CHAPITRE I
On s'est beaucoup occupé des femmes en France; des livres de tous genres y ont été composés en leur honneur, pour leur instruction ou pour leur amusement. Dans aucun pays, elles n'ont paru aussi heureuses, dans aucun, elles n'ont été aussi puissantes. Cependant, k considérer la manière dont on a parlé d'elles, l'éducation qu'on leur donne, la situation qu'on leur laisse ou qu'on leur impose dans la société, il semble qu'en France, non plus qu'ailleurs, juslice ne leur a pas été rendue.
Parmi les philosophes qui ont écrit sur les femmes, il en est peu qui aient su se préserver à leur égard d'un dédain
1. Voici comment, dans une lettre à son fils, Mme de Rémusat établissait le plan de son ouvrage :
Je suis plus que jamais enfoncée dans mon ouvrage; car vous savez bien que je fais un ouvrage, décidément. Votre père a mos confidences et m'encourage beaucoup. Je lui conte mon plan, et il
OU d'un enthousiasme également puérils. Tantôt nous regardant comme des créatures incapables d'une pensée sérieuse, et par conséquent d'une grave destination, ils nous ont placées au-dessous du rang qui nous est dû, et leur méprisante indifférence a prêté secours aux froides railleries de tous ceux qui ne jugent que par épigrammes. Tantôt, professant une admiration que soutenait l'éclat de quelques exemples, on les a vus relever nos qualités, nos penchants et jusqu'à nos faiblesses, au point d'en faire des vertus, et de proposer qu'on abandonnât à elle-même une nature dont ils exagéraient l'excellence, justifiant ainsi l'engouement romanesque des flatteurs de notre sexe. Rarement on nous a mises à notre véritable place; rarement on a songé à ne voir dans une femme qu'un être sensible, raisonnable et borné, la compagne de l'homme et l'ouvrage de Dieu.
Le temps des exagérations est passé ; on veut aujourd'hui connaître ce qui est, et nul ne se paye de ce qui se dit. Il n'existe plus deux vérités, l'une pour le monde, la con-
Irouve que, si je le remplis, je ferai un livre utile. Je ne suis jmurtant encore qu'à mon discours préliminaire, mais il est bien plein. Il faut que je vous le raconte pour m'amuser : les gouvernements faisant ou non des nations des hommes d'un même pays, l'obligation en résulte, sous les gouvernements représentatifs, d'élever des hommes pour qu'ils soient citoyens, et des femmes pour l'état d'épouses et de mères des citoyens, comprenant tout, n'agissant jamais. Puis vient l'histoire des femmes et de leur plus ou moins d'influence, depuis que nous sonnnes en société; les avantages et les inconvénients de cette influence; ce qu'elle a été d'abord dans les cours, j)lus tard dans la vie du beau monde, à dater du cardinal de Richelieu; ce que les femmes furent sous Louis XIV, Louis XV, depuis; ce qu'elles sont aujourd'hui et ce qu'elles seront désormais.
a J'ai déjà mené tout cela jusqu'è la mort de Louis XIV et j'ai assez bien concilié, je crois, ma bienveillance avec vos opinions; car il faut bien, mon enfant, que vous me dirigiez un peu. Je vous livrerai le premier cahier, ce carême : vous me ferez des noies, je les accepterai ou je les combattrai; cela m'amusera. »
(Correspondance de Mme de lUhnusat pendant lea premicrea années de la Restauration^ tome VI. Lettre du 28 janvier 1820.)
versation et les livres ; l'autre pour la conduile, la conscience el le chez «oi. C4'est un grand pas de fait que ce consentement presque universel à voir les choses comme elles sont. L'étude impartiale de leur nature ouvre à l'esprit un\ champ non moins vaste que celui de l'imagination; car il n'est point vrai, comme on le dit, que les hypothèses , seules prouvent l'originalité, et que l'invention ne se si- . gnale que par des chimères. La réalité est la source inépuisable de la nouveauté; et pour sortir des routes communes, il faut les avoir parcourues.
