LA FRATERNITÉ DANS LE PAIN
Au cours d'un voyage, où l'on traverse des contrées diverses, on rencontre des points dont l'intérêt est particulièrement captivant. A ces points on s'arrête afin de ramasser toute son attention, pour ne rien né*^liger de la beauté du spectacle. Ainsi je voudrais que nous fissions une halte, pour accorder une attention entière et toute spéciale à ce grand sujet de la fraternité dans le pain, qui résume ce qu'il y a de plus élevé et de plus beau dans la vie humaine.
Dans le pain, tel que nous le considérons maintenant, nous résumons tout ce qui nourrit, soutient et fortifie les hommes.
La table où s'assied la famille pour prendre sa nourriture nous a déjà offert plusieurs leçons. Voici la plus haute de toutes. Celui qui la com --
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prend et la met en pratique est vraimeni un homme. Celui qui se refuse à la comprendre et à y conformer sa vie s'exclut lui-même de l'humanité.
Tout ce que nous nommons le pain, que ce soit l'aliment qui soutient et fortifie le corps où celui qui éclaire, réconforte, nourrit l'esprit, a ient d'une seule source : le travail. Sans travail, pas de pain. C'est par son laheur honnête et patient que l'humanité arrive à conquérir le pain qui la fait vivre matériellement. C'est par ses patientes recherches, sa peine vaillante qu'elle arrive à ramasser les trésors de pensée et de sentiment dont les âmes des hommes font leur soutien et leur guide. Si le travail par lequel se crée le pain venait à cesser, il en résulterait hientôt la misère et la famine dans le domaine physique; l'ignorance, la superstition, la corruption, le désespoir dans le domaine moral. Ce serait un malheur si grand que nulle calamité, guerre, épidémie, disette, n'en saurait donner une idée et, au bout de tortures et de convulsions sans nombre, ce serait la mort et la disparition de tout le genre humain.
A ce travail qui crée le pain, chaque homme doit apporter sa part puisqu'il réclame pour lui une part de ce pain. Il s'assied à table, donc il est juste qu'il aide à fournir la table. Il est admissible que les malades, les infirmes, les trop petits et les
trop vieux reçoivent leur pain sans contribuer à le gagner. Nous nous aimons et soutenons les uns les autres. Les grands soignent les petits, les^ forts assurent le pain aux faibles, les puissants en intelligence instruisent les ignorants, ceux qui ont la conscience éclairée guident ceux qui voient moins clair. Mais quiconque est valide doit contribuer à créer le pain.
Prenez un travail honnête et utile, le premier venu. Voici le sabotier qui, d'un cœur d'aulne à la couleur safran, a tiré un fragment de bois qu'il taille avec la hache et creuse avec le foret. Puis, de son large couteau, il le sculpte habilement et en tire un sabot où le pied tient à Taise. Ce sabot vous garantit de la chaleur et du froid et vous permet de marcher au besoin sur du verre, des clous, des épines, des pierres pointues, sans vous faire aucun mal.
Je vous pose cette question : le sabotier contribue-t-il à créer le pain? — Parfaitement. Sans doute, le matin, quand vous voulez déjeuner, ce n'est pas chez le sabotier que vous allez. Vos mères, à l'heure des repas, ne vous servent pas une paire de sabots. Mais on ne saurait se passer de chaussures, sabots et souliers. Quiconque marche, travaille, laboureur ou forgeron, professeur ou commerçant, a besoin de se garantir les pieds d'une