VISSÉS ET DÉVISSÉS
(le VOS bagages, les petits vous cherchent les pantoufles et la sœur met la soupe sur la table. Etesvous malade, ils marchent sur la pointe des pieds, vous font de petites caresses, et vous rapportent des fleurs. Votre fête paraît-elle à l'horizon, ils conspirent ensemble pour vous faire des surprises. S'agit-il de vous dire qu'ils vous aiment, les dévissés multiplient les signes de leur tendresse. Vous n'avez pas besoin de leur demander : « M'aimes-tu? » Mais si, par hasard, il vous plaisait de le demander, soyez sûr qu'ils ne répondront pas, comme les vissés : Je te Val déjà dit.
Ne me parlez pas des vissés. Ce n'est pas du monde à imiter.
Mais il y a un bon tour à leur jouer qui est en même temps une excellente leçon : c'est de faire semblant d'être vissé aussi. Rien de drôle à voir comme un vissé qui s'étonne qu'un dévissé ne bouge pas. Il en est tout ébahi. On lui a volé son secret, emprunté sa méthode, débiné son truc. Quelle audace! mais c'est la fin du monde! Effectivement ce serait la fin du monde si un beau jour en regardant les hommes on était obligé de constater : Tous vissés! Si plus personne ne se dérangeait pour autrui, ne prenait de peine pour son prochain, n'avait de souci du bien-être, du plaisir, de la douleur de ses proches, camarades,
voisins, compatriotes, que deviendrions-nous? Les vissés eux-mêmes ne peuvent vivre que grâce aux dévissés. Privés de cette joviale bonne volonté, ils sont comme la fontaine sans eau, la lampe sans lumière, l'assiette sans soupe. Vivent les gens complaisants, les enfants prompts à rendre service! Vivent les dévissés et tâchons d'en être tous!