‹ Par le sourireChapitre 10 sur 27 · VISSÉS KT DÉVISSÉS · texte numérisé non relu

VISSÉS KT DÉVISSÉS

Ce serait le tour de Lucien de se déranger. Mais il ne bouge pas. George.tte préfère se lever une seconde fois'. C'est que Georgette est dévissée, Lucien vissé.

Les vissés aiment beaucoup les dévissés. Quoi de plus commode quand on aime ses aises que d'être entouré de personnes qui se dérangent pour vous servir! Aussi les vissés en arrivent-ils à croire que les dévissés ont été créés et mis au monde pour leur plus grand agrément à eux. Ils vont même si loin qu'ils oublient quelquefois de remercier. Quand il s'agit de dire quelque chose d'aimable aux compagnons complaisants qui se sont mis en quatre pour eux, on dirait qu'ils ont les mâchoires vissées.

Quels drôles de corps que tous ces vissés grands et petitsi Répandus dans toutes les classes de la société, dans le civil et le militaire, le laïque et le clergé, ils se ressemblent tous. Parfaits pachas, ils ont le calme par lequel se distingue la figure de l'homme que rien n'émeut. Ils sont couchés, le tocsin sonne, les pompiers passent, toute la ville est en émoi. Mais à moins que le feu ne s'attaque à leur paillasse, ils ne feront pas un mouvement.

Si le vissé est employé d'une administration, il n'est jamais pressé. Vous frappez à son guichet, une fois, deux fois... Monsieur lit son journal et

ne vous répondra que lorsqu'il sera arrivé au bout do sa lecture.

Si le vissé est marchand, il restera très calme en face du client qui lui reproche ses retards ou son inexactitude à fournir la marchandise. Tout lui est égal sauf sa tranquillité.

Tout autre est le tempérament des dévissés.

Les dévissés sont sur le qui-vive. Aussitôt qu'un appel est fait à leur bonne volonté, ils répondent : « Présent! » Ils ne marchent pas, ils courent, ils volent. On dirait que c'est les obliger que de leur demander un service. N'attendez pas qu'ils se laissent implorer : ils devinent et devancent vos désirs. Ils ne ménagent pas leur peine. Si elle peut profiter à quelqu'un, leur récompense est parfaite. Aider, obliger, c'est leur plaisir. L'ingratitude ne les décourage pas. Aujourd'hui vous leur rendez le mal pour le bien qu'ils vous ont fait hier; mais demain ils feront encore des ingrats. La bienveillance est leur disposition innée. Ils ne peuvent pas s'empêcher de la manifester.

En famille, rien d'agréable que les dévissés. C'est plaisir de les voir se trémousser, courir, revenir vite. « Papa, as-tu besoin de moi? — Maman, que puis-je faire pour toi? » Quand vous rentrez fatigué, les grands frères vous (léchargent

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