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DE LA DESTLNÉE DES FEMMES EN FRANCE

leur esprit de pensées élevées et sérieuses. Ces discussions lliéologiques qu'on dédaigne aujourd'hui, mais qui toutefois ont contribué à agrandir le cercle des idées, étaient entreprises et soutenues par des hommes supérieurs. Pour s'éclairer sur de pareilles questions, il fallait suivre Bossuet et Fénelon; il fallait étudier Port-Royal, pour comprendre les controverses sur la grâce. Sous la plume de Pascal, la satire religieuse s'élevait au plus haut degré de l'éloquence ; la critique de quelques ouvrages, même de plusieurs comédies, trouvait place dans les sermons de Bourdaloue; des leçons de politique étaient données à l'occasion d'une oraison funèbre. L'art du théâtre [)roduisail Polyeiicte et Tartufe; et plus tard, à la cour, Eather et Athalie. Nous voyons par les Lettres de Mme de Sévigné, le sérieux des lectures, comme elle s'excusait d'aimer les romans (et quels romans que ces longs plaidoyers galants et guindés de Mlle de Scudéry!); pour se divertir, elle ne connaissait que les petites lettres et le Tdsse. La conversation, la pensée, la parole, le geste, toute la personne enfin ne devait-elle pas se ressentir des habitudes auxquelles la foi soumettait l'esprit?

Voilà sans doute le beau côté de la société sous Louis XIV; il ftmt encore oser l'apprécier aujourd'hui*. J'ajouterai tout aussi sincèrement qu'elle me laisse en même temps l'idée d'une convention de rapports dont le

I. Voir, dans ['Étude, p. lviii, le débal institué entre elle et son iils à ce sujet. En voici la conclusion judicieuse : « Je me résume. Un grand roi, pour moi, est celui qui me paraît parfaitement le roi de son temps. Or, à mon avis, Henri IV, le cardinal de Uiclielieu, Louis XIV, ont eu cet avantage, ils ont fait ce qu'il fallait précij^émcnt pour leur siècle; ils ont avancé, chacun à leur manière, la nation française; depuis l'un jusqu'à l'autre, elle n'a cessé de faire un j)as vers la civilisation, et vers une belle et nouvelle influence en Europe. Me détrônons la réputation de personne, et, comme disait Mme de Sévigné, a gardons nos vieilles admirations ».

Jiettre à (îharles de Rémusat. De Toulouse, 11 juin 181G. — Correspondauœ sous la Hestauralion déjà cité, tome 11.)

ncilurel éïait presque entièrement banni. Tout y paraît monté sur le ton d'une grande politesse, mais dont l'excès doit introduire quelque sécheresse dans les relations du cœur. Chacun y semble apporter une telle préoccupation des privilèges du rang, des obligations qu'il impose, que les saillies des caractères, qui jettent de la diversité dans dans la vie,' devaient rester une chose interdite. On voit que Mme de Sévigné, enlraînée par un esprit trop remarquable pour se plaire dans le factice et s'accommoder de ce qui est arrangé, osa se dégager parfois, ou du moins se plaindre des entraves que l'étiquette mettait aux affections : forcée de plier sous l'usage, on s'aperçoit qu'il gênait son âme. Aussi n'échappa-t-elle point à la censure du préjugé dominant; et nous lisons, dans les Mémoires de Bussy, qu'on lui reprocha un penchant trop visible à sortir des convenances prescrites aux femmes d'un certain état. Une passion quelconque rapproche de la nature : Mme de Sévigné, qui en éprouva une véritable, blâme assez nettement dans ses Lettres l'éducation des filles abandonnée au couvent, la froideur des relations de famille, les mariages où les rapports des rangs sont seuls consultés, et ces dénominations encore plus guindées que respectueuses qui, se plaçant toujours entre les parents et les enfants, devaient comprimer ou faire grimacer les sentiments de la nature ^ Si donc, sous Louis XIV, l'éducation de l'esprit des femmes fut grave et parfois solide, celle du caractère demeura

i. Mme de Sévigné raconte qu'après le passage du Rhin, lorsqu'il fallut apprendre ù la duchesse de Longueville la mort de son fils, Mlle des Vertus, son amie intime, retirée à Port-Royal, se transporta chez elle. Son apparition présageant quelque malheur à cette princesse, elle s'écria douloureusement : a Ah! mademoiselle, comment se porte monsieur mon frère! » son imagination n'osant aller au delà. Ce cri d'une âme troublée par le vague eCfroi des sentiments les plus chers, qui s'exhale en conservant encore les formes scrupuleuses de l'étiquette, m'a toujours surprise et glîicée.

11 en est de même du petit marquis de Grignan, âgé de quinze ans, revenant de l'armée pour la première fois, après y avoir été blessé.

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