Nous voyons tous les objets de la pensée successivement soumis à un nouvel examen. I/homme lui-même renonce à se supposer, il s'observe; une femme ne pourrait-elle imiter cet exemple? ne lui serait-il pas permis de s'étudier elle-même, d'interroger son expérience et sa nature pour connaître les caractères, les facultés, les droits de ses pareilles, pour établir enfin plus nettement qu'on ne l'a fait encore, ce que sont les femmes, et ce qu'il semble qu'elles pourraient devenir?
La femme est sur la terre la compagne de l'homme, mais cependant elle existe pour son propre compte ; elle est inférieure, mais non subordonnée. Le souffle divin qui l'anime el qui, par son immortalité, l'appelle à la progression, la connaissance du mal, le sentiment du devoir, le besoin d'un avenir, tous ces dons accordés aux femmes aussi bien qu'aux hommes leur permettent de revendiquer une certaine égalité, et peuvent expliquer en partie celle sorte de supériorité relative tant prônée par quelques déclainateurs. Mais, pour toutes les choses de cette vie, l'homme a été doué d'une portion de force et dévoué à une sorte d'activité refusées à sa compagne. Tout indique que, dans nos rap- , ports avec ce monde, notre destinée nous place sans appel au second rang. Une construction y)hysique plus délicate et plus fragile, un continuel besoin de secoui's matériel et de lien moral, nos qualités comme nos défauts, notre faiblesse comme notre force, tout indique que la solitude, qui nest
i L'ÉDUCATION DES FEMMES.
f ^ point bonne pour Vhomme, serait mortelle pour la femme. Cette dépendance est un signe certain d'infériorité.
Rousseau, qui, dans cette question, n'a évité aucun extrême, s'est cru autorisé, tout en développant avec passion les mérites des femmes, à les déshériter de toute part sérieuse dans l'action de la vie. L'éducation qu'il conseille pour elles n'est qu'un art laborieux de les laisser étrangères aux choses dont une âme émanée du ciel doit éprouver le besoin ; et cependant, comme il aimait mieux se livrer au (langer des systèmes que de se refroidir par l'observation, il a fait entre elles et les hommes un partage des qualités de l'intelligence, peu compatible avec cette minorité absolue dans laquelle il recommande de nous tenir. Ainsi il donne aux hommes le génie ou la création ; mais il dit que les femmes ont plus d'esprit. Il est cependant difficile d'admettre qu'elles aient des idées plus étendues, plus abondantes, plus nouvelles. Serait-ce donc leur adresse k cacher ce qui leur manque en ce genre que Rousseau prend pour de l'esprit? Mais les facilités qu'elles ont rencontrées pour dissimuler leur indigence n*ont été le plus souvent que les concessions d'une supériorité qui dédaigne de se mesurer avec la faiblesse.
Quand Rousseau veut arriver aux preuves des paradoxes dont son esprit s'empare, il éprouve toujours quelque embarras ; et pour en sortir, faute de mieux, c'est-à-dire faute de vérité, il les prend dans un ordre de circonstances trop peu importantes. C'est ainsi qu'après avoir dit que notre natif besoin de plaire développe en nous une sagacité dont li*s hommes n'approchent jamais, il veut qu'on examine la conduite d'une femme au milieu d'une réunion nombreuse, ou quand elle fait, sans jamais rien oublier, les honneurs d'un festin : il la place encore et l'admire entre deux hommes auxquels elle a besoin de cacher son secret, qui les intéresse tous deux également. Mais que prouvent ces deux talents, si ce n'est d'abord que les femmes appHquenl toujours la somme entière de leurs facultés à l'impression
OU au sentiment de l'instant présent^ et ensuite qu'elles agissent avec un soin tout particulier dans les moindres relations de la vie sociale; parce qu'il est d'un premier intérêt pour elles que ces relations, leur grande affaire, soient agréables, commodes et durables? L'homme est maître, il peut négliger les détails : mais toutes les fois qu'il a rabaissé son existence au point de l'user à des puérilités oiseuses et mesquines, nous avons pu paraître posséder quelque avantage sur lui ; et de là l'erreur des jugements en notre faveur. Si l'homme veut vivre en femme, il faut bien qu'il nous cède la prééminence. Car enfin c'est notre métier, et nous pourrions lui dire, comme on disait à l'un de nos rois : « Dieu préserve Votre Majesté de savoir ces choses-là mieux que moi! » Mais, lors même qu'il essaierait ainsi d'abdiquer, il manquerait à sa mission, sans perdre sa- nature; toujours resterait-il vrai que, tandis qu'en général nous ne sommes capables d'une attention soutenue qu'alors que nous avons l'espoir d'un succès, un homme, pour son seul plaisir, aborde même avec péril une foule d'occupations surabondantes et difficiles; toujours au moins faudrait-il lui reconnaître plus d'étendue dans les facultés, et l'étendue de l'esprit est la mesure de sa force.
