Nicole
2. Ou peut consulter sur ce sujet V Essai sur le caractère, les mœurs et l* esprit des femmes dans les différents siècles, par Thomas.
de leur énergie, elles pouvaient s'exercer avec plus de douceur; mais celte influence du christianisme fut lente à se manifester : il s'empara de l'esprit longtemps avant de modifier sensiblement les mœurs. Quoi qu'il en soit, dès l'origine, ses principaux préceptes, l'amour du prochain, Toiibli des injures, la charité, la résignation, donnèrent à la morale qu'il enseignait une douceur, qui, tôt ou tard, devait se faire sentir dans les habitudes et dans les actions. Une religion qui fait sa première loi du précepte d'amour n'avait besoin que d'être mieux connue et mieux pratiquée pour rendre les relations sociales plus affectueuses et plus paisibles. Tout ce qui aime, tout ce qui croit, tout ce qui souffre, intéresse spécialement la religion chrétienne : n'est-ce pas dire qu'elle devait protéger les femmes?
Il semble que, par elle, la pitié s'introduisit de nouveau dans le monde. Peu connue des anciens, elle acquit, enseignée par l'Évangile, une puissance et un charme de plus, quand des coutumes moins partiales et moins dures, plaçant les femmes dans une situation moins subalterne, leur permirent de l'exercer. Une femme est par elle-même un être si faible, si dépendant, que, même lorsque les circonstances lui procurent les jouissances et la dignité attachées à un sentiment légitime et partagé, jusqu'au milieu de son bonheur elle conserve encore un instinct de la souffrance, qui la met sur-le-champ en harmonie avec la peine qu'elle découvre. Un homme assiste plus ou moins généreusement au spectacle de la douleur; une femme s'y associe, parce qu'elle sent toujours combien il lui serait facile de lui faire mal. La pitié est une source féconde de civilisation : ce fut elle qui donna de la générosité à la victoire, du repentir à l'injustice, de la délicatesse à l'amour. Par elle, la vieillesse et l'enfance obtinrent plus d'égards et de soins; les êtres disgraciés n'envisagèrent plus la vie comme un fardeau insupportable. C'est elle qui consacra quelques-uns des devoirs chevaleresques, premier