‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableauxChapitre 27 sur 120 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Tout le mal qu'on me fait, à moi ; je me soumets A mon indigne sort sans me plaindre jamais.

Fils bâtard de ton père, en toi, fils légitime. J'aurais pu voir l'heureux dont j'étais la victime : Je n'ai vu que le frère. Encor m'as-tu connu Seulement quand sur toi le désastre est venu ; Et, sans m'enorgueîllir du sang d'un même père, Ce jour-là, mon Guido, tu n'as senti, j'espère. Battre en mon cœur aimant, qui s'est ouvert au tien. Que le sang de ma mère, obscur, tendre et chrétien.

GUIDO

C'est vrai ; ton âme est douce et tu m'aimes bien, frère. Aux sbires de Conrad ayant su me soustraire.

Ton dévoûment encor fut le baume divin D'un exil où sans toi je serais mort de faim.

STRADA

A ton esprit surtout je donnais la pâture,

Frère, qu'il t'en souvienne, et, pour l'heure future

Qui te ramènerait en vainqueur au pouvoir,

J'aimais à t'enseigner quel serait ton devoir.

Du peuple et de ses maux j'égrenais le rosaire.

Toi, tu me promettais de guérir leur misère.

Rappelle-toi, Guido, rappelle-toi, là-bas,

Quand nous allions, proscrits, errants, mendiants, las,

Rappelle-toi les jours sans pain, les nuits sans gîte.

Que tu compatissais aux rêves dont s'agite

Le ténébreux enfer des humbles et des gueux,

Qu'ils furent bons pour toi, toi minable avec eux,

Et qu'il te sera doux, remontant sur le faîte,

De rendre aux pauvres la charité qu'ils t'ont faite.

Ah ! ce n'est pas en vain, mon Guido, n'est-ce pas,

Que parmi les maudits Dieu conduisit tes pas

Et que j'ai dans ton cœur jeté la bonne graine?

Voici venir les temps de la moisson sereine.

11 a mûri, le blé qu'avait semé ma main,

Le blé des jours nouveaux qu'on va faucher demain.

(Se levant.)

Moissonneur, à Touvrage! En chantant fais ta gerbe i Mais que ta faux d'abord tranche la mauvaise herbe, Et que sa lame pure à ton poing justicier Du sang de la vipère empourpre son acier I

GUIDO

Hélas! pourquoi jadis m'as-tu sauvé la vie?

Mi^ux valait me laisser mourir, l'âme ravie, Croyant en Rinalda fidèle, et l'adorant.

Je serais mort joyeux!

STfiÂDA

Et tu dois vivre grand.

Par toi peut s'accomplir l'œuvre, l'œuvre bénie: Des nobles et du peuple assurer l'harmonie, Autour d'un seul foyer tous les concitoyens!

(taisant lever Guldo.)

Écoute! J'ai cherché, trouvé. J'ai les moyens.

7iens, prendre femme, toi, parmi le peuple!... En elle

S'incarnerait de tous l'union fraternelle...

D'autres choses encor, dont je te parlerai.

J'ai tout le plan conçu, grandiose et sacré,

D'une religion dont la nue éclaircie

Se dore et dont je veux que tu sois le Messie.

N'est-ce donc rien, cela? N'est-ce pas suffisant

Pour le verser l'oubli du passé, du présent,

Et le faire accepter la besogne première :

Tirer le glaive d'où va jaillir la lumière!

GUIDO

Frère, frère, es-lu sûr du moins que Rinalda.. .i

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