‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 90 sur 123 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

RASPOM

Qu'un homme...

RINALDA

Infâme! Taisez-vous.

RASPOM

Soyez plus économe D'injure et de mensonge. A quoi bon désormais? Suis-je votre ennemi? Non. Je menace. Mais De vous seule il dépend que rien ne s'accomplisse. Vous pouvez, au lieu d'être otage, être complice,

(En regardant vers les portes closes.)

>'on plus de Galéas et de ses envoyés,

Mais de moi!... Votre front s'éclaire, vous voyez!

(Il 8'éloigne un pe«.)

RINALDA, i part, viTement.

11 ne sait pas que c'est Guido!... Ha! je respirel

RASPONI, revenant à elle, plas pressant.

Deux lots VOUS sont offerts. Prendrez-vous donc le pire?

Libre de vous sauver avec moi, qui le veux,

Vous plaît-il de vous perdre en repoussant mes vœux?

RINALDA, hautaine, et passant devant lai pour revenir vers sa chambra.

Vos vœux!... Osez-vous bien me parler de la sorte? Cet amour...

RASPONI, avec une élégante impertinence.

Oh! madame, ayez l'âme plus forte; Connaissez mieux la mienne, et l'homme que je suis, Et, quand je rêve à vous, quel rêve je poursuis.

(D'une façon galante.)

Certe, et je vous en ai, d'une façon discrète,

Donné des preuves, vos attraits...

(Rinalda recule avec un geste do mépris.)

Mais je m'arrête; Ces choses-là viendront plus tard. Pour le moment, Je parle en politique et non pas en amant. Eh bien! le but de mon ambition jalouse, C'est le pouvoir suprême, avec vous pour épouse.

RINALDA

Moi!

RASPONI

Oui, car avec vous leur montrant le chemin J'ai tous les partisans de Rizzo dans ma main.

(Très liypocrilenienl.)

Ah! vous jugez combien je suis net et sincère. N'est-ce pas? i'résenter comme un mal nécessaire L'amour que je devrais vous oH'rir à genoux...

(Comme il avance vers elle avec une expression de désir, elle recule jusqu'au fauteuil contre lequel elle s'appuie avec une attiUide défensive.)

Mais je veux allei- droit au but. Résumons-nous!

(Froidement et délibérément.)

Donc, si l'alternative est cruelle, elle est claire : D'une part, c'est Conrad averti, sa colère. Et vos conspirateurs et vous... exécutés; De l'autre part, c'est moi!...

(A voix insinuante, et emban'assée tout ensemble.)

Seulement, écoutez.

En politique, on pense à tout... Que mon langage Me vous blesse pas! Mais... Rref, j'ai besoin d'un gage; Et vous devez comprendre, après tous mes aveux. Quel est, pour vous tenir, le gage que je veux.

(il avance en prononçant ces derniers mots.)

RINALDA, passant dciricro le fauteuil, et s'en faisant comme un rempart.

Horreur!

AGTE (jUATIilEME 125

RASPONI, derenanl subitement cynique.

Soit! Mais il faut le donner. Je suis maître. Le donner... ou mouFÏr. El non pas me promettre " l'our plus tard, pour demain! Non, je n'y croirais pas. C'est ici, maintenant...

[Il s'approche du fauteuil.) RINALDA

Plutôt mille trépas!

Jamais!

(Elle a reculé jusqu'à la muraille, nou loin de la porte de sa cliambre, en entraînant avec elle le fauteuil, dont elle fait touj(mv».une sorte do barricade entre elle et Rasponi.) ■,

RASPONI, railleur et menaçant.

Et... Rizzo?

RINALDA

Quoi?

RASPOiNI

Si votre horreur l'emporte, Si vous ne cédez pas, songez-y bien, vous morte, 11 meurt.

(De plus en plus cynique.)

Cédez, voyons! C'est lui qui vous le dit. C'est pour lui qu'une fois déjà...

RINALDA

Tais-toi, bandit!

RASPONI, brutal.

Cédez-vous?

RINALDA, arec dégoûL

.^ssez! lîien que ton doute m'outrage.

126 PAR Lt; GLAIVE

RASPONI C'est votre dernier mot?

RIXALDA

Oui, bête immonde!

RASPONI

0 rage!

Eh bien! alors, tant pis! Le sort en est jeté.

(Il court vers la fenêtre, l'ouvre, puis souffle le candélabre et la nuit se fait.) RINALDA, debout au seuil de sa chambre.

Que fait-il? Et pourquoi dans cette obscurité,..?

RASPONI, revenant vers elle à tâtons.

C'est le signal. En cet instant Metzler pénètre

Chez Conrad, Un quart d'heure et Conrad va connaître...

Un quart d'heure, oui. J'ai tout prévu. J'ai réservé

Ce quart d'heure de grâce. Et tout sera sauvé,

Même encore à présent, si voire cœur farouche

S'amollit, si tu veux m'entendre, si ta bouche...

R I N A L D A, qui, le voyant approcher, ouvre la porte de sa chambre et se sauve en criant.

Guide I

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