‹ Par le sourireChapitre 22 sur 27 · LA FRATERNITÉ DANS LE PAIN · texte numérisé non relu

LA FRATERNITÉ DANS LE PAIN

façon quelconque. Le sabot que fait le sabotier nous est indispensable. Il contribue à garantir et à rendre possible la vie et le travail; donc, lorsque le sabotier se met à table, qu'il soit le bien venu! Il n'a apporté ni pommes de terre, ni fruits, ni viande ; mais il nous rend des services dont nous ne pouvons nous passer. Et, par conséquent, profitant de son travail, nous l'admettons à profiter du nôtre. Il est notre frère en labeur; qu'il le soit dans le pain! Qu'il mange de boii appétit, il a gagné son repas! Qu'il lève son verre avec plaisir, il a mérité son vin, et qu'il vive, puisqu'il nous aide à a ivre.

Nous en dirons autant au cordonnier, au menuisier, au maçon, au paveur des rues, au balayeur des carrefours, au mécanicien et au ramoneur. Quiconque prend part au travail doit avoir sa place à table, sa place juste et lionorée.

3[ais en dirons-nous autant à celui qui nous enseigne à lire, à écrire, à bien nous conduire? — Parfaitement. Il n'a ni pioche, ni rabot, ni scie; il ne creuse pas la terre et ne jette pas son filet dans la mer. Mais que ferions-nlDus sans lui? 8a peine, quand il défriche nos têtes ignorantes et y cultive le savoir utile, les principes de la probité et de la bonne vie, sa peine est digne d'honneur. Elle lui mérite sa place au soleil et son rang au ban-

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quet où s'assemblent les braves gens. Qu'il vienne

et soit bien servi!

Inviterez-vous cependant le poète, le chanteur? Oui, parce qu'un beau chant fait autant de bien à l'esprit qu'un morceau de pain au corps. Tout penseur qui pense de bonnes pensées nous verse de la joie et de la force, comme en verse dans notre coupe le vigneron lorsqu'il apporte le vin généreux. Quiconque fait quelque chose pour nous, est digne de goûter au fruit de notre travail. Tous travaillent pour lui et lui pour tous. Il donne, donc qu'il reçoive; il sème, donc qu'il moissonne; il est à l'effort, donc qu'il soit à la joie, au réconfort. Rompons avec lui le pain de fraternité.

La vie des hommes est comparable à un immense banquet où tous communient ensemble. Chacun apporte à ce banquet le fruit spécial de son travail. En l'offrant aux autres, il peut dire en toute vérité : Prenez, ceci est mon corps et c'est mon sang. Par son travail, il se donne lui-même et le meilleur de ce qu'il a. Pour que l'humanité vive, la peine, le labeur, la longue patience dans les efforts, le dévouement, le sacrifice sont nécessaires.

Enfants, ouvrez les ^^eux et voyez de quel travail souvent dur et pénible est fait le pain que vous mangez autant quQ la pensée dont vous vous inspirez. Pour que le pain nourrisse et que la pensée

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