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ETUDE. XIX

quelque chose qui confond la pensée. Cela entraîne et saisit, cela épouvante aussi. » De lalassitude, les esprits étaient passés au découragement, du découragement, presque à l'injustice, léna avait laissé Topinion froide d'abord, — « on n'ose pas se livrer à la joie, avant de savoir à quel prix la victoire a été obtenue, » — puis irritée, quand on voit que l'empereur ne revient pas. Mme de Rémusat peint à^ son mari Paris blasé sur les merveilles, chacun se renfermant chez soi, les rues désertes, les théâtres vides, les paiements de la Banque suspendus, la gêne partout faute d'argent, les salons fermés, les mères pleurant leurs fils, les bals des Princesses et de l'Archi-chancelier à qui ordre a été mandé de faire danser, où il faut envoyer des compagnies de pages pour organiser les quadrilles. « Tout cela n'est pas du plaisir (23 Décembre 1806). Le retour de l'Empereur pourrait seul rendre Paris capable de plaisir, en lui rendant le repos. » Elle a des pressentiments sombres. En voyant s'ébaudir autour d'elle « ses quatre garçons », — celui d'Alix, sa sœur, celui de Mme Chéron et les deux siens, — elle se demande, le cœur serré, quel sort leur est destiné et quel avenir ces temps d'orage leur préparent. « Belle, mais triste matière à philosopher que cette gloire dont nous avons paré l'ardeur de se détruire ! » Elle est hantée par le désir de la paix. « L'aurons-nous enfin, cette paix? Quand nous en serons sûrs, nous regarderons derrière nous, comme on fait dans les mauvaises routes, étonnés de celles que nous venons de traverser »

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On suit à travers la Corrc^^pondance le progrès du désenchantenient, .h ne ci'ois pas que personne ail analysé, avec plus de prol'ijndeur, « l'horreur du vide et du fade, » que Napoléon devait trouver dans les distractions de Saint-Cloud après les émotions du champ de bataille, uî mieux compris le besoin d'action qui le rendait impatient du repos, !a fatalité du mouvement qui le précipitait. Et si l'on réfléchit qu'alors que Mme de Ilémusat laii^sait percer ces inquiétudes, on était ^rncore loin de 1814, si Ton songe surtout que les lettres dans lesquelles elle s'ouvre étaient à la merci des défiances de la police et Je l'Empereur, on ne peut lui ^'eprochei" d avoir attendu les jours de la catastrophe j30ur être touchée des fautes qui devaient la faire éclater. Ses an^misses palrinti(|iies allaient croissant. A la veille du (lé[i:u"t poui^ TEspagne, elle pousse le cri d'alarme; <^t ce n'est plus seulement en raison des dangers auxquels personnellement l'Empereur s'expose : elle voit « la France, la France entière, sauf quelques- «ns, se jeter, pour rarreter, entre les Pyrénées et lui ».

A partir de 1808, Napoléon qui tenait jusque-là tant de place dans la Correspondance en disparaît à peu près absolument. Mme de liéinusat n'a pas cessé pourtant d'être à la Cour. Après le divorce (décembre 1809), l'Empereur l'avait dojinée a Joséphine comme première dame d'honjieur. Etait-i e pour l'éloigner elle-même ? Quoi qu'il en soit, le cliarine n'est pas encore tout à fait ronipii. Mine de Rémosat, qu'aucun sentiment délicat ne laisse indilférentc, est émue de lire au

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Moniteur qu'à Trianon, au moment de là séparation^ Napoléon a pleuré. Sa bonne patronne lui témoignait d'ailleurs une telle joie de la voir à ses côtés ! « Mon ami, le cœur d'une femme renferme mille bonnes choses par où nous valons toujours mieux que vous. » Et elle ne se faisait pas un mérite de sa fidélité. « Joséphine est si affectueuse, si caressante, si peu préoccupée de l'effet qu'elle produit; il y a dans le fond de son âme une mélancolie si touchante!... » C'est elle qui dirigeait les études auxquelles la pauvre Impératrice avait voulu se remettre; elle se montrait animée, gaie, mettait partout l'entrain, chantait même quand on le voulait; et ce dévouement, qui, après tant d'autres séparations, la tenait toujours éloignée de son mari, lui était presque doux (1810).

