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Je Tai ouï dire à M. l'abbé de Montesquieu

fut trompée, le privilège de la critique s'échappa du domaine de la conversation; et le pays qui souffrait réellement du désordre qu^on attaquait dans une intention trop peu patriotique, prit au mot la censure qu'on croyait un droit exclusif des seuls soupers de Paris.

Cette dédaigneuse étourderie a été, je crois, la première source de nos désastres. Le peuple, non pas précisément opprimé, mais malheureux, faisant enfin la découyerle du mépris qu'on épanchait à plaisir sur les pouvoirs auxquels il attribuait ses maux, se crut autorisé à fronder aussi à sa manière : son langage à lui, c'est la révolte, sa critique est la destruction. Dès qu'il eut entendu, il se leva pour agir, croyant répondre à un appel. On était si peu préparé à ce mouvement, que ses partisans les plus zélés en furent troublés ; et dans cette terrible cause, on pourrait dire que l'avocat recula épouvanté, dès qu'il fut en présence de son client.

Je ne prétends pas au courage d'entrer dans aucun détail, de retracer ces redoutables méprises qui, presque sans interruption, poussèrent toute une nation hors du chemin qu'elle s'était d'abord ouvert. Le plus mauvais effet de ses fautes fut de la décourager; bientôt on se fut tant égaré qu'on n'osa plus marcher. Le mouvement des idées, l'activité des recherches s'arrêtèrent ; la terreur et la honte s'emparèrent tellement de l'esprit humain, que la vérité même n'eût osé se montrer sans confusion. Le génie seul pouvait jeter quelques lueurs au milieu de celte désolation; car, en subissant les temps, il sait analyser sa souffrance pour en découvrir le remède : il se dévoila dans quelques écrits. Alors surtout ceux d'une femme imniortelle tentèrent de ranimer l'espérance, en nous retraçant nos fautes et nos passions. Mais, toujours méconnue ou captive. Cassandre inspirée n'avait pu sauver les vaincus; elle ne put éclairer les vainqueurs.

Toutefois, les terribles effets d'une révolution si grave, commencée si peu gravement, donnèrent une forte secousse

aux âmes; et quand les âmes sont ébranlées, quelles que soient les fautes, Texpérience n'en est pas absolument perdue. Aussi a-l-on vu, au bout de très peu de temps, les femmes rendues à la nature déployer des vertus dont on ne les eût pas crues capables. Soit en France, soit au dehora elles ont excité l'intérêt par leur dévouement, par leur intelligence ù surmonter une pauvreté inattendue, à faire briller un rayon de bonheur là où, sans elles, on n*eût trouvé que détresse et découragement. C'est aux femmes surtout qu'on doit le changement lieureux qui s'est opéré dans les mœurs françaises. En présence du danger, redevenues mères, filles, épouses, elles ont oublié les délassements, pardonné les trahisons, accepté la communauté du malheur, et par là redonné de la puissance à des liens qu'elles reconnaissaient pour sacrés, dès qu'il fallait mourir ensemble.

Depuis cette époque, on a pu observer dans notre nation et chez beaucoup de femmes une disposition plus réfléchie qui préparait un retour aux idées morales et religieuses. Le malheur en réveillait le besoin au fond des cœurs; et la persécution aussi odieuse qu'absurde, qui s'acharna contre les croyances pieuses, eut au moins ce premier effet d'inspirer un grand dégoût pour toutes les licencieuses moqueries qui l'avaient préparée.

A la suite de nos calamités, si l'expérience eût porté sur-le-champ les Français vers cette forme de gouvernemenl qu'elle vient enfin de leur donner, je ne doute point que les femmes, préparées pour le devoir par la souffrance, n'eussent accepté avec empressement la direction qu'elles doivent maintenant recevoir de l'influence du nouvel ordre de choses. Mais toutes les phases du mal n'étaient point parcourues ; une situation plus calme, presque aussi dénuée de morale, vint remplacer un sanglant désordre, et la position des femmes se trouva encore une fois compromise et faussée. La tradition des usages était rompue, les bienséances annulées, l'opinion muette, la société dispersée ;

