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DE LA DESTINÉE DES FEMMES EN FRANCE

atteindre, elles se livrèrent à des études plus variées; et comme elles s'emparent vite de ce qui suffit de la science l pour la conversation, elles furent promptement au courant, e'est-à-dire en état de parler de tout, de juger rapidement, de satisfaire souvent, d'intéresser toujours.

Cette révolution, vraiment féminine, eut ses avantages et ses inconvénients. Klle commençait l'affaiblissement des caractères ; on en a acquis la preuve dans le siècle suivant. La décadence ne pouvait se manifester d'abord ; une création quelconque, appliquée même à des choses médiocres, inspire toujours une énergie passagère. D'ailleurs, dans toute nouveauté, on s'empresse pour le bien ; le mal n'en découle que par degrés. 11 est encore d'autres motifs qui contribuèrent à orner le nouvel édifice des beautés qui résultent pour un tout de l'harmonie de ses parties. Louis XIV aimait l'ordre, il l'imposa à la France. Il ne souffrait point qu'aucune force se soulevât au point de le gêner; mais il voulait que tout fût monté au même degré de grandeur, inférieur cependant au sien et qui le fît encore plus grand. Il est possible qu'il appréciât la vertu, surtout parce qu'elle ennoblit, tandis que le vice rabaisse; mais enfin il l'honora en mainte occasion. C'est encore un bonheur pour un peuple, quand son souverain lient à honneur de mettre en valeur les plus brillantes qualités de l'espèce humaine. Il y a aujourd'hui une ingratitude nationale à tant déprécier Louis XIV. Sans doute la morale a de grands reproches à lui faire; on peut se plaindre de son pouvoir et souvent même en blâmer l'emploi ; mais les Français, qui, sous ce nom, lui doivent le rang qu'ils ont pris dans l'univers, ne sauraient cesser de regarder son règne comme l'une des plus belles époques de leure annales ; leur amour-propre est intéressé à sa gloire.

Une autre influence plus puissante que celle du prince donna encore à ce temps-là un grand air de dignité. Le siècle de Louis XIV s'est élevé sur les croyances religieuses ; il s'est conformé aux devoirs qu'elles prescrivent.

Le roi qui, durant les trente dernières années de sa vie, trouva dans sa piété tant de force contre ses revers avait reçu de sa mère les principes d une foi constante, dont il donna l'exemple à tous ses sujets. Princes, guerriers, magistrats, savants, beaux-esprits, les femmes enfin, tout fut religieux ou voulut le paraître. C'est un odieux vice que l'hypocrisie : mais quand il devient une affectation générale, c'est au moins un hommage rendu à la nature des opinions régnantes ; et quand telle est la couleur dominante d'une époque, elle peut encore en donner meilleure idée que cette vanité d'incrédulité qui s'est emparée plus tard de la portion de la société faite poUr donner l'exemple. Au temps dont je parle, les femmes surtout conservèrent de l'exactitude dans les pratiques religieuses, même au milieu de certains écarts. La Bruyère se moque un peu des directeurs, et de celles qui reçoivent, dit-il, au sermon les billets de leurs amants. Il a raison : le moraliste qui veut donner une leçon ne doit point tolérer de transaction entre le vice et la vertu. Cependant ne peut-on pas croire qu'un être naturellement pur, mais sensible, mais faible, qui demeure en présence de Dieu alors même qu'il l'offense, se garde une chance de plus pour le repentir? Quand la duchesse de Longueville portait un ciliée sous ses habits de bal; quand Mme de Montespan, exacte à toutes les rigueurs du carême, disait : « parce qu'on fait une faute, faut-il donc les commettre toutes? », n'est-il pas vraisemblable que quelque réflexion grave venait se glisser parmi les désordres de leur conduite, et préparait ces grandes réparations que la miséricorde divine attend longtemps et accueille toujours ?

Au reste, en ne considérant les habitudes religieuses que par leurs effets apparents, il est au moins certain qu'elles donnent de la dignité à l'attitude et aux actions : et que dans ce temps, par exemple, où les femmes abordèrent des études plus étendues, la religion, qui, si l'on peut ainsi parler, était la grande affaire d'alors, préoccupa

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