INFLUENCE ^E I/ETAT DE LA SOCIÉTÉ
pas des âges moderneé vers un adoucissement des mœurs, au temps que l'ignorance réduisait encore la société à des rapports informes et rares, dont l'insuffisance ne pouvait être corrigée que par des vertus accidentelles. Mais longtemps avant que les mœurs se fussent généralement adoucies, d'autres circonstances avaient préparé, assuré môme l'amélioration de la condition des femmes, et cette extension de leur influence, un des traits distinctifs des sociétés modernes. Ce progrès paraît venir principalement de ce que chez celles-ci la vie domestique a remplacé la vie publique. Le régime féodal, en détruisant entre les hommes toute association un peu étendue, isola les existences comme les pouvoirs; la souveraineté se retrancha dans l'intérieur du château : là furent réunis les vassaux, les compagnons, les serviteurs du seigneur, et la maison, devenue le siège du gouvernement, acquit ainsi une importance que l'antiquité ne lui connut jamais. Ainsi, la femme du châtelain s'associa à tous les actes, à tous les intérêts de sa vie. Les peuples anciens vivaient sur les places publiques, où toutes les choses importantes se traitaient entre les hommes : les peuples modernes ont vécu dans les maisons, et les femmes ont été présentes à tous les plaisirs et souvent à toutes les atVaires. On leur a demandé des soins, une surveillance, une coopération dont les anciens ne s'inquiétaient pas, et surtout des ressources contre l'ennui que les anciens allaient chercher en plein air. Le mari s'est trouvé plus habituellement enfermé avec sa famille ; des associations nécessaires à la sûreté se sont formées par les mariages, et les femmes en ont été le lien. Cette circonstance générale de la vie des modernes a décidé peut-être du sort des femmes, en les faisant participer dès le principe à tous les progrès de la civilisation, auxquels, chez les anciens, leur condition était demeurée étrangère. Les femmes d'Athènes, du temps de Périclès, étaient à peu près dans la même situation, à tous égards, que les femmes du temps d'Homère ; car la vie des hommes, tout exté-
rieure et politique, avait été presque absolument séparée de la leur : eux seuls s'étaient réservé le mouvement et le progrès. Dans l'Europe moderne, au contraire, la condition des femmes a changé graduellement avec celle des hommes, parce que la vie des uns et des autres était la même, tout intérieure et domestique, sauf pour la guerre ; encore la guerre se passait-elle presque toujours à peu de distance du château, où les hommes revenaient bien vite chercher le repos et la sûreté.
Les femmes ne sauraient donc se plaindre autant que le.s hommes peut-être de la marche des sociétés dans notre Europe ; et ces sociétés à leur tour n'auraient aussi qu'à se féliciter de l'intervention des femmes remises à leur véritable rang, si les mêmes causes qui les ont relevées vis-àvis des hommes à la sorte d'égalité relative qui leur est due, ne leur avaient aussi permis et facilité l'usurpation d'une excessive influence plus favorable à leur amourpropre qu'à leur dignité. Ce n'est, en effet, que chez les I peuples modernes que les afl'aires publiques ont pu quelquefois être traitées comme des affaires de ménage; et de là souvent la petitesse, la futilité des causes et des moyens qui ont amené, surtout en France, quelques-uns des grands événements historiques.
CHAriTRI'] 111