chacun se voyait forcé de se créer une règle de conduite, selon son inspiration ou son goût particulier. Une classe nouvelle subitement corrompue, mise tout à coup en évidence par la seule rapidité de la fortune, dissipa l'effet d une douloureuse expérience en se jetant dans les ostentations rajeunies d'un luxe effréné. Pour détourner de pénibles souvenirs, les femmes coururent inconsidérément au plaisir : ainsi elles affaiblissaient les impressions salutaires qu'elles avaient éprouvées; ainsi de rigoureuses leçons menaçaient d'être vaines. Cependant, comme ces douleurs vagues que nous laisse la maladie, un sentiment pénible se reproduisait souvent au milieu des joies de la société convalescente. On essayait, mais on n'était pas maître d'oublier sitôt la terreur : ses traces récentes se retrouvaient jusque dans les fêtes S et les amusements

1. On sait que. vers ce temps, il s'ouvrit un bal public qu'on appela le bal des victimes^ ouvert aux familles de ceux que le tribunal révolutionnaire avait frappés; on n'y porlait que des habits de deiul, dont la couleur devint à la mode quelque temps, même dans les autres bals. N'est-ce pas une fidèle image de l'époque que toute cette société qui dansait en noir?

Sur la légèreté de la Révolution, voir la lettre écrite par Mme de Rémusat à son fils, le 23 mars 1818 :

ce Mme de Y. n'admet pas la critique du romanesque des sentiments qui avait remplacé la licence de la Régence, qui a été détourné par la Révolution et qui a laissé poui* un temps, la place vide, pai^ce que depuis longtemps la morale était perdue. De là, disais-je l'extrême légèreté de la Révolution ; de là le peu de gravité avec laquelle nous l'avons faite; tellement que c'est au beau moment où nous parlions le plus de liberté que nous sommes tombés nettement et sans nous en douter dans lés rets du despotisme. Voilà ma cousine qui me dit que la Terreur a été un temps très grave; je lui soutiens que non. Quoi? vous ne trouvez pas que la mort soit une chose grave? — Pas toujours. — Mais la manière dont on l'a soufferte? — L'exaltation ou la convenance qui font qu'on a du coui-age ou qu'on craint de montrer de la lâcheté, ne £ont pas toujours une preuve du sérieux de l'esprit. — Mais celte pensée de mort qui accompagne toutes les actions? — Remarquez qu'elle conduisait à donner des bals dans les prisons, à jouer de la comédie, à se griser pour s'étourdir. — C'est qu'on ne voulait point charger son voisin de sa peur et qu'on craignait le ridi-

qu'on recherchait avec ardeur faisaient naître inévitahleraent une réflexion triste, puisqu'il fallait bien les considérer comme une conquête faite sur la mort présente et redoutée si longtemps.

La société se voyait partagée en deux classes qui agissaient vaguement l'une sur l'autre par cette influence qui ne peut jamais s'efl'acer tout à fait en France, celle de la mode, que l'on observe sans regarder qui l'a donnée. Les nouveaux riches voulaient gagner subitement les avantages qu'une éducation soignée avait laissés aux privilégiés d'un autre temps : ne pouvant aller aussi vite sur tout le reste, ils se hâtaient d'acquérir à prix d*or ce qu'on obtient des arts quand on peut payer ceux qui les pratiquent; d'un aulre côté, les victimes appauvries des condamnations