« Les femmes ont d'ordinaire l'esprit encore plus faible que les hommes, dit Fénelon; aussi n'est-il point à propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'cntéter. Elles ne doivent ni gouverner l'Etat ni faire la guerre, » etc.*. Et, en effet, si l'on jette un coup d'œil sur le passé, on verra que c'est uniquement aux époques de raffinement et de mollesse, et lorsqu'en toute occasion on eut préféré la bonne grâce à la force, l'adresse qui évite les coups du sort à la fermeté qui les repousse, que les femmes, usurpant un pouvoir offert par la paresse et la mode, ont confondu les rangs au point que la prééminence
i. De l'Éducation des filles, ch. i.
est devenue quelquefois chose difficile à retrouver. Mais la preuve qu'elles n'étaient point alors à leur rang naturel, c'est que, loin de produire un perfectionnement, on a vu leur influence énerver les caractères et compromettre la vertu.
Dans ce qui concerne les intérêts essentiels de la société, dès que nous prétendons donner le mouvement, tout dégénère. La suite et la profondeur nous manquent, quand nous voulons nous appliquer à des questions générales. Douées d'une intelligence vive, nous entendons sur-le-champ, devinons mieux, et voyons souvent aussi bien que les hommes. Mais trop facilement émues pour demeurer impartiales, trop mobiles pour nous appesantir, apercevoir nous va mieux qu'observer. L'attention prolongée nous fatigue; nous sommes enfin plus douces que patientes; la privation nous est plus supportable que l'attente d'une espérance retardée.
Les hommes ont reproché aux femmes d'ignorer en tout ce que c'est que la méthode; ils ont eu raison. Par exemple, on voit aujourd'hui grand noTubre de femmes capables de prendre part aux discussions sérieuses qu'excite la situation politique des gouvernements; elles savent y jeter qiielquefois une réflexion juste et lumineuse, une vue fine et vraie : et pourtant, si l'on pouvait sans sourire se représenter Tune d'elles aux prises avec le positif de la plus petile administration, on la verrait toute déconcertée, lout empêchée par ces difficultés qui, dans une pratique prolongée, demandent une continuité d'attention au-dessus de la portée de presque toutes les femmes. L'inspiration leur révèle parfois des vérités dont l'application leur échappe; et s'il fallait à toute force qu'elles prissent part aux afl'aires publiques, elles vaudraient encore mieux pour le conseil que pour l'exécution. Mais revenons au vrai.
Rousseau fut abusé par l'aspect de Paris et les rapetissements de l'époque où il a vécu. Ce n'est point sous le
règne de Louis XV qu'il fallait juger les créatures et la vie humaine.
Ainsi de deux êtres semblables, mais non pareils, le plus faible aura dû être ordonné plutôt pour la conservation de son existence que pour une activité en quelque sorte superflue, et qui pourrait la compromettre. Mieux proportionné peut-être dans sa nature, il n'en sera pas moins demeuré inférieur à celui qui aura reçu le pouvoir d'entreprendre, de tenter, de surmonter à ses risques et seul les obstacles et les hasards.
Si l'on reconnaît que la destinée des femmes, pour la sûreté comme pour le bonheur de leur existence, Jes appelle à être deux, on verra qu'elles sont en effet précisé- ' ment formées pour une vie d'association. Plus sensibles et plus dévouées que les hommes, elles ignorent cette sorte d'égoïsmeque porte au-dedans de soi, comme sentiment de" sa force, une créature indépendante. Pour obtenir d'elles une action quelle qu'elle soit, il faut presque toujours les convier au bonheur (Vun autre. Leurs défauts mêmes se rattachent à leur condition. La même cause excitera chez l'homme les émotions de l'orgueil, et chez la femme seulement celles de la vanité. L'orgueil est le sentiment d'une puissance qui se juge; la vanité se mesure à l'effet qu'on produit, elle a toujours besoin d'un second.
