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ETUDE XXXVII

Ce qui l'irritait le plus peut-être, c'était Tempresseinent joué des feuiines qui se faisaient un mérite auprès d'elle de la persévérance avec laquelle elles la fréquentaient, malgré les embarras que cela leur causait. Si elle avait été plus riche et mieux portante, elle se serait amusée « de voir les combats des vanités qui venaient expirer devant ses dindes aux trufles, les regrets de ceux qui s'étaient enferrés dans une assez pauvre suite de mauvais procédés et qui ne savaient plus comment accorder leur conduite avec le besoin du plaisir ». Mais sa santé elle-même la trahissait. « A tous mes ennuis, écrivait-elle à Mme Cliéron, à qui elle faisait ces confidences, ajoutez des remèdes, des potions calmantes pèle-môle avec des papillotes, des cataplasmes que je recouvre de robes couleur de rose, un mélange de mémoires de pâtissier et d'apothicaire, des violons qui étourdissent ma pauvre tête et dont le son me donne envie de pleurer;... et, quand vous aurez pensé à tout cela, vous aurez bien pitié de votre pauvre amie qui s'use d'une si sotte manière » Malgré tout, elle luttait; elle s'exerçait à rapprocher autour d'elle les éléments contraires. « Je me suis mis en tête de faire vivre ensemble mon chat et un petit chien qui se détestent. Je répète avec eux ma leçon le matin dans ma chandjre à coucher, pour la bien dire le soir dans mon salon. » La seule chose qu'elle y eût gagnée, c'était de s'entendre dire, en guise de compliment, que son chien aboyait avec un accent particulier et que son chat égratignait de la meilleure grâce du monde.

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Il arrivait (jiie toutes ses impatiences rentrées lui montaient à la gorge. N'y tenant plus, elle s'enfuyait à Lafittc. Il y a, dans les Lettres, des pages de rafraîchissement, des oasis délicieuses. « Je parcours mes vignes, je regarde mes six belles paires de bœufs traînant la charrue dans les champs que je sèmerai bientôt, je compte les gerbes de mon seigle cpi'on coupe sous mes yeux, je me réjouis de la hauteur de mes blés..., et, quand je me suis bien brûlée à mon soleil, je viens m'asseoir dans ma cour, à l'ombre d'un grand figuier tout couvert d'excellentes figues, ma petite chaise sous les pieds, ' mon écritoire sur mes genoux, jouissant de celte chaleur et de cette fraîcheur si bien fondues par CCS admirables journées que Mme de Sévigné appelle dii cristal, qu'il semble, pour me servir d'un mot de mon autre ami, Platon, qu'on respire avec harmonie. » Mais ce n'étaient là que des intervalles de repos. La pensée de son mari la ramenait bientôt dans la fournaisj.

Elle avait beau connaître son sang-froid, sa souplesse, son habilelé, sa modération que ''rien ne troublait, sa raison que rien ne déconcertait : elle ne pouvait s'empêcher de pleurer, souvent dix fois par jour, en pensant aux périls qu'il courait. Partout des associations secrètes et point de force publique, le Commandant de la division, — celui qui avait succédé au général Ramel, — craintif et md, le premier Président plus nul encore, des tribunaux incapables et douteux, la [)olice entre les mains d'une municipalité hostile; les

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rainpa^mos agitiu\s par (h's officiers on demi-solde ou par des soldais renvoyés ipii faisaient courir mille l)ruils alaruianls; dans les moindres villes — car Toulouse néfait pas seule en feu — des bourgeois qui se plaignai(Mit (|u'au jour du danger la noblesse ne [ arùt [)oint,des nobles cpii traitaient les bourgeois de cocpiins incapables de les défendre, le peuple qui criait contre tous et prenait pour noble tout ce qui était ricbe et pour ricbe tout ce (pii vendait du grain, au lieu de raclieter.

Mme de Rénnisat, à cpii son mari ne cacbait pas la correspondance administrative, soutenait discrètement son action. Elle avait conscience d'avoir contribué à lui gagner la conllance du duc d'Angouléme, venu à Toulouse, et qui avait habité la Préfecture pendant trois mois; elle se flattait aussi de lui avoir concilié le maire, M. de Villèle, un ultra, dont M. de Rémusat devait être, en 1821, une des premières victimes! Et au bout de près de deux ans. on lui donnait à penser qu'elle commençait à posséder les cœurs. Les bormiies étaient venus d'abord, plus modérés et plus instruits ([ue les feumies : M. de Castellane et M. de Marsac cpi'elle aimait en Mme de Sévigné dont ils possédaient (juehpies lettres originales, M. de Lavalette, un parent des Gcmtaut (pii étaient fort en crédit, « les Villeneuve, ([ui, administrativement parlant, faisaient toujours un peu em'ager le Préfet, mais qui dans le salon étaient bien ». Pour les fenunes, à force de bonne grâce, elle était parvenue à faire danser ensend)le ou vis-à-vis les

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