cule. — Des gens qui meurent en craignant le ridicule ne sont points des gens braves. Tout l'esprit de la nation est dans le mot que vous venez de lâcher. Voyez le gouvernement quia suivi la Terreur. Quel résultat! L'absurde, Tabsence de tout principe, ravidité de l'argent, l'étalage du luxe le plus sot, les mœurs les plus dissolues, un besoin dégoûtant du plaisir, des bals appelés bals des victimes; rien de fort, de pensé, de senti même, par une institution recréée, pas un principe religieux moral ou politique rétabli; voilà les temps du l)irectou*e; et sous ce rapport, c'est Bonaparte qui nous a redonné un peu de ton. Il nous eût réformés, s'il ne lui eût pas été plus commode de proliler des vices et des travers qu'il trouvait tout établis et sous sa main. — Mais enfin vous ne nierez pas que les mœurs aient été épurées par quelque côté. Oui, en ce point que la pauvreté, qui, force à vivre ensemble, fait qu'à moins de s'assommer, il faut tâcher de vivre en paix. En ceci encore, que lorsqu'on souffre côte à côte, on s'attendrit mutuellement et on se pardonne beaucoup de défauts. Enfin en ce que la classe un peu libertine avant la Révolution, n'étant plus heureuse, n'avait plus les droits que donne l'impudeur de la fortune et du sang. Mais la réforme a été plutôt l'ouvrage de la nécessité que celui de la réflexion, et il se pourrait qu'on se fût mieux conduit sans que la morale y eût gagné. Cependant je ne nie pohit l'influence de l'habitude sur les sentiments. Cette morale, je crois, reprendra peu à peu quelque empire, surtout si on le soutient pour des institutions. — Voilà à peu près sur quel terrain j'étais... et savez-vous la secrèle pensée de cette pauvre Mme de V.? C'est qu'elle voulait arriver à faire entendre que c'étjût par ce qu'elle appelle la gravité de la situation qu'elle s'était décidée à prendre mi amant, que cette présence de la

révolutionnaires, supportant mal une position secondaire, s'efforçaient de reprendre rang parmi leurs remplaçants. De là cet essor donné aux talents qui depuis s'est toujours accru : peut-être faudra-t-il bientôt songer à diminuer la part qu'on leur fait dans l'éducation, car il semble que la vie de la jeunesse est bien courte pour en consacrer une si grande portion à la perfection de la voix ou du maniement du pinceau.

Quoi qu'il en soit, la Révolution était encore pour nous comme une effrayante tragédie, dont notre émotion nous empêchait de saisir la moralité : la leçon était donnée, mais n'était pas comprise. Du temps seul la société attendait ses lois, et la jeunesse son éducation. : c'est pourquoi celle des filles ne fit pas alors tous les progrès que leur promettaient l'expérience et le malheur. Les mœurs étaient devenues plus naturelles, les relations intimes plus affectueuses; la mère et la fille se montraient partout ensemble. On ne rougissait plus dans un ménage de se connaître, ni même de s'aimer ; au sein des familles, le cœur plus à l'aise finissait quelquefois par se féliciter des "revers auxquels il devait sa liberté. Que des réflexions solides, des principes religieux, une opinion publique qui malheureusement ne se forme qu'avec peine là où les institutions sont vacillantes, que tous ces appuis de la raison

mort, comme elle dit, avait anéanti toutes les considérations sociales et particulières. Et moi, je n'osais pas presser sa pensée et lui dire que le sentiment qui, dans un pareil danger, aurait porté à résister à ses passions et à s'entêter dans la vertu eût été moins exalté sans doute, mais beaucoup plus sérieux.

(Correspondance déjà citée, tome IV.)

Le 26 mars, Charles répondait à sa mère :

a Je trouve que vous avez raison sur la légèreté des hommes de ce temps, même pendant la Terreur. Avec un degré de force de plus, au lieu de faire des complots en prison et de mourir avec courage, ils se seraient défendus dans leurs maisons. Charlotte-Corday est et sera l'exemple éternel do ce qu'il fallait faire. Voilà où était la vraie force, la force politique. » (/r/., ibid.)

se fussent unis à cette révolution touchante des sentiments, et les femmes auraient vu fixer leur sort selon le devoir 6t le droit.

Il faut dire, à leur justification, combien de difficultés présentait une si complète réforme. Dans les temps de dissensions civiles, la politique, en déterminant l'attitude de la société, influe directement sur les individus. Les hommes n étaient pas non plus alors très éclairés sur leur avenir, ni même sur un présent qu'ils exploitaient sans le bien juger. On ne savait plus quel gouvernement désirer; les passions générales, les convictions systématiques, semblaient avoir disparu des affaires publiques, on n'y était plus guidé que par Tintérét ou l'habitude : la France, en un mot, ne savait plus que penser. Comment les femmes auraient-elles été plus décidées? Que peut le plus faible, quand le plus fort est incertain?