Ainsi plus on nous observera avec attention, et plus on avouera que nous sommes faites pour la dépendance. La plupart de nos vertus ne s'exercent pas sans quelque exal- ' tation; il en faut pour s'enchaîner constamment à la suite d'un autre, car souvent la récompense du dévouement se réduit à l'émotion que l'âme reçoit de son sacrifice. Aussi possédons-nous le secret de nous créer facilement des illusions nécessaires qui nous encouragent ou nous consolent. Par elles sont remplacés les avantages de la réflexion, qu'une mobilité naturelle nous rend pénible. La constance d'une seule pensée n'est pas, en effet, si nécessaire à qui n'a le droit de presque aucune décision. De même encore il
nous a fallu le courage qui supporte plutôt que celui qui surmonte* ; notre métier est d'éviter le danger : le braver appartient à plus fort que nous. Toutes les ressources enfin qui aident la faiblesse nous devaient être familières; il fallait que notre intelligence se trouvât plus prompte à deviner que fertile en aperçus, et qu'elle sût aisément saisir les chances qui nous sont offertes, pour en tirer parti, les fixer et les embellir. Rousseau dit que les femmes sont naturellement coquettes et rusées; c'est qu'il leur est de première importance de plaire, d'absolue nécessité de réussir. Ne serait-il donc pas possible de tourner à bien ces besoins de leur faiblesse? La société, en ne les prenant pas assez sérieusement, en exploitant leurs défauts au profit de son amusement, ne peut-elle se reprocher de les avoir souvent égarées? N'est-ce pas la société qui a développé en elles le goût de l'éclat, le désir de la domination? N'est-ce pas elle qui, par l'excès de ses éloges et quelquefois par la frivolité de son dédain, a exalté leurs prétentions ou encouragé leur inconséquence? Si l'on s'entendait une fois pour leur interdire d'ambitieuses espérances, sans les condamner à la futilité; si l'on cessait de les traiter ou comme des idoles ou comme des jouets, on les verrait reprendre leur place et ne chercher l'évidence que dans les occasions où le devoir fait une loi de s'y exposer. Tenir les femmes à leur véritable rang est vraiment dans l'intérêt des hommes :
1. a C'est dans les chagrins domestiques d'où sortent tant de passions cruelles, dans ces eCforts sans gloire qui demandent tant de courage, dans les maladies qui semblent les réunir tous, et jusque dans la mort, que paraît la puissance des femmes. De tous les maux destinés au genre humain, les uns sont actifs, et les autres passifs comme les sexes qui doivent les supporter. Les femmes, par je ne sais quel charme secret de leur imagination, échappent à ceux-ci en s'y abandonnant; les hommes s'étonnent, au contraire, quand ils ne peuvent aller au-devant d'eux, les saisir par la réflexion. Celui que la vue des armes anime, s'effraie aux approches des évanouissements. C'est au héros à donner l'exemple du courage dans les batailles, et à aller audevant de la mort; la femme le surpasse à l'attendre dans la maison. » (Bernardin de Saint-Pierre, Discours sur l'Éducation des femmes.)
relever et contenir leur nature parla morale, voilà quel doit être le but de leur éducation.
En nous rappelant à cette infériorité, notre condition sur la terre, hommage doit être rendu en nous aux dons spirituels que Dieu fait à ses créatures. Car, à moins de refuser aux femmes tout sentiment moral, à moins de prétendre qu elles n'ont ni raison, ni volonté, ni liberté; enfin, / à moins de leur refuser la nature humaine, je ne vois aucun motif de les traiter moins sérieusement que les hommes, de leur dénaturer la vérité sous la forme d'un préjugé, le devoir sous l'apparence d'une superstition, pour qu'elles acceptent et le devoir et la vérité. Elles ont droit au devoir, elles ont droit à la vérité, puisqu'elles sont capables de l'un et de l'autre. Nul n'est fondé à leur ravir le privilège d'obéir à la loi divine révélée par la raison. Dépouiller les femmes de celte faculté, c'est violer la volonté de Dieu, en dégradant son ouvrage.
