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DE L\ DESTLNEE DES FEMMES EN FRANCE ET SOUS LE UÈC.NE DE LOUIS XIV

Les nîpubliques anciennes rejetaient les femmes hors tle l'ordre politique; nos gouvernements monarchiques leur ont été plus favorables. Quand pour réussir il suffit d'agir auprès d'un seul, les moyens de succès ne sont ni variés, ni compliqués; la conduite est dictée par une étiquette générale, à peu prés uniforme, qui exclut la force et les voies directes, et qui favorise assez bien l'habileté féminine. Ce seul, tout roi qu'il est, n'échappe pas à de certaines séductions; le besoin de plaire sert auprès de lui de voile à l'intrigue qu'il ne démêle qu'à demi. L'ambition alors se donne pour de la coquetterie; la femme qui brigue la faveur semble ne poursuivre qu'une conquête, et, sous* couleur de chercher le plaisir, elle aspire au pouvoir. La vanité royale ne se prête que trop à cet artifice : tel prince, en croyant ne donner que son cœur, a déposé sa couronne, et les affaires de l'état sont flétries avant qu'il soit détrompé.

Notre influence auprès des princes a précédé de beaucoup celle que nous avons exercée dans ce qu'on appelle le monde. Les cours se façonnent vite et changent peu; loin d'elles se conserve une liberté que la diversité des caractères entretient, et qui enfante des résistances plus impré-

vues. Aussi, dès que les grands commencèrent à quitter leurs provinces pour venir se disputer autour du prince l'exercice du pouvoir royal et retrouver en son nom la souveraineté qui leur échappait, on vit des femmes figurer aux concours des ambitions, et, redoutables dans le crédit comme dans la disgrâce, éclipser les favoris ou rallier les mécontents.

Le cardinal de Richelieu, voulant abaisser cette noblesse rivale de la royauté, commença le système achevé par Louis XIV; il soumit les grands à la couronne, il en fit des victimes, et Louis XIV des courtisans. Dès la mort de Louis Xïll, Anne d'Autriche environna le berceau de son fils d'un essaim de jeunes femmes dont la présence continuelle devait préserver ses penchants de la triste austérité du roi défunt. Les plaisirs qui résultèrent de cette réunion jeune et brillante rappelèrent auprès du trône une grande partie de cette noblesse, désormais sans indépendance et ce fut alors que commença la rie de société.

Toutefois les prétentions des grands encore mal étouffées se trouvaient toutes en présence dans un cercle aussi étroit. Cet attachement à d'anciens privilèges regardés comme des droits, qui chez les hommes peut exciter des passions élevées, ou du moins enfanter des actions brillantes, fit naître parmi les femmes les prétentions fuliles de la vanité. Elles se choquèrent mutuellement, provoquèrent des haines et des querelles qui, jointes aux fautes de la Reine ou de son ministre, contribuèrent à produire les troubles de la Fronde. Rien ne prouve mieux que celte guerre, qu'on a spirituellement appelée une plaisanterie armée, l'amoindrissement que l'entremise des femmes apporte dans la politique. La Fronde, qui coûta du sang, qui mit dans les fers le héros de Rocroy, qui fit de Turenne un rebelle, manque pour l'histoire de grandeur et d'importance. Malgré la valeur déployée dans les combats, malgré la fermeté antique de Mathieu Mole, et l'éclat des noms qui sont en tête des événements, on croit, en lisant les

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Mémoires de celte époque, assister à la représentai ion d'une intrigue de cour, et l'âme ne s'associe pas à des guerres*ci viles tellement rapetissées qu'on y voit le grand (londé devena l'agent des ressentiments d'amour-propre de la duchesse de FiOngueville, et le canon de la Bastille tiré sur des Français, parce que Mademoiselle savait que Mazarin s'opposait à ses ambitieux projets de mariage.

Le désir qu'avait Anne d'Autriche de tout pacifier, elle caractère naturellement doux et ruse du premier minisfre qui, dit un auteur du temps, aimai/ mieux découdre que trancher, encouragèrent l'intervention des femmes dans ces dissensions. On en tira parli; et si elles diminuèrent cette sorte de grandeur que donnent aux guerres civiles les sentiments profonds et les dévouements exaltés, du moins purent-elles contribuer à écarter une partie des horreurs qui marchent à leur suite. Si nous ne craignons pas les événements qui nous tirent des situalions ordinaires, nous ne souhaitons jamais cependant les extrémités qui rendent inutile le genre d'habileté qui nous est le plus familier, et nuls ceux de nos succès que nous apprécions le plus. La galanterie disparaît, dés que les troubles politiques prennent un caractère de gravité ; et si quelquefois ils laissent encore quelque place à l'amour, ce n'est plus à celui que font naître les artifices de la coquetterie. Marchant au travers des dangers, il devient passionné, mais sombre; et peut-être, à notre honte, n'est-ce pas celui que nous aimons le mieux inspirer.

Louis XIV, à son tour, profitant de l'ouvrage de Richelieu, fixa irrévocablement les grands autour de lui, et devint centre de toutes les importances et de toutes les renommées. Peu à peu on vit naître ce code tout conventionnel qui devait régler les relations d'un monde particulier, distingué depuis en l'rance sous le titre de la bonne coniprignie. Il appartenait aux femmes (Vcn déterminer les articles, car il excluait la force pour y substituer la finesse et la grâce : par elles et pour elles fut alors créé le plaisir

de la conversation, qui depuis est devenu Tun des premiers besoins des Français.

Les temps étaient accomplis : dos hommes de génie et de talent apparurent de tous côtés; ils furent accueillis et protégés par les grandes dames. Cette classe nouvelle de gens distingués admis auprès d'elles jeta dans la société cet intérêt nouveau qui naît pour l'esprit du mélange des impressions diverses produites par un même objet; et pour en jouir, elles surent d'abord mieux que les hommes sacrifier quelques préjugés du rang aux agréments de la vie.

On peut remarquer que, par un motif pareil, le dédain aristocratique n'entre pas toujours dans les idées des rois absolus ni des femmes; leur confiance dans leur propre pouvoir les dispense des précautions de l'orgueil : l'amourproprc est généreux sans peine, quand il sait qu'on ne peut rien lui disputer; et lorsqu'on exerce un empire universel, on est facilement tenté de croire à l'égalité'. Aussi le Louvre fut-il ouvert aux bourgeois beaux-esprits presque en même temps que les hôtels de Rambouillet et de Longueville. Fort de la protection royale, Boileau put raisonner sur la noblesse j et Molière mécontenter les commandeurs et indigner les vicomtes. La dignité naturelle de Louis XIV et ses goiits le portaient à donner de la pompe à l'asservissement, delà grandeur au despotisme; il s'empara avec habileté de l'influence que tant d'hommes remarquables allaient exercer sur la société : il les dirigea dans le sens de ses projets, en leur conservant cette apparence de liberté, quelquefois même cette liberté réelle, si nécessaire à l'esprit humain pour qu'il puisse produire des chefs-d'œuvre.

Cette puissance des femmes, qui prit alors un assez grand essor, développa leurs facultés. Ambitieuses de tout

i. En approfondissant cette réflexion, on explique la popularité d'un grand nombre de tjrans.

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