Les femmes n'étaient plus les Françaises d'autrefois. Le malheur ou le spectacle du malheur avait ranimé leur sensibilité, exalté leur ima^nation : elles étaient devenues, sinon beaucoup plus raisonnables, du moins plus sérieuses. L'habitude des privations les avait ramenées à chercher dans les sentiments leurs consolations et leurs jouissances; le besoin de l'émotion avait remplacé pour elles celui de l'amusement : l'affection, sinon la vertu, leur avait fait connaître le sacrifice. Du sérieux, de l'imagination, de la sensibilité et point de principes, voilà les conditions du genre romanesque : il devint le genre de l'époque. Si la vie des femmes ne fut pas encore très régulière, du moins elle prit quelque gravité : le besoin d'excuser un écart par une passion prouve du moins qu'on a la conscience d'une faute, et que l'on a cessé de ne voir dans la destinée d'une femme qu'une partie de plaisir.

La littérature fait foi de ce changement. Elle fut riche fin romans; la plupart furent écrits par des femmes. Ce genre de compositions faciles qui admettent le vague dans les sentiments et l'hésitation dans les croyances, ces con-

fidences d'un cœur agité qui tout à la fois se passionne et s'interroge, et qui ne connaît point d'autre alternative que le doute où Tentraînement, convenaient sans douté à une époque d'incertitude et d'oisiveté, où l'absence de traditions et d'enthousiasme, de respect pour le passé et de foi dans la nouveauté, n'avait laissé à l'existence ni règle ni but assuré. Dans un temps de passage, les esprits trouvent encore plus d'appui et de certitude dans des fictions que dans les réalités. Trompé par les événements, on se ûe plus à ce qu'on imagine qu'à ce que l'on voit. Cette disposition d'âme qui s'étendait aux femmes devait donc tourner au profit de ces sortes d'ouvrages qui font, ainsi que l'a dit Mme de Staël, une transition entre la vie réelle et la vie imaginaire. Elle-même écrivait Delphine, mais un roman de Mme de Staël devait se ressentir de cet ébranlement fécond que la Révolution donna à son génie, particulièrement doué pour comprendre, avertir et prophétiser son siècle. Delphine est plus qu'une aventure intéressante, plus qu'une peinture de caractères; c'est une vue de la société. Elle nous y montre, avec une suite qui découvre une grande intention, le danger des sentiments les plus élevés, lorsqu'ils se dressent trop brusquement contre les opinions ou les coutumes régnantes. Des peuples entiers pourraient profiter à ces leçons réduites en apparence à la mesure d'une seule vie et qu'une simple et pauvre femme reçoit de l'expérience et du monde. Mais il semble que la générosité de Mme de Staël lui dicta de se montrer plus sévère envers elle-même et son sexe, qu'elle ne l'eût été pour une nation. Delphine succombe victime de son téméraire enthousiasme, de ses imprudentes vertus; mais les hommes, mais les nations sont averties que, moins faibles et moins dépendantes, elles ne périront pas, si leurs maux les éclairent, et qu'elles déposséderont plus impunément de puissants préjugés, pourvu qu'elles sachent les remplacer par des principes.

Écrits avec plus ou moins de talent, les romans des

femmes ont offert un caractère commun depuis la Révolution : vous n'y trouverez plus Télégance régulière de Mme de La Fayette, la recherche brillante de Mme Riccoboni. On ne s'y amuse plus à décrire les mœurs fugitives d'une société évanouie, mais on peint des sentiments exaltés aux prises avec des situations fortes. Au sein de ces productions quelquefois bizarres et trop passionnées, vous démêlez le germe d'une morale renaissante; car, après tout, l'égoïsme des passions vaut encore mieux que celui des intérêts vulgaires et des plaisirs positifs. Quelque chose de religieux s'y allie au désordre du cœur, et les émotions de la vertu se retrouveraient plus, j'ose le dire, dans les romans de Mme Cottin que dans la Nouvelle-Héloïse elle-même. Rousseau, tout Rousseau qu'il était, saonifia à son siècle. La sagesse de Claire se ressent de cette insouciance philosophique qui sied mal aux femmes, et qui d'ailleurs les préserve médiocrement.