Je ne crains pas d'ajouter que les temps qui auront le mieux servi les femmes pour l'accomplissement de leur double mission, auront été tout à la fois les meilleurs pour la société entière. Mais où sont ces temps? Faut-il les reconnaître comme déjà venus et passés, ou croire qu'ils appartiennent encore à un avenir dont nous disposons au gré de notre imagination? Faut-il accorder à quelques philosophes moroses que c'est dans l'élat de nature, représenté par l'état sauvage, qu'on a dû le mieux nous faire notre part, et déterminer notre rôle? Prendrons-nous, au contraire, pour champ d'observation ces époques d'une civilisation raffinée, où les mœurs viennent affranchir le faible enhardi par l'abdication du fort? Mais chez ce sauvage qui ne représente guère que la vie physique, la plupart des mérites des femmes languissent inoccupés; mais chez les hommes devenus femmes, selon l'expression de Rousseau, cette usurpation du plus faible, tolérée, déforme tout son être moral. Sans doute, pour une créature humaine, la meilleure situation sociale est celle qui lui per-
10 i;éducation des femmes.
met de déployer tout ce qu'elle peut valoir. Cependant il n'est point, à proprement parler, d'époque ni d'état où l'on ne puisse conserver ses penchants naturels et pratiquer ses devoirs. Seulement la société est d'autant plus parfaite que, par son organisation, elle favorise et elle emploie davantage les bonnes dispositions des âmes; et quoique cette organisation semble faite pour les hommes, elle n'en profite pas moins aux femmes. Le plus faible suit l'amélioration du plus fort. Ainsi la destinée, la vertu des femmes n'est pas indépendante de l'état politique de leur pays. Les mœurs se ressentent des lois, les mœurs privées des mœurs publiques, et la nature du gouvernement n'est pas sans quelque influence sur l'intérieur du ménage.
Si, dans un grand pays, le temps s'ouvre pour de salutaires innovations; si l'on voit une nation généreuse, dégoûtée des faux mouvements et d'un engourdissement forcé, réclamer enfin le fruit de son expérience; si elle paraît prête à s'imposer une constitution grave et morale, c'est alors que les esprits attentifs, piofitant d'une disposition propre à ramener partout la simplicité, déchirant tous les voiles et perçant tous les nuages, verront la nature humaine comme elle est, et dans la connaissance de ses vrais caractères puiseront le droit et l'espoir de régler son action et de décider son avenir. De toute part, on s'occupera de tracer la carrière avant d'y entrer. Le moment des réformes politiques est celui des plans d'éducation.
Je ne sais si la France avait déjà ofl'ert de semblables circonstances, mais je me sens la conviction que, sous nos yeux, elle a reçu un grand signal, et qu'elle y a répondu. En vain on tenterait imprudemment de sécher ses efTorts; les Français sont en route, il faudra les suivre ou les laisser marcher seuls. Quand un peuple en est là, l'unique ressource de ceux qui prétendent à le diriger est de hâter ses progrès, et, pour y réussir, d'agir parfois comme s'ils étaient déjà accomplis. Les leçons du passé ont, si je puis ainsi dire, tracé les cadres de la société nouvelle : une
DES FEMMES EN GÉNÉRAL. il
généra lion exempte de soulTrance et de haine se présente pour les remplir. Elle sera plus morale et plus pure, car elle sera plus heureuse, le malheur ayant aussi son genre)' de corruption ! Si cette nation s'enorgueillissait d'êlre ainsi appelée à recueillir les débris de la tempête, elle se glorifierait d'un hasard, ce serait une nouvelle forme de l'orgueil de la naissance; si elle se croyait en possession de toutes les vérités, ses lumières deviendraient aussitôt des préjugés, et elle lancerait contre l'avenir cette ridicule interdiction qu'elle reproche aux ennemis du présent d'avoir prononcée contre leur siècle. Mais on n'en aurait pas moins tort de lui nier ses progrès, puisqu'ils sont réels, puisqu'elle ne cesserait pas d'y croire. En vain essaie-t-on de voiler la vérité, c'est ce bouclier du Tasse dont il est impossible d'obscurcir les rayons.
Ces dernières paroles indiquent assez en vue de quel avenir est composé cet ouvrage ; on prévoit à quels hommes sont destinées les femmes dont j'entreprends de considérer l'éducation.