, le prêtre eut l'air de se laisser fléchir; il retira sa menace. Mais ce fut à la condition formelle qu’Henri se soumettrait au règlement de vie qu’il lui imposerait, et qui devait éloigner du jeune homme les occasions tout en fortifiant son âme par la fréquentation des sacrements.

Henri était tiop heureux de voir suspendre l'arrêt

OR de nee

ti

mi ‘brisait son avenir pour ne pas souscrire de grand æmœur aux conditions imposées par le prêtre.

“Ce n’était pas une tâche facile que s’était imposée Æäbbé Berthau! Suivre un ivrogne presque au jour le fsour pour écarter de lui les occasions, ou tout au moins Een éloigner, surveiller sa passion pour lui imposer un #irein au bon moment, conserver son autorité sur une 3äme que la contrainte révolte et qui à la moindre répresson de ses appétits a des soubresauts..... Dieu, quel tærct, quelle énergie, quelle constance et quel dévouement K faut!

‘Nous ne suivrons pas l’abbé Berthau dans le détail de Bu tâche quotidienne qu'il accomplissait depuis quatre ans &1a date où s'ouvre ce récit. Disons seulement qu’Henri æechuta bien des fois au cours de ces années. Toujours #æependant il revenait repentant auprès de son directeur al vénérait et qu’il aimait, il faut le reconnaître.

“Du reste, le dévouement inlassable du prêtre n'était æmes infructue x. Les moyens surnaturels surtout se montraient pleins d'efficace.

11 était rare que la semaine qui suivait une confession “um le et une communion fervente le jeune homme fût æenté. de boire, Mais le côté vulnérable en lui, comme hez la plupart des buveurs, était la volonté, et cette fai. Btesse de la volonté amenaïit des intermittences fâcheuses

dans les pratiques de dévotion. La tentation grondais-elle en lui, Henri était sûr de ne pas succomber s’il sa-confessait et communiait. Mais voilà! pour :s'astreindsesans délais à cette pratique, il fallait une énergie que Rzmalheureux laissait parfois fléchir. Il se permettait + légers compromis avec la passion, et lorsque, apercevanz sa faute il essayait de se ressaisir, il était souvent trog:> tard; il succombait.

Telle était la genèse ordinaire de ses rechutes.

Malgré tout, il s’améliorait, car l'efficacité surnzs— relle des sacrements, bien qu’il négligeât de s'en munès en bien des circonstances où elle eût été triomphante:, déposait chaque fois qu'il y recourait de salutaires éner-gies dans cette âme faible, mais sincère et généreuse... Henri s'améliorait donc, et la perspective d'une libéræ tion complète et définitive l’encourageait à apporter tous

jours plus de bonne volonté à la lutte. Ses oublis étaienst 7 de moins en moins fréquents; et ce qui activait encore sex: : désir de succès, c'était la quasi-nécessité professionnellës: -

de se marier: un médecin célibataire réussit plus difficis.. lement.

On se rappelle que le mariage était au programmes"

d’action de l'abbé Berthau, mais Henri n'épouserait qui une femme jugée par le curé à la hauteur de sa mission :

qui lui incomberait, Et cette mission, le prêtre jugeaiez : avec infiniment de raison qu’elle ne devait Pas consistes à arracher le mari à une terrible rivale: la boisson, mais::. seulement à soutenir sa persévérance. Le divorce d'avec: la boisson devait d'abord être consommé avant que f&-

jeune médecin pût songer à prendre femme, Pour ess

ne

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