Disons-le sans crainte, la Révolution a eu sa morale ; car elle a remis en valeur les idées sérieuses, et c'est aussi un genre de restauration qu'il ne faut pas dédaigner. La raison des femmes y a gagné, il serait par trop pénible de la voir retomber encore; c'est bien assez que deux fois elle ait failli nous donn^ ce triste spectacle. Après le temps qui suivit la Terreur, elle pensa succomber de nouveau sous l'influence du pouvoir absolu. Lorsque, dans sa défiance, il s'efforçait de ramener les hommes à des intérêts purement individuels, lorsqu'il ranimait par calcul les sèches prétentions d'une vanité surannée, lorsqu'il se défendait si savamment des tentatives de l'indépendance de la pensée, il risquait de replonger la société française dans le désœuvrement et la personnalité : quand les hommes sont oisifs, les femmes sont puissantes, et leur puissance les corrompt. Ainsi l'ennui eût de nouveau banni la morale...; mais le temps manqua heureusement. D'ailleurs les dangers de la guerre, exposant sans cesse les jours de ce qu'on avait de plus cher, tinrent en haleine la nature

et Tamour. , Cruellement froissés, Tune et Tautre firent enfin résistance, et la plainte des mères et des épouses fut le premier cri de la liberté.

Aujourd'hui une roule droite et paisible est offerte aux femmes. Franchement, le passé les a trop souvent compromises pour qu'elles s'obstinent à le regretter. Je dirai ailleurs l'opposition que quelques-unes semblent mettre à la destinée qui les appelle, et l'erreur qui les abuse encore sur la différence des choses par la ressemblance des noms. Je retracerai les petitesses, les répugnances qui les retiennent, les bons sentiments même qui les égarent. Enfin je peindrai sans aigreur, mais parce que je l'ai vu, l'animosité des souvenirs, le dépit de l'impuissance, la méprise d'une piété détournée de son but, et les affections les plus sacrées, les respects les plus légitimes remplacés par des haines sans fondement et des prétentions sans droite

Les révolutions remuent tout dans l'immanité ; le bien et le mal y figurent tour à tour. Les hommes y sont si puissamment dominés par les événements, qu'ils s'y devraient quelque pitié les uns aux autres; je comprendrais mieux, dans ces temps d'orage, l'excès de l'indulgence que les jugements implacables. Quand* les femmes au contraire s'y arrogent le triste métier de haïr et de condamner toujours, il ne faut pas qu'elles se plaignent, si les hommes fatigués s'écartent pour respirer loin d'elles et de leurs petites passions.

Avouons-le avec douleur, en France, depuis quelques années, par la plus triste aberration de notre nature, il semble que nous nous soyons fait un droit de professer la • haine. Nous y avons excité les hommes, à peu près comme autrefois quelques-unes leur imposaient le duel, dont les dangers ne nous atteignent jamais. Le regret d'un pouvoir

1. Tout ce qui est annoncé ici ne se retrouve point dans Touvrage ; on sait qu'il n'a point été fini. (Sole de Ch. de Ui^musat.)

expiré, l'activité de rimagination tant exercée depuis trente ans, l'ennui d'un état encore incertain nous ont jetées dans cette opposition vraiment funeste, puisqu'elle gâte le cœur, altère la raison, et nous rend moins aimables et moins aimées. Ce travers a été trop général pour que nous n'en ayons pas supporté, toutes, la pesante solidarité. 11 n'existe pas une femme qui ne convienne aujourd'hui, si elle est sincère, que son altitude est pénible et gênée au milieu de la société. Si se plaindre ou quereller suffisait pour gagner une cause, sans approuver ce moyen, je concevrais qu'on s'y entêtât; mais il y a déjà longtemps que nous querellons, et chaque jour le procès me semble moins près d'être gagné. Un pays ne change pas toutes ses institutions, sans qu'il en résulte une réforme dans ses mœurs. Rousseau a dit que là où les hommes étaient plus occupés, les femmes devaient renoncer à se mêler de tout, et se préparer à une vie de retraite. L'arrêt peut être dur, sans doute; mais j'ai peur qu'il ne soit guère possible d'en appeler.

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