ACTE TROISIÈME
CONRAD, «'asseyant soldatesquement sur la table.
Enfin, mettez nos deux conduites en balance;
Vous verrez qui de nous est exact au paiement.
Vous vouiez que je sois clément. Je suis clément.
Vous voulez que Rizzo vive. Il vit. Je supporte
Qu'on l'élève chez moi, pour me haïr, n'importe !
Un de mes ennemis me tue un officier.
Un simple mot de vous me le fait gracier.
Mes sreus, mes compagnons d'aventure, mes braves,
S'en indignent. Ils ont raison. (En se levant tVinel aux entraves!
Dix dégradés! Un mort! Ce sont des acl( s^lb is.
Ahl si cela du moins me servait près de vous!
Si, vous adoucissant, vous me disiez : J'oublie!
(Il s'agenouille devant la table et s'approche peu à peu ae Rinalda.)
Répondez, Rinalda. Voyez, je m'humilie.
J'implore ce que j'ai le droit de réclamer.
(Il pose sa tête sur les genoux de Rinalda.) RI.NALDA
Le pacte ne dit pas que je dois vous aimer.
CONR.\D, le buste redressé, à genoux toujours, et séparé de Rinalda par la table.
Il ne dit pas non plus qu'avec d'âpres délices Vous puissiez m'infliger le plus noir des supplices,
RINALDA
Quel?
CONRAD
Cette jalousie atroce qui me mord.
RIN.VLDA, hautaine
Jaloux? De qui?
CONRAD
Jaloux de qui? De lui! Ou mortl
Si PAR LE GLAIVE
RINÂLDÂ
CONRAD
Vous l'avez dit. C'est lui que je jalouse. Car vous l'aimez toujours. Car, étant mon épouse, Vous gardez pour amant son spectre familier.
RINALDA, s« levant.
Le pacte ne dit pas que je dois l'oublier.
CON RAD , se ruant sur elle, l'atlifunt à lui par les poignets ' et la poussant rers la droite, dans ses poings qui la pétrissent,
0 fureur! Vous osez! Et moi, moi, je tolère!...
(Il lui serre la gorge, prêt à l'étrangler.)
0 folle, de souffler ainsi sur ma colère! ,
(Il la lâche, et vient tomber, honteux, sur le tabouret.)
Mais non, non! Que vous font mes transports méprisés? Vous savez votre force et vous en abusez.
(Debout, et s'eialtant do plus en plus.)
Quand je pense que moi, l'aventurier superbe Dont le sabre faucha vos gens comme de l'herbe, Moi, le noir capitaine aux sanglants éperons. Moi, dont la rude voix fait taire les clairons, Quand je pense qu'un mot tombé de votre bouche Peut changer en un cœur d'agneau ce cœur farouche ! Mais c'est trop cependant. C'est trop. Je ne veux plus. Je ne veux plus dormir dan-s mon amour reclus, Comme disait Ludwig, comme pensent mes hommes. Assez de lâchetés! Soyons ce que nous sommes. Un soldat, un brutal, un terrible, un jaloux. Les loups apprivoisés, ce n'est pas vrai! Les loups Ne s'accoutument pas au collier du servage. Et j'en suis un. Conrad le Loup! Oui, loup, sauvage! Las de ma cage enfin, j'en mordrai les barreaux. Et tant pis pour ceux-là qui seront sous mes crocs !
(H suffoque.)