• Cependant le vent de la disgrâce avait décidément commencé à souffler. Mme de Rémusat, qui le sent, travaillait à affermir son mari. Qu'il cherchât à éclairer l'Empereur et à le ressaisir. C'était son devoir. Mais, tandis qu'elle le soutient et l'encourage, elle ne peut secouer sa propre tristesse (1811). Elle a besoin de h. crier. En entendant un ami parler d'un voyage qu'il vient de faire en Italie, elle conçoit le projet de partir; elle voudrait fuir tout le monde et elle-même. C'est le moment où Talleyrand, dont elle s'était rapprochée, ne cachait pas qu'il commençait à tout craindre, où Decrès disait au maréchal Marmont : tenez pour certain que nous sommes perdus. Une seule pensée la préoccupe, la pensée de son fils. « Quand vous causerez tranquille-

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iiiLMil avec vtilrt' jit'ix' <4 moi, lui t^crivïiit-elle au k demain du h chute (îiviil 1814), nous vous dirons que nous iivoiis souiîert dopuis quelques au nées. On taisait devant vous, (laire quV>n i"€spt*cl;iit \oUv jù% ncsse; et moi, j'altemlriis qifelle tut plus formée po| vous dire tout franchement : tenez et jugez. Mais j*ap(il lez-vous ce dont vous avez été lé moin dans notre inî rieur : ricii ([ui resseuddat à nue niinse adulation, ui^ une soumission aveugle. Vous avez èlé à portée de coii prendre l'indépendance de nos sentiments et même (

iiolre conduite One de fois j'ai vu voti'c pauvie pèn

quand nous étions retirés le soir en sein hic, ému ju qu'aux larnies, éhranlé par le désir de sVdoigner et P tenu par Tidée qu'en supportant tout, il travaillait à voU avenir I*., Nous appelions de t(uis nos vieux la ïéaciic qui vient d'avoir lieu, et nous sommes tous deux d'hod notes gens. Elle renverse notre propre situation, et el a été rolijet de nos désirs,.*. Nous aurons beaucoi souder t, mais vous serez lieinvux. Yoilà notre espoir. Je ne sais si Je uie trompe; mais j'imagine que, 9 par miracle, le journal de Mme de llémusat nous éU rendu tel qu'il était sorti de ses mains, c'est là ce qi nous y retrouverions : cette complexité de sentimen contraires, ce goût de la simplicité au milieu des splq deursde la Cour, ces ivresses d'admiration pour TEmp renr et ces abattements d'inquiétude, la lidélité du d\ vouement qui longtemps la soutient et le détaeliemei qui, sous la pression desévénements, la gagne, Técroul ment final et la tristesse profonde devant la ruine i

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tant d'espérances. Point de portrait en pied de Napoléon, comme celui qui précède les Mémoires ; de simples esquisses dessinées au fur et à mesure et marquant, suivant son expression, comment, « ses opinions ont fait route avec lui ». Point de monument dressé en vue de l'histoire; des impressions jetées, au courant de la plume, pour elle-même, pour son mari, pour ses amis. Point de récriminations violentes, de révélations indiscrètes, de confidences amères, de représailles personnelles ; le sentiment très vif des faiblesses du personnage, mais de faiblesses mêlées à une incontestable grandeur, le respect de la gloire des premières années uni au souci de l'avenir. Telle devait être, semble-t-il, la note du journal, note vraie. Celle des Mémoires qui l'ont remplacé n'est pas moins vraie, si l'on se reporte au moment où Mme de Rémusat les a rédigés.

Aurait-elle eu d'elle-même l'idée de récrire son journal? La publication des Considérations sur la Révolution française et le succès qu'obtint Mme de Staël dans le parti libéral inspirèrent à Charles de Rémusat, très animé contre l'Empire, le désir qu'elle reprît la plume, et c'est à sa sollicitation que Mme de Rémusat céda : les Mémoires devaient servir d'introduction à une histoire contemporaine que Charles s'était mis en tête de composer. Sans le concours de son fils auquel elle fait incessamment appel, sans ses encouragements pressants, affaiblie, malade comme elle l'était, peut-être eut-elle renoncé à l'entreprise. L'œuvre commencée, si sa sincérité devait l'entraîner jusqu'au bout de la

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